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Publié le 10 Décembre 2011

 

Chadhortt Djavann, une romancière iranienne qui écrit en Français. Son dernier roman " Je ne suis pas celle que je suis" est paru chez Flammarion pour la récente rentrée littéaire. Il suit le destin de 2 femmes, une en Iran sous le régime des mollahs et une autre, quelques années plus tard à Paris... qui à grand renfort de psychalyse, essaie de se débarasser de son passé, ou du moins de l'apprivoiser. Un livre qui plonge donc le lecteur au coeur d'un régime théocratique barbare et qui rappelle que la liberté individuelle devrait être un droit....

 

J'ai chroniqué de livre ici et par un concours simple, ai fait gagner deux exemplaires de ce livre, en partenariat avec Flammarion.

 

 

Chahdortt Djavann a eu l'extrême gentillesse de répondre à mes questions.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Puisque vous n'êtes pas celle que vous êtes, qui êtes vous Chahdortt ?

CD : Nul n’est une seule personne.  « Je est un autre. » Il est difficile de dire qui l’on est. L’être humain est un être par essence insaisissable. Les adjectifs positifs ou négatifs qu’on emploie pour décrire un être ne disent pas qui il est mais comment il est. Incontestablement, je suis un être humain, une femme et une écrivaine. 

 

 

Comment êtes vous devenue romancière en France et en français ? Quel chemin avez vous suivi ?

CD : J’ai toujours voulu devenir un écrivain, dès l’enfance. Je voulais aussi être une grande scientifique, astronome, mais le régime de Khomeiny a fait avorter mon désir. J’ai commencé à écrire des courts poèmes en français dès ma deuxième année en France, à l’époque où je ne parlais pas encore correctement la langue. J’avais ça en moi, dans mon sang ! et le reste est du travail. Il n’y a pas de miracle. Rien ne tombe du ciel, à part la pluie et la neige ou parfois de la grêle !

 

 

Comment et pourquoi décide-t-on de stopper un roman à tel moment, à tel endroit ? 

CD : Ca s’impose sans que je le décide vraiment. Je sens que c’est le moment, c’est l’endroit. Et puis, il y a une sorte de tarissement qu’on ressent, au moins momentanément, le temps qu’on soit porteur d’un autre roman.

 

 

Quels liens entretenez vous avec l'Iran actuelle. L'autre jour, lors d'une conférence, Douglas Kennedy disait : "Son pays, c'est comme sa famille,  c'est sa dispute perpétuelle." Votre pays reste-t-il l'Iran ou est il devenu la France ? 

CD : Je ne suis pas à une terre. Même si j’ai écrit dans mon premier roman que l’Iran restera toujours le pays de mes souffrances. Je ne renie rien, je ne rejette pas mes origines, elles sont en moi et où que j’aille. Ma patrie est mon écriture et elle est en français. Ma terre est ma romance, mon histoire.

 

  

Vous vivez en France depuis une vingtaine d'année, après en avoir vécu autant dans un pays totalitaire et théocratique... Lorsque l'on arrive en Europe, en pays libre, sait-on quoi faire de cette soudaine et inhabituelle liberté ? S’habitue-t-on à la liberté ou garde -t-on d'anciens réflexes liés à la peur des dirigeants entre autre ? 

CD : Il faut beaucoup de temps et un vrai travail sur soi pour se libérer d’une éducation dogmatique, même lorsqu’on a grandi dans une famille iranienne libérale.  La liberté, elle devient aussitôt un fardeau, une angoisse. Il faut gérer la liberté, en faire quelque chose. Construire, créer…. Et puis la liberté n’est pas le gage du bonheur ! ça ne l’a jamais été. C’est ainsi. C’est comme la santé, il vaut mieux l’avoir, mais en rien, hélas, elle n’apporte le bonheur. En outre, votre liberté n’est pas grande et ne vous laisse pas beaucoup de marge de manœuvre lorsque vous êtes dans le besoin matériel.

 

 

 

En quelques mots, quelle est la situation politique de l'Iran d'aujourd'hui (on connait bien le visage du président et la crainte internationale qu'il inspire), mais sur place, qu'en est il au sujet des libertés individuelles et des droits de la femme ? La condition féminine a-t-elle évoluée là-bas ces 20 dernières années ? (nos médias nous offrent bien quelques images de femmes entièrement voilées, mais qu'en est il réellement .?

CD : La situation est explosive et de tout point de vue elle va de pire en pire. Certaines Iraniennes ont répandu en Occident des mensonges en faveur du régime. Comme par exemple le fait que 65% des étudiants seraient des filles dans les universités en Iran. Ceci n’est pas le cas dans des pays démocratiques, ni en Amérique, ni dans les pays européens. Comment voulez-vous que ça soit le cas en Iran où il y a des quotas bien plus inférieurs pour les filles que pour les garçons. Et puis, beaucoup de disciplines ont été éliminées pour les filles, comme la botanique, l’archéologie… à cause des déplacements en groupes. Malgré le voile et les interdits, tout est possible, mais si vous vous faites prendre, le prix à payer ou le châtiment à subir, peuvent s’avérer très élevés.

J’espère qu’un jour on en finira avec ce régime en Iran.

 

 

 

Quel regard avez vous porté sur le Printemps Arabe ? Êtes-vous inquiète sur l'avenir politique que se choisissent actuellement des pays comme la Libye et la Tunisie. Le risque théocratique déguisé est il présent ?

CD : N’oublions pas l’Egypte. Oui, je suis inquiète et pour l’avenir de ces pays et pour celui de l’Europe et de la France. J’avais craint l’instauration des républiques islamiques dans des pays du Maghreb dans mon essai "Que pense Allah de l’Europe", j’espère que l'ensemble de mon analyse ne se réalisera pas.

 

 

Que vos livres soient publiés en Iran et dans d'autres pays de confession musulmane... Est-ce un rêve, une utopie ou une réalité éventuelle ou déjà existante ?

CD : Pour le moment, ça relève de l’impossible.

 

  

Les femmes vous paraissent elles plus fortes, plus combattantes aujourd'hui que par le passé ? 

CD : On ne peut pas généraliser. Dans toute époque et dans tout pays, il y a eu des femmes qui ont eu des courages inouïs, et d’autres qui, au contraire, se sont assujetties. Le courage, hélas, est individuel ; dans l’histoire personnelle comme dans l’histoire avec un grand H.

 

 

Mise à part la liberté d'être la femme que vous êtes, qu'est-ce qui vous est le plus doux et le plus agréable en France ?

CD :  La langue.

 

 

 

Et la question incontournable : Quelle lectrice êtes vous ? Quels sont vos 3 derniers coups de cœur littéraires ?

CD : Je lis en ce moment les carnets de Léonard de Vinci ; deux volumes. Il avait le génie total et est le plus grand inventeur, tant sur le plan scientifique que sur le plan artistique. J’aurais pu passer ma vie entière à étudier sa biographie et ses œuvres tant je suis fascinée par lui.

Je lis aussi Paul Valéry en ce moment, en Pléiade, lui-même fasciné par Léonard de Vinci.

 

 

 

 

Et voici les résultats du concours organisé ICI, où, pour gagner 2 exemplaires du livre de Chahdortt Djavann, il s'agissait de répondre à deux simples questions et de dire, en une phrase, de dire ce que représente pour vous la liberté.

Parmi les citations, comme prévu, j'ai fait un premier choix le plus objectif possible (car bien sûr tout le monde méritait de gagner), pour qu'il n'en reste plus que 5. C'était l'auteur qui devait choisir les 2 gagnants, cela a finalement été son attachée de presse, Silvana Bergonzi, qui a choisi à l'aveugle, puisqu'elle n'avait que le citation et non les noms des blogueurs....

 

So, the winners are....

 

 

"La liberté, seul trésor que l'humain peut à la fois partager et donner en héritage à
celles et ceux qui lui sont chers comme à l'universel, seul combat qui mérite ce titre " Bravo à  Achille 49 

 

 

La liberté, "Dire ce que je pense, afficher ce que je ressens, aimer qui je veux et vivre sans me  cacher ni me sentir coupable, sans avoir peur, mais en étant fière d"être une femme". Bravo à Liliba

Merci à tous les deux de m'envoyer leurs noms + prénoms + adresses postales via le lien contact (en privé) pour que je puisse les faire parvenir à Silvana.

 

Merci  à tous en tout cas pour votre participation !



 



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Rédigé par Géraldine

Publié dans #Interviews exclusives !

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Publié le 2 Décembre 2011

Jean Philippe Blondel, professeur d'Anglais et aussi auteur...

Pour moi, il était un nom et des couv' vus sur la blogosphère. Et puis, au printemps dernier, il y a eu La Grande Librairie.

Jean Philippe Blondel y présentait G229, son dernier livreG229  d'alors.... Lire ce livre est devenu pour moi une urgence, tant l'auteur présentait bien son livre et dégageait un énorme capital sympathie (assez primordial pour moi, je ne peux lire les gens qui me sont antipathiques, heureusement peu nombreux). Chance pour moi, le lendemain, G229 dispo à bib et dévoré le lendemain ! Résultat : un énorme coup de coeur.

Aussi, quand fin août Jean Philippe Blondel a publié un autre roman : Et rester vivant, il était évident que ce livre ferait partie de mes lectures de la rentrée littéraire. Encore un livre lu en quelques heures, un livre intime qui a eu une forte résonnance en moi.

 

Et rester vivant3ème cerise sur la gâteau de mon année Blondel, Jean Philippe Blondel a accepté immédiatement de répondre à mon interview lors que je lui ai demandé ! La voici :

 

 

 

 

 

 

 Et si Morro Bay s’était situé en mer du Nord, vers les côtes Belges par exemple, auriez vous entrepris le même voyage ? Etes vous retourné à Morro Bay ? Refaire le même périple avec une autre vie, 20 ans après, c’est envisageable ou peu souhaitable ?

JPB : En fait, la question ne se pose pas : il se trouve que j’écoutais en boucle la chanson « Rich » de Lloyd Cole, où il parle de Morro Bay. Je me suis accroché à ce détail. Cela aurait pu être un autre détail, une autre destination. Je ne suis jamais retourné à Morro Bay – si l’occasion se présente, oui, j’y retournerai, mais ce n’est pas demain la veille !

 

 

 Quelle est pour vous l’image où l’instant le plus fort de “Et rester vivant”, une fois les billets d’avion dans la poche ?

JPB :  Tout le monde doit penser que c’est la rencontre avec Rose. En fait, non. C’est l’irruption du colibri, au moment où l’on se sent le plus mal. Le colibri devient le symbole de tout ce qu’il y a de beau dans la vie. Tout ce qui donne envie de continuer malgré tout.

 

 

J’ai lu deux livres de vous, dont l’un porte sur une époque douloureuse. Et pourtant, je vous trouve très drôle dans vos livres, un bel humour. L’êtes vous autant dans la vie ?

JPB :  J’espère. Je suis quelqu’un d’assez communicatif, au rire sonore – je pense que le rire est le meilleur allié de l’homme. Deux personnes qui rient ensemble ont, d’un coup, une vraie communication et une vraie proximité.

 

 

 La rentrée littéraire touche à sa fin, la plupart des grands prix ont été décernés... Quel regard portez vous sur cette période frénétique ? Guettez vous les sorties, les résultats de ventes des uns et des autres ? Pensez vous que cette rentré soit un phénomène incontournable pour que le livre reste un centre d’intérêt médiatisé, donc d’actualité ?

JPB :  J’aime la rentrée littéraire en tant que lecteur, parce que je suis boulimique de roman. Beaucoup moins en tant qu’auteur, parce que c’est stressant, d’autant que, dans mon cas, cela se double de la rentrée scolaire. Du coup, c’est très fatigant, parce qu’il faut allier les déplacements, la promotion et la mise en route de l’année. Je guette donc les sorties, mais les ventes des autres, pas tellement – je ne suis pas dans la compétition, je suis un peu à l’écart.

 

 

 De tous vos romans, quel est celui pour lequel vous éprouvez une affection particulière ?

JPB :Tous. Ils correspondent à des périodes différentes de ma vie.

 

 

 Quels regards vos élèves portent-ils sur vous ? Voient ils en vous l’auteur ou juste le prof ? Lisent ils vos livres ? Est-ce que cela donnent lieu à des échanges et des discussions entre vous ? Le fait d’avoir un prof d’Anglais écrivain les incitent ils à lire plus que la moyenne par exemple ?

