Publié le 9 Novembre 2020

Corinne Maier, No Kid, enfant

Essai - Editions J'ai Lu - 158 pages - 7.00 €

Parution d'origine chez Michalon en 2007

Le sujet : Enfin, quelqu'un ose écrire ce que la plupart des parents pensent tout bas... lorsque leur progéniture est enfin couchée ! Hilarant et politiquement incorrect, No Kid s'attaque à l'un des tabous les plus intouchables de notre société l'enfant.

 

Tentation : Ma PAL

Fournisseur : Ma PAL

 

 

 

Mon humble avis : Je n'ai pas d'enfant, et pourtant, j'ai été éduquée pour en avoir. Mais on va dire que l'occasion sérieuse ne s'est pas présentée, puis les soucis de santé notamment génétiques ont pris toute la place...et les décisions, confirmées par l'âge avançant. Et pour l'instant, je ne le regrette pas, à la vue de l'évolution de notre monde. Je changerai peut-être d'avis lorsque je serai vieille et pour le coup, vraiment isolée. Mais a-t-on des enfants pour nous tenir compagnie lors de nos vieux jours ? Quant au "travail" pour la France, je suis tranquille, mes frères et soeurs compensent pour moi : ma soeur avec 10 enfants, mon frère avec trois.

Cet essai est à lire au premier degré... et aussi au quatrième ! Parce qu'il est par moment documenté (de statistiques en autre), réaliste, direct, salé et parfois de mauvaise foi ! Là où le titre est trompeur, c'est que l'auteure est elle-même mère et qu'il est très peu question de ceux qui n'ont pas d'enfants, que ce soit par choix ou par impossibilité médicale. C'est clair, ces personnes là sont montrées du doigt, interrogées sur leurs motivations qui passe forcément pour un égoïsme viscéral. 

Quarante raisons de ne pas avoir d'enfants, donc quarante chapitres plus ou moins courts, intéressants, drôles ou tragiques, répétitifs ou inédits dans leurs propos. Dans ces raisons, citons en vrac : la perte de liberté, la grossesse qui vous transforme en baleine, le coup d'un enfant, on en prend pour plus de 20 ans, on se paye les grands-parents qui ont leurs conseils à donner à propos de tout ce qui concerne l'enfant, j'en passe et des meilleurs. Mais il y a aussi des raisons plus sérieuses, autant sociales que sociétales : l'inégalité homme/femme, l'interruption de la carrière et la difficulté de mener de front carrière et foyer, la surpopulation, l'avenir plombé de nos sociétés actuelles, la difficulté de la vie etc. 

Corinne Maier met l'accent sur les problématiques modernes... En effet, être mère de famille requiert désormais tant de compétences diverses et variées que cela devient un métier fort de sa polyvalence mais très peu reconnu sur le marché de l'emploi. De nos jours, l'enfantement et l'éducation deviennent une course à la perfection, pour rentrer dans le moule, pour répondre aux critères collectifs tout en restant dans le bien-être. D'ailleurs, l'enfance est de plus en plus gérée par moult professionnels, dès que bébé fait un pet de travers ou que le môme se montre un chouia trop actif. Avoir un enfant bien dans sa peau et en bonne santé ne suffit plus : il doit être un génie, un sportif, un musicien (etc) accompli. Bref, là est une des raisons du dysfonctionnement de plus en plus manifeste de notre société : la pression monstre qui pèse autant sur les parents que sur les enfants, et ceux, avant même que ces derniers soient homo erectus... (Ex, les bébés nageurs, l'hyper stimulation en tout du nourrisson etc).

L'écriture de Corinne Maier est efficace, éloquente, et cet essai se lit très facilement. On s'instruit un peu, on médite et on rigole. Dommage qu'il soit un peu désordonné et redondants.

No Kid n'est en fait à charge contre personne. Il se veut même, quelque part rassurant. Pour les "Childfree" (sans enfant) : voyez à quel enfer vous avez échappé ! Pour les parents : ne culpabilisez pas d'être imparfaits, et profitez de l'enfance de vos rejetons, parce que ça passe drôlement vite !

PS : Si vous êtes parents sans sens de l'humour, évitez cette lecture qui est tout de même, comme dit sur la 4ème de couv', très politiquement incorrecte !

