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Publié le 23 Octobre 2024

BD - Editions Futuropolis - 160 pages - 26 €

Parution en Mars 2011

Mon pitch : En mars 2010, le bédéiste Emmanuel Lepage est accepté à bord du Marion Dufresne... Ce célèbre bateau part quelques fois par an depuis St Denis de la Réunion pour réapprovisionner les TAAF : Terres Australes et Antarctiques Françaises. Entre carnet de voyage et reportage, cette bande dessinée est le récit de cette épopée jusqu'à Crozet, les iles Kerguelen, les îles Saint Paul et Amsterdam. Des lieux aussi pittoresques que désolés. Des flots tumultueux, des vents cinglants qui décident ou non de la réalisation des manoeuvres de débarquements... Et surtout et aussi, des hommes et des femmes, rencontrés à bord ou sur ces terres isolées.

 

Tentation : Sujet + auteur + challenge book trip en mer

Fournisseur : Achat à la braderie de la médiathèque de St Lunaire

Mon humble avis : Cette BD est sortie en 2011, et ce n'est que depuis une année que je louche dessus. Comment un tel chef d'oeuvre a pu m'échapper si longtemps ?

On se régale vraiment au fil des pages et sur chacune d'elles. Les dessins sont somptueux le plus souvent, parfois restés au stade de croquis améliorés, parfois en couleurs, ou en noir et blanc (le tout, avec des matériaux variés...) Voire même dans des teintes sépias quand la grande Histoire est évoquée. On est sur le Marion Dufresne avec Emmanuel Lepage, avec son frère photographe, avec deux réalisateurs et quelques touristes payants acceptés à bord. On est tellement sur le bateau que le mal de mer peut nous saisir, en tous cas, on le sent : par moment les dessins penchent !!! 

Tout y est parfaitement bien rendu... La mer qui, de bleu turquoise, devient noire dans les eaux australes. Le vent, les tempêtes, les embruns... les côtes qui apparaissent... Les oiseaux marins, les manchots, les pétrels, les albatros, les lions de mer, les otaries... Et quelques cabanons... Les scientifiques qui vivent là sur plusieurs mois. D'ailleurs, ce trajet du Dufresne est aussi pour assurer la relève des "hivernants".  Une communauté se crée sur le bateau, une communauté aux origines variées, mais avec beaucoup de mots qui se terminent en "ogue" !!!  Ornithologues, météorologues, géologues etc...

Sur les îles, il en est de même, ce sont de véritables communautés qui se créent au fils des mois, rythmées par des rituels, qui possèdent leur propre langage (à force d'acronymes ou de diminutifs). On ne peut être qu'admiratifs devant ces hommes et femmes de tant de savoir qui vivent si longtemps dans des conditions si peu humaine, si loin de tout, avec si peu... parce que c'est leur métier, ou leur passion... ou les deux. Et que dire de ces marins qui naviguent sans cesse dans ces quarantièmes rugissants, qui débarquent du matériel par tonnes malgré des flots déchaînés, de ces pilotes d'hélicoptère qui transportent des containers malgré des vents qui seraient qualifiés de grosses tempêtes en Bretagne. Admiration... Depuis notre petite métropole, on est loin d'imaginer tout ce qui se déroule dans ces petits bouts de France au coeur de cette immensité liquide.

On apprend beaucoup sur ces iles, leur passé, leur présent, leur avenir... Elles sont désormais dans la plus grande réserve naturelle de France, très protégées. Désormais, tous les déchets sont rapatriés à la Réunion, au fil des voyages, le Marion Dufresne ramène aussi ceux de ces dernières décennies. Le gros problème qui se pose, pour préserver la biodiversité locale déjà bien abîmée par l'intervention humaine, ce sont les espèces animales et/ou végétale qui y ont été importées au 19ème et au 20ème siècle (comme le lapin, le rat, les vaches, les moutons). Désormais, il est impossible pour les hommes vivant là-bas de cultiver quoique ce soit, sous peine d'importer des insectes qui ne sont pas endémiques. Il y a aussi la fonte des glaciers, particulièrement remarquable là-bas. 

En plus de tout cela, cet album est une magnifique galerie de portraits d'hommes et de femmes, des spécialistes, des scientifiques, des marins, des capitaines, des politiques, des journalistes. Et surtout, les portraits de ces gens qui vivent au part, sur des petits bouts de bout du monde. Et là, me vient l'indémodable chanson de Voulzy : Et c'est l'eau c'est l'eau qui vous sépare, et vous laisse à part.

Un album enrichissant, passionnant et magistralement réalisé !

20 points + 1 : 21 points, toujours "Second maître".