JPB :  Ils me voient avant tout comme un prof, même si certains lisent mes livres. Nous en parlons peu, parce que je suis prof d’anglais et que nous avons nos cours à faire. Les échanges se font à l’extérieur de l’établissement. Pour les inciter à lire, il faut leur donner des extraits de romans qui les intriguent, qui les titillent. Ensuite, ils sont preneurs. Je ne fais pas de pub pour mes romans à l’intérieur du lycée, je me sentirais assez mal de le faire…

 

 

 Vous écrivez autant pour adulte que pour la jeunesse. Est-ce à plaisir égal ? La méthode et l’exercice sont ils les mêmes ?

JPB :  En fait, il y a une vraie cohérence, je crois, entre mes écrits adultes et ados – ils marchent par paire et envisagent la même thématique de deux points de vue différents. Le plaisir est équivalent – sinon il n’en vaut pas la chandelle.

 

 

Dans G229, vous vous demandez comment vit celui que vous auriez pu être.... Est-ce un éventuel sujet pour un prochain roman ?

JPB :  C’est le sujet de tous les romans du monde. Etre écrivain, c’est d’abord s’inventer des vies différentes.

 

 

 En janvier 2011, paraissait “G229”, en mars “(re)play !”, en août “Et rester vivant” et en septembre “Brise glace”  roman jeunesse. Etes vous une vraie “machine à écrire”, où trouvez vous autant d’inspiration et de temps pour être aussi prolifique ? Séchez vous les cours ?!!!! Avez vous “des petites habitudes” quand vous prenez la plume ?

JPB :  La sortie des 4 romans dans la même année est davantage un choix d’éditeur que d’auteur. J’écris une heure par jour, tous les jours, en écoutant en boucle le morceau que j’ai sélectionné pour coller à l’univers du roman. Je peux écrire partout, du moment que j’ai mon MP3 et mon ordinateur. Le type de roman que j’écris ne demande pas de recherches – l’inspiration, je la trouve autour de moi. J’écoute beaucoup ce que les autres disent.

 

 

 Pour un romancier, le rêve est souvent de vivre un jour de sa plume... Si cette occasion de présentait à vous, seriez vous prêt à quitter l’enseignement ou est-ce que votre métier vous nourrit (spirituellement parlant, bien sûr), autant que l’écriture. Comment vit on l’écriture quand on est Jean Philippe Blondel : comme un 2ème métier, comme un hobby qui a la chance de bien fonctionner, comme une passion ? La littérature comme 2ème métier n’est elle pas plus confortable (car moins soumise à la pression), lorsqu’elle reste un revenu de complément ?

JPB : Je ne quitterai jamais l’enseignement. D’abord, parce que c’est une passion. Ensuite parce que je ne veux pas être obligé d’écrire pour vivre - il n’y a aucun rapport chez moi entre rendement et littérature, ce n’est tout simplement pas possible. Les deux sont des passions qui se répondent. Les deux me sont vitaux.

 

 

 Quel lecteur êtes vous ? Quels sont vos 3 derniers coups de coeur littéraires ?

JPB :Je lis environ 80 romans par an – exclusivement des romans. Dans les derniers coups de cœur : Le Turquetto de Metin Arditi, Le Premier Eté d’Anne Percin et Limonov, de Carrère. J’ai aussi beaucoup aimé Nagasaki d’Eric Faye et Ce que j’appelle l’oubli de Mauvignier.

 

 

 

 

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Rédigé par Géraldine

Publié dans #Interviews exclusives !

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Publié le 24 Novembre 2011

 

Il y a quelques semaines, je vous présentais ici TU (paru chez Buchet-Chastel), le nouveau roman de Sandrine Soimaud.

L'histoire de cette femme internée, qui se bat contre elle même m'a bouleversée. Et ce livre est devenu l'un de mes coups de coeur de cettre rentrée littéraire 2011.

 

Sandrine Soimaud a eu la gentillesse de m'octroyer sa confiance et de répondre à mes questions.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Quel fut le déclic qui vous lança dans l’écriture de “TU” ?
S.M : J'avais écrit un livre, "Amours Posthumes " dont le sujet était l'enfer que l'on peut s'infliger à deux, en dépit et parfois même à cause de la force des sentiments et des liens tissés au fil du temps. Par la suite, j'ai eu envie d'évoquer celui, très personnel, dans lequel on s'enferme, lorsqu'on laisse les blessures passées rejaillir au présent. L'histoire de Lisa, est celle d'une emprise, celle du "non-désir" originel, sur sa perception de chaque instant... J'avais en tête cette image d'une mémoire noire, envahissante, qui, à la manière d'une pieuvre, entrave et empêche d'avancer. Parce que mon personnage porte cette blessure, son désir fêlé se nourrit exclusivement de celui d'autrui, au point de s'ignorer, de se nier. D'une façon plus insidieuse, Lisa cherche la confirmation du désintérêt qu'elle a suscité à l'origine. C'est cette problématique que j'ai voulu mettre en scène et pousser à son paroxysme, celui d'une annihilation de la pensée...

 

 

 Y-a-t-il dans ce roman quelques éléments autobiographiques et dans ce cas, cette écriture est-elle devenue thérapeutique pour vous ? Sinon, question 3 direct !
S.M :  Ce qui est autobiographique, c'est le thème: cette difficulté de vivre le présent sans se référer au passé, à agir au lieu d'être réactif et à désirer autre chose qu'une validation extérieure dans le regard des autres, je l'ai longtemps éprouvée. Seules des années et une vigilance constante m'ont permis de m'en défaire... Mais l'écriture n'a pas été thérapeutique pour moi, puisque j'avais déjà eu cette prise de conscience.

Je voyais, dans mon entourage, une personne très proche se débattre encore dans le maillage de son enfance et j'ai ressenti le besoin d'écrire ce livre pour elle, afin qu'elle se sente moins seule, mieux comprise. Mais la vie de Lisa et celles des autres, sont bel et bien fictionnelles...

 

Comment fait on pour décrire si bien la maladie mentale, la perte de la raison, la schizophrénie ? Imagine –t-on ? Se documente –t-on ? Visite-on des établissements psychiatriques ? Rencontre-t-on malades et professionnels de la santé ?
S.M :  Pour moi, et cet avis a été partagé par des psychiatres qui ont lu le livre, Lisa n'est pas schizophrène. Elle souffre, se réfugie dans le délire, mais elle est avant tout dépressive et fragile. La "voix" n'est pas une instance extérieure qui lui intime d'agir, elle est interne et commente. C'est la voix devant la glace, qui dit "Quelle sale tête aujourd'hui", cette petite voix-là, chez Lisa, est hypertrophiée depuis l'enfance. Elle lui a permis de conjurer son extrême solitude, et, plus tard, elle lui évite de sombrer totalement dans le déni de la réalité... Néanmoins, nourrie par la peur, elle projette sur la réalité une grille d'interprétation qui ne se réfère qu'à ses échecs et finit par boucher totalement l'horizon.

Mais effectivement, j'ai lu des ouvrages "cliniques", j'ai visité un grand hôpital psychiatrique et j'ai beaucoup parlé du rythme et de la relation au patient avec une amie infirmière psy.

 

 

L’atmosphère du livre est forcément étouffante. Quel fut votre état d’esprit durant l’écriture de ce roman ?
SM : L'écriture d'un roman, quel que soit l'univers qu'il dépeint me rend beaucoup plus sereine. Lorsque le sujet "m'habite", je réponds à une forme de nécessité, et, si j'osais, je parlerais d'un besoin vital, j'éprouve donc un sentiment de complétude... Même si cela peut sembler paradoxal lorsque l'on écrit sur un sujet comme celui-là.

 

 

Quel est le passage (où la phrase) de votre livre qui vous touche, vous bouleverse le plus ?

S.M : Je crois que c'est le passage qui décrit la résonnance intime chez Lisa, de la souffrance et de l'abattement de son père.

 
 
Lisa pourrait-elle être n’importe qui ?
S.M :  Lisa porte en elle cette faille qui vient du non-désir, du manque d'amour, ressentis à l'origine de sa vie. En ce sens, elle ne pourrait pas être n'importe qui mais de nombreuses personnes. Rares sont celles qui ne portent pas des fêlures intimes, ces sentiments infantiles d'injustice, d'abandon, dont les douleurs "fantômes" se ravivent et s'exacerbent au gré d'évènements anodins.
De même, sa façon de s'oublier dans sa recherche d'une reconnaissance extérieure est à mon avis très répandue. Pour celles qui sont nées après la libération sexuelle, la féminité n'a pas toujours été vécue comme une évidence. Une fois l'ancienne rigueur battue en brèche, la sexualité s'est trouvée désacralisée et pour ainsi dire banalisée: nous n’étions plus ces objets précieux qu'il importait de préserver. Dés lors, inventer notre manière de devenir sujet, définir le champ d'exercice de cette liberté nouvelle, nous a confrontées à des choix, angoissants, pour nombre d'entre nous.

Aujourd'hui encore, comme le personnage de Lisa, de nombreuses jeunes filles passent à l'acte juste pour se débarrasser d'une virginité embarrassante et se sentir validées en tant que femmes. Si elles font l'amour, c'est pour l'avoir fait, le désir, et plus encore le plaisir, sont étrangers à leur élan. Dire non, refuser un acte qu'il est "normal" de considérer anodin leur semble difficile, voire interdit...Cette confusion, paradoxalement, les conduit à se placer elles-mêmes dans un statut d'objet, mais, cette fois, c'est d’un objet de consommation courante qu'il s'agit. Bien sûr, je ne voudrais pas que le sexe redevienne un tabou, j'aimerais juste que l'envie de l'autre prenne sa place de déclencheur...

 

 

Finalement, la mémoire est elle notre alliée ou notre pire ennemie ?
S.M :  La phrase mise en exergue en ouverture du livre, "Lorsque la mémoire va chercher du bois mort, elle revient avec le fagot qui lui plait..." résume assez bien l'influence que peut, selon moi, avoir la mémoire... Lorsqu'une personne est à vif, fragilisée, ses souvenirs se transforment en fardeau. La mémoire, dans les périodes noires, a tendance à ne sélectionner que ce qui conforte les peurs, les angoisses, le sentiment d'être inapte. Mais lorsqu'on parvient à remettre les choses en perspective, les échecs sont des expériences. Il suffit de ne plus les interpréter comme des fatalités, de ne pas les percevoir tels que les motifs récurrents d'une frise, sur le tracé d'une trajectoire que l'on perçoit forcément linéaire, quand le cours de l'existence permet tant de détours et de changements de cap...

 

 

Pourquoi les maladies psychiatriques sont elles si peu comprises, si peu acceptées, si peu considérée comme “maladies” justement, même si elles sont parfois invisibles par la grande majorité des gens ? Qu’est-ce qui pourrait changer les choses ? Faut il forcément être approchée par ces maladies pour les comprendre ou du moins les percevoir d’une autre façon.
 S.M :  Je ne pense pas être compétente pour apporter d'une manière générale, une réponse. Sur la dépression cependant, oui, je crois qu'il y a une peur, celle de reconnaitre, sans se sentir dévalorisé, que la souffrance psychique peut nous submerger, et que la seule volonté, que ce soit celle des proches ou la sienne propre, ne suffit pas à l'endiguer... Un travail thérapeutique passant par la parole peut désamorcer le processus, voire même éviter le naufrage. C'est un merveilleux travail d'alchimiste, qui transforme la sensibilité que l'on avait jusque là perçu comme une faiblesse, en force. L'entreprendre n'est pas le signe d'une insuffisance, ni que la folie nous guette. Au bout du chemin, les manques, les douleurs du passé conduisent à davantage d'humilité et génèrent plus d'humanité....

 

 

Quel est le message principal de votre roman ? Et comment réagit on, en tant qu’auteur, lorsqu’il semble mal compris ?
S.M :  Le véritable message du roman est qu'une "origine négative", le sentiment d'être perçu comme "indésirée" et donc indésirable, laisse une empreinte indélébile dont il est difficile de se dégager, même adulte. Cette blessure ternit le présent, elle dépose un filtre négatif, celui de l'impuissance du passé, et sa force diffuse pousse à chercher dans les évènements une confirmation de la "vocation" au malheur dont on a cru être l'objet.

Ce que j'ai voulu dire c'est qu'il faut couper le lien, le cordon qui nous relie à nos blessures infantiles, sans quoi, on crée soi-même son propre malheur. Pour donner un exemple, Lisa n'a pas forcément choisi son compagnon en connaissance de cause, mais ce qui la distingue d'une autre, c'est que, convaincue qu'elle n'a pas droit à mieux, elle reste. L'autre sujet du livre, c'est la féminité, la difficulté en tant que femme d'exercer sa liberté, d'affirmer son désir.

Ce qui a été mal compris dans le roman est à la fois sa forme, destinée à illustrer une pensée avide qui tourne à vide, ce qu'illustrent ces rimes creuses, et pour lesquelles on m'a reproché de "me vouloir poétique"... Certains passages sont teintés d'ironie et d'humour et en parcourant les commentaires, j'ai appris qu'ils pouvaient être perçus au premier degré.