 

 

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Rédigé par Géraldine

Publié dans #Livres autres - divers

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Publié le 7 Novembre 2020

L'enfant céleste, roman, Maud Simonnot, rentrée littéraire septembre 2020, avis, chronique, critique, île de Ven, Suède, Tycho Brahe

Roman - Les éditions de l'Observatoire - 166 pages - 17 €

Parution le 19 août 2020 : Rentrée Littéraire

L'histoire : Sensible et rêveur, Célian ne s'épanouit pas à l'école. Sa mère, Mary peine à se remettre d'une rupture amoureuse. Ensemble, ils partent s'extraire du monde sur une petite île mystérieuse et mythique en mer Baltique : L'île de Ven. C'est sur Ven qu'a vécu Tycho Brahe, célèbre astronome du VIème siècle, qui y recartographia complètement le ciel. Tycho Brahe est aussi l'homme qui aurait inspiré Hamlet !

 

 

Tentation : Les conseils de ma nouvelle libraire

Fournisseur : Ma CB à ma nouvelle petite librairie

 

Mon humble avis : J'aime les histoires qui m'amènent en des lieux que je ne connais pas, voire même dont j'ignore l'existence, puisque tout est à découvrir et à imaginer. Et quand ce coin du monde est une île, je savoure encore plus. Avec ce roman, j'ai accompagné Mary et Célian sur l'île suédoise de Ven, qui fut en son temps Danoise et habitée par un scientifique renommé et déterminant, dont je n'avais jamais même entendu le nom : l'astrophysicien Tycho Brahe ! Un homme passionné au destin tragique, un homme à double face, contemporain de William Shakespeare qui se serait inspiré de lui pour créer la pièce d'Hamlet. Le roman de Maud Simonnot est bien documenté et assez érudit sur ces questions, mais dispense toujours une belle aura poétique.

L'histoire est assez classique mais elle est admirablement bien développée. L'écriture onctueuse la romancière enveloppe de sa délicatesse, de sa douce mélancolie, de son travail qui en fait un bijou bien poli. Elle convoque les sens qui s'exacerbent au coeur de cette nature isolée et préservée en pleine mer. On pourrait dire que "tout y est luxe, calme et volupté". Elle nous emmène dans les cieux étoilés avec poésie et onirisme.

Sur cet île, Mary et Célian vont s'apaiser... en menant en vie simple, calme, entourés de quelques îliens. La mère va évacuer les dernières douleurs d'une séparation amoureuse, et le fils va enfin trouver un environnement digne de lui, adapté à ses connaissances, sa curiosité, son envie d'en savoir toujours plus. Célian, l'enfant surdoué qui s'ennuie à l'école, va enfin s'épanouir simplement mais pleinement, aux contacts des éléments et de quelques personnes bien intentionnées, à l'écoute et surtout, qui ont du répondant instructif.

Avec ce magnifique roman (qui fit partie de la première sélection du Goncourt), Maud Simonnot nous murmure avec finesse et pudeur l'importance de prendre le temps d'observer l'infiniment grand comme l'infiniment petit, de découvrir ce qui est invisible à l'oeil pressé,  de percevoir le mouvement dans l'immobile ou l'immuable, d'être conscient de ce qui nous entoure. Il faut parfois s'extraire de notre monde qui ne laisse ni place ni temps au réel épanouissement individuel pour grandir, pour se défaire de ses blessures, renaître et se reconnecter autant à soi-même qu'au monde. La tête dressée vers le ciel permet de se dresser, de se redresser.

Un très beau roman, une parenthèse où fantasme et imaginaire n'ont pas de limite, et une ode à la nature... tout en douceur.

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Rédigé par Géraldine

Publié dans #Littérature française

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Publié le 5 Novembre 2020

BD, Bande dessinée, Madagascar, Jean Piso, enfance

BD - Editions La boîte à bulles - 128 pages - 22 €

 

Parution en 2015

L'histoire : Aujourd'hui, Jean Piso est l'accordéoniste attitré du groupe Ny Malagasy Orkestra, qui porte haut les couleurs de l'île de Madagascar à travers le monde. Geneviève Marot a fait sa connaissance alors qu'elle accompagnait le groupe sur la route, pour réaliser les visuels de leurs prochains CD et affiches. Jean Piso lui a conté son enfance, et notamment, sa découverte de l'accordéon.

 

 

Tentation : Couv' et dessins

Fournisseur : Bib N°3

 

 

Mon humble avis : Quelle perle que cet album qui aurait pu s'intituler "récit d'une enfance malgache".