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Rédigé par Géraldine

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Publié le 20 Septembre 2024

BD - Editions Steinkis - 151 pages - 22 €

Parution en novembre 2021

Le sujet : Plongez dans l'œil même du photographe ! New York, 1953. Joanna et Lawrence Ward engagent une nouvelle nourrice pour leur fille Gwen. Très secrète, un peu étrange et parfois sévère, Vivian Maier trouve pourtant les faveurs de la petite fille qui la suit dans ses pérégrinations urbaines et l'observe capturer le monde qui l'entoure à travers l'objectif de son Rolleiflex. À mi-chemin entre fiction et biographie, Paulina Spucches nous entraîne de Brooklyn au Champsaur, imaginant le contexte que pourrait renfermer chaque cliché de Vivian Maier, génie de la photographie de rue.

 

Tentation : Le sujet Vivian Maier

Fournisseur : la bib de St Lunaire

Mon humble avis : Il y a un an encore, le nom de Vivian Maier m'était inconnu, tout comme la définition assez précise de la photo de rue, même si les amateurs du genre sont rarement d'accord sur celle-ci. 

Photo de rue ou Street photographie, c'est un courant de photographie... Les photos doivent être prises sur le vif dans un lieu public, qui peut aussi bien être un hall de gare, qu'une plage, un parc. Ces photos ne doivent pas être posées et impliquent une présence humaine directe ou suggérée (comme une ombre humaine, une partie de corps etc). J'en faisais un peu avant sans le savoir, et j'en fait maintenant sciemment en prenant beaucoup de plaisir.

Vivian Maier est l'une des plus grandes photographes de rue du XXème siècle, sa réputation... post mortem fait l'unanimité. Cet album raconte donc sa vie, ou du moins, des portions de sa vie, alternant ses souvenirs d'enfance et des étapes de sa vie d'adulte. Cette BD n'est pas bavarde, laissant place surtout aux dessins, qui répondent, en miroir, à l'art photographie. D'ailleurs, nombre de dessins usent d'angles de cet art, et imagine les situations dans lesquelles Vivian Maier pouvait se trouver lorsqu'elle appuyait sur le déclencheur. Le miroir... Egalement parce que Vivian Maier est aussi connue pour ses autoportraits.

En surface, je dirais parce qu'hélas, cet album y reste trop, usant de nombre d'ellipses entre son enfance et sa vie d'adulte, nurse stricte qui se balade toujours avec son appareil photo au cou. Les dessins ne m'ont pas convaincue, car trop confus, et trop criards... D'ailleurs les personnages secondaires sont parfois difficilement reconnaissables d'une case à l'autre. Il est plus sujet de la vie de Vivian que de ses photos, c'est un peu dommage à mes yeux. La postface est à mes yeux plus intéressante, qui permet de mieux saisir l'essence de Vivian Maier et de son oeuvre.

Mais cet album, même s'il ne m'a pas emportée, me donne vraiment envie d'approfondir ma connaissance de cette illustre photographe et de son travail. Donc c'est déjà pas mal ! Et je pense me procurer dès que possible "Une femme à contre-jour", roman de Gaëlle Josse.

                                       @Vivian Maier

                                        @Vivian Maier

                                       @Vivian Maier

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Rédigé par Géraldine

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Publié le 27 Août 2024

BD - Editions Delcourt - 216 pages - 22.50 €

Parution janvier 2024

Mon pitch : En novembre 2020, en plein Covid, Clarisse Crémer prend le départ pour le Vendée Globe. Elle a comme bagage quelques (mini) transats (en double), donc là, c'est carrément la vitesse supérieure.

Nous suivons pas à pas le chemin qui l'a menée à s'embarquer pour cette course autour du monde, sa préparation entourée de son équipe, ses 87 jours en mer, et enfin, son retour dans une nuée de journalistes !

Elle est à ce jour la navigatrice la plus rapide sur cette course.

 

Tentation : Le sujet

Fournisseur : La bib de St Lu

Mon humble avis : A la base, seul le sujet de cet album m'intéressait, et j'étais persuadée que le lirai à reculons tant le graphisme et l'aspect un peu fouillis de ses pages ne me correspondaient pas. Je gardais même l'option d'un abandon... Qui fut totalement inutile. Je me suis mis à l'eau, j'y suis bien restée, et j'ai vogué délicieusement ce journal d'une sacrée navigatrice.

Cette Bande dessinée est tout simplement exaltante !  Elle est d'une vivacité, d'une intensité et d'une richesse extraordinaires. Elle nous emmène à un rythme fou malgré la (fausse) impression des jours qui se suivent (mais ne se ressemblent pas). J'y vais mais j'ai peur est dense, vraiment animé d'une énergie contagieuse et communicative, et ne manque pas d'humour et d'autodérision. Et pourtant, on partage autant les joies que les peines de Clarisse, son engouement que ses doutes, la fulgurance de ses peurs et de son courage.

