Publié le 20 Octobre 2020

Grégoire Delacourt, Danser au bord de l'abîme, roman, littérature, critique, avis, chronique

Roman - Editions Audiolib - 6h54 d'écoute - 19.45 €

Parution d'origine chez JC Lattès en décembre 2016

L'histoire : Emma vit à Bondues, travaille à Lille. Mère de trois enfants, elle dépasse juste la quarantaine. Lors d'un déjeuner dans une brasserie, elle croise le regard d'un homme. Aussitôt, elle sait. Elle sait qu'elle irait pour lui au bout du monde, au bout d'un monde, même s'il n'est pas très loin.

 

 

 

Tentation : Pourquoi pas

Fournisseur : La bib'

 

 

Mon humble avis : Il est plus subjectif que jamais ! Car je reconnais qu'il y a là une véritable oeuvre, formidablement écrite et l'antagonisme et la force dévastatrice des sentiments très bien analysés. Mais voilà, je ne suis pas (ou plus) faite pour ce genre de roman, à moins que ce soit ce genre de roman qui ne soit plus fait pour moi... Ce qui revient au même résultat.

Les histoires d'amours passionnelles ne m'émeuvent plus, pire, elles m'agacent... Surtout quand tout y est si délicat, si subtile, si contemplatif, si minimaliste dans les échanges, si implicite, si intérieur... et si maniéré dans les descriptions qui en sont données. Les lèvres à peine effleurer une fois décident de tout quitter : travail, enfants, mari. Personnellement, je trouve cela très romanesque... mais je n'y crois pas trop, où je ne comprends pas (plus), cette confiance aveugle et ce don total de soi. Ceci représente la première partie du roman, première partie qui n'est pas épargnée par les drames présents ou passés.

La deuxième partie n'est pas plus joyeuse et je l'ai vraiment subie, puisqu'elle m'a "obligée" à revivre une expérience douloureuse : une longue agonie suite à un cancer. Dans le livre, celui d'Olivier, le mari d'Emma. Dans ma vie, celle de mon père, il y a vingt-cinq ans... Que je n'ai pas su vivre correctement à l'époque (si toute fois il y a une façon correcte d'affronter ce genre de situation) et que je n'ai pas envie de revivre, même en littérature. Grégoire Delacourt ne lésine pas sur les détails de cet déchéance (in)humaine et pourtant, parvient à mettre de la poésie là où pour moi il n'y en a pas. Et que c'est long ! A croire que Grégoire Delacourt aime se regarder écrire. D'ailleurs, je n'ai pas apprécié le style de narration choisi par l'auteur... Un décompte numéraire qui annonce chaque petit chapitre, puis ensuite, un compte progressif jusqu'à la fin... Je n'en n'ai pas compris l'utilité, sauf que cela alourdit l'ensemble. Reste le parallèle avec l'histoire de la chèvre de Monsieur Seguin qui ne profite qu'une journée de sa liberté. Assez sympa.

Bref, je n'ai ressenti aucune empathie pour Emma, qui au contraire m'a agacée au plus haut point. Les personnages secondaires (surtout ceux de "L'hôtel de plein air) sont caricaturaux. Je n'ai pas adhéré à ce roman sur l'adultère, l'envie de liberté, la passion, le désir mais surtout la maladie et m'y suis ennuyée. Pas pour moi donc, trop irréaliste et trop de pathos. Pas d'émotion ni d'instruction à travers cette lecture pour moi. Dommage. J'avais tant aimé la fraîcheur "La liste de mes envies", je n'ai jamais retrouvé un tel plaisir de lecture avec les autres romans de Grégoire Delacourt qui j'ai pu lire depuis.

 

 

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Rédigé par Géraldine

Publié dans #Livres audio, lectures audio, #Littérature française

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Publié le 18 Octobre 2020

Cet été, j'ai découvert deux lacs très connus d'Ille et Vilaine (35), où je n'avais pas encore pris le temps d'aller !

Le premier, le lac de Trémelin sur la commune d'Iffendic.... pas très éloigné des légendes du roi Arthur. (Ouest de Rennes)

Le deuxième, l'Etang de Boulet, sur la commune de Feins, au nord de Rennes. Tous les deux possèdent une plage très vivante en été et appréciées pour la baignade. Mais le tour pédestre de ses lacs vous mènent  dans des havres de paix de toute beauté. Et, le soir venu, les plages redeviennent tranquilles, idéales pour un pique-nique entre amis ! Bref, des coins de nature accessibles et très reposant, tant pour le corps que pour l'esprit ! Des écrins de verdure !