Lorsque Jean Piso naît à Betioky, au Sud de Madagascar à proximité de Tuléar, tout le monde le croit mort et s'apprête à l'enterrer... C'est alors que le nouveau né émet un miaulement, qui lui donnera son surnom Jean Piso (chat en dialecte local).

Les dessins sont d'une splendeur et d'une fraîcheur inouïes. Des aquarelles sensibles si bien colorées qu'elles nous gardent captifs comme si nous nous trouvions dans un jardin d'Eden, un petit paradis antédiluvien, même si pauvreté et dénuement émergent de-ci delà... Un petit village malgache à partir des années 50. C'est l'enfant Jean Piso qui nous accueille en première page, avec quelques informations linguistiques, phonétiques (par exemple, on prononce Pissou et non Piso !) et culturelles qui nous permettent de mieux appréhender l'histoire de sa vie. Le reste de l'album est toujours narré par Piso enfin, mais teinté de l'homme qu'il est devenu.

Une enfance malgache donc, avec les bêtises, les ruses de gamins, les petits larcins, les jeux, le travail aux champs, l'école et les brimades physiques des maîtres, les bagarres entre les petits et les grands, des joies, des peines, des espoirs, des traditions, des célébrations, des croyances ancestrales, la sagesse des vieux.

Et pour Jean Piso, la découverte de l'accordéon (instrument issu de la colonisation et non local), et de son talent inégalable pour la musique. Un gamin qui a l'oreille parfaite et la musique dans la peau. Il créera avec d'autres gamins et le matériel de bord un petit groupe. Au fil du temps, Jean Pisou deviendra le célèbre accordéoniste de Tuléar. Puis sa célébrité s'étendra sur toute l'île malgache, mais aussi à travers le monde avec le groupe Ny Malagasy Orkestra ! D'ailleurs, l'album alterne époques et souvenirs d'enfance et scènes de tournées musicales internationales.

Bref, par cette magnifique bande dessinée, Geneviève Marto nous emmène pour un délicieux voyage exotique, tropical, culturel, et profondément humain. La relation qu'elle partage avec Jean Pisou est bien mise en valeur et démontre une belle complicité installée au fil des voyages de l'auteure, et l'envie de comprendre et de rendre compte au plus près de la réalité. A mettre dans toutes les mains, et surtout celles d'une certaine Fanja, à qui j'ai beaucoup pensé au fil de ces pages lumineuses. Une excellente et hasardeuse trouvaille de bibliothèque !

Et pour Jean Piso, la découverte de l'accordéon

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Rédigé par Géraldine

Publié dans #BD...

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Publié le 3 Novembre 2020

la disparue de la cabine N°10, Ruth Ware, thriller, avis, chronique, critique, croisière

Thriller - Editions Pocket - 457 pages - 8.20 €

Parution d'origine chez Fleuve Noir en 2018

L'histoire : Lo est "petite" journaliste dans un magazine de tourisme. Sa rédac chef étant enceinte, elle dépêche Lo pour la remplacer lors de croisière inaugurale sur un yatch de luxe : l'occasion pour Lo de gagner des galons !

Sauf que, lors de la première nuit à bord, Lo entend un cri dans la cabine voisine de la sienne, puis un "Plouf" et aperçoit une trace de sang sur la terrasse. A priori, voici Lo témoin d'un meurtre... Sauf qu'aucun passager ne manque à l'appel le lendemain et que le personnel de bord se montre très sceptique quant à l'histoire de Lo. Peu importe, Lo insiste... Sans doute un peu trop !

 

Tentation : Une invitation à une croisière !

Fournisseur : Les étagères d'Armelle, merci pour le prêt !

 

Mon humble avis : Etrange étrange... Sur internet, ce thriller a le vent en poupe et des avis battent pavillons plutôt bien positifs... Et le mien est plus que tempéré...

Pourtant, l'intrigue tient vraiment le cap ! On ne sait jamais comment sera la prochaine vague ni si les embruns éclabousseront au point de mener au frisson. Cependant elle se perd dans les filets de la rédaction, à moins que l'écueil résulte de la traduction. Quoiqu'il en soit le style m'a souvent donné le mal de mer... au point, par moments, que je veuille quitter le navire. Mais c'est un thriller, alors on s'accroche au bastingage jusqu'à connaitre le nom de l'éventuel coupable ! Le texte est irrégulier, truffé de répétitions et de quelques incohérences, développe un vocabulaire aussi peu varié qu'un banc de corail désaffecté, des coquilles, une pêche surabondante de verbes auxiliaires ou d'autres aussi peu iodés que "faire", "sentir", "aller"... Lo frisonne toutes les pages et demie, et sursaute de terreur presque aussi souvent. Parfois, les mêmes verbes ou noms communs se retrouvent dans des phrases accolées. Aussi énervant qu'une mèche de cheveux rabattue sur le visage par un vent du nord... Voilà ce qui m'a le plus empêchée de voguer "tranquillement" dans cette histoire.