Entre les moments d'action, de contemplation, d'introspection, de rumination, de bonheur immense, d'agacement, on finit par bien la connaître notre Clarisse et l'impression de devenir sa copine est agréable. On a envie de l'encourager depuis notre canapé, même si la course est terminée depuis plus de trois ans !!! Elle m'a aussi bien fait rire !

Il est question de rapport à soi-même, au bateau, aux éléments, à l'humanité, à l'animalité, à l'immensité... Et franchement, nombre d'expériences et sentences de Clarisse en plein milieu des mers du sud peuvent être très inspirantes pour une vie terrestre.

Clarisse évoque le rituel sujet de la place de la femme dans l'univers de la navigation au large, sujet qui ne devrait pas en être un, puisque, comme le rappelle Clarisse, la course au large est un sport mixte au classement... mixte.  Durant tout son périple, elle n'a jamais pensé à sa féminité... Or, au retour, tout le monde ne lui parle que de cela...

Les dessins sont très explicites, tant dans les émotions que dans les gestes et finalement, très agréables et amusants à regarder.

Avec "J'y vais mais j'ai peur", vous saurez tout ce que vous avez toujours voulu savoir sur le Vendée Globes et sur la vie à bord sans oser le demander ! Car Clarisse s'autorise tous les sujets, depuis le plus sérieux au plus léger, sans s'interdire non plus l'intime. Son témoignage est vraiment précieux, complet et bien senti !

Un excellent album que je recommande chaleureusement !

Quant à moi, après plusieurs lectures de navigation autour du monde, je commence à devenir une pro du passage du Pot au noir !!!

 

2 points de plus avec cette lecture

Soit 15 au total, et me voici quartier-maître !

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Rédigé par Géraldine

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Publié le 27 Juin 2024

BD - Editions Vents d'Ouest - 104 pages - 19.50 €

Parution en septembre 2023

L'histoire : San Francisco, 1906. Jenny vient de perdre sa maman sous les décombres du monstrueux tremblement de terre et se retrouve donc seule avec son beau-père, au milieu de la cité dévastée. L’homme, complètement désemparé, profite alors d’une faille dans le règlement des postes pour éloigner la fillette. Aussi hallucinant que cela puisse paraître, il va pourtant bel et bien l’expédier tel un colis, légalement, à l’autre bout du pays… Et c’est Enyeto, un facteur amérindien à l’allure imposante, qui va être chargé de l’accompagner jusqu’à sa destination finale : Chicago, Illinois

 

Tentation : Le club de lecture de St Lunaire

Fournisseur : La bib de St Lunaire

Mon humble avis : Superbe BD, servie par des planches et des dessins magnifiques, qui nous font traverser les grands espaces Américain depuis la Californie jusqu'à l'Illinois. Bref, nous voici en plein Western !

Le graphisme, très agréable et expressif, est assez proche d'un manga, la petite fille par moment, me faisait penser à Candy !

Les auteurs se sont appuyés sur des faits réels pour inventer cette belle et touchante histoire, bien que révoltante dans le fond. Ils ont juste pris une petite liberté temporelle, avançant cette fameuse faille dans le règlement des postes qui date de 1913, pour la faire correspondre avec le grand tremblement de terre de San Francisco de 1906. Ce séisme a fait plus de 3000 morts et a laissé sans toit les trois quarts des habitants de la ville. 

Effectivement, en 1913, il était possible d'expédier d'importe quel colis n'importe où aux USA pour la modique somme de 53 cents en timbre. Le règlement de précisait pas si le colis pouvait ou non être vivant, l'essentiel était qu'il ne dépassât pas 50 pounds, soit environ 23 kg. Aussi, à cet époque, nombre de parents ont envoyé leurs enfants en bas âge à droite à gauche, pour les protéger d'une catastrophe, ou pour de simples vacances. Bref, les enfants étaient considérés comme des marchandises...

Ne restait aux deux auteurs qu'à inventer deux personnages pour illustrer ces faits : Jenny, âgée de 6 ans, va donc voyager avec Enyeto, indien Miwok... Qui fut l'un de ces enfants arrachés à leurs tribus pour être "américanisé". La petite Jenny a du caractère, et Enyeto de la patience et le sens de l'engagement et des responsabilités. Alors malgré toutes les embuches administratives, les dangers (les brigands des grands chemins, les Mormons pas si honnêtes que cela) il poursuit sa route avec Jenny, qu'il initie à sa culture, et partout, subit le racisme des blancs soi-disant bien-pensants. Une belle relation naît entre les deux êtres...

La fin, elle peut être déstabilisante, ouverte ou fermée... Chacun se fera sa propre idée ! De mon côté, pour rester le coeur "léger", j'espère une suite !