UN DIMANCHE AU FIL DE L'EAU BRETONNE
Lac de Trémelin

Lac de Trémelin

UN DIMANCHE AU FIL DE L'EAU BRETONNE
UN DIMANCHE AU FIL DE L'EAU BRETONNE
UN DIMANCHE AU FIL DE L'EAU BRETONNE
Etang de Boulet !

Etang de Boulet !

UN DIMANCHE AU FIL DE L'EAU BRETONNE
UN DIMANCHE AU FIL DE L'EAU BRETONNE
UN DIMANCHE AU FIL DE L'EAU BRETONNE
UN DIMANCHE AU FIL DE L'EAU BRETONNE
UN DIMANCHE AU FIL DE L'EAU BRETONNE
UN DIMANCHE AU FIL DE L'EAU BRETONNE
UN DIMANCHE AU FIL DE L'EAU BRETONNE
UN DIMANCHE AU FIL DE L'EAU BRETONNE
UN DIMANCHE AU FIL DE L'EAU BRETONNE

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Rédigé par Géraldine

Publié dans #Voyage en Bretagne

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Publié le 16 Octobre 2020

Roman, Sophie Tal Men, Avis, chronique, critique, Qui ne se plante pas ne pousse jamais, bretagne, cap fréhel

Roman - Editions Livre de Poche -285 pages - 7.70 €

 

Parution d'origine chez Albin Michel en 2019

L'histoire : Avant que la maladie ne l'emporte, Jacqueline voudrait s'assurer que Margaux sa petite fille et Alexandre, son petit fils d'adoption, soient heureux, biens dans leur tête et dans leur vie, sur le bon chemin. Il y a un peu de travail, Jacqueline s'y emploie donc !

Tentation : Pourquoi pas, une si joyeuse couverture !

Fournisseur : Les étagères d'Armelle, merci pour le prêt !

 

 

 

 

Mon humble avis : Un roman où il est tant question de chocolat ne peut pas faire de mal ! Le chocolat, mon pêché mignon, noir à 72% et en carrés ! Bon, le chocolat de Margaux est un peu plus élaboré puisqu'elle est commerciale internationale pour son maître chocolatier de père. Il n'empêche, ce roman gourmand excite les papilles gustatives et nous offre, en bonus de fin, quelques recettes à expérimenter !

Quid de l'histoire en elle-même ? Je ne suis pas déçue, je n'attendais pas autre chose que ce que j'ai trouvé dans ces pages. Une lecture tranquillou, reposante, bon enfant, avec de belles valeurs morales, divertissantes, bref, agréable à lire... Mais qui ne révolutionne pas la littérature, d'ailleurs ce n'est pas son ambition. Le scénario de base est du style "déjà lu" et le développement relativement attendu et la fin... logique ! Mais peu importe... Toutes les littératures ont quelque chose à offrir ou à apporter. En l'occurrence, j'ai regardé ma vie à travers le prisme des mots de Sophie Tal Men et de ses personnages. Le titre déjà, peut être considérer comme étant à double sens... Oui, sans erreur, on n'apprend rien, on n'évolue pas... Et également, difficile de se déployer si l'on ne plante pas un minimum de racine. Et puis il y a le célèbre leitmotiv du roman : "La vie, c'est comme une boite de chocolats, on ne sait jamais sur quoi on va tomber". Sophie Tal Men décline en différentes versions la deuxième partie de la phrase... Et chacun est libre d'en faire autant... Et ma vie, depuis le déconfinement, est comme une boite de chocolat : pleine de possibilités, de saveurs, d'inconnu, de choses et de lieux à découvrir... Et ceci, presque sur mes genoux. En tout cas, dans un rayon de 150 kilomètres de chez moi, et j'avoue, je profite un max et découvre enfin correctement ma région, parce que j'en prends le temps de profiter et d'apprécier ce que j'ai près de chez moi, que je me plante un peu, je m'éparpille moins ! Bref, je pioche dans ma région comme dans une boite de chocolats ! Et je mets plein de petits extras dans mon ordinaire, comme conseillé par Jacqueline dans le roman. D'ailleurs, une bonne partie de cette histoire se déroule dans les environs du Cap Fréhel en Bretagne où je suis retournée il y a quelques jours... Donc visualisation totale des lieux pour moi !