D'ailleurs, on met bien du temps à monter à bord et à atteindre la pleine mer, le coeur du sujet. Le fameux "plouf" entendu par Lo n'advient qu'à la page 122 ! Auparavant, nous assistons au cambriolage que Lo doit affronter chez elle. Certes, il laisse quelques séquelles traumatiques sur l'héroïne, mais il n'est pas exploité vraiment par la suite. Donc une longue présentation des personnages qui, au final, donne l'impression d'écoper à l'envers. Un remplissage pour assurer un certain tonnage, oups, un certain nombre de pages. Et cela se poursuit ensuite avec les monologues intérieurs de Lo qui sont plus que redondants, qui coupent les déferlantes de tension que l'on pourrait se prendre dans la figure et donne au final une sensation de mer bien trop plate par rapport aux prévisions météo maritimes. En tant que lectrice, je n'ai pas tangué plus que ça, et globalement, même pas vraiment peur. A vouloir trop soigner et remplir son embarcation, la capitaine du navire perd plutôt ses passagers.

Heureusement, dans la huitième et dernière partie, la mer s'agite un peu, les balises entrevues ne sont que des chimères et toucher terre ne suffit pas à clore l'affaire, d'autres mésaventures et surprises attendent aussi bien Lo que les bouquineurs. L'arrivée au port est donc un peu plus glorieuse que la traversée. C'est vraiment dommage car je le répète, l'intrigue est bien pensée et manigancée, mais mal développée. Après, ce thriller se lit vite et divertit assez pour un après-midi sur la plage ! Et tout ceci n'est que mon humble avis !

 

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Rédigé par Géraldine

Publié dans #thrillers polars étrangers

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Publié le 1 Novembre 2020

 

UN DIMANCHE EN BORD DE MER EN ETE !
UN DIMANCHE EN BORD DE MER EN ETE !
UN DIMANCHE EN BORD DE MER EN ETE !
UN DIMANCHE EN BORD DE MER EN ETE !
UN DIMANCHE EN BORD DE MER EN ETE !
UN DIMANCHE EN BORD DE MER EN ETE !
UN DIMANCHE EN BORD DE MER EN ETE !
UN DIMANCHE EN BORD DE MER EN ETE !
A gauche au milieu... Un crapaud géant sur la plage !!!

A gauche au milieu... Un crapaud géant sur la plage !!!

UN DIMANCHE EN BORD DE MER EN ETE !
UN DIMANCHE EN BORD DE MER EN ETE !
UN DIMANCHE EN BORD DE MER EN ETE !
UN DIMANCHE EN BORD DE MER EN ETE !
UN DIMANCHE EN BORD DE MER EN ETE !
UN DIMANCHE EN BORD DE MER EN ETE !

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Rédigé par Géraldine

Publié dans #Voyage en Bretagne

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Publié le 30 Octobre 2020

BD, Paco roca, Les rues de sables, éditions delcourt, avis, chronique, critique

BD - Editions Delcourt - 96 pages - 15.50 €

Parution en 2009

L'histoire : Pour gagner quelques minutes, un homme pressé prend un raccourci en coupant par la vieille ville. Très vite, il se perd dans le dédale des rues et le voici pris dans un labyrinthe ponctué par de curieuses rencontres. Ce quartier n'a aucun sens, ses habitants non plus, qui semblent tous prisonniers ici depuis belle lurette. L'homme pressé, qui devient l'homme sans nom, réalise qu'il est lui aussi captif de cet étrange hôtel, dans ce quartier dans issue.

 

Tentation : Le nom de l'auteur

Fournisseur : Bib N°3

 

Mon humble avis : Excellente BD qui pourrait paraître "complètement barrée" mais qui ne l'est pas du tout. Ici, Paco Roca nous propose un voyage au fin fond de l'absurdie ! Il règne dans ses pages une atmosphère kafkaïenne et "Eaglelienne", genre hôtel California (you can check out whenever you want, but you can never leave !)