Mais l'album est magnifique et m'a fait découvrir une chose dont j'ignorais tout !

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Rédigé par Géraldine

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Publié le 30 Mai 2024

BD - Editions Dargaud - 144 pages - 23.50 €

Parution en novembre 2022

L'histoire : 1998, Teresa, brillante étudiante en archéologie, décroche une bourse et un poste à Berlin pour participer à la préparation d'une grande exposition sur la découverte du tombeau de Toutankhamon. Sa bible de travail, le journal d'Howard Carter. Elle rencontre Ruben, un jeune Italien rêveur et fantasque, venu s'éclater à Berlin. Parallèlement aux crises de couple dues aux insomnies chroniques de la jeune femme et à leurs moments intimes d'un amour passionné, leur histoire se révèle entre la Vallée des Rois et la folie berlinoise de la fin du XXe siècle. Qu'adviendra-t-il de leur futur ? La temporalité chère à Manuele Fior raconte par cette romance deux époques qui se confrontent et s'entremêlent, unies par le motif de l'hypéricon, cette fleur aux mille vertus.

Tentation : Le billet de Violette 

Fournisseur : La bib de St Lunaire

Mon humble avis : Je suis passée complètement à côté de cet album, je n'ai pas saisi les intentions de l'auteur italien.

Et pourtant... Certes, il y a de très belles pages qui nous ramènent en Egypte en 1922, en compagnie des Egyptologues (dont Howard Carter) qui découvraient la tombe de Toutânkhamon. Heureusement qu'elles sont là ces pages d'ailleurs, sinon, mon intérêt aurait encore été moindre.

Certes, il y a Berlin réunifiée et sa jeunesse frénétique à la fin des années 90. Et le tout s'achève par les attentats du 11 septembre 2001.

Entre tout cela, il y a la rencontre entre Teresa et Ruben, puis leur relation sulfureuse et chaotique, qui ne m'a ni intéressée, ni touchée, pas plus que ses protagonistes d'ailleurs. De la fameuse expo que Teresa est censée préparée, il n'est à peine question. Dommage. Et puis, certains dialogues sont en allemand, non traduits. Pas cool, même si l'on se doute que ces fameux dialogues ne changent pas la phase de l'histoire, c'est un peu se moquer de son lectorat. Alors que quelques astérisques et notes en bas de pages auraient suffi.

Certes, il y a le lien entre l'hypéricon, nom latin de la plante Millepertuis, qui solutionnera les insomnies de Teresa, alors qu'en 1922, des restes de la même fleur sont trouvées dans le tombeau du pharaon. Et des réflexions sur la temporalité. Mais tout cela m'a paru bien brouillon, sans objectif précis, à part peut-être celui de raconter une expérience de la vie de l'auteur ? Je n'en sais rien puisque je ne le connais pas. J'aurais préféré me contenter d'aller et retour entre les découvertes de 1922 et l'expo de 1998, bref, rester au pays de Champollion. 

Mauvaise pioche pour moi cette fois-ci en BD malgré un graphisme agréable et soigné.

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Rédigé par Géraldine

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Publié le 20 Mai 2024

BD - Editions Lombard - 240 pages - 24.50 €

Parution en avril 2021

Le sujet : Jean, major de promo et interne à l'hôpital, doit faire un stage en soins gynécologiques aux côtés du docteur Karma. Mais elle veut faire de la chirurgie, et non écouter des femmes parler d'elles-mêmes et de leur corps ! Elle se désespère de passer son temps auprès de ce médecin qui privilégie l'écoute à la technique. Contraception, maternité, violences conjugales, avortements... de consultations en témoignages, Jean pourrait bien pourtant changer sa vision de la médecine. Une adaptation sensible et puissante du roman culte de Martin Winckler.

 

Tentation : Un billet de la blogo datant de février, que je ne retrouve pas... Qui est-ce ?

C'est Violette !!!

Fournisseur : La bib de St Lunaire

Mon humble avis : Cette BD est l'adaptation du roman éponyme de Martin Winckler, roman que je n'ai pas lu... Grosse erreur que j'espère pouvoir réparer un de ces jours, tant cette BD m'a plu et bouleversée... A un point rarement atteint d'ailleurs, puisque par moment, je me suis surprise à lever les yeux, quitter le texte pour amenuiser l'afflux d'émotions et respirer, ou plutôt expirer un grand coup.

Cette histoire est une formidable ode aux femmes, à toutes les femmes, dans toutes leurs différences, leurs préoccupations, leurs vécus, les peurs, leurs épreuves, leurs aspirations... Face à elles, un médecin pas comme les autres, mais de qui tous les autres devraient s'inspirer, si l'époque et le temps le leur permettait... Mais nous sommes maintenant le plus souvent dans une médecine d'économies, d'efficacité, de rentabilité, et de manque de personnel... Ce médecin prône l'écoute avec la médication. Donc il prend du temps, beaucoup de temps à écouter et suivre ses patientes, mais cela paie. Ce médecin lutte aussi pour une bien meilleure considération de la femme dans son suivi médical, et notamment gynécologique.... Tant de possibilités existent pour limiter les situations/positions humiliantes, pour éviter les césariennes etc...

