PHILIPPE CLAUDEL A RENNES

Publié le 27 Novembre 2010

JE PRECISE QUE CE BILLET N'EST PAS UNE INTERVIEW DE L'AUTEUR MAIS LE COMPTE RENDU DE LA CONFERENCE QU'IL  A DONNE A RENNES

 

Jeudi soir, dans le cadre de la Rentrée Littéraire, Les Champs Libres (centre culturel de Rennes) recevait l'auteur Philippe Claudel.

Philippe Claudel est l'auteur des Âmes grises(prix Renaudot 2003, Grand prix littéraire des lectrices de Elle en 2004, consacré meilleur livre de l'année 2003 par le magazine Lire), traduit dans plus de trente pays, de La Petite Fille de Monsieur Linh (Stock, 2005), et du Rapport de Brodeck(prix Goncourt des lycéens 2007). Son premier film, réalisé en 2008, Il y a longtemps que je t'aimeavec Elsa Zylberstein et Kristin Scott Thomas, a reçu deux César. Il a également écrit deux pièces de théâtre : Parle-moi d'amour (créée fin 2008) et Le Paquet (créée en janvier 2010).

 

Le sujet de la conférence était "dans les rouages de l'entreprise", thème principal de son dernier livre "L'enquête", paru pour cette rentrée.

Le pitch du livre : Un homme va enquêter dans une entreprise sur une vague de suicides...

Un sujet très... contemporain...

La conférence a donc porté sur le livre...sur ce qui l'a inspiré : l'actualité sociale l'importance de notre travail...

J'ai pris des notes. Voilà, pelle mèle, ce que ça donne. Je n'ai pas pu tout noter, mais j'ai bu chaque parole du romancier qui a vraiment captivé son auditoire. Conférence passionnante !

 

 

 

 

Tout d'abord, Philippe Claudel se souvient du prix Goncourt des Lycéens qu'il a reçu ici même en 2007

" J'ai l'impression de toujours venir à Rennes ! Les prix des lecteurs sont ceux qui me font le plus plaisir."  Pour le Goncourt des Lycéens, c'est en plus un lectorat très jeune, connu de l'auteur puisque celui ci est enseignant à l'université et éprouve un intérêt  pour le lien avec la jeune génération et une fascination pour la transmission. "La seule limite du Goncourt des Lycéens est que la liste dépende de celle du Goncourt, qui n'est pas choisie par des lecteurs. Mais dans leur choix, les lycéens ont suivi les critères de l'émotion, de l'engagement, de la passion, en se fichant du nom de l'auteur. Il il a donc une grande honnêteté intellectuelle et du coeur autour de ce prix... La capacité d'analyse du livre, la plongée, l'inspection du livre Le rapport de Brodeck faite par les lycéens était épatante et nombre de critiques professionnels devraient s'en inspirer"

 

"Il y a des livres qui nous construisent en profondeurs et qui nous orientent comme une boussole".

 

" Les lecteurs n'influencent jamais ce que j'écris. Je n'écris pas en fonction de mon public, car ce serait plus de la paralysie que de vouloir satisfaire le public".

 

 

Passons maintenant à L'enquête : Pourquoi ce livre ???

 

"Le principe du suicide me frappe beaucoup. Quand cela arrive dans l'entourage, on reste stupéfié devant cet acte violent tant pour le suicidé que pour ceux qui restent. C'est un acte qui va à l'encontre de l'esprit de l'humanité. C'est aussi une façon de pointer du doigt les autres et de dire sans mots "vous n'avez pas été là...". Il y a aussi un jugement de la société, un souhait peut-être de créer un électrochoc."

 

Philippe Claudel est aussi intrigué par les suicides collectifs au Japon "organisés" sur internet. Comment le suicide, acte solitaire et de solitude extrême, peut-il donner lieu à des rendez vous pour passer à un tel acte ensemble. Est-ce pour ce donner du courage ? Dans l'espoir que quelqu'un vous empêchera de commettre ce geste irréparable ???

 

Enfin, l'actualité n'est pas étrangère à ce livre avec les suicides médiatisés chez France Telecom, chez Renault ou dans la police.

 

"Le travail représente un part prépondérante de notre existence et de notre identité, il est donc normal qu'il intéresse un auteur, même si le sujet n'est pas nouveau" (cf Zola, Hugo...)

 

 

 

L'enquête, le livre de l'intérieur...

 

Les fidèles lecteurs de Philippe Claudel trouveront une ressemblance avec ces oeuvres précédentes, dans cette façon qu'il y a de vite quitter la réalité.