Il y a aussi sur le fond, cette idée que lorsque l'on est blessé, on reste immature, on désire le désir de l'autre, au risque de s'oublier tout à fait dans cette quête. La faiblesse démontrée par Lisa a pu agacer certains lecteurs, d'autant plus que se reconnaitre dans cette réactivité, admettre cette faiblesse, nécessitent une forme de courage. L'engouement de Facebook, les demandes de validation par "like", d'une photo, d'un texte, auxquels se prêtent les membres, montrent que beaucoup n'ont pas envie de remettre en question cette illusion que l'on peut exister essentiellement dans le regard des autres...

 

 

 Vous vivez à Bali si je ne me trompe ?! Pourquoi Bali ? A quoi ressemble votre vie sur cette île qui de loin, symbolise la zen attitude, le bouddhisme, les balades en vélo entre les rizières ?
S.M : J'ai longtemps vécu à Bali, mais je suis rentrée en Europe depuis quelques années, sans vraiment m'y retrouver tout à fait. Une part de moi a besoin de la sérénité de mon île, de cette extraordinaire ferveur qui anime ses habitants et d'une plus grande proximité avec la nature. Là-Bas, regarder onduler un champ de riz caressé par le vent, ricocher sur le sol l'eau d'une pluie attendue, et laisser simplement se perdre les heures, suffit à me combler.

 

 

Travaillez vous déjà sur un autre roman ? Une histoire qui se déroulerait à Bali est elle envisageable ?
S.M :  Oui, je travaille sur un autre roman, dont l'action se déroule en Europe, de nos jours, en quelque sorte, ici et maintenant. J'en suis encore aux balbutiements, mais le sujet m'implique et je sais que je le pousserai à son terme. Par contre j'ai écrit quelques nouvelles qui fonctionnent par paires, parmi lesquelles une d'elle se situe à Bali... Mais elles vont me demander encore beaucoup de travail pour en affiner la forme.


 

Et l’incontournable question : Quelle lectrice êtes vous ? Quels sont vos 3 derniers coups de cœur littéraires ?
 
S.M : Je lis beaucoup, j'aime le cinéma, mais je peux m'en passer durant de longs mois. Par contre, j'ai toujours un livre en cours...

  Cette dernière année a été particulière, j'y ai fait deux "rencontres littéraires" d'une intensité exceptionnelle...

"La bascule du souffle" d'Herta Muller m'a profondément bouleversée, subjuguée. Avec une délicatesse et une concision extraordinaire, elle tisse une toile sensible, où se rejoignent à la fois les sonorités, les images, les émotions, pour révéler un profond humanisme.

La seconde grande découverte a été celle des romans d'Antonio Lobo Antunes, et plus particulièrement "Splendeur du Portugal". Pour moi il s'agit d'un un génie, il réinvente le procédé du flot de pensées et, ainsi que je l'ai lu dans un article consacré à la mise en scène de son œuvre romanesque, il sait faire parler les femmes mieux que quiconque, avec une justesse et une subtilité qui retrace les moindres détours, les plus infimes mouvements d'un monde intérieur.

Et pour le troisième, il m'est difficile de faire un choix, j'ai beaucoup aimé "Le temps vieillit vite" de Tabucchi, un recueil de nouvelles magnifiques et la "La grande Maison " de Nicole Krauss, qui entrecroise cinq vies autour d'un meuble, un bureau et évoque entre autre la question du besoin irrépressible d'écrire...

 

 

 

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Rédigé par Géraldine

Publié dans #Interviews exclusives !

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Publié le 28 Août 2011

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Hervé Commère, auteur Rennais rencontré au Festival de la Rue des Livres à Rennes en mars dernier, en pleine dédicace de mon exemplaire de son nouveau thriller : Les ronds dans l'eau...

 

 

 Un thriller qui prend racine il y a 30 ans mais qui se déroule de nos jours entre Rennes, Rouen, la côte Bretonne et l'Angleterre...

 

Un thriller où, finalement, le personnage principal est le hasard...

 

 

La tentation était donc trop forte d'orienter mon interview sur les thèmes suivant : choix, hasard...

 

 

 

 

 

A priori, vous semblez vous spécialiser dans l’écriture de polars/thriller.... Est-ce par hasard ou par choix ?

Les deux. J'aime les polars, et j'en écrirai encore. Mais j'aime aussi d'autres formes. Mon premier roman n'était pas un polar, d'ailleurs. Ce qui est à peu près sûr, c'est que mes trois prochains romans seront encore dans le genre policier. Ensuite, on verra...

  

 Comment écrit on un livre comme “les ronds dans l’eau” : un canevas, un synopsis très précis ou laisse-t-on place au hasard ?

Je vis avec une histoire durant des mois, quotidiennement, en prenant des notes. Et puis tout finit par s'imbriquer, se mettre en place, et finalement l'histoire est complète. Arrive le moment de l'écriture. Moi, je commence à écrire quand l'histoire est terminée, précise.

Après, bien sûr, l'écriture apporte plein de choses, des détails qui surgissent, une espèce d'improvisation de dernière minute qui donne de la couleur et du relief à l'ensemble.

 

Quelle est la part d libre arbitre et du choix, du hasard, dans l’écriture lorsque l’on veut être publié : faut il suivre un schéma, une mode, corriger et renoncer à l’important ou juste tomber au bon moment au bon endroit ?

Je crois ne pas pouvoir vous dire grand chose sur le sujet. Je ne sais pas ce qu'il faut faire pour "être publié". Il suffit de voir tout ce qui sort en librairies, on voit bien que tout est possible, tous les genres sont admis. Je vois l'écriture comme un espace de liberté, l'endroit et le moment où, justement, il est permis de ne penser qu'à soi, sans se soucier du regard des autres. Ecrire, ça peut faire se sentir libre. Etre publié, ça n'est qu'une reconnaissance. C'est formidable, c'est certain, mais le premier plaisir, c'est d'écrire.

Quelqu'un qui joue de la guitare chez lui prend du plaisir. Il sait qu'il n'enregistrera jamais d'album, qu'il ne fera jamais l'Olympia, mais qu'est-ce-que ça change ? Au moment où il joue, il est bien, et c'est tout ce qui compte.

 

 A propos de mode, est-ce un choix réactionnaire d’écrire un thriller sans hémoglobine ni viscères éviscérées à chaque page ou est-ce juste parce que cette violence ne s’est pas imposée d’elle même ?

La violence physique ne me touche pas vraiment, le sang ne me fascine pas du tout. Là, je me rends assez compte que je nage un peu à contre courant dans le domaine du thriller mais je n'y peux rien, ça n'est pas mon truc. J'aime assez m'identifier quand je lis un livre ou vois un film. C'est la même chose dans mes romans, j'ai envie que le lecteur s'imagine à la place du héros, un gars comme tout le monde à qui, soudain, il arrive quelque chose d'incroyable.

 

N’auriez vous pas été gangster dans une autre vie par hasard ? Et si vous aviez été gangster, quelle spécialité auriez vous choisie?

Désolé de vous décevoir mais non, je n'ai pas été gangster, juste patron de bar (mais c'est déjà pas mal !). Quelque chose me fascine dans le mode de vie de ces gars, pouvoir tout quitter en deux minutes, comme dans "Heat". Mais ça ne m'attire pas personnellement. Et puis il y a un fossé entre le banditisme et la littérature. Je préfère à coup sûr la littérature. Petite confidence : ce fossé sera le thème central de mon quatrième roman. Mais on a encore un peu le temps.

  

Quel est le choix que vous regrettez et celui dont vous êtes le plus fier ?

Je ne regrette rien. Je suis heureux, c'est un peu sinueux et j'aime ça, ça vit. Ce que je pourrais regretter, c'est parfois de ne pas avoir osé assez vite, d'avoir manqué d'audace ou d'à propos, et de me dire ensuite "J'aurais dû, ça aurait été drôle". Il y a quelques mois, j'ai croisé Dave dans la gare de Rennes. Il était hilare, avec deux autre types. J'ai voulu prendre un air las et, sans m'arrêter de marcher, lui dire "Hé Dave, tu te calmes un peu, s'il te plait", ça m'aurait fait rire tout seul. Mais je n'ai rien fait.

Ce dont je suis le plus fier, par contre, je sais très exactement ce que c'est et je ne vous le dirai pas !

 

Quel est la pire crasse que le hasard ait pu vous faire ?

J'ai plutôt l'impression d'avoir eu souvent de la chance.

Il y a environ dix ans, vers une heure du matin, une voiture a défoncé la vitrine de mon bar au Mans. J'avais une dizaine de clients. Un type ivre mort qui voulait se garer pour prendre un verre. Grosse frayeur. Le coup du sort, c'est qu'on enterrait mon grand-père le lendemain. Un peu trop d'émotion en trop peu de temps, peut-être...

  

Si le hasard faisait bien les choses, que vous arriverait il ?

Il ferait gagner ma soeur au Loto, et elle m'en donnerait une partie.

 

 Finalement, qui est le plus fort, le choix ou le hasard ?!!!

Sans hésiter : le choix.

 

Le hasard peut-il être un choix ? Dans ce cas, reste-il le hasard ? Où le hasard doit il être inconscient pour garder sa qualité première ?!!!

On peut tout tenter d'anticiper, deviner les choses et prévoir la suite, quelque chose peut surgir et changer le cour des choses. La vie n'est faite que d'imprévus. Des non-fumeurs attrapent le cancer du poumon, des misérables gagnent au loto. Il faut vivre sans penser à tout ça, sans quoi on ne fait rien.

Mais dans un coin de nos têtes, nous dire qu'on ne maitrise peut-être pas la suite. Finalement, c'est peut-être juste être un peu humble.

 

Rennes : choix ou hasard ?

Je venais de vendre mon second bar, ma chérie cherchait du travail. On visait le grand ouest. Elle a trouvé à Rennes. Voilà.

Sinon, pour ce qui est d'y situer l'action de mon roman, désolé de décevoir la bretonne que vous êtes, mais mon roman ne se déroule que là où j'habite. Si je vivais en Haute-Garonne, "Les ronds dans l'eau" se déroulait sans doute à Toulouse. Si je vivais encore à Rouen, ce serait là-bas.

 

Quels sont vos 3 derniers coups de coeur littéraires ?

Si vous deviez piocher dans un bac, quel est le livre aimeriez vous en sortir pour l’emmener sur la plage cet été ?

Il y a quelques mois, j'ai lu "Si ce livre pouvait me rapprocher de toi", de Jean-Paul Dubois. Je crois avoir au passage découvert mon auteur favori, l'élégance et la désinvolture, l'humour et la distance, l'ironie, un charme total et constant. Quand je croiserai cet homme, je lui serrerai la main chaleureusement, ça ne lui fera ni chaud ni froid et ça achèvera de me séduire !

J'ai lu tout récemment un roman de Laurent Chalumeau, "Les arnaqueurs aussi". C'est un polar très drôle, ça n'arrète pas, c'est vif et plein de surprises, ça m'a rappelé Frédéric Dard, et j'ai ri tout seul à plusieurs reprises. J'aime ça !

Sinon, je suis en train de lire un gros roman très noir, que mon éditrice m'a conseillé. C'est publié chez Fleuve Noir, c'est "Meurtres pour rédemption" de Karine Giébel. J'en suis à la moitié, c'est d'une noirceur profonde, et parfois la lumière perce. On prend ces éclats de lumière comme l'héroïne, en plein coeur. On s'y accroche comme elle, en attendant la suite, c'est dur et beau, parfois tendre mais cruel, et au fond, vivant. Je suis content que vous me demandiez un livre à conseiller, ça me donne l'occasion de citer ce roman. Je suis fier de faire partie de la maison d'édition qui a permis à ce livre d'exister.

 

 

merci

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Rédigé par Géraldine

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Publié le 17 Juillet 2011

 

Christian et Eric Cazalot, deux frères qui ont réuni leur talent et leur imagination pour écrire l'un de mes coups de coeur estival :Come Back, le livre qui distrait et qui vous emmène dans les coulisses de la télé et du cinéma, tout au long d'une histoire capitvante... où le danger rôde. A lire pour se consoler de la pluie qui tombe ou pour ne pas bronzer bêtement... suivant que vous vous situyez au nord ou au sud d'une certaine ligne, enfin, d'un fleuve...

 

 

Les deux auteurs ont répondu à mes questions !

 

 

 

 

 

 

 

Quel fut le point de départ de Come Back ? A quel moment vous êtes vous dit “on tient notre histoire, on s’y met ?”

C&E.C : C’est une histoire que nous portions en nous depuis longtemps et qui prend place dans un milieu que nous connaissons bien à travers notre expérience de scénaristes télé.