Et puis il y Jean, cette jeune interne qui débarque de force pour six mois dans ce service pour valider son internat. Elle se rebiffe contre les méthodes de son référent, elle qui ne jure que par la chirurgie et qui a un sacré caractère... entier on va dire.  

On va suivre l'évolution de Jean, aussi bien dans sa vie personnelle qu'au sein du service, et cette évolution est bouleversante. Cette jeune femme que l'on trouve trop sûre d'elle au début et bien effrontée, on finit par l'adorer et l'admirer. Au fil des pages, les consultations médicales s'enchaînent, présentant à chaque fois une nouvelle patiente, et une page est réservée à chacune d'entre elles pour qu'elle se présente... Et suite à chaque consultation, un débriefing entre le médecin et son interne. Les débriefings sont tendus au début, puis la relation entre deux évolue jusqu'à nous révéler un lien qui nous submerge d'émotion.

J'ai appris beaucoup de chose sur moi qui suis une femme, des choses qu'aucun médecin ne m'a jamais expliquée. Et j'ai aussi découvert que ce qui fait mon identité sexuelle ne se limite pas à mon anatomie sexuelle ni à ma silhouette. Il faut prendre en compte les organes reproducteurs, le fonctionnement hormonal, et le modèle chromosomique. Si un ou plusieurs de ses points ne correspondent pas aux définitions classiques des genres, il y a alors intersexualité. Les experts estiment qu'1,7% de la population naissent avec des caractéristiques intersexe. Parmi ces personnes, certaines personnes subissent des mutilations médicales et un acharnement atroce pour les faire rentrer dans "les cases"... Un vaste sujet, qui va aussi souvent de paire avec l'orientation sexuelle, dont je méconnaissais tout ou presque.

Car on le comprend assez vite, Jean est intersexes.

"Encore" une fois, un ouvrage qui devraient être lu par tous et toutes, et qui amènerait certainement une meilleure considération des femmes, et une bien plus grande tolérance et inclusion des personnes LGBT etc...

 

 

 

 

 

 

 

L'avis de Gambadou

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Rédigé par Géraldine

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Publié le 10 Mai 2024

BD - Editions La boîte à bulles - 96 pages - 19 €

Parution en août 2023

Le sujet : Justine est une humanitaire passionnée. Depuis sa première mission en Afghanistan en 2005, être sur le terrain, c'est un peu son obsession. Mère de quatre enfants, elle bat en brèche l'idée - qu'on lui a souvent opposée - selon laquelle les mères ne pourraient pas faire carrière dans l'humanitaire… Pour autant, elle ne nie pas les acrobaties qu'elle doit faire pour concilier missions à l'étranger et vie de famille.

Tentation : Le billet de Sandrine, tête de lecture

Fournisseur : La bib de St Lunaire

 

Mon humble avis : Sacrée bonne femme que cette Justine, dont le témoignage a donné naissance à cette BD pleine de peps ! Les scénettes, plus ou moins longues (ou courtes) se succèdent avec de l'humour, de l'autodérision, sans toutefois négliger la gravité des événements vécus. Elles décrivent toutes une situation précise ou une anecdote, et ensembles, elles donnent un bon aperçu de la vie peu ordinaire que mènent Justine et sa famille. Chaque scénette est très parlante, comme le sont d'ailleurs dessins et graphisme. Je n'ai pas été fan des dessins des visages (ce sera mon seul petit bémol sur cette ouvrage), mais ils ont l'avantage d'être bien expressifs, et d'éviter ainsi des bulles trop bavardes. A noter dans les + +, la police de caractère est hyper claire et de bonne taille !

Justine a quatre enfants, de deux pères différents. Tout ce petit monde vit dans la même rue et s'entend à merveille. Justine est une professionnelle de l'humanitaire. Oui, femme, mère de famille et humanitaire, quoiqu'en ait pensé son directeur de master, quoiqu'en pensent ses parents, ses amis, les profs de ses enfants etc.... qui lui assènent à chaque retour de mission : "maintenant que tu es maman, tu vas rester au bureau"... Question, qui bien évidemment, n'est jamais posée à ses confrères masculins.