Je ne vais pas ergoter dans un sens ou dans l'autre : une lecture sympathique entre deux romans plus conséquents.

 

La fameuse fauconnerie du Cap Fréhel... Désertée de ses occupants en cette saison !

La fameuse fauconnerie du Cap Fréhel... Désertée de ses occupants en cette saison !

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Rédigé par Géraldine

Publié dans #Littérature française

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Publié le 14 Octobre 2020

2084 la fin du monde, roman, avis, chronique, religion, critique, islam radical, Boualem Sansal, dictature

Roman - Editions Ecoutez lire - 7h56 d'écoute - 18.99 €

Parution d'origine chez Gallimard en 2015

L'histoire : L'Abistan, immense empire, tire son nom du prophète Abi, "délégué" de Yölah sur terre. Son système est fondé sur l'amnésie et la soumission au dieu unique. Le personnage central, Ati, met en doute les certitudes imposées. Il se lance dans une enquête sur l'existence d'un peuple de renégats, qui vit dans des ghettos, sans le recours de la Religion...

Tentation : La blogo à l'époque

Fournisseur : Bib N°3

Mon humble avis : Il y a dans ce titre une référence évidente à 1984, de George Orwell... Que je n'ai toujours pas lu, donc je ne ferai aucun autre parallèle entre ces deux oeuvres dans ce billet.

Difficile de chroniquer un tel roman, quelque part trop cérébral et alambiqué par rapport à ce que je suis. La narration, assez nébuleuse n'est d'ailleurs pas évidente à suivre. Elle nécessite une grande concentration, notamment pour repérer chaque personnage et les situer dans la "hiérarchie" de l'Abistan. Dans ce cas, la lecture audio, qui empêche les retours faciles aux pages précédentes, n'est sans doute pas idéale. Pour être honnête, j'ai fini par renoncer à suivre les tenants et les aboutissants de l'histoire, les pérégrinations d'Ati et de son compagnon, et leurs multiples rencontres. Bref, je serais bien incapable de raconter ce livre si l'on me le demandait.

Et pourtant, j'ai pris un plaisir immense à cette lecture ! Etrange non ?! C'est que le sujet de fond me passionnait, et que j'étais admirative du talent de l'auteur pour mettre en mots, en humour, en puissance, en absurde, en glace, en sagesse, en rage, tous les faits qu'il évoque et dénonce. Chaque paragraphe énonçant et expliquant un nouvel aspect des dictatures, avant tout religieuses ici (mais cela peut aussi fonctionner sans dieu (la preuve en Corée du Nord), me lançait comme des décharges inspirantes et invitantes à la réflexion, au développement. En quelques sortes, j'ai eu l'impression d'un flash back dans mes années philo du lycée. Si je n'avais écouté ce livre en me baladant, j'aurais répondu aux démangeaisons de mon cerveau qui turbinait, qui s'éclatait dans toutes ses réflexions et de mes doigts : j'aurais ressorti des copies doubles, un stylo plume, et je me serais éclatée à disserter des heures sur ces sujets.

Dans ce roman d'anticipation, conte philosophique moderne, Boualem Sansal invente un Etat théocratique. A travers l'histoire, le quotidien et les réflexions de ses personnages, Sansal dénonce ces dictatures religieuses, et surtout, l'extrémisme religieux sous toutes ses formes et toutes ses conséquences. Certes, on comprend très vite que c'est l'Islamisme qui est pointé du doigts - puisqu'hélas, des actes rappellent ceux de Daesh - mais les critiques de l'auteur s'adaptent à toute religion monothéiste, donc aussi au catholicisme. Pour détailler la mise en place et le fonctionnement de ses dictatures, Boualem Sansal développe de nouveau sujet telle que le pouvoir, la soumission, pensée unique, l'ignorance, la mécréance, la croyance, la foi, la peur, la domination, pensée, contre-pensée, la délation, liberté, aveuglement, répression, révolte, confort de la méconnaissance, manipulation, frontière, guerre, mensonge, j'en passe et des meilleurs. Ca commence en 2084, mais bien des réalités sont actuelles, ou s'adaptent hélas déjà très bien à notre époque.