 

Ce roman nous interroge sur notre fonctionnement social et économique avec des personnages nommés uniquement par leur fonction et décrits de la même façon, puisque dans notre société, c'est la fonction qui prône. "Inutile de décrire ces personnages, ils se ressemblent tous. "

 

Beaucoup d'ironie et de cauchemars absurdes dans ce livre déroutant où le lecteur est amené à rire jaune ou noir. "Ce n'est pas un rire moqueur mais libératoire".

 

L'entreprise possède toute la ville, c'est une entreprise envahissante qui a pénétré dans tous les lieux urbains où pénètre cet enquêteur...

 

" Je me confronte à un fonctionnement économique que je ne parviens plus à comprendre. Avant, ce n'était pas mieux mais...

Avant, le capitalisme avait un visage, c'était une famille, un patron. Le capitalisme était incarné.

L'actionnariat et la mondialisation sont passés par là. Maintenant, celui qui dirige l'entreprise n'est plus celui qui la possède, ce ne sont même plus des personnes physiques qui détiennent l'entreprise et cette puissance à de plus en plus d'emprise sur nous. C'est de plus en plus nébuleux et c'est un sujet d'angoisse de plus en plus fort pour moi".

 

"Il y a comme un allègement du fais grave, une volonté de ne pas savoir, de ne pas se sentir responsable dans les grandes entreprises"

 

Le personnage de l'enquêteur se demande qui est au dessus de lui, qui le fait agir, qui le manipule ainsi. Philippe Claudel avoue avoir été pervers avec son personnage, c'était aussi une façon de réfléchir sur ce qu'un romancier fait de ses personnages. Le plaisir de l'auteur était de raconté une histoire qui peut se lire comme un thriller, de faire ressentir cette peur, cette oppression, que le lecteur ait l'impression de devenir l'enquêteur.

 

"Je me suis inspiré du mythe du labyrinthe. C'est un homme perdu dans un labyrinthe, mais qui ne cherche pas forcément la sortie mais le Minotaure pour l'interroger, même si le Minotaure se dérobe, même si peut-être, il n'existe pas."

 

"De plus en plus de lieux se protègent et quand on y entre, on a l'impression de pénétrer dans un secret absolu. C'est le monde de l'hyperprotection ou l'élément extérieur est synonyme de danger".

 

L'hypersurveillance est aussi sujet d'angoisse pour Philippe Claudel. "Le traçage par téléphone portable, internet, GPS, cartes de crédit, caméra... On sait ce que je fais, où je suis... Ces instruments de communication seraient des éléments de surveillance épouvantable si notre démocratie venait à disparaître, même si à la base, tout part d'un bon sentiment."

 

" Dans l'histoire, le mal être a toujours abouti a des pics de violence, à des pics révolutionnaires dirigés vers les autres. Maintenant, le mal être n'est plus extériorisé, il est dirigé vers soit même, d'où l'augmentation des suicides... maintenant, on ne peut plus forcément identifier le pouvoir donc on ne peut plus diriger la violence vers l'autre par exemple dans l'entreprise.

 

"La grêve maintenant est trop codifiée et ne sert donc plus à rien. Elle donne juste une illusion d'exister, une illusion de contre pouvoir."

 

L'écriture de L'enquête fur un grand plaisir, celui de jouer avec les mots, de construire une histoire, de faire son travail, de "jouer" avec ce paradoxe, ce dédoublement d'écrire des choses très dur mais de prendre plaisir à le faire le mieux possible.

 

Philippe Claudel aime voyager dans différentes formes littéraires ( fantastiques, burlesques, anticipation, classique...) dans l'espoir de trouver la meilleure forme, sans être sûr d'y arriver. Il aime changer d'outil artistique (roman, théâtre, cinéma) pour exprimer ce qu'il a en lui. Il a la chance de pouvoir aborder différents arts (projet de travailler par exemple avec une chorégraphe sur un ballet)

 

"Le langage est un espace de liberté absolu. On ne peut pas légiférer le langage. Le langage est notre ami et notre traître."

 

Rédigé par Géraldine

Publié dans #Auteurs : rencontres et conférences

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A_girl_from_earth 06/12/2010 21:46



Je reviendrai dessus quand j'aurai lu ce roman. Ça ne saurait tarder!



Géraldine 22/12/2010 18:46



@ AGFE : d'après ce qu'il en a été dit à la conf, je pense que ce livre devrait te plaire. Aussi, j'attends ton avis avec impatience. Pour moi,il faudra attendre la sortie Poche, puisque ma bib
n'a pas acheté ce livre.



melainebooks 30/11/2010 11:19



Merci pour ce compte rendu très intéressant !