Nous accompagnons Justine de par le monde, au gré de ses missions en Afghanistan, en Irak, en Haïti, en République Centre Africaine... Justine fait construire des hôpitaux, creuser des puits, fournit des médicaments, négocie avec des chefs de guerre etc... Sa passion, c'est le terrain. Et le terrain, c'est aussi sa famille, aller chercher son fils à l'école sitôt descendue de l'avion, se rendre à une convocation d'un prof, lire une histoire au dernier né le soir. Et au milieu de tout cela, il y a l'organisation, la logistique, les courses... Les absences, les manquements, les doutes, les reproches, les risques, les dangers, le bonheur d'être utile, de se réaliser en faisant que le monde soit meilleur, ou moins dur à l'autre bout.

La vie d'humanitaire de Justine est très souvent mise en parallèle avec sa vie de Maman... Et aucune n'est de tout repos... En Afghanistan, elle négocie avec un chef de guerre... Dans sa cuisine, elle négocie avec son fils pour qu'il termine son assiette. En Irak, une fois sa journée de travail terminé, son temps est tout à elle... Dans son foyer, la charge mentale est H24, etc, etc, je ne vais pas tout vous raconter.

Une BD à lire absolument, un formidable hommage à ces femmes et hommes qui se plient en 4, qui se coupent en deux pour mener une vie de famille aimante et ne pas oublier d'aller réhumaniser les régions du monde brisées par les horreurs de la guerre ou des aléas climatiques.

J'ai toujours entendu dire que derrière tout homme qui réussit grandement, il y a une femme dans l'ombre. Et bien ici, on peut inverser la phrase... Car si Justine réussit aussi bien son pari de mener à bien autant sa vie d'humanitaire que sa vie de famille, c'est parce qu'elle a deux bons hommes pour la soutenir, l'accompagner, l'aimer. Cette ouvrage est donc aussi une belle preuve d'amour pour ses enfants, leurs pères, son travail, sa vie, ses collègues. Et un sacré pied de nez au sexisme qui la voudrait bien tranquille dans sa cuisine...

 

 

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Rédigé par Géraldine

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Publié le 29 Avril 2024

BD - Editions Vents d'Ouest - 168 pages - 25 €

Parution en mai 2022

L'histoire : Damien est l’histoire d’un voyage devenu légendaire. Damien, c’est aussi le nom du petit voilier de 10 mètres en bois qui, dans les années 70, effectua ce tour du monde exceptionnel de cinq ans, aujourd’hui inscrit en référence dans le domaine de l’aventure. Alors copains d’école à Grenoble, Jérôme Poncet et Gérard Janichon, décident à 17 ans de consacrer leur jeunesse à courir le monde. Leur cap est la liberté, la découverte, l’accomplissement, la voile aux extrêmes du globe. Inexpérimentés mais portés par leur idéal, ils quittent La Rochelle en mai 1969. Ils y reviendront en septembre 1973, après un voyage initiatique de plus de 55 000 milles.

Tentation : Le sujet (impec pour le Challenge Book trip en mer)

Fournisseur : La bib de St Lunaire

Mon humble avis : Et bien mes petits mousses, quel voyage de dingue !!!

En deux sessions de lecture, je suis partie de La Rochelle, pour rejoindre les fjords Norvégiens, le Spitzberg. J'ai ensuite frôlé le Groënland pour piquer droit vers les Caraïbes. De là, cap vers l'Amazonie, puis Rio, le Cap Horn. Des sauts de puces d'îles en îles (Kerguelen, Géorgie etc et d'autres toutes plus désolées et isolées les unes que les autres). Puis cap vers Le Cape, avant de reprendre la route du sud, d'arriver en Tasmanie, en Australie et de la rejoindre Tahiti, en passant par la Nouvelle Calédonie. Et comme à Tahiti, je n'en n'avais pas encore assez, je suis repartie pour la péninsule antarctique. J'ai rencontré des gens à droite à gauche, des marins, des militaires, des pêcheurs, des chercheurs, des scientifiques, un chaman, des filles, des hommes. Certains, je les ai retrouvés ailleurs par hasard. Evidemment j'en ai bavé, j'ai chaviré plus d'une fois dans les 50ème hurlants, j'ai eu peur, mais je m'en suis toujours sortie...  Grâce à la bonne étoile et les coups de mains au bon moment.  J'ai donc navigué en maillot de bain dans la mer des Caraïbes, au milieu des moustiques de l'Amazone et en grosse doudoune parmi les icebergs du pôle sud. Y'a eu de la casse humaine et matérielle, mais le bon port est toujours arrivé dans les jumelles.

Bon vous l'aurez compris, moi, je n'ai vécu cet incroyable voyage que depuis mon canapé ! Nos deux héros, connus dans leur milieu, et même références pour les voileux, écrivent beaucoup sur les voyages, la mer, la navigation sont Gérard et Jérôme.