2084. La fin du monde... Un étrange roman aussi riche que confus où il est difficile d'y voir clair et où, pourtant, le message est d'une limpidité lumineuse et brillante. Pas impossible que je me l'achète en version papier, pour m'y replonger à des endroits précis, et laisser mon cerveau s'éclater, à se faire des noeuds, à sursauter de clairvoyance, à développer les évidences pour son propre plaisir !

« ... nous avons inventé un monde si absurde qu’il nous faut nous-mêmes l’être chaque jour un peu plus pour seulement retrouver notre place de la veille » 

« Les plus dangereux sont ceux qui ne rêvent pas, ils ont l'âme glacée… »

"La religion fait peut-être aimer Dieu mais rien n'est plus fort qu'elle pour faire détester l'homme et haïr l'humanité."

"La patience est l'autre nom de la foi, elle est le chemin et le but, tel était l'enseignement premier, au même titre que l'obéissance et la soumission, qui faisaient le bon croyant."

"Mécroire, c'est refuser une croyance dans laquelle on est inscrit d'office"

"Croire que l'avenir nous appartient parce qu'on sait est une erreur courante."

"La soumission engendre la révolte et la révolte engendre la soumission : il faut cela, ce couple indissoluble, pour que la conscience de soi existe."

 

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Rédigé par Géraldine

Publié dans #Livres audio, lectures audio, #Littérature française

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Publié le 12 Octobre 2020

Film d'animation Josep, Espagne, Franquisme, Aurel, réfugiés espagnols

Film d'Aurel

Avec les voix de Sergio Lopez, Valérie Lemercier, Gérard Hernandez, Bruno Solo

 

Synopsis : Février 1939. Submergé par le flot de Républicains fuyant la dictature franquiste, le gouvernement français les parque dans des camps. Deux hommes séparés par les barbelés vont se lier d’amitié. L’un est gendarme, l’autre est dessinateur. De Barcelone à New York, l'histoire vraie de Josep Bartolí, combattant antifranquiste et artiste d'exception.

 

 

Mon humble avis : Un OVNI dans les salles françaises... A l'époque où les films d'animation son sur-vitamités, sur-colorés, sur-pixelisés, sur réalistes au point qu'on ne sait parfois plus distinguer le réel de l'animation, voici Josep, qui nous fait faire un bond en arrière, tant dans le temps et l'époque décrite (1939), que dans la méthode... Comme si l'on revenait aux origines de l'animation. D'ailleurs, l'effet est très étrange et au début, il faut tout de même un petit temps d'adaptation à cette animation lente, saccadée, parfois immobile.  En fait, une fois que l'on est immergée dans l'histoire, car bien sûr, on ne peut que l'être, on a vraiment l'impression de lire une bande dessinée, de parcourir chaque planche avec attention et presque de tourner les pages soi-même. Et évidemment, tout cela devient comme magique, intimiste. Les décors et paysages sont minimalistes et pourtant, ils semblent prendre de la place et jouer leur rôle de sensation d'étouffement, de froid, de faim, de temps qui passe, d'ennui, de violence, d'horreur. 

L'histoire est intéressante, elle permet de prendre réellement conscience de ce que furent les camps de la honte en France, leurs conditions de non vie, le comportement ignoble de certains français...

L'histoire est aussi émouvante, poignante et passionnante. Il y règne un certain suspense et l'on ne peut qu'être touché par le destin des personnages. 

Mais surtout, l'histoire est très habilement construite et présentée, en prenant le postulat des souvenirs d'un vieillard narré à son petit-fils qui découvre ainsi tant le passé de son grand-père, qu'une partie de l'Histoire de France. On est donc dans la transmission. Un film d'animation magnifique à voir, pour que rien ne tombe dans l'oubli, qui rend hommage à l'artiste et résistant Josep Bartoli, et qui place bien le dessin et le crayon comme un outils de résistance.

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Rédigé par Géraldine

Publié dans #Cinéma Français

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Publié le 10 Octobre 2020

Sorj Chalandon, la légende de nos pères, roman, critique, avis, chronique, résistance, deuxième guerre mondiale.