Géraldine 01/12/2010 12:47



@ Melaine : merci ! Je regrette néanmoins que rien ne retrace l'entrain et le ton de la voix de l'auteur !



Ellcrys 29/11/2010 11:59



J'aime beaucoup Philippe Claudel que j'ai découvert avec "Le rapport de Brodeck", que j'ai appris à aimé avec "Les âmes grises " et qui m'a encore plus charmé avec "La petite fille de Monsieur
Linh". J'ai bien évidemment envie de lire toute sa bibliographie dont cette "enquête".


Vu que j'adore l'auteur et que j'aime beaucoup tes interview, je vais mettre un billet avec un lien vers celle-ci sur mon blog. Merci encore !



Géraldine 01/12/2010 12:36



@ Ellcrys : Merci pour ton billet et ton lien. Je vais bientôt lire La petite fille de Monsieur Linh, je ferais ainsi plus ample connaissance avec la plume de l'auteur !



Mary 28/11/2010 17:29



J'aime beaucoup cet auteur et ton compte rendu est vraiment passionnant .


j'ai hâte de découvrir son dernier livre ! merci encore.



Géraldine 29/11/2010 20:50



@ Mary : Idem, je vais voir si je le trouve à la bib, sinon, j'attendrais sa sortie poche. Lors de la conférence, je me suis tout de même acheter 2 poches de Claudel, histoire de faire plus
ample  connaissance avec l'auteur.



latite06 28/11/2010 16:21



Un entretien très intéressant !! Merci de nous l'avoir fait partager ! :-)


Bon dimanche à toi !!


PS : Si tu es toujours intéressée par "Les lieux sombres" en livre voyageur, il est disponible ;-)



Géraldine 29/11/2010 20:48



@ Latite : Coucou, merci, mais je décline finalement le livre voyageur "les lieux sombres", trop de livres à lire en ce moment, je ne m'en sors pas !



Joelle 28/11/2010 12:22



Merci pour ce compte-rendu ! Pour en avoir fait plusieurs, je sais que c'est beaucoup de travail :)



Géraldine 29/11/2010 20:46



Joelle : Oh que oui, merci de reconnaitre mon dur labeur !!!



liliba 28/11/2010 11:19



Je reviendrai te lire quand j'aurai lu L'enquête qui est sur ma PAL !



Géraldine 29/11/2010 20:42



@ Liliba : Pas de pb, mon blog et ses billets ne bougent pas de place !



Midola 27/11/2010 18:57



Merci pour le compte-rendu, j'espère que tu vas aussi voir Mathias Enard la semaine prochaine. Moi je suis dans les cartons



Géraldine 29/11/2010 13:33



@ Midola : Et bien non, figure toi que je ne vais pas voir Mathias Enard comme bête comme je suis, j'ai lancé un ciné sur OVS le même soir !!!! Bon, en même temps, son bouquin ne me tente pas.



Readpocket 27/11/2010 17:16



Encore une bonne interview avec un bon auteur! Merci Géraldine:)



Géraldine 29/11/2010 13:31



@ Readpocket : Ce n'est pas une interview mais le compte rendu d'une conférence !!!! L'interview viendra peut-être un de ces 4, puisque j'ai obtenu l'adresse mail de l'auteur !



gambadou 27/11/2010 15:34



Je l'avais rencontré quand il était venu en 2007 pour son prix Goncourt, et j'avais été charmée



Géraldine 29/11/2010 13:30



@ gambadou : C'est tout à fait ça. Ce monsieur m'a complètement charmée par ses paroles !



Marie 27/11/2010 15:21



Merci pour cette interview ! J'apprécie beaucoup cet auteur ! Je n'ai pas encore lu L'enquête mais ça viendra...


 


 



Géraldine 29/11/2010 13:27



@ Marie : Je l'ai trouvé très charismatique et très ouvert. mais attention, ce n'est pas une interview mais le compte rendu d'une conférence.



clara 27/11/2010 11:13



Merci pour cette interview !



Géraldine 27/11/2010 12:06



@ Clara : Ce n'est pas une interview, juste les notes que j'ai prises lors de sa conférence !


Euh, t'as pas lu mon billet sur le coeur régulier ? Je parle de toi dedans...



saxaoul 27/11/2010 09:19



Je suis d'accord avec cette remarque de Claudel sur l'hypersurveillance. ça peut très facilement se retourner contre nous...



Géraldine 28/11/2010 14:20



@ Saxaoul : C'est clair que quand on y réfléchit ne serait ce que 30 secondes, tout cela peut-être assez flippant !