Evidemment, pas évident de réduire quatre ans et demi d'un insensé voyage en format BD. On ne peut qu'être elliptique, et guère possible d'approfondir tous les sujets, toutes les rencontres. On est forcément obligé de survoler un peu... ce qui peut s'avérer frustrant pour le lecteur, désireux d'en apprendre plus sur les lieux accostés... pour cela, je pense qu'il faut lire le livre d'origine, dont est inspiré cet album : Damien autour du monde (de Gérard Janichon). De plus, j'ai trouvé les bulles très bavardes mais somme toute pour énoncer pas mal d'évidences un peu creuses et convenues.

Quoiqu'il en soit, graphisme et illustrations sont vraiment magnifiques et offrent déjà un fabuleux voyage visuel, sensoriel... le tout en aquarelles. Les dessins sont foisonnants de couleurs, de détails... du grand art, et un pur bonheur pour les yeux.

J'aurais aimé savoir, entre autres, pourquoi "Damien" fut nommé ainsi, pourquoi le 3ème larron a vite quitté le navire etc. Mais à savoir tout de même, ce petit bateau Damien est maintenant classé monument historique, premier petit voilier à s'être notamment frotté aux glaces polaires...

Et cet album, je vous le conseille tout de même chaleureusement pour ses qualités, et la trace qu'il laisse d'une épopée marine hors du commun, extraordinaire.

Je gagne donc un point dans le challenge avec cette lecture

Ce qui me mène à 4 points, toujours mousse !

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Rédigé par Géraldine

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Publié le 14 Avril 2024

BD - Editions Dupuis - 128 pages - 23 €

Parution en septembre 2023

Le sujet : Chacun d'entre nous vit, a vécu ou vivra des moments inoubliables, ces petits ou grands points de bascule qui dessinent le destin d'un être humain. Ces moments émouvants, révoltants, dramatiques ou inattendus, mais toujours précieux et émouvants, Fabien Toulmé est allé les chercher pour nous. En Europe, en Amérique latine ou en Afrique, dans de nombreuses couches sociales et autant de tranches d'âge, il a récolté des témoignages universels.

 

 

Tentation : Le billet de Fanja

Fournisseur : La bib de St Lunaire

Mon humble avis : Cet album pourrait presque être un recueil de nouvelles... mais avec des cases et de bulles... et des dessins. Des histoires "courtes" donc, mais qui peuvent se dérouler sur plusieurs années, ou avoir des conséquences des décennies plus tard pour leur narrateur. Des histoires toutes générées par un point de bascule, souvent issue d'une rencontre qui change une vie brutalement, ou par petites touches successives, qu'elles soient douloureuses et bouleversantes ou joyeuses et positives.

Nous avons Emilie, 43, qui témoigne de sa jeunesse passée avec sa famille chez les témoins de Jéhovah. Terrible, mais elle est parvenue à fuir la secte.

Béatrice, 31 ans, nous narre la vie de ses parents...  Celle-ci commence au Brésil, en passant par l'Allemagne...Par le séminaire et la prêtrise pour son père, et l'amour fou et obstiné de sa mère.

Marie, 31 ans, ne se remet pas du viol subit par son petit ami de l'époque, viol qui a ravagé sa vie... Jusqu'à ce qu'elle parvienne à écrire une lettre.

Kévin, 35 ans, a vécu son enfance au Rwanda, qu'il a dû fuir avec sa famille au début des massacres des Tutsis pour les Hutus.

Marine, 43 ans, rencontre l'homme qu'elle aimera toute sa vie lorsqu'elle est adolescente, lors d'un pèlerinage à Lourdes. La vie mettra plusieurs décennies à les réunir.

Grégory, 36 ans, est né dans un quartier sensible de Dunkerque, a connu la délinquance, la prison etc. Mais un jour, une juge a cru en lui.

Ce sont toutes des histoires vraies, seuls les noms ont été changés... On n'imagine la confiance dont ont fait preuve ces confidents auprès de Fabien Toulmé, qui sincèrement, ne les a pas trahis, bien au contraire, il leur rend un bel hommage avec simplicité... Ce sont des combattants de la vie, des combattants de l'amour, et quelque part, tous des survivants aux grandes douleurs ou épreuves de la vie. Et tous témoignent d'une volonté de rebondir, de s'en sortir, de comprendre, de persévérer, de toujours y croire.

Les pages sont bicolores, et les couleurs changent à chaque histoire. Les dessins sont simples mais ô combien expressifs. On ne peut qu'être admiratif devant le talent de Fabien Toulmé pour parvenir à rendre limpide, en une case, un dessin et une bulle, une situation, une émotion, une peine, une désespérance, une joie. Une lecture très fluide qui permet de se concentrer sur les personnages et leur vécu, qui somme toute rejoignent une certaine universalité à eux tous, et ne peuvent que toucher, et devenir inoubliables.