Notre personnage, homme plus ou moins mature, est en retard pour un rendez-vous bancaire avec sa chérie, rendez-vous qui doit aboutir à la signature d'un prêt pour l'achat d'un appartement. Lui est tranquillement entrain d'acheter une statue "Tintin" pour décorer le futur logement. Pressé donc, il entreprend de "couper" à travers la vieille ville. Il y sera encore le lendemain soir et les jours d'après, même s'il se pose dans le seul hôtel où il semble y avoir un peu de vie. Etrange vie tout de même, mais de la vie. Il y croise une factrice qui écrit elle-même les lettres qu'elle poste, un homme qui préfère se préparer et s'habituer à la mort en passant toutes ses saintes journées dans son cercueil, des chaudières qui ne tombent en panne que le dimanche, un homme qui collectionnent les portraits de lui-même par millier, un vieillard qui se prépare tous les jours ou presque pour s'échapper de l'hôtel depuis trente ans... J'en passe et des meilleurs. 

Certains voient dans cet album une mise en page et en images de la folie, une parabole quelque part. Certes, symboles et métaphores sont abondantes et sans doute libres d'interprétation pour les lecteurs. Pour moi, c'est une merveilleuse mise en abyme de l'Homme lui-même... L'Homme qui souffre de solitude alors qu'il vit en "circuit fermé". L'Homme qui attend que toutes les conditions idéales soient réunies pour avancer, réaliser un projet, foncer et qui, de ce fait, s'enlise dans le quotidien. L'Homme qui prétend s'enhardir mais qui n'ose rien. L'homme qui collectionne les objets en guise de souvenirs et qui oublie que ces derniers ne se résume pas à cela, mais qu'ils comportent des émotions, des partages, des sensations multiples. L'Homme qui à force de fermer les yeux, ne voit pas que souvent, la solution est devant lui. L'homme individualiste qui néglige le rôle qu'il a à jouer dans la vie de la collectivité. Et une collectivité vivante, c'est plein de solutions, mais surtout, plein de possibilité !

Il y a tout cela dans cette histoire "délirante" et très divertissante. Une BD aussi intelligente et enrichissante pour tout lecteur qui consentira à se poser, et à réfléchir sur la façon dont il aborde les événements, les non-événements, la vie, les envies et les rêves, tout comme les actes manqués ! Bref, cette BD est porte avant sur l'asservissement psychologique que la société et nous même nous imposons, et que parfois de mauvaise foi, nous portons pour responsable du carcan spatial dans lequel nous évoluons.

 Je conseille donc sans restriction ! 

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Rédigé par Géraldine

Publié dans #BD...

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Publié le 28 Octobre 2020

Cinéma, Albert Dupontel, Adieu les cons, film, Virginie Efira, avis, chronique, critique

Film d'Albert Dupontel

Avec Albert Dupontel, Virginie Efira, Nicolas Marié

 

Synopsis : Lorsque Suze Trappet apprend à 43 ans qu’elle est sérieusement malade, elle décide de partir à la recherche de l'enfant qu’elle a été forcée d'abandonner quand elle avait 15 ans.
Sa quête administrative va lui faire croiser JB, quinquagénaire en plein burn out, et M. Blin, archiviste aveugle d’un enthousiasme impressionnant. À eux trois, ils se lancent dans une quête aussi spectaculaire qu’improbable.

 

 

Mon humble avis : Ah, enfin une salle de ciné pleine ! (autant que la situation actuelle de distanciation sociale le permet). Ca fait du bien d'être plus qu'une poignée à regarder un film sur grand écran et à s'esclaffer de concert.

Mais on ne fait pas que rire dans cet excellent film de Dupontel. Car ici, on est vraiment dans une tragédie... Mais une tragédie burlesque qui oscille sans cesse entre rire et émotion bouleversante sur un rythme effréné... mais savamment dosé pour nous laisser le temps de vivre pleinement chaque sensation. C'est en fait une véritable farce cruelle et tendre que nous livre Albert Dupontel... Comme l'est la vie en fait. Ici, il réunit deux personnages paumés, abîmés : JB qui peut vivre mais ne le veut plus et Suze qui voudrait bien vivre mais ne le peut plus. Alliés dans une quête autant qu'une enquête, ils vont subir moult mésaventures et faire aussi de belles découvertes. Il y a un côté Bonnie and Clyde dans ce duo qui fonctionne à merveille. Et Monsieur Blin, l'aveugle qui l'accompagne n'est pas de trop pour transformer un film duo en trio savoureux.