Roman - Editions Livre de Poche - 254 pages - 7.20 €

Parution d'origine chez Grasset en 2009

L'histoire : Mr Frémaux est biographe. Il met en forme et en mots les vies que ses clients lui racontent. Il est aussi le fils de "Brumaire", un ancien résistant décédé vingt-six ans plus tôt. Il n'a jamais rien su des exploits de son taiseux de père. Lupuline le contacte : elle souhaite que Frémaux rédige la biographie de Beuzaboc, son père âgé de 83 ans, pour témoigner de ses multiples actions de soldat de l'ombre durant la deuxième Guerre Mondiale. Frémaux rencontre Beuzaboc une heure chaque semaine, écoute, écrit... Et s'interroge. Il doute. Quelque chose ne tourne pas rond... 

 

 

Tentation : Ma PAL

Fournisseur : Ma PAL

Mon humble avis : Cela fait si longtemps que j'attendais une lecture qui agisse autant sur moi, qui m'ébranle, et la voici ! Alors qu'elle m'attendait dans ma PAL depuis huit ans ! Un roman brillant, brûlant, puissant.

La magie Chalandon a de nouveau opéré, comme avant, dès les premières phrases, courtes, qui frappent, qui nous aspirent, et qui inspirent de suite un silence respectueux... comme si l'on pénétrait dans un mausolée. Et puis il y a ces mots choisis qui claquent, que l'on est étonné de voir accolés et qui confirment que nous sommes dans de la très belle littérature. Nous voilà captifs de cette histoire qui se déroule dans une touffeur épaisse, alourdie par la canicule de l'été 2003, qui semblait tout figer, ralentir et exacerber. Les rencontres hebdomadaires entre le biographe et son client se tiennent dans l'appartement de ce dernier : les volets sont clos pour que ne pénètre pas la chaleur, il fait sombre, un ventilateur ne ventile pas grand-chose, pas même les silences ni la tension qui s'installe. Le vieux est dans son fauteuil. Il raconte. Mais il ne semble pas être là, dans ce passé aussi héroïque que douloureux qu'il évoque. Le biographe s'interroge. Que se passe-t-il ? Où sont les tripes et la sueur du vécu ? Au fils des séances, c'est vers un bras de fer et un chaos que les deux hommes se dirigent. Le lecteur retient son souffle, car il règne un réel suspense, et s'interroge sur les motivations de Beuzboc et de sa fille. Se jouent-ils de Frémaux ou au contraire, lui permettent-ils de retrouver les traces de son père défunt ? Tout est poignant, tout est juste.

Pourquoi ce roman m'a-t-il tant remuée ? Déjà, parce qu'il se tient à Lille et ses environs, ma région d'origine, mes racines, mon sang, ma façon d'être. Et j'ai pris conscience que je ne me suis jamais vraiment interrogée sur ce qu'y était la vie pendant la deuxième Guerre Mondiale, sur les grands agissements de la résistance, les drames, les massacres qui y ont eu lieu... A l'école, on vous apprend Pearl Harbour mais pas les faits de votre région... ces faits qu'ont vécu nos grands-parents (pour qui est de ma génération). Mes deux grands-pères ont fait la guerre. Mais de leur guerre je ne sais rien, sauf qu'ils ont été faits prisonnier en Allemagne. Une phrase pour une guerre de cinq ans et deux grands-pères. Ce vide, cette méconnaissance m'a soudain pris à la gorge et m'a donné le vertige, comme devant un gouffre. Qu'ont-ils subi au jour le jour, avant, pendant, après qu'ils soient prisonniers. Je me suis même demandé : "ont ils dû tuer" ? Est-ce que cela les a hantés jusqu'à leurs derniers souffles ? Rien, je ne sais rien, parce que la vie est mal faite. A l'âge où j'aurais pu questionner mes grands-pères, saisir l'importance de ce qu'ils avaient traversé et les conséquences sur ma propre liberté de vie, ils n'étaient plus. J'étais en primaire (CE2, puis CM1 pour mon grand-père paternel). Trop jeune pour m'intéresser, et puis sans doute aussi que la société en général cherchait alors à protéger sa jeunesse de l'horreur qui n'était pas encore si lointaine dans le temps ? J'ai l'impression que lorsqu'on est gamin, si on a la chance de ne pas vivre la guerre, on ne la conceptualise pas du tout. Je le regrette infiniment, mais Chalandon recouvre ici quelques brèches. Bref, les visages de mes grands-pères m'ont accompagnée tout au long de ma lecture.