 

Vous êtes frères. Comment écrit-on à 4 mains, qui plus est avec son frère ? Est-ce un partage des tâches, une complémentarité, d'intenses séances de travail entrecoupées de fous rires ou d'accrochages, un rapport de force ? Est-ce que chacun écrit des passages de son côté et les soumet à l'autre ou tout est il écrit en présence des deux ?

C&E.C : Tout est écrit en présence des deux. Mais nous passons des heures, des jours, des mois de conversations, par téléphone ou de visu. Nous prenons des notes, nous nous soumettons des idées au quotidien, des sujets, puis nous travaillons lors de week-end prolongés. Et là, après cette maturation, nous écrivons.

 

Ce livre a t-il été écrit avec un synopsis précis, un début, une fin, des rebondissements prévus à l’avance... Ou vous êtes vous laissés porter par votre imagination et les personnages eux mêmes ?

C&E.C : Il y a eu un synopsis au départ mais pas trop contraignant. Heureusement d’ailleurs car, à partir d’un certain moment, les personnages ont pris le dessus. Nous les avons suivis et jusqu’au mot fin, nous n’étions pas tout à fait sûrs de leur avenir, surtout en ce qui concerne Hélène.

 

 L’édition participative via MMC Book est elle un choix de départ, ou est-elle devenue une évidence devant l’opacité du monde éditorial classique. En 2011, l’édition participative c’est être en avance sur son temps, être bien dans son époque, l’avenir ? Une richesse, une ouverture pour la littérature qui ne se limitera plus au véto ou l’acceptation de quelques éditeurs qui lisent quelques pages de quelques livres ? L’édition de demain, choisie directement par les lecteurs est elle chimérique, souhaitable ou inenvisageable ?

C&E.C :  Même si Come Back fait partie des tout premiers romans issus de l’édition participative, son cheminement a été le même que pour une édition classique. Il a été sélectionné par le comité de lecture de XO éditions qui, à ce moment-là, préparait avec le site My major company, l’ouverture de la plateforme d’édition participative My Major company books et nous a demandé de faire partie de l’aventure. Nous avons dit oui tout de suite parce que l’idée nous semblait très excitante. L’avantage de ce mode d’édition est d’avoir de nombreux lecteurs avant même la publication du livre. C’est très enrichissant. Quoi qu’il en soit, nous avions pleinement confiance en ce que nous proposait l’équipe de Bernard Fixot puisque nous avions déjà travaillé avec eux pour un livre qui nous laisse un excellent souvenir : Dans la lumière, un ouvrage que nous avons écrit en collaboration avec Sylvie Vartan et qui relate sa riche carrière.

 

Dans un roman, on peut écrire à peu près ce que l’on veut. Dans les personnages de Come Back, où commence la fiction et où s’arrête la réalité ? Y-a-t-il des traits caricaturés pour renforcer l’aspect romanesque de certains personnages (comme les scénaristes, le réalisateur) où avez vous croisé dans votre carrière des gens très proches de cette réalité...

C&E.C : C’est un peu les deux. Si toute la base prend appui sur des situations vécues, il est clair que comme dans toute fiction nous nous sommes laissés emporter par notre imagination et par la fantaisie des personnages qui nous a permis bien sûr d’exagérer certains traits et de créer des situations hors normes. C’est exactement ce qui a plu à la directrice littéraire des éditons XO, Caroline Lépée, qui voyait dans ce manuscrit autant de fantaisie que de découverte d’un univers méconnu.

 

On vous sent très attachés à certains de vos personnages, à leur talent, à leur investissement dans le métier, à leur idéologie... Comme si vous vouliez rendre hommage à certaines de ces personnes noyées dans une masse à la mauvaise réputation ? Montrer les failles et les forces de chacun, donc l’humanité pour le meilleur et pour le pire, était il un but précis dès le départ ? L’idéologie, le respect de l’art a-t-il encore vraiment sa place dans un univers où tout semble question d’argent ?

 C&E.C : Certains personnages ressemblent en effet à des gens que nous avons connus par le passé et notamment des productrices de télévision pour lesquelles nous avions beaucoup d’affection. Nous avons également fréquenté de nombreuses actrices et ce sont des personnages qui nous ont toujours beaucoup touchés pour leur mélange de force et de fragilité.

Relativement à la réputation sulfureuse de ces métiers, nous nous sommes attachés à en montrer une facette méconnue qui est la sincérité, l’amour de l’art. On a découvert que la caricature du producteur, telle qu’on la conçoit d’habitude n’existait pas. Ce sont eux aussi des artistes avant d’être des hommes d’argent.

Et puis, ce ne sont pas des métiers si différents des autres. Tous les milieux professionnels sont relativement fermés, tournés sur eux-mêmes et répondent à leurs propres codes. La différence avec les milieux artistiques c’est qu’il y a beaucoup plus de sincérité et de fibre, tout du moins en ce qui concerne les artistes.

 

 

Si je vous dis qu’en lisant comme Come Back, j’attribuais à Hélène Lancel le visage d’Isabelle Adjani ? Je brûle ou je refroidis ? Aviez vous un visage, un modèle en tête, en créant le personnage et étiez vous d’accord tous les deux pour ce même modèle où chacun fantasmait il sur son icone ?!!  

C&E.C : Hélène Lancel est une star virtuelle. Elle réunit à peu près toutes les icônes du cinéma français comme américain. La plupart des gens pensent effectivement à Isabelle Adjani, Carole Bouquet, Sophie Marceau. Si elle n’était une des héroïnes du livre, Catherine Deneuve aussi bien sûr. Mais nous pensions aussi à toutes celles qui ont contribué au mythe de la star, Marlène, Marilyn, Bardot. C’est pour ça que nous avons choisi le 12, avenue Montaigne pour la résidence d’Hélène qui était l’adresse parisienne de Marlène Dietrich. Il y a également de très forts clins d’œil à Marilyn, notamment le titre de l’une des parties du livre qui est une référence à son dernier film, inachevé. Quant à Bardot, elle est évoquée à travers l’incapacité d’Hélène à se fixer dans sa vie amoureuse, enchaînant les hommes les uns derrière les autres. Et d’une certaine manière, le fait qu’Hélène ait été James Bond Girl,

ne fait que renforcer l’identification à Sophie Marceau ou Carole Bouquet, elle-même égérie Chanel comme Hélène.

 

Finalement, le milieu de la télé et du cinéma, c’est un peu comme n’importe quel milieu : il n’y a de la place que pour les meilleurs, tout les coups sont permis et derrière les apparences, chacun est bien seul face à sa solitude une fois que les flashs ne crépitent plus ?

C&E.C :   Oui, et nous avons eu la chance extraordinaire de recueillir les témoignages et confidences d’une vraie star. Sylvie Vartan a su nous retranscrire avec une rare sincérité la violence du silence et de la solitude qui suivent le crépitement des flashs et l’amour du public. On ne peut pas nier que le fait d’avoir travaillé avec elle pendant deux ans nous a énormément apporté pour certains traits de personnalité des héros. Ce sont des métiers où seuls les plus forts sont capables de survivre. On a peur qu’ils tombent et on voit qu’ils se relèvent toujours alors qu’autour d’eux c’est l’hécatombe des artistes oubliés.

 

Peut on espérer retrouver tous ces personnages dans d’autres aventures en gardant la garantie de rebondissements, de moult péripéties, et de révélations surprenantes, le tout assaisonné de beaucoup d’humour et de dérision. Car il est bien des personnages que j’aimerais encore suivre, soit dit en passant... Le sujet télé/Scénariste/star est il épuisé où inépuisable sans risquer la redondance ?

C&E.C :  Nous aussi nous avions envie de suivre nos personnages à tel point que le volume deux est déjà écrit même s’il nous reste encore à travailler. Pour nous le sujet est inépuisable tellement nous nous sentons à l’aise dans ce milieu. Il y a tant à dire sur les mondes du cinéma comme de la télévision que nous pourrions y créer bien des aventures pendant des années. Mais est-ce ce que nous ferons ? Car nous avons aussi d’autres projets, d’autres histoires et de nouveaux personnages qui commencent eux aussi à nous réveiller en pleine nuit. Alors…

 

Vous êtes habitués à l’écriture entre autre pour la télévision. Alors pourquoi, tout à coup vous voici dans le format Roman et non scénario ? D’ailleurs, une scénarisation serait elle envisageable ? En cours ? Auriez-vous dans votre entourage une certaine “Françoise” qui se lancerait dans la production de Come Back ? Car un livre sur la télévision est fait pour être adapté non ? C’est bien une petit idée, même secrète, qui vous est passée par la tête ?

C&E.C : Le roman est le format le plus libre qui puisse exister. Contrairement à la télévision, une directrice littéraire ne vous impose pas telle ou telle direction. Tout au plus vous aide-t-elle à développer celle que vous avez choisie.

Bien sûr que nous aimerions que Come Back soit adapté au Cinéma mais pour cela il faut bien sûr qu’il vive sa vie en tant que livre.

 

L’été est là, propice à la lecture sur une plage, une chaise longue, en terrasse. Quel livre emporterez-vous dans votre valise ? Et quel est, pour chacun, votre dernier coup de cœur littéraire ?

 

C&E.C : Eric a déniché Les particules élémentaires dans ma bibliothèque et tient à le lire avant d’attaquer La carte et le territoire. Il va également lire le dernier volume des Chroniques de San Francisco. Quant à moi, je choisirai au dernier moment dans ma PAL. Sans doute Le dîner, de Herman Korch, La couleur des sentiments et le dernier John Grisham dont je suis fan.

 

Voilà....

 

 

 

 

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Rédigé par Géraldine

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Publié le 23 Juin 2011

Delphine de Vigan, une auteure qui n'a pas son pareil pour aller au coeur du non dit, du silence, de la solitude avec des mots et une émotion qui frappent le lecteur de plein fouet et l'accroche au livre puis à l'oeuvre tout entière. En quelques romans, Delphine de Vigan s'est déjà fait une jolie place dans le paysage littéraire Français. Et,comme pour de nombreux jeunes auteurs, fort est à parier que le meilleur reste à venir... D'ailleurs, la prochaine rentrée littéraire de septembre... mais shut....

 

 

   

Sur ce blog :Jours sans faim

Les jolis garçons

No et moi

  Les heures souterraines

 

 

 

 

  

 

La rentrée littéraire de septembre approche. Vous en ferez partie. Vos lecteurs vous attendent avec impatience... Une petite confidence pour patienter ? Un titre ? Ou le sujet général ? Ou le nom du personnage principal ? Ou mystère jusqu’à fin août ?

D.d.V : Le livre s’appelle « Rien ne s’oppose à la nuit » et c’est, de loin, mon livre le plus personnel. Je ne préfère pas en dire davantage pour l’instant. Le titre, vous l’aurez deviné, est directement inspiré d’une chanson d’Alain Bashung, chanteur j’adore et dont je continue d’écouter les albums en boucle.

  

Est-ce rassurant d’être attendue, de pouvoir se dire que quoiqu’il en soit, votre roman ne passera pas  “inaperçu” comme c’est le lot de certains ouvrages paraissant parmi ces 800 livres environ publiés à la rentrée ?

D.d.V : Bien-sûr que c’est rassurant. J’ai la chance de bénéficier d’une certaine attention. Ce livre est mon sixième roman, les choses se sont construites peu à peu.

  

En effet, les médias et journalistes vous solliciteront beaucoup, vous allez entrer dans un tourbillon. Prenez vous cela avec un certain recul, une décontraction ou est-ce une partie du métier d’auteur qui reste éprouvante pour vous ?  Considérez vous la Rentrée littéraire comme une véritable fête du livre, un passage obligé, un phénomène médiatique ? Quel est le roman que vous attendez avec impatience cette année ?

D.d.V : Il faut relativiser. La rentrée littéraire est un moment particulier où les livres occupent, plus qu’à d’autres moments de l’année, une large place médiatique. Je serai sans doute sollicitée, comme le sont d’autres auteurs, pour parler de mon livre. Mais personne ne nous oblige à quoi que ce soit ! Encore une fois, nous avons la chance d’être lus, attendus, on ne va quand-même pas s’en plaindre ! En tant qu’auteur, c’est à moi de décider ce que j’ai envie de faire ou de ne pas faire, ce sera sans doute encore plus vrai cette année, pour un livre dont il ne m’est pas si facile de parler.

Il y a plusieurs livres que je suis impatiente de lire, notamment ceux de Véronique Ovaldé, David Foenkinos, Philippe Lançon, qui sont, ou ont été, d’excellents compagnons de route !

 

  

  

 Si je reprenais mes pinceaux pour vous peindre alors que vous travaillez, à quoi ressemblerait ma toile ? Quels en seraient les détails qui pourraient attirer l’oeil de l’observateur ?

