L'ETRANGE DISPARITION D'ESMEE LENOX, de Maggie O'FARREL

Publié le 21 Novembre 2019

Roman - Editions 10/18 - 232 pages - 8.10 €

Parution d'origine aux Editions Belfond en 2008

L'histoire : Iris vit à Edimbourg et tient sa boutique de vêtements d'occasion. Un jour, elle reçoit un appel d'un asile psychiatrique de la ville, l'informant de sa fermeture prochaine... Et dans cet asile, vit, enfermée depuis soixante ans, sa tante Esme. Iris serait sa seule parente. Pour Iris, c'est forcément une erreur. Elle n'a jamais entendu parler de cette tante et depuis des générations, ses aïeuls n'ont eu que des enfants uniques. Et pourtant... Iris va rencontrer Esme...

 

Tentation : La blogo, à l'époque.... Il y a presque 10 ans !

Fournisseur : Ma PAL

 

 

Mon humble avis : Dire que ce roman dormait injustement dans ma PAL depuis des années, aussi injustement qu'Esme fut internée pendant plus de soixante ans.

Depuis combien de temps n'ai-je pas lu un roman aussi bouleversant, aussi révoltant, aussi effroyable. Un roman qui retrace sans doute l'un des destins les plus tragiques qu'il m'ait été donné de lire, à moins que ma mémoire ne me fasse défaut. Ce qui est sûr, c'est que cette Esmé me restera très longtemps dans l'esprit, sans doute pour toujours. Peut-être même qu'Esme fait désormais partie de moi, quelque part.

L'étrange disparition d'Esme Lennox est un livre qu'on ne lâche pas, qui vous interne le temps de votre lecture, et peut-être même après. Oui, elle vous isole dans une folie, mais pas dans celle que l'on croit. Dans la folie d'une époque et de méthodes, qui hélas, ne sont pas si lointaines et qui peut-être, sont même encore contemporaines dans certaines contrées...

Certes, nous sommes dans un roman mais il est très facile de réaliser que de telles histoires ont eu lieu. Tout commence en Inde, à l'époque des colonies. La famille Lennox est alors constituée des parents, de deux filles, Kitty l'aînée et Esme la cadette... Et d'un petit garçon, Hugo, qui ne survivra pas longtemps. Depuis petite, Esme est différente. On l'appelle "la farfelue", ce qui est honteux pour l'époque. Esme est une petite fille rêveuse, libre dans sa tête, qui jamais ne se résoudra aux conventions d'alors. C'est un peu une révoltée. Puis toute la famille rentre à Edimbourg et les fillettes deviennent adultes pour Kitty et adolescente pour Esme. Au fil des ans, Esme n'a pas changé, elle est toujours une jeune fille qui ne comprend pas trop le monde dans lequel elle vit. Les conventions sont toujours difficiles pour elle, mais elle fait de son mieux pour s'y plier. Elle reste rêveuse, insouciante et n'aspire qu'à une certaine liberté que son temps ne permet pas... Au grand désarrois et pour le plus grand agacement des parents. Jusqu'au jour où...Il se passe un événement... Ce n'est plus possible, Esme est internée... Pour quelque temps, en fait pour toujours. Elle a alors seize ans.

Oui, cette histoire et bouleversante. Elle nous parle d'une époque (parfaitement décrite, les années 30...) où la soit disant "hystérie" féminine expliquait tous les maux incompris, où l'on pouvait se débarrasser d'une épouse décevante ou d'un enfant désobéissant en l'internant. Les maris avaient alors tous les droits. Et les médecins d'alors ne cherchaient pas plus loin que les apparences et les bienséances pour poser un diagnostic, dans une époque et une société enfermées dans leurs carcans.

Sans en dire trop pour ne pas gâcher votre lecture... Iris va prendre Esme la soi-disant folle, chez elle pour quelques jours... Iris va assez vite réaliser qu'Esmé n'a rien de folle et va tout doucement, même inconsciemment, glisser dans des secrets de familles inavouables et tus à jamais. Le lecteur découvrira l'histoire au fil des remémorations personnelles d'Esme. Mais aussi via les souvenirs désordonnés, parsemés, incomplets de Kitty, la soeur aînée et la grand-mère d'Iris, qui est dans un institut spécialisé dans la maladie d'Alzheimer. Chacune de ces remémorations, de ces souvenirs amènent le lecteur vers une fin qu'il pense impossible, parce qu'intolérable, et tellement, trop saisissante, effroyable.

Oui, Esmé, cette fille qui aimait tant la liberté d'être et de penser, s'est vu enfermée et isolée pendant soixante ans. D'ailleurs, un moment que je n'oublierai jamais... Chez Iris, Esme prend un bain... Et réalise que cela fait soixante ans qu'elle n'a pas pris de bain sans surveillance. Esmé, la jeune fille et la femme dont on a tout volé : la liberté, la vie. Et pire encore. Inoubliable et bouleversante Esme...

Un livre magnifique, vraiment. Un chef d'oeuvre ! Esme...

 

 

Rédigé par Géraldine

Publié dans #Littérature d'ailleurs

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Commenter cet article

dasola 25/11/2019 08:41

Rebonjour Géraldine, le souvenir d'une belle lecture d'un roman découvert par hasard. http://dasola.canalblog.com/archives/2008/05/17/9157378.html Bonne journée.

A_girl_from_earth 24/11/2019 16:00

Aaah oui je me souviens de cette lecture, et quelle fin ! Je comprends que tu sois bouleversée par ce roman !

Antigone 24/11/2019 10:50

N'hésite pas à lire ses autres titres maintenant. Cette auteure est vraiment formidable !

Céline 22/11/2019 14:09

Je l’ai lu il y a un bon moment déjà mais j'en garde encore un très bon souvenir de cette lecture !
Bonne journée !

keisha 21/11/2019 08:19

Je relis mon billet (j'avais un petit bémol à l'époque)
http://enlisantenvoyageant.blogspot.com/2009/03/letrange-disparition-desme-lennox.html

Géraldine 21/11/2019 12:48

Je viens d'aller relire ton avis... et les (mon comm de l'époque où on était envahi de SP !) Le sujet ne m'a pas gêné car on devine bien qu'Esmé n'a jamais été folle et qu'elle a consacré toute son énergie à se souvenir et en sortant; à se contenir, à ne pas montrer son étonnement etc... Et puis, ce n'est pas dit, mais dans l'asile, sans doute la télé ou des journaux permettent de suivre un minimum l'évolution technologique... Et l'on voit à de multiples reprises l'étonnement d'Esme, sa façn de regarder étrangement un objet, de le tenir longtemps avant de l'utiliser etc... Un vrai coup de coeur pour moi !