LES AUBES ECARLATES, de Léonora MIANO

Publié le 2 Juin 2020

Léonora Miano, littérature, Cameroun, Afrique, roman, avis, chronique, blog, les aubes écarlates, enfants soldats,

Roman - Editions Pocket - 260 pages - 6.95 €

Parution d'origine chez Plon en 2010

L'histoire :  Au Mboasu, petit État d’Afrique équatoriale, vieux dictateur et enfants soldats se disputent le pouvoir en déchirant le pays. Pendant ce temps, comme le fait Ayané dans un orphelinat de guerre, les femmes s’échinent à recoller les morceaux. Portées par le verbe des morts et des disparus, elles renforcent le lien entre l’Afrique d’hier et celle d’aujourd’hui. C’est par elles que ce continent construira son avenir

 

 

 

Tentation : Ma PAL

Fournisseur : Ma PAL

Mon humble avis : Voici un roman épineux à chroniquer. Formidablement écrit, très puissant, c'est indubitable... Donc oui, 4 pattes ! Mais le plaisir de lecture ne fut pas vraiment au rendez-vous, tant cette histoire  on ne peut plus réaliste est insupportable et qu'il est très dur, émotionnellement et humainement d'y faire face. Les faits, qu'ils soient décrits sans étalage ou juste suggérés restent insoutenables. Car oui, dans les deux tiers de ce roman, nous sommes en compagnie des enfants soldats en Afrique. Donc bien sûr le sujet est très violent et remue autant notre âme, notre coeur, que nos tripes.

Mais Léonora Miano, romancière camerounaise, use d'une plume parfaite (tantôt rude et tantôt onirique) et d'une excellente maîtrise de son sujet pour le mener à bien et nous y garder jusqu'au bout. Le roman est par choix chaotique, car le sujet l'est lui-même. Nous suivons le destin d'Epa, un enfant soldat enlevé dans son village, avec d'autres gamins plus jeunes encore que lui, dans des circonstances atroces. Ces enfants sont enlevés, subissent une espèce de lavage de cerveau (notamment grâce à l'alcool) par les armées de rébellion pour servir la cause : la révolution contre le système politique en place, système gangrené par la corruption et toujours trop à la botte des anciens colons.

Pour décrire tout cela, Léonora Miano situe son action dans un pays imaginé, le Mboasu, que l'on peut situer en afrique équatoriale, centrale, ou australe. Bref, un de ces pays qui subissent régulièrement rébellion, guerre civile et/ou ethnique. Léonora Miano offre ici une analyse très fine du problème africain, de la situation complexe de ce continent, une équation qui semble insoluble tant il y a d'inconnus. Léonora nous donne sa version du pourquoi et le comment d'un possible avenir plus radieux. Elle reproche aux noirs africains de ne voir que leurs différences plutôt que prendre en compte ce qu'ils ont de commun : à savoir leur passé avec le commerce triangulaire... Les africains ne regardent pas assez leur passé et n'en tirent pas assez de leçons. La conséquence est que les rebelles usent des mêmes méthodes barbares déjà subies par le passé, pour tomber dans les mêmes pièges que ceux qu'ils veulent chasser ; la cupidité et la soif de pouvoir, entre autre. Oubliant les morts sans nom de la traite des esclaves, oubliant que celle-ci n'a pu se faire que grâce à des chefs locaux peu scrupuleux, ne célébrant pas leurs morts, l'Afrique se déracine et ne sait plus qui elle est. L'Afrique doit se retourner sur son passé, ses racines, ses valeurs pour parvenir à la réconciliation, autant avec soi-même qu'avec l'autre. C'est en suivant ce chemin que l'Afrique grandira, se réveillera et pourra espérer un avenir meilleur. Car oui, le roman s'achève sur de belles notes d'espoir. 

Vraiment je tire mon chapeau à l'auteure qui sait nous éclaircir la complexité de la situation de cette Afrique qui vit autant au rythme des rituels ancestraux qu'à celui des armes. C'est ardu à lire car très dense, les mentalités qui nous sont étrangères par éducation et culture sont bien développées et expliquent bien des faits. Mais pas évident de tout retenir, de parvenir, en fin de lecture, à rembobiner la pelote déroulée dans cette histoire, tant tout est dense. Comme souvent, il m'a semblé que cette oeuvre peut être lue à différents degrés... Finalement, l'Histoire de l'Afrique Subsaharienne est le reflet du monde entier et de chacun de nous. Donc on peut le comprendre de façon mondiale ou tout à fait personnelle.

Quoiqu'il en soit, c'est un roman qui marque, que l'on n'oublie pas, même s'il me parait impossible de garder en mémoire toutes les informations qui nous sont donnés et qui expliquent le présent de l'Afrique. Disons que c'est une idée générale que je garderai à l'esprit, et une douleur innommable pour tous ces enfants à la vie brisée, que l'on fait "homme" alors qu'ils n'ont  pour certains pas dix ans, en leur mettant une arme dans les main et en les gavant d'alcool...

 

Rédigé par Géraldine

Publié dans #Littérature d'ailleurs

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Antigone 27/06/2020 12:02

J'avais lu "La saison de l'ombre", suite à une rencontre super intéressante avec l'auteure, et j'avais beaucoup aimé, mais bizarrement je n'ai rien lu d'elle depuis.

A_girl_from_earth 06/06/2020 12:31

Ah, thématique chargée. Peut-être pas le bon moment pour moi ce genre de livres mais j'avais déjà noté que cette auteur était à découvrir.

eimelle 03/06/2020 18:46

sa dureté me fait peur, même s'il a l'air très intéressant!

Céline 02/06/2020 12:36

Peut-être pas mon genre de lecture même si il a l'air intéressant !
Merci quand même pour cette découverte !
Bonne journée