De ce cynisme savoureux et de sa causticité légendaire, Dupontel montre doigt l'inhumanité et les aberrations de notre système : jeunisme, le tout connecté, le tout numérisé (en 3 clics on sait tout de vous) et surtout, l'inertie, l'opacité de l'administration française qui ne traite que des numéros et non des humains. La médecine, la police, les renseignements en prennent aussi pour leur grade

C'est curieux, Dupontel se dit plus doué pour l'image que pour écrire un texte, et pourtant, ces dialogues sont tous truculents, qu'ils soient décalés, touchants ou tendres et assumés. J'ai eu l'impression que les répliques faisaient mouche à tous les coups ! Quant à l'image, la mise en scène, les effets spéciaux, ils donnent une atmosphère aussi spectaculaire qu'onirique. Chapeau ! 

Que dire des interprètes ? Doués, lumineux, bouleversants, drôles sans le vouloir, donc sans en faire des caisses.

Bref, Dupontel n'a décidemment pas son pareil pour faire du drôle avec du désespéré et du désespéré avec du drôle, le tout en restant efficacement distrayant et cruellement réaliste ! Il frappe vraiment en plein de le 1000. Un énoooorme coup de coeur ce film unique et son auteur atypique ! Courez au cinoche, pendant que vous le pouvez encore ! Car en cette période, un tel bonbon acidulé fait un bien fou au ciné ! Et au moins pendant plus d'une heure et demi de bulle cinématographique, vous pouvez dire "Adieu les cons" !

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Rédigé par Géraldine

Publié dans #Cinéma Français

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Publié le 26 Octobre 2020

Beyrouk, Le tambour des larmes, littérature, Mauritanie, avis, chronique, blog, traditions

Roman -Editions Elyzad - 240 pages - 9.90 €

Parution en 2015

L'histoire : Une femme marche seule en pleine nuit, dans le désert Mauritanien. Elle s'appelle Rayhana, et elle emporte avec elle le tambour sacré de sa tribu. D'où vient-elle ? Où va-t'elle ? Que fuit-elle ?

Tentation : le pitch

Fournisseur : Ma CB

 

 

 

 

 

Littérature mauritanienne

Mon humble avis : J'ai acheté ce roman pour me préparer à mon voyage randonnée en Mauritanie de décembre prochain. Je l'ai commencé, et le lendemain, le voyagiste m'annonçait l'annulation (non surprenante) de ce même voyage. 

Mais je suis tout de même partie en Mauritanie avec Rayhana, et ai vécu ce pays de façon sans doute plus réelle, sans filtre, qu'en y mettant mes pieds de touriste, même si marcheuse. Certes, je n'ai pas eu chaud, je n'ai pas peiné dans le sable... Mais j'étais dans le coeur, dans le sang, dans les larmes, dans la révolte, dans la détresse de cette jeune bédouine en fuite. J'ai aperçu ce qu'était être une femme bédouine, issue d'une fameuse tribu, encore à notre époque.

Ce roman est très fort, puissant, dur. Localisé et en même temps, assez international (excepté sans doute les pays très industrialisés, et encore, le fond du sujet touche tout le monde, à différents degrés : la place de la femme et ses droits / non droits ici dans une société). Dans le tambour des larmes, il s'agit d'une société tribale, patriarcale.

Rahyana est une jeune fille lorsqu'elle "faute" avec un "étranger" de passage près de son campement. Les conséquences pour cette ingénue seront terribles et point de départ du roman. C'est Rahyana qui raconte son histoire, en alternant les chapitres sur sa fuite et ses rencontres, et les chapitres sur les longues et terribles épreuves qui l'ont conduite à fuir, en emmenant le tambour sacré de sa tribu, pour que tous ceux qui l'ont abimée en plein coeur souffrent dans ce qu'ils ont de plus hiératique et dans leur fierté.

Volontairement, je dévoile très peu cette bouleversante histoire. L'écriture est très agréable, teinté de poésie, de lyrisme ou d'onirisme qui s'accordent à merveille avec les lieux, les croyances de ces terres désertiques et brûlantes. J'ai été prise aux tripes par la détresse de cette jeune fille, et surtout, par son impuissance, malgré sa rébellion. J'ai tant espéré que sa quête ne soit pas veine. Mais le monde est cruel, ici, là-bas, partout.

