LA FEMME QUI TUAIT LES HOMMES, d'Eve De CASTRO

Publié le 30 Mars 2020

La femme qui tuait les hommes, livre, littérature française, avis, blog, chronique, Eve de Castro

Roman - Editions Pocket - 267 pages - 7.20 €

Parution d'origine aux Editions Robert Laffont en janvier 2018

 

L'histoire : En 1909, dans une geôle russe, celle qui se fait appeler Lena Popova attend son exécution, suite aux meurtres de 272 hommes... qui le méritaient, c'est ce qu'elle explique dans une lettre adressée à Vladimir Illitch, le seul qu'elle ait jamais aimé et admiré. Elle a tué pour sauver et libérer des femmes.

A Paris, en 2017, Jeanne une vieille couturière retraitée des opéras de Paris rencontre brièvement Lucie, une jeune fille bafouée dans le métro. Cette rencontre va bousculer la vie organisée de Jeanne. Quelque temps plus tard, Jeanne fait tout pour s'incruster chez Paul, grand écrivain coureur de jupon, et pour lui devenir indispensable ? Quels liens entre tous ces personnages ? Et quel est l'objectif de Jeanne ?

 

Tentation : Titre, pitch et pourquoi pas ?

Fournisseur : Ma CB

 

Mon humble avis : Je n'attendais rien de précis de ce roman, n'en n'aillant pas entendu parler lors de mon achat. Et surprise... Quel livre ! Une merveille, qui m'a apporté tout ce que j'aime, et m'a fait apprécié ce qui parfois me rebute un peu. Bref, un vrai coup de coeur pour ce roman, que j'ai dévoré ! La femme qui tuait les hommes est très habilement structuré et narré, servi par une délicieuse plume et assaisonné de dialogues ô combien savoureux.

Plusieurs histoires indépendantes dans ce texte, qui mériteraient presque un roman chacune. Celle de Lena, qui nous plonge dans la Russie de la fin du 19ème et du début du 21ème siècle. Avec Lena, héroïne hors du commun par sa force tant physique que de caractère et de détermination, nous côtoyons Vladimir Illitch dans sa jeunesse. Le portrait de Lénine dressé ici est comme d'abord alléchant, avant de devenir terrifiant et abjecte au fur et à mesure que ses idées contradictoires avec ce qu'il est et ce qu'il connait de la Russie s'affirment. Elles exploseront, des années plus lors de la révolution Russe de 1917.  Les chapitres consacrés à Lena, sa relation avec Lénine et les conditions de vie du peuple russe de l'époque sont passionnants et enrichissants et questionnent sur le militantisme.

Il y a la vie entière de Jeanne, qui apparaît au fil de roman. Quatre-vingt ans d'une vie difficile qui ont forgé la Jeanne d'aujourd'hui. Jeanne qui semble avoir toujours plus ou moins subi avec résignation, qui s'est en fait construite, dans sa solitude d'invisible, une force et une culture inébranlable...

Et puis il y a Paul, cet écrivain reconnu, sûr de lui, qui consomme les femmes qu'ils pensent consentantes au sort qu'il leur octroie dans sa vie, mais qui peine à retrouver de l'inspiration. Il reçoit une lettre d'une admiratrice qu'il consent à recevoir, pensant vite la glisser sous sa couette. Surprise, cette fan est Jeanne, qui lui propose un drôle de marché : lui devenir essentielle et lui apporter une histoire... Paul lui répond qu'il n'a pas besoin d'elle.

Et Jeanne la discrète, la silencieuse, l'invisible, va réussir. Une relation subtile va s'instaurer entre elle et son protégé et celle-ci va prendre des formes succulentes pour le lecteur. Vraiment, cette Jeanne est aussi un personnage hors du commun, ce genre de personnage que l'on n'oublie pas... Au point que l'on en n'oublie tout de même qu'elle doit bien nourrir un objectif secret et personnel... Oui, mais lequel... Mystère et suspense sont aussi présents dans cette lecture qui  s'achève autant en finesse qu'en point d'orgue.

Lena fait sa révolution dans un pays dévasté par la grande famine... Plus de cent ans après, Jeanne entame sa révolution dans un pays en colère, où les femmes violentées commencent à prendre la parole et à dénoncer... Un roman très actuel en fait... Où tel est pris qui croyait prendre...

Un régal addictif que ce roman au souffle romanesque indubitable, qui nous est offert par une vraie et talentueuse conteuse d'histoire, Eve De Castro.

 

Rédigé par Géraldine

Publié dans #Littérature française

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Karine 19/04/2020 22:50

Oh, je suis hyper intriguée. Je ne connaissais pas du tout.

Antigone 11/04/2020 14:24

C'est vrai que ce titre et cette couverture n'attirent pas d'emblée ! Tu as bien fait de tenter alors. Merci pour ce coup de coeur bien intrigant.

Céline 30/03/2020 08:54

Belle chronique qui donne envie de découvrir ce livre, je le note !
Bonne journée !