Logiquement, d'autres tomes devraient suivre...

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Rédigé par Géraldine

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Publié le 8 Avril 2024

BD - Editions Maghen - 240 pages - 29 €

Parution : le 1er juin 2023

L'histoire : C'est dans les montagnes des Vosges, dans une ancienne métairie au coeur de la forêt, que Pamina a choisi de vivre isolée du monde avec son compagnon Nils. Elle se sait entourée par un clan de cerfs dont elle ne perçoit que les traces. Jusqu'au jour où un inconnu, Léo, photographe animalier, construit une cabane d'affût et l'initie à l'observation des grands cerfs. Au fil des saisons, par tous les temps et souvent de nuit, Pamina guette l'apparition des cerfs. Elle apprend à les distinguer, les nommer et découvre aussi toute une vie sauvage. Au fil de cette initiation, elle va découvrir d'autres clans plus cruels –; les hommes qui gèrent la forêt et les chasseurs –; et s'engager dans le combat pour la préservation de la nature et de ses espèces sauvages.

Tentation : Le billet de Je lis je blogue

Fournisseur : la bib de St Lunaire

Mon humble avis : Un énorme coup de coeur pour ce magnifique album, que j'ai lu jusque tard dans la nuit pour le terminer.

Gaétan Nocq adapte ici le roman éponyme de Claudie Hunziger, roman que je n'ai pas lu... mais que je devrais lire !

Un véritable hymne à la nature, à son observation, à son écoute, à son parcours, à sa vie, visible ou invisible. A la patience, à l'abnégation, à l'obstination nécessaire pour l'approcher, la connaître, la sentir. Et l'émerveillement advient, l'animal est là, droit, fier, beau, puissant. Parfois rejoint par d'autres... Avant de prendre la poudre d'escampette. Toutes les pages qui content cette approche discrète de la nature et de ses habitants, juste pour le plaisir de l'observation, ou de la belle photo, sont teintées de bleues, un bleu et des dessins cotonneux qui enveloppent, et qui traduisent parfaitement la plupart de scènes... En effet, la nature s'observe à l'aurore ou au coucher du soleil, à cette fameuse heure bleue... Le départ se fait très tôt et le retour très tard... au coeur de la nuit.

J'ai adoré tout ce qui touche aux techniques d'affût, moi qui n'ai pas la patience ou je ne suis pas assez ascétique pour m'y mettre pour favoriser des rencontres exceptionnelles avec cerfs, renards, chevreuil ou autre. Le seul "affût" que je pratique, c'est dans les observatoires auprès des étangs et marais. Et là, j'adore, je pourrais y rester des heures, d'ailleurs j'y reste des heures. Par moment, il ne se passe pas "grand-chose". Et puis soudain, tout s'anime et cela devient une véritable pièce de théâtre. Des personnages entrent, d'autres sortent, certains dominent, d'autres fuient, certains se nourrissent, d'autres dorment ou se toilettent, se séduisent durant les périodes propices. Aucun scénario n'est écrit. Et d'un seul coup, tout le monde s'envole, car au loin, un prédateur arrive.

Alors, dans ces pages, j'ai eu l'impression d'y être, et l'émotion qui saisit l'Etre humain lorsque le cerf parait est magistralement rendue et partagée.

Mais le rêve éveillé ne dure pas... Car cet album est aussi un cri, un plaidoyer pour le respect de cette même nature et de ses habitants très très malmenés.

Pamina rencontre Léo, le photographe animalier, qui va l'initier aux techniques d'affûts et à la vie des cerfs. Il lui apprend à devenir invisible...  Car quand l'on sait être invisible, et bien ce qui nous est invisible devient visible. Dès lors, Pamina sait que les cerfs seront le sujet de son prochain roman. Dans sa préparation, elle rencontre différents acteurs et administrations (dont l'ONF) qui "gèrent" cet espace naturel et les espèces qui y vivent. Et là, ce le coup de massue. Un à un, les grands cerfs disparaissent, ils sont "tirés". La chasse, la "régulation", et surtout, le profit économique... Car en résumé, les Cerfs abîment les arbres feuillus, qui ne sont ensuite plus vendables dans l'industrie du bois. Si vous ajoutez à cela qu'un pin est bien vite plus rentables qu'un feuillu... Voilà les coupes massives, et l'espace de vie du grand cerf qui se réduit comme une peau de chagrin. Et puis, il y a les compromis des uns et l'hypocrisie des autres. Car dans son enquête, Pamina découvrira l'impensable qui se produit avec la "bénédiction" et la "complicité" de l'ONF...  pour l'adoration du dieu "profit".

 

Emouvant, instructif sur la vie des cerfs, bouleversant et révoltant à la fois, cet album est un bijou ! A lire !

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Rédigé par Géraldine

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