Le tambour des larmes est très intéressant au-delà de son histoire humaine. Il permet d'apprendre beaucoup sur la vie tribale, les rites ancestraux, tantôt dignes, tantôt très éculés. Beyrouk confronte dans ces pages deux mondes opposés et pourtant si proches géographiquement : celui des tribus bédouines et celui des moyennes et grandes villes déjà dans l'hyper mondialisation et l'individualisme.

Je pouvais m'y attendre mais j'ai été choquée par l'hypocrisie et l'ambiguïté des coutumes tribales... La "sagesse" légendaire et la tradition de l'hospitalité sont tellement prégnantes... Et en même temps, une nouvelle vie est refusée. De même, j'ai peut-être naïvement découvert que la pratique de l'esclavage est encore monnaie courante en Mauritanie, malgré la loi qui l'interdit. Le mythe de la tribu nous fait parfois rêver, nous petits européens avides de grands espaces. Et pourtant, le poids de la vie communautaire y est aussi lourd que chez nous voire plus, et la vie bien plus âpre encore.

Un magnifique et envoutant roman et un pays méconnu à découvrir. Entre louange et magie du Sahara et dénonciation de secrets honteux. Une voix de l'Afrique, à travers celles des femmes.

 

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Rédigé par Géraldine

Publié dans #Littérature d'ailleurs

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Publié le 24 Octobre 2020

roman Ciao Bella, Serena Giuliano, Italie, avis, chronique, critique

Roman - Editions Pocket - 271 pages - 6.95 €

Parution d'origine au Cherche-Midi en mars 2019

L'histoire : Anna est angoisée phobique... De tout, de l'autoroute jusqu'aux pommes de terre germées ! Elle doit affronté une deuxième grossesse alors que son premier accouchement fut une véritable épreuve qui aurait pu mal finir. Aussi, la voilà à pousser la porte d'une psy et à fouiller les origines de ses phobies dans son enfance italienne, son déracinement, l'abandon de son père, les violences de celui-ci envers sa mère. C'est donc à une reconstruction que nous assistons au fils des séances psy et des années, jusqu'à un bel épanouissement !

 

 

Tentation : La blogo

Fournisseur : Les étagères d'Armelle, merci pour le prêt !

 

 

Mon humble avis : Cette aussi belle qu'intrigante couverture irrigue la blogo et les étals de librairies depuis plus d'un an. Aussi quand l'occasion de plonger dans ces pages s'est présentée, je me suis dit "Banco".

Et aucun regret, ne boudons pas le plaisir de se faire plaisir dans une relative légèreté. Je dis relative, car ce roman est bien plus profond qu'il n'y paraît. C'est d'ailleurs ce que semble nous dire la couverture : ne pas se fier aux apparences, et regardez bien sous la surface, où se cache la vérité des êtres et leur histoire.

Oui, le style peut paraître assez simple, mais il est soigné, agréable et vraiment pétillant. Il laisse une place de choix à l'humour, la dérision et l'autodérision. Aussi, entre deux passages très émouvants et même assez difficiles psychologiquement parlant, et bien on ne se prive pas de rire et d'apprécier les bons mots, les bonnes expressions de la romancière et sa façon de montrer du doigt les incohérences de notre époque. 

Chaque séance de psy est l'occasion pour Anna de plonger dans son passé et d'analyser son présent pour grandir et vivre mieux. Pour Serena Giuliano, c'est l'occasion d'aborder des sujets sensibles et actuels tels que la violence conjugale, l'inégalité des femmes, notamment dans le domaine professionnel, l'exil et l'intégration, le racisme. Suite à la séparation de ses parents, Anna l'adolescente italienne s'est retrouvée à vivre dans l'Est de la France. Aussi, ses souvenirs nous emmènent souvent en Italie et l'on goûte avec plaisir aux saveurs, au soleil, aux us et coutumes de cette région méditerranéenne.

Il a manifestement beaucoup d'autofiction dans ce livre. Car comme son personnage Anna, Serena Giuliano s'est fait connaître d'abord sur les réseaux sociaux puis via un blog dédié aux "Mamans en déroute". Ciao Bella est son premier roman, et je mettrais ma main au feu que cela ne sera pas le dernier.

Ciao Bella est donc un roman finement et astucieusement ficelé, qui alterne émotions et fous rires et cela fait du bien. Des personnages qui se relèvent et trouvent leur voie, qui n'oublient pas d'où ils viennent et qui vont apprendre à pardonner en écoutant l'autre, et en s'écoutant soi-même. On le déguste autant qu'on le dévore, donc cela mérite un coup de coeur pour une chouette histoire "décomplexante" et de bons moments de lecture !