D.d.V : Je parle de Pierre Soulages dans mon roman, de ce noir intense dont les reflets produisent une forme de lumière et désignent un ailleurs. J’aime bien cette idée. Si vous deviez me peindre au travail, je pense qu’il vous faudrait pas mal de couleurs, à la fois sombres et claires.

  

 

 L’un des fils rouges de vos romans, outre la solitude, est la désillusion. Parlez-vous de la vôtre ou de celle que vous observez autour de vous. Sans verser dans l’indiscret, qu’est-ce qui vous a tant déçu Delphine ?

D.d.V : En effet, la solitude urbaine est l’un des thèmes que j’ai souvent abordés, de même que la désillusion. Jene pense pas parler de ma solitude, mais plutôt de la solitude essentielle que nous expérimentons tous, qui parfois nous submerge, même lorsque nous sommes entourés. Il me semble que l’époque et le monde dans lesquels nous vivons rendent cette solitude de plus en plus prégnante, et qu’il est de plus en plus difficile d’aller contre. Comme tout le monde, il m’est arrivé d’être déçue, de perdre en route quelques illusions, mais cela fait partie de ma construction et j’ai parfaitement conscience d’avoir, d’une manière générale, plutôt pas mal de chance.

 

 

 L’automne dernier Zabou Breitman a magnifiquement adapté votre roman No et moi à l’écran. Qu’avez vous ressenti lorsque vous avez vu cette mise en images de votre imagination ?

D.d.V :  J’ai beaucoup pleuré !

 

 

Depuis quelques années, vous avez abandonné votre premier métier pour vous consacrer à l’écriture. Quand l’écriture est un métier, le plaisir est il toujours le même ? Ne se laisse-t-il pas entacher par des notions de délais, de rentabilité, de succès ? L’inspiration personnelle comme matière première du travail et du revenu... n’est-ce pas une sacrée pression ? Un risque ? ... et après quelques années ainsi, ne regrettez vous pas le monde de l’entreprise, les collègues, les horaires ?!!! Travaillez vous à d’autres choses, peut-être moins médiatisées, qu’à vos romans ?

D.d.V : Pour moi l’écriture n’est pas un métier. C’est un état, une manière de vivre et d’être au monde. J’ai la chance de pouvoir vivre de l’écriture, et cela ne durera probablement pas. J’en profite pleinement. C’est pour moi un grand confort de vie, une immense liberté, et il ne se passe pas une journée sans que je mesure le privilège que cela représente. Le jour où j’écrirai parce que j’ai besoin d’argent, je m’empresserai de retrouver un travail. Pour l’instant, j’écris sans aucune pression, à mon rythme, ce qui me permet d’aborder des projets plus ambitieux que ceux que je pouvais mener quand j’écrivais la nuit après une journée de travail. Je ne regrette pas le monde de l’entreprise que je trouve de plus en plus violent, ni les horaires (j’ai une autodiscipline en bêton armé !), et je revois avec plaisir mes anciens collègues autour d’un verre de vin !

 

 

 Lorsque vous vous attelez pour écrire un nouveau roman, est-ce après une longue préparation ou de manière plutôt instinctive ? Ecartez vous plusieurs idées de livre pour n’en retenir et n’en développer qu’une ou le début du processus est il déclenché par l’évidence d’une idée, d’une unique histoire ?

D.d.V : Contrairement à d’autres auteurs, je n’enchaine jamais deux livre sans un temps de latence, de jachère, qui me permet de préparer, ou plutôt d’incuber, le livre suivant. En général, l’idée d’un livre vient au moment où je termine le précédent. S’ensuit ce long temps d’incubation où je prends des notes sur la construction, les personnages, mais sans entrer dans l’écriture à proprement parler. Ce temps m’est indispensable.

En ce qui concerne le livre à paraître en septembre, l’histoire est un peu différente. C’est un projet que je ne voulais pas écrire et dont j’ai longtemps refusé l’idée. Et puis un jour j’ai compris que si je n’écrivais pas ce livre je n’en écrirai pas d’autre, dans le sens où il ne laissait la place à aucun autre élan.

 

 

Y-a-t-il des sujets que vous pourriez vous interdire de traiter, où qui juste de vous inspireraient pas plus que cela ?

D.d.V : J’aime beaucoup la contrainte en écriture, par exemple j’accepte souvent les nouvelles qu’on me propose d’écrire sur un thème en particulier  pour des ouvrages collectifs ou pour la presse. Mais certains sujets ne m’inspirent pas plus que ça.

Pour mon propre travail, les choses sont différentes. Je ne raisonne pas en termes de sujets. Le livre s’envisage d’une manière à la fois beaucoup plus intime et plus confuse, et il faut parfois l’écrire pour savoir de quoi il parle !

 

 

Publiez vous tous les romans ce que vous écrivez ou, comme Amélie Nothomb, avez vous des tiroirs remplis d’inédits ? Dans ce cas, qui choisit le “prochain de Vigan”. Vous, ou votre éditeur ?

D.d.V : Un seul inédit dans mes tiroirs : un premier roman raté et trop ambitieux, ce qui lui donne déjà deux bonnes raisons d’y rester !

 

 

Vous êtes membre du jury du prix Françoise Sagan, qui récompense un auteur jamais récompensé ni sélectionné. Dans ce cadre, que doit avoir de plus que les autres le livre qui remporterait votre voix ?

D.d.V :  Ce n’est pas une question de critère (à part ceux énoncés par le règlement du prix). Un livre m’impressionne, me charme, m’émeut, me bouleverse, m’emporte, me hante… ou pas…

 

 

Je reprends un extrait d’une interview publiée sur site evene.fr http://www.evene.fr/livres/actualite/interview-delphine-de-vigan-no-et-moi-988.php :

“Vous dites ne pas vous considérer comme un écrivain, mais comme un auteur. Votre sélection au Goncourt et les critiques unanimes changent-ils votre point de vue ?
D.d.V Non, ça ne change pas. J'ai vraiment le sentiment d'être quelqu'un qui cherche et je n'ai pas envie de trouver tout de suite. Je n'ai pas envie de me dire : ça y est, je suis un écrivain, reconnu...”

Je crois comprendre que pour vous un écrivain serait quelqu’un qui aurait trouvé ? J’ai du mal à percevoir la nuance entre auteur et écrivain ?...

D.d.V : Non, ce n’est pas tout à fait ça. Pour moi un auteur est quelqu’un qui publie des livres et perçoit, éventuellement, des droits d’auteur. C’est objectif et c’est irréfutable !

Un écrivain invente une langue, écrit une œuvre, creuse un sillon, explore un univers. On peut publier des livres sans être un écrivain.

Bien-sûr, j’aimerais me dire un jour que je suis un écrivain, que mon travail est cohérent, qu’il constitue quelque chose qui se tient, qui fait écho. C’est sans doute trop tôt pour y penser !

 

 

Quels sont vos 3 derniers coups de coeur littéraires ? Quel livre emporteriez-vous sur la plage cet été ?

D.d.V :  « Le chagrin » de Lionel Duroy

« Olivier » de Jérôme Garcin

« Lambeaux » de Charles Julliet

 

Cet été, j’emporte Laura Kashischke, dont j’ai lu un seul roman (« Un oiseau dans le blizzard ») et que j’ai l’intention de découvrir dans sa totalité !

 

 

Blinkies merci

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Rédigé par Géraldine

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Publié le 15 Juin 2011

Quand on tient un blog littéraire, on découvre des auteurs et l'on a parfois la chance de rencontrer les personnes qui se cachent derrière. Même si ces rencontres restent parfois virtuelles pour cause de distance et de réalisme, elles n'en sont pas moins réelles. Elles apportent une pierre l'édifice de chacun. Un enrichissement incontestable. Une reconnaissance sans doute. Un respect mutuel, une envie de fidélité, de partager un bout de route, de suivre l'autre dans l'épanouissement de son talent, de sa passion.

Il y a 3 ans, j'ai pris un livre un peu au hasard et en dernière minute, dans les rayons d'un Relais à Roissy, avant de m'envoler pour la Syrie/Jordanie. Le pitch me tentait. C'était "J'aurais préféré vivre" de Thierry Cohen....

3 ans plus tard, Thierry Cohen sort son 3ème roman "Longtemps j'ai rêvé d'elle" et répond  à sa 3ème interview sur ce blog. Avec toujours autant de soin. Quand je découvre ses réponses à mes questions, je suis toujours aussi émerveillée de cet échange qui s'installe et je suis aussi captivée que si je prolongeais de quelques pages ma lecture d'un roman. On rencontre un auteur, un livre et on découvre ce qui constitue une oeuvre, l'arrière du décors en quelque sorte. Je suis ravie de partager cela avec vous.

 

Cette fois ci, j'ai donné la parole à chacun des personnages du roman pour questionner Thierry Cohen.

 

 

 

 

 

 

- Question de Claude '(le marjordome): Bonsoir Thierry, bienvenue, voulez vous vous assoir ? Thé, café ou lait grenadine ?

TC : Thé à la menthe. L’odeur et le goût du thé à la menthe me ramènent toujours à mon enfance. Je le buvais, chaque après-midi, dans la cuisine de ma grand-mère. Elle préparait un thé à la menthe exceptionnel.

  

 

- Question de Lior (l’héroïne) : Mon personnage vous a-t-il était inspiré par une femme en particulier ou par un référendum auprès de centaines de femmes ? Car c’est très curieux et magique à la fois. Vous faites de moi un être unique, très intime et pourtant, je suis persuadée que des milliers de femmes se retrouveront en moi ? Est-ce ça, le talent d’un écrivain... Que la multitude se retrouve dans l’unique tout en gardant cette sensation de rareté ?

TC : En me lançant dans l’écriture de ce roman j’avais conscience que la difficulté serait, en tant qu’homme, de créer un personnage de femme et d’explorer son monde intérieur. Les hommes ont tendance à toujours analyser les réactions des femmes à travers leur prisme de mâle. Mais j’ai toujours été entouré de femmes. J’étais, et suis encore, le confident de plusieurs amies. J’apprécie leur sensibilité, leur fragilité, leur maturité. Je voulais que Lior ressemble à ces femmes de 30 / 40 ans, qu’elle dise leurs doutes, leurs craintes, leur détermination, leur déception, souvent, face aux hommes Les femmes partagent un monde intérieur formidable. Mais, au-delà, elles savent se construire une personnalité unique. Les hommes, bien souvent, possèdent un monde intérieur moins intéressant, plus centré sur leur égo et des personnalités assez stéréotypées. C’est la différence de maturité qui existe entre les hommes et les femmes qui fait, je pense, la différence. Comme le dit M. Hillel, mon libraire, les hommes sont bien souvent des adolescents enfermés dans des corps d’adultes. Les femmes, elles, ont très tôt conscience de leur force, de leurs responsabilités.

De nombreuses lectrices se sont reconnues à travers Lior et j’en suis heureux.

 

 

- Question de Jonas : Qui a-t-il de Thierry l’auteur dans Jonas l’écrivain ?

TC : Il y a les doutes face à l’écriture et la responsabilité qu’elle implique. C’est pourquoi j’attache tant d’importance à l’’avis de mes lecteurs. La manière dont écrit Jonas est également la mienne : je fais connaissance avec mes personnages, m’intéresse à eux, pénètre leur esprit, puis, dès qu’ils deviennent mes amis, je les laisse m’entrainer, me raconteur leur histoire.

Je partage également avec Jonas cette conception de l’amour qui l’amène à penser qu’une seule femme l’attend quelque part et qu’il ne faut pas accepter les jeux de rôles, trahir ses valeurs et se perdre dans des histoires qui ne nous appartiennent pas. J’ai toujours refusé de mentir aux femmes que j’ai connues. Je refusais de leur dire que je les aimais juste pour leur faire plaisir. Et, comme Jonas, d’ailleurs, je me suis souvent fait larguer pour avoir refusé de sacrifier à la comédie de l’amour.

Comme lui, enfin, j’ai fini par trouver la femme de ma vie et l’ai reconnue au premier regard.

 

   

  

- Question de Chloé : Dites donc Thierry, vous faites faire à Jonas un sacré raccourci entre “groupie et superficialité”. Faut-il être superficiel pour être groupie ? Etre groupie rend il superficiel ?

TC : J’ai toujours été surpris par le phénomène des groupies. Consacrer sa vie à une vedette, lui vouer tout son temps, tout son amour, revient à sacrifier sa propre vie. Il y là, selon moi, une forme perverse de fuite. Je comprends que l’on apprécie un artiste. Mais cette relation doit être entretenue d’une réflexion : on l’aime pour son œuvre, ce qu’il nous apporte, sa capacité à exprimer une part de nous même et on a alors assez de distance pour être également critique quant à ses créations. Devenir groupie revient à ne plus voir l’œuvre, à ne plus avoir de sens critique, à tout aimer et tout accepter parce que c’est l’homme ou l’artiste qui compte avant tout. La raison doit toujours tempérer la passion.