Au-delà des sujets de la résistance et de la transmission entre les générations, les sujets majeurs de ce roman sont évidemment le mensonge et son contraire, la vérité. Quand l'une prend la place de l'autre, ou se confond avec son opposé. Le mensonge est il tout de même un crime s'il permet de rendre hommage aux oubliés, aux discrets, s'il leur redonne vie ? Comment se sortir d'un mensonge qui vous a construit aux yeux des autres ? Faut-il en sortir, s'il apporte un certain confort à l'entourage, qui lui aussi s'est édifié sans le savoir autour de celui-ci ? Vraiment ? Et si tout n'était que légende, et que, c'est bien connu, une légende sert toujours une vérité ? Toutes les réponses dans ce bouleversant roman de Maître Chalandon ! 

 

 

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Rédigé par Géraldine

Publié dans #Littérature française

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Publié le 8 Octobre 2020

cinéma, film, Kajillionaire, avis, chronique, critique

Film de Miranda July

Avec Evan Rachel Wood, Gina Rodriguez, Richard Jenkins

 

Synopsis : Theresa et Robert ont passé 26 ans à former leur fille unique, Old Dolio, à escroquer, arnaquer et voler à chaque occasion. Au cours d'un cambriolage conçu à la hâte, ils proposent à une jolie inconnue ingénue, Mélanie, de les rejoindre, bouleversant complètement la routine d'Old Dolio.

Mon humble avis : J'aime les films portant sur les arnaqueurs. Voilà pourquoi Kajillionaire me tentait. Sauf qu'ici, il s'agit de petites arnaques plutôt menées par une famille de loosers  peu dégourdis. Donc rien de glamour et pas de haut vol ! Quelque part, les personnages manquent d'envergure et d'ambition dans leur supposé "art de vivre". En fait, ils sont très incongrus, on a du mal à deviner ce qu'ils sont vraiment, et de ce fait, on éprouve assez peu d'empathie, excepté pour Old Dolio quand elle s'éveille tout doucement à ce que devrait être la vraie vie.

Kajillionaire est un film vraiment original, jusque dans la mise en scène avec cadrages, décors et lumières qui mélangent le surréalisme et le glauque. Cette famille vit vraiment hors du monde mais au milieu de celui-ci. Etrange impression.

C'est une histoire d'enfermement familial, limite d'addiction familiale : malgré la toxicité des relations, impossible de s'en passer. Mais ici, la réalisatrice va très fort : les sentiments semblent acquis par le lien du sang mais aucun des membres de cette famille ne semble les avoir interrogés, questionnés, analysés jusqu'à l'intrusion de Mélanie dans leur trio. Et c'est vrai que l'on souffre pour Old Dolio, quand elle réalise pas à pas tout ce qu'elle n'a pas reçu dans sa vie : amour, tendresse, délicatesse, protection, enfance, insouciance. Finalement, avec un peu de recul, je trouve ce personnage très touchant malgré son aspect extrêmement cinématographique. Quelques images sont même assez poignantes. C'est Old Dolio qui porte le l'histoire.

Je dirai que la bande-annonce survend (une fois de plus) tout de même le film, qui n'est pas drôle hormis les quelques passages déjà connus par la B.A. On est dans un drame où l'on espère que certains personnages vont connaitre une rédemption et d'autres l'émancipation... Mais les crapauds, dans un sacré pied de nez, ne se métamorphosent pas en princes parents charmants !

Kajillionaire mélange l'absurde, le farfelu, le grinçant et le drame souffre cependant d'une longue mise en route et d'un rythme inégal. Mais il se laisse regarder et apprécier pour son originalité. Mais un peu plus d'épices l'aurait rendu plus intéressant et accrocheur.

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Rédigé par Géraldine

Publié dans #Cinéma d'ailleurs

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Publié le 6 Octobre 2020

BD, Bande Dessinée, La tragédie Brune, nazisme

BD - Editions Les Arènes - 126 pages - 20 €

Parution en Mai 2018

 

Le sujet :  Christophe Gaultier et Thomas Cadène s'attachent à mettre en scène le plus fidèlement possible le témoignage d'un homme qui, dès 1934, va alerter le monde sur la catastrophe à venir. En 1934, Xavier de Hauteclocque, grand reporter, publie La Tragédie brune, écrit à la suite de son voyage en Allemagne en novembre 1933. Ce germanophile y décrit un pays remodelé par la politique nazie. Son regard s'attarde là où d'autres ferment les yeux, ses pas le conduisent là où peu s'aventurent et, finalement, sa plume décrit ce que beaucoup préfèrent ignorer.

