LE FANTÔME ARMENIEN, BD de L.MARCHAND, G.PERRIER et T.AZUELOS

Publié le 1 Juin 2017

BD - Editions Futuropolis - 128 pages - 19 €

 

Parution en avril 2015

 

Le sujet : Varoujan est marseillais, d'origine Arménienne. Son grand-père a réussi à fuir le génocide de 1915. Membre de la diaspora arménienne, Varoujan a ouvert un musée de la mémoire Arménienne sur Marseille, mais souhaite faire une exposition sur la terre de ses ancêtres, à l'est de la Turquie, là où il n'est jamais allé. Avec Brigitte sa femme, il entreprend alors ce grand voyage jusqu'à cet "Auschwitz à ciel ouvert". Il y rencontre des descendants d'Arméniens qui ont réchappé au massacre.

 

 

Tentation : Le sujet

Fournisseur : La bib

 

 

Mon humble avis : Pour moi, l'Arménie, c'est un génocide dont je ne situais qu'approximativement l'époque, un énorme tremblement de terre plus récent et Charles Aznavour... Il était temps de combler encore une fois quelques lacunes... et je suis "tombée" sur cette BD à la bib'.

Encore une bonne leçon d'Histoire et de géopolitique ! Pour dire vrai, Le fantôme arménien est un total coup de poing dans le ventre.

Déjà, je pensais le génocide arménien comme "affaire classée", terme très inadéquat certes, mais je pensais que ce n'était plus que du passé, à ne pas oublier pour qu'il ne recommence pas, au même titre que les autres génocides plus ou moins récents.

Il n'en n'est rien. Déjà, l'Etat Turc, coupable des crimes avec l'aide des Kurdes, conserve une politique négationniste, cent ans après les faits. Il ne fait toujours pas bon vivre en Turquie si vous êtes d'origine arménienne, et des assassinats politiques ont encore lieu. Et en 1915, les exécutions de masse, les tortures, les viols, les enlèvements d'enfants, bref, l'humain dans "toute sa splendeur"

Les survivants du massacre de 1915 ont dû, pour survivre, s'assimiler à la population Turc, changer de prénom, de religion, de langue et de culture. Ce n'est que récemment que les anciens commencent à parler, à évoquer les souvenirs, la réalité, à s'avouer Arménien, mais toujours la peur au ventre.

Ensuite, il y a en Anatolie une "cohabitation" pluriethnique et religieuse difficile : les turcs, les arméniens, les kurdes, les chrétiens (plutôt cachés), les musulmans, les alévîs (croyance issue de l'Islam Chiite. Et puis, les Arméniens restés au pays dans la clandestinité et la pauvreté éprouvent une certaine rancune face à ceux qui ont pu fuir et qui, pensent-ils vivent une vie luxueuse en France ou ailleurs, les ayant complètement oubliés.

Bref, cet album répond à beaucoup de questions et en pose autant d'autres quelque part, il me faudra donc approfondir le sujet par d'autres biais pour le maîtriser à peu près.

Quoiqu'il en soit, dans ces pages qui sont aussi la retranscription d'un reportage TV, ce sont autant les hommes que les pierres qui témoignent d'un passé et d'une blessure qui ne se refermera jamais. Même si l'on sent tout de même un vent d'espoir et de renaissance, avec une nouvelle génération arménienne bien décidée à récupérer son identité, sa langue, sa culture, et à faire revivre tout cela. Et surtout, nombre de gens qui découvrent leur arménité de façon très récente, au fil des langues qui se délient.

Mon seul petit bémol irait à certains dessins. Au fil des pages, nous rencontrons beaucoup de personnages qu'il n'est pas aisé de reconnaître. Aussi, certains dessins sont parfois purement symboliques et pas franchement "transparent" pour l'ignare que je suis, même si je le suis beaucoup moins après la lecture de ce "Fantôme arménien", que je ne peux que vous conseiller vivement, tant son intérêt est évident !

 

 

Rédigé par Géraldine

Publié dans #BD...

Repost0
Commenter cet article

A_girl_from_earth 09/06/2017 14:57

Ah oui, tu as encore mis là la main sur un album qui semble vraiment valoir le détour. Et tu as raison, un petit tour d'histoire et de géopolitique côté Arménie, ce n'est pas du luxe...

Alex-Mot-à-Mots 02/06/2017 12:15

Me voilà convaincue.

Rebecca G. 01/06/2017 23:05

Une BD utile et instructive. Belle idée, belle lecture. Merci du partage.