 

 

 

  - Question de Jonas : Vous dites “ Toutes les femmes sont victimes de leur idéalisme, de leur maturité”. Et moi, dans cette histoire, de quoi suis-je victime ?

Jonas a une part féminine importante. Il est sensible et idéalise l’amour. Mais il ne se perd jamais dans des histoires qui ne lui appartiennent pas. Jonas est fort parce que ses valeurs le sont. Et parce qu’il a reçu beaucoup d’amour de ses parents. Ils s’aimaient tant qu’ils lui ont légué un modèle amoureux qu’il cherche à répéter. Jonas n’est victime de rien, si ce n’est de la solitude et de sa trop grande lucidité.

Lior, elle, est tout d’abord victime d’un romantisme trop naïf. Elle se rêve princesse, amoureuse. A cause de ces comédies romantiques qui nous vendent d’improbables histoires et des médias qui nous présentent le mariage du prince Harry et de Kate Middleton comme étant l’événement le plus beau et le plus romantique de l’année (je suis complètement passé à côté de cette farce) (et je me souviens que l’on nous avait vendu le mariage du prince Carles et de Diana de la même façon et cette « formidable romance » c’est terminée en vaudeville avant de devenir un drame) (bref… je m’emporte inutilement). Ensuite, elle est victime de sa maturité car elle porte un regard intransigeant sur les hommes et, du coup, s’enferme dans une logique de renoncement.

 

 

 - Question de Hillel, le vieux libraire : Ah Thierry, je ne comprends plus le monde dans lequel je vis. Comme tu le dis, on a l’impression que l’amour et l’expression des sentiments deviennent un aveu de faiblesse. Est-ce un ressenti intime ou une réalité extérieure ?

TC : L’amour n’est plus « tendance ». C’est un sentiment ringard. Il n’y a plus de vrais romans d’amour aujourd’hui. Quand on parle d’amour c’est au passé, pour raconter un divorce, ou au présent pour dire une trahison, une déchirure. Quand je dis que je suis amoureux de la même femme depuis 20 ans, je passe presque pour un illuminé. Quand certains disent que l’amour dure trois ans, je pense qu’ils confondent la passion des premier temps avec le vrai sentiment amoureux, c'est-à-dire cette intime conviction d’avoir rencontré la personne avec laquelle on sen sent capable de construire sa vie, d’écrire une histoire.

 

 

- Question Lior : Ah Thierry, pourquoi n’ y-a-t-il que les auteurs qui semblent comprendre les femmes ?

TC : En fait, nombreux sont les hommes qui comprennent les femmes mais peu sont prêts à l’avouer car ils auraient alors l’impression de perdre une part d’eux-mêmes, de leur fierté, de leur virilité. Les auteurs y parviennent peut-être car ils se cachent derrière leurs personnages.

 

 

- Question de Lior et d’Elsa : Thierry, on est d’accord que Jonas n’est qu’un personnage de roman ? Un garçon comme cela n’existe pas dans la vraie vie ??!!  

TC : Jonas existe. Il faut juste cesser d’imaginer qu’il se cache derrière les traits de Bard Pitt ou de Georges Clooney. Il est derrière ce regard hésitant, cette expression de timidité, cette part de féminité qui parfois affleure sur le visage de certains hommes, mais qu’ils masquent aussitôt de peur d’être pris pour des faibles.

 

 

- Question de Josh : “L’imagination est l’ultime recours de ceux qui se cherchent”. Moi, je trouve que l’imagination est plutôt un point de départ, le début d’une quête, d’une envie non ? Est-elle nécessairement l’expression d’un manque ?

TC : Elle peut être l’expression d’une quête, en effet, d’un désir de création. Mais, quand elle pallie aux défauts de la réalité, elle devient un refuge.

 

 

- Question de Sérena (la patiente puis amie de Lior) : Thierry, finalement, il aura fallu pas mal d’intermédiaires et d’intervenant à nos tourtereaux pour se reconnaitre. N’y seraient il pas arrivés sans nous tous ? On dirait qu’en amour, les gens ne parlent pas la même langue et qu’il faut des traducteurs pour faire le lien ?

TC : Bien souvent, les hommes et les femmes ne parlent pas la même langue, ne voient pas les choses de la même manière et il faut des « traducteurs » pour les amener à se comprendre. Dans le cas de Lior et Jonas, au-delà de leurs prismes d’homme et de femme, ils possèdent une conception de l’amour assez différente au début de l’histoire. Jonas est raisonnable et intègre. Il refuse de se compromettre dans des histoires foireuses. Du coup, il conserve sa lucidité, sa capacité à reconnaître la femme de sa vie. Lior, elle, du fait de sa naïveté et de son romantisme, croit, à chaque rencontre, pouvoir vivre le grand amour : elle perd donc sa capacité à l’envisager le jour où il se présente vraiment. Il faut toute la clairvoyance d’un vieux libraire et d’une fille malade pour les amener à se comprendre.

 

 

- Elsa : Euh, Thierry, petite question perso au passage... Vous dites que l’inspiration vient du désir d’écrire et non l’inverse. J’ai de l’inspiration mais je n’écris pas. Est-ce qu’en fait je n’aurais pas le désir profond d’écrire ?

TC : Il y a une vision romantique de l’écriture. On s’imagine écrivain comme d’autres s’imaginent footballeur professionnel ou comédien. Parfois le rêve suffit à certains. Mais ceux qui possèdent une vraie passion s’y consacrent corps et âme. Au-delà du désir d’écrire, il y a le besoin, l’extrême nécessité. On n’écrit pas pour devenir auteur mais parce qu’on n’a pas vraiment le choix, parce que ne pas écrire reviendrait à renoncer à une part essentielle de soi-même. Alors, l’inspiration vient d’elle-même, parce que l’esprit ne peut refuser de répondre à cet impérieux besoin.

 

 

- Question de Mr Hillel : Pourquoi y-a-t-il tant de romans faits pour douter de l’amour et pourquoi les romans fait pour aimer l’amour sont ils souvent décriés par une certaine presse et par une catégorie de lecteurs disons “élitistes” ?

TC : Pour les mêmes raisons que celles citées précédemment. Parce que se dire amoureux c’est se révéler faible. Parce que la plupart des gens ont perdu leurs illusions, ont connu l’échec amoureux et que, dès lors, ils ne supportent plus qu’on leur parle d’amour. Comme chaque individu a tendance à croire son expérience comme porteuse d’un message universel, les déçus s’évertuent à penser que l’amour n’existe pas, qu’il n’est qu’un leurre. C’est plus facile, plus confortable. Dans le cas contraire, ils devraient faire face à leur échec et chercher les responsabilités. Il est plus facile de dire que l’amour n’existe pas, qu’il ne dure que trois ans que de dire que l’on ne sait pas le trouver, le comprendre, le construire. Les journalistes étant des hommes ou femmes comme les autres, ils considèrent l’amour comme un sentiment dépassé et les romans d’amour comme des sous-œuvres. Il y a une attitude très tendance à regarder l’amour et les amoureux avec le regard condescendant de celui qui sait, de celui qui a vécu, a cru lui aussi, puis a compris.

 

 

 

- Question de Mr Hillel : Dites moi Thierry, quel livre pourrait être votre roman lumière de cet été ? 

TC : De cet été. Je ne sais pas. Un roman lumière c’est plus que le roman d’un été. Il est le roman qui marque une vie, ou, tout au moins, une partie de notre vie. Belle du Seigneur a été le roman lumière de ma jeunesse. Puis il y a eu La promesse de l’aube, de Romain Gary, Sur la route, de Kerouac, La maison du bout du monde, de Michael Cunningham et plus récemment, Elle s’appelait Sarah, de Tatiana de Rosnay et… quelques autres encore.

 

 

- Question de Claude : Merci beaucoup d’être venu Mr Cohen. Je vous raccompagne ?

TC : Pas encore. J’aimerai passer voir Serena, l’embrasser, la serrer dans mes bras, tant que je le peux encore.

 

 

- Géraldine (la cuisinière) : Attendez Thierry, emportez donc une part de ma tarte tatin pour votre voyage !

TC : Oh, merci, répondit-il, sachant qu’il lui était impossible d’expliquer à Géraldine qu’il suivait un régime.

 

 

 

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Rédigé par Géraldine

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Publié le 28 Avril 2011

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C'était en mars dernier à Rennes. Je rencontrais deux auteurs ravis d'être en Bretagne en plein hiver (cela se remarque bien à leurs sourires ). Mabrouk Rachedi et Habiba Mahany, frère et soeur à la vie civile !

A deux et à quatre mains, ils ont écrit La petite Malika qu'ils m'ont dédicacée de maniière innoubliable LA.

Et c'est à une, deux, trois ou quatre mains qu'ils ont eu la gentillesse de répondre à mes questions !

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Quelle est l’étincelle, l’idée première qui a déclenché l’écriture de cette version féminine “Du petit Malik”  “la petite Malika”. Malika a t-elle été surdouée dès la genèse du livre ? Pourquoi ce choix ?

  

Mabrouck : Après « Le Petit Malik », beaucoup m’ont demandé une suite. Mais moi, je voulais une vraie raison pour revisiter un univers adjacent à celui de Malik. L’écriture à la première personne au féminin représentait le challenge de ce nouveau projet.

 

Habiba : Mabrouck m’a demandé d’écrire avec lui quand il a réalisé que, seul, il arrivait à un résultat insatisfaisant. Nous avons donc réfléchi à la façon de rendre « La Petite Malika » différente du « Petit Malik » et l’idée d’une jeune surdouée nous est venue. Malika peut ainsi poser un regard mi-adulte, mi-enfantin sur son environnement.

 

  
L’écriture à 4 mains a t-elle été une évidence ? Comment s’y prend-on pour écrire à 4 mains. Chacun écrit il des passages qu’il soumet à l’autre ou chaque phrase est elle construite en présence des 4 mains et des deux cerveaux ?! Comment fait on pour que le style ne soit qu’un lorsqu’on est deux ?
  
Habiba : L’écriture à quatre mains suppose un dialogue permanent. Pendant l’élaboration du plan, pendant l’écriture et pendant les réécritures, nous avons été en contact permanent, soit par mail, soit en direct.

 

 

Mabrouck : Cela suppose aussi une grande confiance mutuelle. Nous savions que quand l’un soumettrait un avis à l’autre, ce ne serait pas pour tirer la couverture à lui mais pour le bien du livre. Notre proximité, à la fois dans la vraie vie et dans l’approche littéraire, a rendu les choses plus faciles.

 

Heu... Durant l’écriture de la petite Malika, qui avait le plus souvent raison ? En cas de désaccord, qui a le mot final ? Qui a fait le plus preuve de patience pour “imposer” ses idées à l’autre ?!!! Qui est le martyr de l’autre ?!!!

 

Habiba : Nous n’avons pas tenu un tableau de bord des modifications apportées par l’un et par l’autre ! Nous avions une vision commune, personne n’a eu à imposer ses idées à l’autre.

 

Mabrouck : Ma sœur et moi sommes suffisamment proches pour faire passer les questions d’egos au second plan. Je ne pense pas que j’aurais pu écrire ce roman avec quelqu’un d’autre qu’elle.

 

Habiba : Ni moi avec quelqu’un d’autre que Mabrouck !

 

   

Quels traits de caractère ou quelles anecdotes racontées par Malika doit on particulièrement à Habiba ou à Mabrouck ?  

 

Habiba : Malika doit autant à Mabrouck qu’à moi. Moi-même, je serais bien en peine de distinguer ce que j’ai écrit de ce que mon frère a couché sur papier ! Notre écriture donne à entendre une seule voix.

 

 

  Dans les choix de vie de Malika, peut on y voir un certain parallèle avec ceux de Mabrouck qui a quitté la haute finance pour se consacrer à l’écriture et aux zones dites sensibles ?   

 

Mabrouck : Bien vu. Malika et moi faisons en effet le même choix de quitter un poste lucratif, socialement en vue. L’un comme l’autre, nous sortons du chemin qui nous était tracé pour une voie plus aléatoire mais plus authentique.

 

Habiba : Sans avoir fait un choix aussi radical que Mabrouck, puisque je continue à exercer une activité professionnelle salariée, l’écriture de mon premier roman « Kiffer sa race », puis le reste de mon aventure littéraire, procède du même élan. Je ne pourrais pas être pleinement moi-même sans écrire.