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Rédigé par Géraldine

Publié dans #Littérature française

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Publié le 22 Octobre 2020

David Foenkinos, Littérature, Rentrée Littéraire 2020, La famille martin

Roman - Editions Gallimard - 240 pages - 19.50 €

Parution le 1er octobre 2020, Rentrée Littéraire

 

L'histoire : Le narrateur est romancier et subit une fâcheuse panne d'inspiration... Alors, il décide alors de descendre dans la rue : la première personne rencontrée deviendra l'héroïne de son prochain roman. Il s'exécute, rencontre Madeleine Tricot, qui lui présente sa fille, Valérie Martin. Le narrateur pénètre alors au coeur de cette famille (Valérie, Patrick, Lola et Jérémie) somme toute banale, ce qui ne sera pas sans conséquences.

 

 

Tentation :J'adore Foenkinos, je le guette, je l'attends

Fournisseur : Ma CB

Mon humble avis : Quel plaisir de retrouver l'univers charmant, frais, lunaire et décalé de David Foenkinos, sa fantaisie, ses manies d'écritures, ses sujets obsessionnels et son style bien à lui, son observation de détails qui semblent insignifiants mais qui, sous sa plume inimitable, deviennent des vérités capitales et souvent très drôles. Ces aspects-là s'étaient fait plus discrets dans les derniers opus de mon écrivain chouchou. 

La famille Martin est un roman original XXL, qui se déguste et se dévore en même temps. Certes, ce n'est pas le chef d'oeuvre du siècle mais le moment de lecture est savoureux, distrayant et très émouvant. J'ai lu sur la page FB de Gallimard que cette histoire est vraie, Foenkinos, lassé de la fiction, avait annoncé à son attachée de presse qu'il fonctionnerait ainsi pour son prochain roman. Après, où s'arrête la réalité de la fiction et la fiction de la réalité, je n'en n'ai aucune idée. Mais cette forme romanesque tient vraiment la route. La Famille Martin nous démontre évidemment que la réalité dépasse bien souvent l'imagination fictionnelle, et que tout le monde, vous, moi, peut devenir un personnage de roman. Il s'agit d'observer différemment, et de maîtriser l'exercice de l'écriture, du rythme etc... 

Et c'est ce qui va se passer dans ces pages, tant les confidences et l'évolution, voire les bouleversements qui surgissent dans la famille Martin dépassent les espoirs du romancier en quête d'inspiration ! Evidemment, pour notre narrateur, il n'est pas simple de rester neutre, de garder sa place d'observateur ! Bref, observer et recueillir l'intime sans y participer, dur, dur, notre romancier va être mis à rude épreuve. Et des personnages vivants et libres ne sont pas toujours évident à gérer !

Tout ceci ressemblerait presque à une chouette comédie de boulevard, sauf qu'en s'intéressant à des personnages réels, en entrant dans leur vie, Foenkinos est évidemment confronté à leur vrai quotidien, à leurs vrais problèmes... Qui peuvent être ceux de chacun d'entre nous : l'usure du couple, l'adolescence, le harcèlement moral et psychologique au travail, la routine, les souvenirs, les amours manqués. Foenkinos s'attaque donc avec justesse et fausse légèreté aux contradictions et maux sociétaux de notre époque. Mais n'ayez crainte, il n'oublie pas de nous parler d'amour, de la très belle relation touchante qu'il noue avec Madeleine. C'est vrai quoi, après tout, un auteur irait bien au bout du monde pour un de ses personnages ! Je n'en dis pas plus, et vous laisse découvrir.

Juste un petit bémol... j'ai trouvé quelques longueurs dans le schéma narratifs. En effet, chaque soir, l'auteur reporte par écrit ce qu'il a appris sur ces personnages. Sauf que juste avant, les rencontres avec ces derniers sont contées... Cela amène des redondances pas toujours utiles à mes yeux. Ah oui, j'allais oublier... Etant donnée la forme de ce "faux roman", il est évidemment souvent question du travail du romancier, la part de réalité et de fiction dans chaque livre.

En tout cas, ce fut un plaisir de retrouver mon chouchou dans cette histoire résolument optimiste et tendre ! Car non seulement, la famille Martin ne s'en sort pas mal, mais le romancier pense renouer avec la fiction... Ce qui annonce de belles heures de lecture dans les prochaines années !

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Rédigé par Géraldine

Publié dans #Littérature française

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