 

Tentation : Le pitch

Fournisseur : La bib

 

 

Mon humble avis : Cette bande dessinée permet au grand public de prendre facilement connaissance de l'histoire vraie, vécue par le journaliste français Xavier de Hauteclocque dans les années 1933-1934 lors de deux voyages en Allemagne... Avant que celui-ci soit assassiné par les nazis. Les auteurs de cet album se sont inspirés des écrits de Houteclocque, parus sous le même titre en 1934. D'ailleurs, les premières pages de ces récits concluent cet album dans un "cahier".

La tragédie brune est donc forcément une oeuvre intéressante et instructive... Qui fait aussi froid dans le dos... En effet, d'où nous sommes placés dans l'Histoire, nous n'ignorons pas l'horreur qui se déroulera quelques années plus tard, malgré les alertes de Xavier de Hauteclocques qui n'ont pas été entendues par ni les dirigeants d'alors, ni par l'opinion publique. En effet, le journaliste français avait parfaitement décrit le régime nazi qu'il a vu lui-même s'installer en si peu de temps. Quelques mois séparent deux de ses voyages en Allemagne et pourtant, il ne reconnait plus le pays qu'il aime tant lors de son deuxième voyage. Ses contacts ne lui parlent plus, plus personne n'accepte de témoigner. Il est déjà question de camps, d'enlèvements de juifs, d'exécutions, de délations, persécutions etc... Bref, tout le monde se méfie de son voisin. L'endoctrinement est déjà bien mis en place à force d'une propagande qui ne laisse pas tellement le choix...

Cet album retrace donc ce fameux voyage de Xavier Hauteclocques qui fera preuve d'une opiniâtreté incroyable pour découvrir l'indicible et témoigner. La lecture est simple et éloquente. Les dessins sont tout à fait adéquats pour ce sujet, sombres mais réussis. Mon seul bémol ira aux visages des protagonistes, très anguleux, qui parfois rendent difficile la distinction de l'un et de l'autre.

Un ouvrage à lire et à faire lire évidemment, car n'oublions pas que, de par le monde, l'Histoire est parfois un perpétuel recommencement.

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Rédigé par Géraldine

Publié dans #BD...

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Publié le 4 Octobre 2020

C'était en juillet... J'ai réalisé un projet vieux de 10 ans à 6 km de chez moi... Comme quoi, il s'agit parfois juste de prendre le temps et que les conditions se réunissent.

A Rennes, il y a un très grand parc bien boisé, avec de beaux plans d'eau, nommé les Gayeulles. C'est un lieu propice pour les pique-niques, les barbecues, la marche, le footing, le farniente. Parfois, s'y déroule des animations comme pièces de théâtre, petits concerts ou autre. Bref, un lieu ou l'on peut trouver convivialité ou tranquillité. Les Gayeulles sont à Rennes ce que Central Park est à New York et Hide Park à Londres !

Je sais depuis toujours que le soir et au crépuscule, des centaines de lapins quittent leurs terriers et gambadent dans les prairies. Depuis toujours, je voulais me faire une soirée safari photos thème "lapinou... et autre" ! Soirée hautement dangereuse car je me suis fait attaquée par des fourmis !!! Allongée que j'étais dans l'herbe pour observer au plus près un lapinou, je me suis étendue sur LE nid de fourmis du coin ! A part cet incident, j'ai passé une soirée délicieuse, jusqu'à ce l'obscurité me fasse rentrer chez moi !

 

UN DIMANCHE NATURE AUX GAYEULLES
UN DIMANCHE NATURE AUX GAYEULLES
UN DIMANCHE NATURE AUX GAYEULLES
UN DIMANCHE NATURE AUX GAYEULLES
UN DIMANCHE NATURE AUX GAYEULLES
UN DIMANCHE NATURE AUX GAYEULLES
UN DIMANCHE NATURE AUX GAYEULLES
UN DIMANCHE NATURE AUX GAYEULLES
UN DIMANCHE NATURE AUX GAYEULLES
UN DIMANCHE NATURE AUX GAYEULLES
UN DIMANCHE NATURE AUX GAYEULLES
UN DIMANCHE NATURE AUX GAYEULLES
UN DIMANCHE NATURE AUX GAYEULLES
UN DIMANCHE NATURE AUX GAYEULLES

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Rédigé par Géraldine

Publié dans #Mes couleurs du monde

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Publié le 2 Octobre 2020

Littérature américaine, Philippe Roth, Un homme, avis, critique

Roman - Editions Folio - 182 pages - 7.50 €

Parution d'origine chez Gallimard en 2007

 

L'histoire s'ouvre sur les funérailles d'un homme de 71 ans... Sont présents quelques proches dans ce vieux cimetière juif à l'abandon près de Newark. Quelles furent sa jeunesse, sa vie d'adulte, sa vieillesse ? C'est à ces questions que répond ce vingt-septième roman de Philip Roth.