 

   

Mabrouck, on dit de vous que vous êtes un auteur de La Nouvelle Génération ? Que signifie ce concept ? Est-ce un label de plus pour classifier encore un peu plus un auteur et son œuvre ? Qu’est-ce qui sépare et distingue les “générations d’auteurs “ ? J’imagine que ce n’est pas qu’une date de naissance ?  

 

Mabrouck : Je ne sais pas ce que veut dire « auteur de la nouvelle génération ». Je ne me pose aucune étiquette. La seule que je revendique, c’est celle d’écrivain. Je n’aspire qu’à devenir un auteur de l’ancienne génération, ça voudrait dire que je continue à être publié et que mes livres traversent le temps !

 

    

L’un des messages de ce roman est “ Ne pas oublier ses racines, ne pas oublier d’où l’on vient”. Ceci est il valable quelque soit le milieu social d’origine ?  

 

Habiba : Vous nous avez très bien lus et très bien compris. Ca fait plaisir. Ce que vous soulignez là est très important. On ne construit rien sans fondations. C’est vrai quelles que soient les origines (sociales, géographiques ou autres). La question est très juste parce qu’on a tendance à nous demander si on s’adresse à des gens qui nous « ressemblent », c’est-à-dire issus des mêmes quartiers populaires ou de la même communauté que nous. Or, nous nous adressons à tout le monde et, d’ailleurs, nos lecteurs sont de toutes les générations, de tous les milieux, etc. Nous croyons l’un comme l’autre à la portée universelle de la littérature.

 

 

 

Selon vous, le style d’un écrivain c’est : une méthode, des tripes, un don, une prédisposition et beaucoup de travail ou une envie accompagnée d’une tonne de travail. En même temps, faut il forcément avoir un style pour être auteur ? Un style, une plume reconnaissables et précis ne risquent ils pas d’enfermer l’auteur dans certains sujets. Le talent ne serait il pas de ne pas avoir de style mais de s’adapter, justement, à chaque sujet ?  

 

Mabrouck : Je crois surtout qu’il y a autant de styles, de façons d’aborder l’écriture, de poser sa plume, d’imposer sa patte qu’il y a d’écrivains. L’histoire de la littérature montre suffisamment de parcours différents, de talents différents pour nous garder de poser une généralité sur la « bonne » façon d’écrire. Pour ma part, j’essaie de m’adapter. Je laisse le sujet aller à moi, puis je réfléchis à la meilleure façon d’avoir le ton juste. Avant d’être publié, lors de mes premiers bouts d’écriture, j’avais tendance à trop en faire, pour montrer que je savais écrire. Maintenant, j’ai compris que la simplicité est une force.

 

Habiba : Entre « Kiffer sa race » et « La Petite Malika », les styles sont très différents, même si l’environnement reste urbain. Comme Mabrouck, je pense que chaque histoire « dit » naturellement son style. D’ailleurs, qui lira « Eloge du miséreux », l’essai de Mabrouck, et « Le Poids d’une âme », « Le Petit Malik » et « La Petite Malika », ses trois romans, y verront de très grandes différences.

 

 

 

 Me trompe-je en criant haut et fort qu’une suite de La Petite Malika est incontournable, déjà en cours d’écriture et donc pour très bientôt ?!!! Quels sont vos autres projets en commun ou chacun de votre côté ?

 

Habiba : Pour l'instant, nous n’avons rien décidé. En ce moment, je me dirige plutôt vers des projets personnels mais ils sont à un stade trop embryonnaire pour en parler.

 

Mabrouck : Si à la sortie du « Petit Malik », on m’avait dit que « La Petite Malika » sortirait, je n’y aurais jamais cru. Tout est possible, même si pour le moment, ce n’est pas d’actualité.

 

 

 

 Quels lecteurs êtes vous ? Quels sont vos 3 derniers coups de cœur littéraires ?

Mabrouck : Paradoxalement, je lis moins depuis que j’écris.  Lire les autres m’immerge dans l’univers des autres au détriment du mien. C’est difficile d’isoler seulement trois coups de cœur alors je n’en dégagerai qu’un seul pour ne pas faire de jaloux : « Kiffer sa race » d’Habiba Mahany !

  Habiba : Mes trois derniers coups de cœur ? « Le Poids d’une âme », « Le Petit Malik » et « Eloge du miséreux » de Mabrouck Rachedi !

 

 

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Rédigé par Géraldine

Publié dans #Interviews exclusives !

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Publié le 6 Avril 2011

rue du livre 006

C'était l'année dernière, au festival de La rue des livres à Rennes, je rencontrais l'auteur Philippe Grimbert, achetais l'un de ses romans " Un secret", chroniqué ICI il y a quelques semaines.

 

L'auteur m'avait gentiment confié son adresse mail pour qu'une de mes interviews qui m'amusent  et que vous aimez tant puisse voir le jour !

 

Et comme mieux vaut tard que jamais, je vous annonce que ce jour est arrivé !!!

 

 

 

 

Cette interview porte donc principalement sur Un secret. Depuis l'envoi de mes questions à l'auteur, j'ai lu et adoré, voire plus encore qu"un secret", "La Mauvaise rencontre" qui sera chroniqué sur ce blog très bientôt.

 

 

 Votre roman “Un secret”, assez autobiographique, traite d’un terrible secret de famille lié à la 2ème guerre mondiale. Par les romans, l’Histoire ou les faits divers, on connait tous les dégâts causés par ces fameux secrets de famille qui pourtant existent toujours, se perpétuent parfois de génération en génération. Pourquoi “ne dit on pas” ? Toute vérité n’est elle pas bonne à dire ? Quel est le plus grand frein : la honte ou la peur ?

PG : Le moteur à l' origine du secret est le plus souvent du côté de la honte, de la culpabilité ou de la douleur, sentiments propres à l'humain...mais ce peut être également l' amour, lorsque l'on pense (à tort) protéger ses enfants d'un choc ou d'un traumatisme en leur cachant une vérité difficile. On se trompe souvent car ce que l'on tait peut faire plus de mal que ce que l'on dit. Toute vérité est bonne à dire, à condition qu'elle puisse avoir un effet libérateur pour celui à qui elle est adressée...
 
Durant ma lecture, j’ai eu la sensation que la notion de secret se tenait jusque dans votre style et écriture, dans le soin de ne pas nommer les choses mais de les faire comprendre. Certains mots semblent comme contournés, même si le sens est toujours atteint. Est-ce mon impression personnelle, un choix délibéré, une écriture naturelle ou un choix délibéré donnant lieu à un long travail d’écriture ? 
PG : Je préfère l'allusif au frontal et il me paraît évident que mon écriture porte le reflet de ce choix. J'aime aussi laisser au lecteur une marge de liberté dans laquelle il puisse projeter ses suppositions, son imaginaire.
  
Dans un secret, vous raconter mais ne jugez pas. Vous ne jugez ni votre famille, ni vos parents. Est-ce le personnage de roman et l’écrivain qui choisissent de ne pas juger où est-ce l’homme que vous êtes qui ne juge pas ? N’a-t-il jamais jugé ? Auriez vous dit la vérité ? 
PG : L'écrivain rejoint ici l'homme qui n'a jamais jugé, ni tenu rigueur à ses parents de lui avoir dissimulé la réalité de leur histoire. L'homme avant l'écrivain avait trop bien compris que ce silence était motivé par une souffrance infinie...et que, maladroitement sans doute, il était à entendre comme une preuve d'amour.
 
Un secret a été adapté au cinéma par Claude Miller. Qu’est-ce que cela représente pour un auteur de voir son film porté sur les écrans ? Une récompense suprême, une grande satisfaction personnelle, la possibilité de toucher un public qui ne lit pas, un aboutissement, une cerise sur le gâteau ?
PG : Tout cela à la fois !!! Même si l'on a peur au début que le film dénature le projet du livre...ce qui n'a pas été le cas : j'ai été heureux que Claude Miller soit fidèle à l'esprit et infidèle à la lettre, en somme il ne s'est pas livré à une simple illustration de mon roman mais l'a passé à travers le filtre de son propre imaginaire.
 
Curiosité. Techniquement comment cela s’est il passé ? Il paraitrait que vous ayez reçu plusieurs propositions d’adaptation ? Pourquoi le choix de Miller ? Avez vous ensuite votre mot à dire (comme pour le choix des acteurs...) où est-ce que par un contrat “vous prêtez votre bébé” au bon soin du cinéaste ? 
PG : Entre plusieurs réalisateurs j'ai choisi Miller parce que nous avons très vite compris que nous avions vécu tous deux des histoires qui présentaient beaucoup de points communs...de plus Claude avait signé quelques films cultes pour moi, en particulier "La meilleure façon de marcher". Par contrat je n'avais qu'un droit de regard sur l'adaptation, mais l'amitié qui est née très rapidement entre Claude et moi a permis qu'il tienne compte de toutes mes remarques et suggestions sur son scénario (ce à quoi il n'était pas tenu !)
 
 Seriez vous devenu le même écrivain si vous n’étiez pas psychanalyste ? Votre métier influence-t-il le choix des sujets de vos romans par exemple ? 
PG : Bien sûr les douleurs que je fréquente et les abîmes que je côtoie nourrissent mon écriture, mais je n'emprunte jamais  à mes patients des éléments de leur histoire, éthique et secret professionnel obligent !
 
On dit de certains romans qu’ils sont thérapeutiques pour leurs auteurs. Cette notion d’écriture thérapeutique est elle réaliste ou illusoire ?
PG :  En ce qui me concerne j'ai eu la surprise de constater que mon roman "Un secret" avait eu des effets thérapeutiques pour nombreux de mes lecteurs qui me l'ont témoigné par leurs courriers, particulièrement en ce qui leur a permis de lever un silence sur des secrets dont ils se sentaient prisonniers.
 
 Y aurait il un danger à lire beaucoup ? Où se situe la barrière entre lire beaucoup et lire trop ? 
PG : Vivre et lire doivent s'alimenter mutuellement...si l'on se réfugie dans la lecture pour éviter de vivre cela peut en effet devenir un problème, comme tout enfermement...mais j'ai hélas plutôt tendance à penser qu'à notre époque on ne lit pas assez, tant le règne de l'image est prépondérant !
 
Le personnage de Louise mériterait le rôle principal d’un livre, (c’est en tout cas mon avis de lectrice !), ce projet serait il concevable ou trop redondant ? 
PG : Louise est le seul personnage véritablement fictif de ce roman, c'est sans doute pourquoi vous l'imagineriez volontiers héroïne d'un autre roman, mais il n'en sera rien car je me suis interdit d'écrire quoi que ce soit qui puisse ressembler à "Un secret 2" !!!!
 
 Quel lecteur êtes vous ? Quels sont vos 3 derniers coups de cœur littéraires ?
PG : Beaucoup de romans et pas mal de thrillers ou de polars !  En vrac, Millenium, le dernier Alexandre Jardin, HhhH de Laurent Binet!
 
 
merci 32
 
 
Philippe Grimbert est aussi l'auteur de 3 autres romans :
 
     
 
   
 
 

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Rédigé par Géraldine

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Publié le 13 Novembre 2010

Vous connaissez tous l'acteur.  C'est à l'écrivain et à l'homme que je me suis intéressée. D'ailleurs, son actualité est littéraire, puisque Richard Bohringher a sorti en septembre un nouveau livre : Traîne pas trop sous la pluie", que j'ai chroniqué ICI. Ce livre m'a bien plu, m'a bouleversée et j'ai voulu en savoir plus, développer quelques sujets avec l'auteur.

 

Alors, via Gilles Paris, son attaché de presse, j'ai demandé une interview par internet, comme je fais d'habitude. Richard Bohringer est d'accord mais par téléphone. Je me jette à l'eau et j'accepte. On verra bien ! RDV est pris pour lundi 17H.

Je suis morte de trouille, je n'ai jamais fait ça. Heureusement, Liza de Biblizavient à mon secours et m'informe qu'il existe un logiciel qui permet d'enregistrer des conversations sur PC. Je télécharge ce logiciel, m'entraîne, fais des essais. Me voici à peu près au point logistiquement !

 

Lundi 16H50 : je tourne comme un lion en cage chez moi, j'ai relu dix fois mes questions, j'en suis à mon 3ème carré de chocolat. Trop peur qu'avec le stress, mes troubles du langage réapparaissent.

 

Lundi 17H00, je compose le numéro de portable 06... (Nan, vous l'aurez pô )

Et voilà ce que cela a donné : (en bleu, c'est moi, en orange, c'est Richard Bohringer)

 

 

 

1/ Vous écrivez dans votre livre " Faut que je grimpe cette putain de montagne et que je devienne l'homme que je veux être". A quoi ressemble -t-il votre Richard Bohringer idéal ?

