VOICI VENIR LES REVEURS, d'Imbolo MBUE

Publié le 17 Novembre 2020

Roman - Editions Audiolib -11h57 d'écoute - 21.95 €

Parution d'origine chez Belfond en 2016

L'histoire : Jende Jonga rêve de l'Amérique. Avec courage, il s'emploie activement à la réalisation de son rêve. Emigré Camerounais, il vit depuis quelque temps à New York, dans l'attente de papiers lui permettant de rester durablement et légalement dans ce pays. Il a même fait venir sa femme et son fils. Il décroche un job en or pour lui : chauffeur pour un riche homme d'affaire de Wall Street et sa famille. Le rêve est à portée de mains... Mais la crise des subprimes éclate...

 

Tentation : Le ptich

Fournisseur : Bib N°3

 

 

Mon humble avis : Ah le rêve américain ! Combien s'y sont cassés les dents ? Beaucoup de candidats pour peu d'élus...

Jonga et sa famille sont donc postulants à la nationalité américaine. Nous suivons leur parcours, leur regard (qui évolue) sur l'Amérique, leurs difficultés, leur courage car franchement ils n'en manquent pas et ne comptent pas leurs heures au travail. Ils sont dévoués corps et âme à leurs patrons, à leur future patrie qu'ils admirent et vénèrent plus que tout lieu au monde. Bien sûr, il n'est pas évident de se défaire de ses us et coutumes africaines, et surtout d'une certaine façon de penser. Aussi, ils surmontent quelques malentendus et déconvenues, mais prennent cela avec bonhomie et bonne humeur, et même humour. Ce qui fait que pour le lecteur, la première partie de cette histoire se lit avec agrément et légèreté, même si ce texte est très intelligent et n'est pas là non plus pour faire rire. Evidemment, lorsque Jende commence à travailler comme chauffeur pour les richissimes Clarck, c'est parfois le choc des cultures. Cela donne lieu à des dialogues savoureux, bienveillants mais où subside toujours la distance liée aux différences sociales et pigmentaires.

La romancière Imbolo Mbue nous invite à suivre le destin de deux familles que tout oppose mais qui se retrouvent liées par le personnage centre de Djende.. D'un côté, il y a l'espérance, la naïveté, le courage, la construction, l'espoir, l'avenir. De l'autre, il y la puissance, l'argent, l'acquis, le passé, le présent, la lassitude. Et oui, les plus riches ne sont pas les plus heureux. Et puis, la crise des subprimes va bousculer ces fragiles équilibres... Je n'en dis pas plus. Il n'empêche, malgré le contraste qui sépare ces deux familles, celles-ci se respectent et une certaine affection s'installe.

Imbolo Mbue nous offre un roman puissant, addictif et extrêmement bien ficelé, qui décrit avec minutie et réalisme l'intégration difficile des noirs aux Etats-Unis. Etre plus que méritant ne suffit pas. Voici venir les rêveurs se déroule autour de 2007, avant, pendant et après la crise des subprimes. L'auteure dépeint donc l'envers du décors de l'american dream, du pays des libertés et du tout est possible, les paradoxes, les ambiguïtés, les hypocrisies (notamment du système)... où ceux qui ont tout n'ont aucune conscience de leur chance. A travers la famille Jonga, nous sommes dans le coeur, les pensées, le quotidien et l'esprit de candidats à l'immigration, de tout ce qu'ils sont prêts à faire, quitte parfois à se détruire, se déchirer, et à oublier les valeurs qui les forgent.  Il est consternant et effrayant de constater que cette famille, qui fuit "juste" un pays qui n'a pas d'avenir glorieux à lui proposer, s'est construit son idée de l'Amérique à partir des séries télé, soap opéra etc... Et que cette vision idyllique lui a suffi pour tout quitter ! Evidemment, Imbolo Mbue évoque aussi la réalité de l'exil, du mal du pays, du manque de ce qui compose nos racines. Je copie ma blogo copine AGFE en affirmant que les 50 dernières pages sont particulièrement intéressantes à lire, voire à relire, tant elles offrent de belles réflexions sur tout cela... Notamment, à la question : Où est le bonheur ? Ailleurs, où l'on est pauvre chez les riches, où chez soi, ou l'on est moins pauvre que les pauvres.

Le style est très agréable, aussi, ce roman se lit et s'écoute facilement. Je dirais qu'il peut être comparé à celui d'Alain Mabanckou. Car si j'avais écouté ce livre "à l'aveugle", j'aurais désigné Mabanckou comme auteur. Et l'interprétation proposée par cette version audio ne me contredit pas. Les personnages sont hauts en couleurs et tous attachants... parfois, malgré leurs apparences.

Voici venir les rêveurs est donc un très bon récit, qui donne à réfléchir, qui émeut, qui touche, qui révolte. Son sujet est hélas toujours autant d'actualité Mon seul bémol est que je l'ai trouvé un peu trop long.

 

Le billet d'AGFE, celui de Sylire

 

Rédigé par Géraldine

Publié dans #Littérature d'ailleurs, #Livres audio, lectures audio

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Commenter cet article

Hélène 25/11/2020 12:46

J'en garde un bon souvenir

Eve-Yeshé 20/11/2020 14:20

il est dans ma PAL mais je n'ai encore jamais testé les versions audio, car je suis moins attentive, il me faut le visuel ... alors l'écoute aveugle c'est tentant mais cela va devoir attendre un peu :-)

A_girl_from_earth 17/11/2020 23:24

On se rejoint sur cette lecture, mis à part que je n'ai pas vraiment ressenti de longueur mais c'est peut-être l'effet audio. Tiens, écouter un livre à l'aveugle et essayer d'en deviner l'auteur, en voilà un jeu qui pourrait être amusant !