 

Tentation : Ma PAL

Fournisseur : Ma PAL

 

 

Mon humble avis : Philip Roth, encore un auteur qui est entré bien vivant dans ma PAL et qui en sort décédé il y a un peu plus d'un an... Et voici que je l'effleure avec un roman portant sur un sujet délicat : la vieillesse, qu'il a forcément vécue et d'ailleurs dont il témoigne, même si j'ignore s'il y a de l'autofiction dans ces pages, il y a certainement un peu de lui disséminé de-ci-delà (ne serait-ce que dans la pathologie cardiaque évoquée ici) Philip Roth a écrit cette histoire à l'âge de son personnage septuagénaire.

Philip Roth décrit et décrypte sans concession la grande descente inéluctable de la vie, et sa fin qui s'accélère alors que le corps ralentit. Tout rétrécit, le temps, le corps et ses artères, les possibilités. C'est l'heure où l'homme n'est plus actif et se retrouve libre de mener ses projets de longues dates. Sauf que l'énergie et les illusions, en autre d'un potentiel talent, s'amenuisent. Dans la famille, il est logiquement le prochain sur la liste et les amis et les relations disparaissent au fur et à mesure, tous victimes du même sort terrestre. C'est en quelque sorte la vie de Monsieur Toutlemonde que Philippe Roth nous narre de ses mots choisis, sans artifice, sans contour ni autres faux-semblants que ceux de la vie, dans un style limpide, qui ne verse pas dans le pathos, puisque Roth reste le plus souvent dans le constat. Une plume relativement neutre mais qui émeut beaucoup, puisqu'elle évoque l'inexorable issue tant collective qu'individuelle.

Ainsi, le personnage "Mr Toutlemonde" de Un Homme n'est pas nommé. Il peut-être une multitude d'entre nous tout en restant unique, comme l'est chaque individu, même si des similarités rapprochent. L'homme est donc au crépuscule de sa vie... une vie assez courante, presque banale. Une enfance dans une famille unie, des parents aimants, un frère aîné protecteur à qui tout réussi, tant dans les capacités sportives que dans l'univers de la finance. Puis deux garçons d'un premier mariage, une fille d'un second. Vint ensuite un très court troisième mariage, pour cacher un crime de chair... Et durant toute ces années, une très respectable carrière dans la publicité. Une vie faite de choix mais aussi de pulsions, qui ont pour conséquences, des décennies plus tard, de le laisser bien seul. Il doit désormais affronter la solitude et l'inactivité, en plus de sérieux problèmes de santé depuis ses plus jeunes années. Même son cher frère, il a réussi à s'en éloigner, par jalousie... Le frère qui n'a jamais connu un lit d'hôpital et qui garde les mêmes carrure et énergie malgré les années. Il n'a donc plus que cela à faire : repenser sa vie, ses regrets, ses remords, tenter de l'imaginer à travers les regards de ses proches et comprendre leurs reprochent... Et si possible, réparer ce qui est réparable, quand le corps ne l'est plus.

Un beau roman, sobre et sombre mais happant. Et même si j'espère ne pas être encore concernée par ce que traverse le personnage, j'ai tout de même observé le miroir qui m'était tendu pour réfléchir à mes choix passés et présents et leurs conséquences que je pense maîtriser actuellement, mais qu'en sera-t-il dans 25 ans ?

Je suis heureuse de cette lecture, moi qui suis si frileuse à me pencher sur les très grands auteurs américains qui souvent ne me conviennent pas (à moins que je ne choisisse pas les bons titres). En tout cas, Un homme me donne envie de mieux connaître l'écrivain Philip Roth, qui a n'en point douter, ne tombera pas de sitôt dans les oubliettes.

 

 

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Rédigé par Géraldine

Publié dans #Littérature d'ailleurs

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