RB : Ahah.... Il ressemble à quoi... A quoi voudrait on ressembler ? Bah... Euh.. A mieux, à mieux. Mais ça n'a rien à voir avec l'orgueil, justement, c'est le contraire de l'orgueil.

G : Et comment fait on pour être mieux ?

RB : Ah ben je pourrais vous reverser la question, j'en sais rien moi.

G : Je n'ai pas la solution non plus, je pensais que vous l'aviez !

RB : Non non, je n'ai pas la réponse à ce genre de question. Disons qu'il y a certainement des gens qui ont la grâce naturelle d'être au dessus de la ligne de flottaison. Oui, je pense qu'il faut tendre à avoir la tête au dessus de l'eau, oui, quand même.

G : Et comment sait on si l'on est devenu l'homme qu'on voulait devenir ?

RB : C'est conséquent, et puis c'est injuste parce qu'il y a des choses sur lesquelles la nature humaine individuelle est comme elle est alors... Il faut tenter de pas trop plonger, de garder la tête droite. Enfin, c'est compliqué. Question compliquée et donc réponse un peu à la mord moi le noeud par ce que c'est très compliqué.

 

 

2/ Vous écrivez : " Fièvre, je veux que tu m'emmènes là où mon rêve sera compris".  Quel est donc ce fameux rêve ?

RB : Ah ben ça aussi c'est une question difficile apparentée à la question d'avant. C'est à dire que l'on n'est jamais aussi bien qu'on le voudrait et on n'est jamais aussi moche qu'on le dirait quoi. Donc euh... Trouver ce rêve d'humain, oui c'est dans l'endroit de la compréhension.

 

 

3/ Vous avez écrit "J'ai vécu mille vies". Laquelle fut la plus forte ? Et quelle est celle dont vous vous seriez bien passé ?

RB : Celle où j'ai fait du mal aux autres.

G : Et la plus forte, la plus belle ?

RB : Celle où j'ai fait du bien aux autres.

 

 

4/ Vous dites que vous trouvez les mots "généreux". Mais sont ils toujours suffisants ? En vous relisant, vous arrive-t-il de vous dire "non, ces mots ne sont pas encore assez forts ?"

RB : Oh oui, des fois, c'est la question fondamentale. Oui, c'est tout le temps, bien sûr, évidemment.

G : Et comment fait on quand le mot n'est pas assez fort ?

RB : Ben, on le garde quand même, on cherche jusqu'au bout et puis si c'est celui là qui reste, et bien il restera.

 

 

5/ Il y a 20 ans, dans "c'est beau une ville la nuit" vous écriviez "Vie je te veux, je t'ai toujours voulu, je n'ai jamais eu le mode d'emploi". Depuis, vous l'avez trouvé ? Il est écrit en Français limpide ou en Suédois sous-titré en Coréen ?

RB : Ahah ! Il est multiracial, muti- éthnique, multi linguiste ! Mais pas trouvé encore !

G : Et vous le cherchez toujours j'imagine ?

RB : Oui oui, on dirait bien.

G : Et est-ce que la valise est plus légère qu'avant ?

RB : Euh..... Non, elle est lourde, elle est lourde. Ouais ouais.

 

 

6/ En lisant votre livre, j'ai eu la sensation de lire les mots d'un grand photographe. L'êtes-vous ? Un livre de photos "le monde de et par Bohringer" est il envisageable ?

RB : J'y ai déjà pensé.

G : Et le projet est pour quand ?

RB : Je ne sais pas, mais j'y ai déjà pensé, parce que j'ai fait beaucoup de photo à l'Instamatic et des appareils jetables. Ils ne peuvent pas traiter de tous les sujets ces appareils. Mais il y en a des pas mal. Et de temps en temps, l'Instamaticfait de forts belles surprises. Et j'avais envie, effectivement à un moment, de classer toutes ces photos et d'en faire un album de photos jetables quoi.

 

 

7/ Pour vous, c'est l'Afrique. Est-ce que cela aurait pu être l'Asie ?

RB : Oui

G : Qu'est-ce que cela aurait changé dans votre vie ?

RB : Ah, ça, je n'en sais rien !

G : Ces deux continents ont une mentalité différente

RB : A oui, totalement.J'ai pas voyagé tant que ça en Asie.

G : Et c'est vous qui avez choisi l'Afrique ou c'est elle qui vous a choisi ?

RB : Euh. J'crois que ça c'est fait comme ça quoi. C'est mo. C'est moi.

G : Et ça continue ?

RB : Oh oui ! Mais l'Asie, je connais très peu l'Asie. Je connais un peu Pondichéry, un peu Maddras, un peu l'Océan Indien. Donc on est aux portes de l'Asie, on est face à l'Asie. Mais bon voilà, j'ai eu un grand choc attention. C'est bouleversant.

G : En Asie, on trouve la philosophie bouddhiste. Est-ce que quand on cherche à être mieux, ça ne peut pas être intéressant toute cette philosophie là ?

RB : Par rapport à ça, je suis toujours très précautionneux. Je pense que certaines choses appartiennent au peuple dont elles sont issues. Vraiment. On essaie de la faire sur la terre où l'on est né. Enfin, c'est une impression.Je n'affirme pas. C'est pour ça aussi que l'Afrique restera quelque chose... avec le même sentiment. Mais c'est pas Africa c'est tout quoi. Même si tu as de l'amour ! Tout ça, c'est pas Africa. Mais ce n'est pas désobligeant. C'est comme ça, c'est que les terres sont si fortes, si puissantes qu'il faut être enfanté par ces terres pour complètement les habiter.

 

 

8/ Vous êtes un grand voyageur. Vous arrive-t-il d'être encore ce touriste "qui empêche de voir"  ?

RB : Non, je ne pense pas ça.

G : Une fois que l'on est voyageur, on ne devient plus jamais touriste ?

RB : Si ! Si ! On ne va pas avoir la vanité perpétuelle. Ca veut dire que qui met les mots qu'il veut à celui qui s'arrange, celui qui récompense son orgueil ou sa vanité. Mais en fin de compte, on visite. Alors on visite avec plus ou moins d'acuité, plus ou moins de respect, plus ou moins de profondeur. Mais on visite quoi. On aura toujours au fond de sa poche le billet de retour si la vie est trop difficile.

 

 

9/ Vous dites que vous ne savez pas écrire des livres à la 3ème personne du singulier. Si vous aviez su, quel est l'auteur que vous auriez aimé être ?

RB : Jack London.

G : Et avec des titres en particulier ?

RB : Oh, presque tous : Martin Eden, Carnet du trimard, L'appel de la forêt, Le vagabond des étoiles...

 

 

10/ Quel genre de lecteur êtes vous ?

RB : De hasard.

G : Vous les choisissez comment vos livres ?

RB : Oh, à l'instinct.

 

 

11/ Vous dites "Cher lecteur, ce livre est dans la liste des contes cabossés. On sort d'une période où il y a eu beaucoup de liste ( prix littéraires)... Aimeriez vous être sur la liste d'un grand prix littéraire ou est-ce que vous vous en fichez ?

RB : Ben, c'est pas le fait de ne pas être sur les listes qui m'emmerde quand je suis de mauvaise humeur. Non, c'est pas ça. C'est le fait que je trouve qu'il y a beaucoup plus de lecteurs ou des gens comme vous qui reconnaissent cette écriture que de gens dont c'est le métier quoi . Voilà.

G : Et vous suivez la rentrée littéraire à la télé, dans la presse... ?

RB : Je suis content que Houellebecq leur ait fait un gros pied de nez, ça me fait assez plaisir oui.

G : Et si ça avait été Virginie, ça aurait été bien aussi ?

RB : Oui, je pense aussi. Bien sûr, bien sûr. Ca aurait été un gros pied de nez aussi, voire un plus grand encore !

 

 

12/ Une mauvaise critique de votre livre, ça vous blesse ou, le coeur léger, vous vous dites qu'on ne peut pas plaire à tout le monde ?

RB : Ca dépend des jours. Y'a des jours où je me dis "ouais, je ne peux pas plaire à tout le monde" et il y a des jours où ça me fait de la peine.

 

 

13/ Vous écrivez "Ecrire, c'est attendre la vie." Finir et clôturer un livre, c'est avoir retrouver la vie alors, ou est-ce que ce n'est pas si simple que ça et que c'est un trop gros raccourci ?

RB : Ah c'est un trop gros raccourci.

G : Remarque, a-t-on jamais fini d'écrire ?

RB : Voilà, voilà. C'est ça, on a jamais fini d'écrire.

G : Là, vous êtes déjà sur autre chose ?

RB : Oui oui, là, je suis sur un livre depuis le mois de juin, un gros livre je crois. Sur les anciens territoires et les nouveaux territoires.

G : Et est-ce que tout ce que vous écrivez est publié ou est-ce que vous écrivez pour vous ?

RB : Oh non, tout est publié.

 

 

14/ Vous écrivez : "Richard a les clés du trésor de l'âme de Bohringer. Quel est donc ce fameux trésor Monsieur Bohringer ?

RB : L'enthousiasme !

 

 

15/ Dans votre livre, vous vous adressez à votre lecteur que vous voyez, que vous tutoyez. Dans votre esprit, à quoi ressemble votre lecteur ?

RB : Hah !(le fameux ha de Richard Bohringer, avec un H aspiré !!!)

G : Ca peut être au féminin aussi, le preuve !

RB : Oui oui, donc euh... voilà ! Pas de visage précis.

 

 

16/ On a tous un petit coin de paradis sur terre. Le votre, à quoi ressemble t-il ? Et où est il ? (Pas besoin des coordonnées GPS !)

RB : Ah... J'aime la montagne ! J'aime le spectacle de la montagne en toutes saisons.

G : Je suis surprise, je m'attendais plus a un paysage africain.

RB : ben justement, j'ai fait exprès de sortir un peu de ça. Je voulais donner quelque chose de plus proche. J'aime la neige, j'aime le printemps, j'aime les fruits qui sont donnés par la nature, j'aime l'odeur de la montagne. Voilà !

 

 

17/ Quelle serait la question que vous aimeriez hurler au monde ?

RB : Pourquoi ?!

 

 

18/ Vous passez souvent pour un homme en colère et vous vous dites "désespéré et pas joyeux". Qu'est-ce qui consolerait définitivement et radicalement l'homme que vous êtes ?

RB : Ahah(rire). J'en sais rien.

 

 

19/ Vous êtes en quête de romanesque. Pourtant, votre vie est déjà bien romanesque. La preuve, des parties de votre vie figurent dans vos romans. Votre propre dimension romanesque ne vous suffit pas ?

RB : Elle suffit jamais. Justement c'est le fondement même du romanesque !

G : C'est de vouloir toujours aller plus loin, plus fort et plus haut ?

RB : Oh oui !

 

 

20/ Est-ce qu'il y a une question que vous auriez aimé que je vous pose ?

RB : Ben elles sont pas mal celles que vous avez posées.

G : Est-ce qu'il y a une question que vous auriez aimé que je ne vous pose pas ?

RB : Euh non, je les ai toutes trouvées tout à fait intéressantes.

 

 

21/ Vous avez joué sur scène votre dernier livre à Paris. Est-ce que des dates en province, et notamment sur Rennes, sont envisageables ?

RB : Oui, bien sûr. Oui. Mais ce n'est pas encore prévu.

 

 

22/ Vous écrivez "Barrons nous, je t'emmène. Si nos chagrins nous suivent, nous irons plus loin". Jusqu'où faut il aller pour échapper à ses chagrins.

RB : Euh... Impossible ! C'est le malentendu de tout le monde ça, de penser qu'on part sans ses valises. On part forcément avec ses valises. Et on revient avec.

 

 

23/ Vous écrivez que comprendre est une ambition mortelle. En tant que lectrice, j'en déduis que c'est parce que c'est une démarche veine et que même si on l'atteint, on réalise que c'est insupportable. Ma déduction est elle bonne ?

RB : Ben, il dépendra du jour, il dépendra de l'état, tout dépend toujours de l'état des lieux au moment où, voilà !

Il n'y a pas d'uniformité, c'est pas scolaire la vie. L'instant n'est pas répertorié. On pourrait le même dans une colonne avec un titre, alors qu'il pourrait être dans une autre colonne avec un autre titre. Rien n'est en place tout de même.

 

 

24/ J'ai une petite blaguounettepour la route, une petite blague que vous devez connaître : Savez vous quel est le pont le plus léger du monde ?

RB : Et bien non !

G : Le pont Faidherbe à St Louis du Sénégal.

RB : Ah ben non, je ne savais !

G : Vous ne la connaissiez pas ? Je suis contente de vous l'appendre alors !

RB : Merci Mam'zelle !

 

 

 

 

41 MERCI

 

 

 

 

 

 

 

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Rédigé par Géraldine

Publié dans #Interviews exclusives !

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