VA ET POSTE UNE SENTINELLE, d'Harper LEE

Publié le 10 Mars 2018

Roman - Editions Livre de Poche - 349 pages -7.90 €

 

Parution d'origine (Grasset) en octobre 2015

 

L'histoire : Jean Louise Finch, alias Scout a désormais 26 ans et vit à New York. Elle revient à Maycomb, Alabama pour quelques vacances auprès d'Atticus, son père, mais aussi de Hank, ami de toujours qui pourrait devenir plus qu'un ami.

Mais voilà qu'en quelques jours, Jean Louise réalise que son monde, ou le monde, a changé. Au point qu'elle ne reconnait plus ses proches. Elle doute et est sérieusement ébranlée.

 

 

 

Tentation : Ma lecture récente de Ne tirez pas sur l'oiseau moqueur

Fournisseur : MA CB/Ma PAL

 

 

Mon humble avis : Il y a environ un an, j'éprouvais un profond coup de coeur pour "Ne tirez pas sur l'oiseau moqueur" d'Harper Lee, grand classique de la littérature américaine depuis les années 60. Jusqu'en 2015, aux yeux de tous, Harper Lee était l'auteure discrète d'un unique roman. Il y a 3 ans, à la surprise générale, elle publie celui-ci, plus de 50 ans après le premier. Va et poste une sentinelle est la suite de Ne tirez pas sur l'oiseau moqueur, alors qu'il a été écrit avant celui-ci. En tant que lectrice, cela attise d'autant plus la curiosité, le mystère et l'admiration quant à la création de ces deux oeuvres.  Harper Lee a donc tout d'abord créé La Jean Louise Finch comme un personnage adulte... avant de se pencher et de dédier un roman à l'enfance de celle-ci. Ah, comme j'aimerais pouvoir discuter de cet étonnant procédé avec Harper Lee. Mais elle est hélas décédée en 2016... Et de toute façon, vu sa discrétion et sa célébrité, je ne pense pas que j'y serais parvenu.

Alors, quid de cette sentinelle, qui a, d'après le bouche à oreille et les chroniques postées de ci delà déçue a pas mal de lecteurs. Soit disant que ce roman est moins bon que son prédécesseur...

Et bien je dis haut et fort que je ne suis pas d'accord avec la rumeur. J'ai tout bonnement adoré ce roman, même s'il m'a paru moins aisé à lire que l'oiseau moqueur.

Comme je l'aime, cette Jean Louise Finch, alias Miss Scout (pour les très intimes) ! En fait, je lui ressemble étrangement et énormément. Comme je me retrouve dans ce personnage, dans ses réflexions, ses rebellions, ses interrogations, sa façon de voir le monde, son insoumission à certains protocoles et à d'autres convenances !

Jean Louise vit désormais à New York, donc dans le Nord des Etats-Unis. Elle revient passer des vacances auprès de son père en Alabama, dans le Sud américain. Et nous sommes au milieu des années 50. Nord/Sud, années 50... Voici les thèmes majeurs autour desquels se développe cette histoire, dans lesquels germent les problématiques des personnages qui vont les éloigner les uns et autres. Donc déjà, ce roman est très éclairant sur les modes de vie et de penser de l'époque. Il les explique, sans pour autant les cautionner. C'est l'époque où les Noirs réclament et obtiennent plus de droits. Même si les passages du roman qui élucident ce pan de l'Histoire Américaine ne sont pas toujours simples à suivre, ils n'en sont pas moins intéressants et passionnants. Ils sont sous forme de dialogues et pourraient à eux seuls constituer une dissertation sous le format thèse/antithèse/synthèse sur le racisme. Ce racisme qui devient discrètement, au fil des pages, le sujet principal de ce roman, sujet qui va un moment exploser comme une grenade dégoupillée par certains, à l'insu des autres.

Les messages de "Va et poste une sentinelle" sont nombreux et très forts. Et curieusement, très contemporains, pas périmés pour un sou même s'ils ont cinquante ans.

Jean Louise va apprendre à regarder le monde tel qu'il est et non tel qu'il devrait être. Elle va faire la douloureuse expérience de découvrir ce que pensent vraiment les êtres qui lui sont chers, ces pensées étant évidemment en totale contradiction avec les siennes. Ses proches vont tant la décevoir qu'elle va se sentir trahie, comme si l'éducation d'Atticus n'avait été qu'un feu de paille. Car l'éducation est bien souvent éloignée d'une certaine réalité, sous prétexte qu'il faut protéger les enfants. Oui mais...Jean Louise va découvrir que pour le bien d'une communauté, on peut agir à l'inverse de ses convictions. Pour y être accepté et donc utile. Jean Louise va réellement devenir adulte en s'affranchissant de la pensée unique familiale, et surtout paternelle. Et enfin, elle va découvrir que l'on peut vivre dans un environnement qui ne nous ressemble pas, car c'est à ce moment-là que l'on devient précieux pour cet environnement, comme une chance. La chance, c'est cette sentinelle, et la sentinelle est une conscience individuelle.

Et s'enrichir de ce roman est une sacrée chance, tant pour la conscience que pour le plaisir de lecture d'un grand roman.

 

 

 

Rédigé par Géraldine

Publié dans #Littérature d'ailleurs

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Commenter cet article

Antigone 21/03/2018 20:30

Décidément j'adore lire tes billets !! ;) Tu m'as donné très envie de découvrir les deux romans d'Harper Lee.

gambadou 11/03/2018 19:14

il faut que je le lise celui-là, j'ai beaucoup aimé "ne tirez pas sur l'oiseau moqueur"

A_girl_from_earth 10/03/2018 14:00

C'est vraiment beau de lire ton enthousiasme pour cette auteure et ses romans, pour la façon dont ils ont enrichi ta vie ! J'avais adoré aussi l'oiseau moqueur mais je pense qu'il faudrait que je le relise parce que ça commence à remonter et je n'ai plus tous les détails en tête. Ensuite, je m'attellerai à la sentinelle.