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Publié le 19 Novembre 2020

roman, louise erdrich, religion, réserve indienne

Roman - Editions Livre de Poche - 535 pages - 8.80 €

Parution d'origine chez Albin Michel en 2003

L'histoire : Dans une réserve indienne du Dakota du Nord, vit et officie le père Damien, presque centenaire.  Depuis près de 80 ans, il est le témoin de nombreux événements, ordinaires ou extraordinaires (des miracles ?) qu'il rapporte méticuleusement par écrit à tous les papes qui se sont succédés depuis. Jamais ne vient une réponse jusqu'à l'arrivée du Père Jude en 1996. Emissaire du Vatican, celui-ci vient étudier la candidature à la sainteté de Soeur Léopolda, une ancienne religieuse de la réserve. Le père Damien lui avouera -t-il secrets et vérités ?

 

 

Tentation : Ma PAL

Fournisseur : Ma PAL

 

Mon humble avis : Ce roman "traine" dans ma PAL depuis 11 ans. Il y traine parce que je l'ai reçu lors d'une participation à un prix littéraire. Je ne l'ai donc pas choisi, et comme il n'est pas du tout le genre de livres vers lequel je me précipite, j'ai rechigné toutes ces années à l'ouvrir et lui donner une chance. Cette fois-ci, j'étais prête à m'y attaquer, et je ne le regrette pas. Car malgré mes "3 pattes", c'est un ouvrage que j'ai apprécié, parce qu'il m'a emmenée vers des territoires littéraires que j'ai si peu, voire peut-être jamais, exploré. Et puis franchement, l'histoire est prenante, le personnage du père Damien très attachant et on se demande bien qu'elle sera l'issue des secrets du père Damien.

Mais cette lecture fut tout de même éprouvante pour moi. Déjà, le livre est un pavé... Donc forcément, c'est long et je ne vais pas nier la présence de quelques longueurs au fil des pages. Mais ces longueurs sont en même temps partie prenante de la narration, et puis tout de même, ce roman saga nous fait traverser presque un siècle ! Le style est très travaillé, use souvent de l'implicite, les personnages sont nombreux et leurs imbrications familiales pas toujours facile à retenir (malgré la présence d'un arbre généalogique au début du bouquin). Tout ceci fait que j'ai dû déployer une attention et une concentration inouïe (pour moi et mon cerveau mal en point) par suivre l'histoire du Père Damien et des Indiens Obijwe, et que cela m'a épuisée... Mais le tout pour la bonne cause.

Dernier rapport sur les miracles à Little No Horse est un roman vraiment fantasmagorique* et baroque**. et assez picaresque. Si vous êtes cartésiens et si vous ne vous épanouissez que dans le rationnel, passez votre chemin. Si vous aimez quand l'extraordinaire se mêle à l'ordinaire, quand la frontière entre la réalité et la spiritualité est ténue, cette histoire devrait vraiment vous plaire. Car nous suivons tout d'abord les pas (quelques années) qui mène le Père Damien (je ne divulgâcherais pas son secret, même s'il apparaît dans les premiers chapitres), ce personnage ô combien admirable, original, dévoué, humain dans toute sa complexité de foi et de doute, jusqu'à la réserve Indienne dans les années 1910-1912. Puis ce sont 80 années qui se déroulent sous nos yeux, faites d'aventures et de mésaventures, de naissances, de décès, de crime. Et pourtant dans ces pages, le temps semble immobile. Certes, quelques instruments modernes apparaissent (comme le sac de congélation). D'ailleurs, Louise Erdrich offre de belles réflexions sur le temps, la foi, le doute, le mensonge, l'esprit, l'âme, la tentation, le pêché, le crime, la dévotion, la fragilité des convictions, l'amour des siens etc... tantôt sous le prisme de l'humanité simple, tantôt sous le prisme du dogme religieux. Les personnages (pour la plupart indiens) qui entourent le Père Damien sont hauts en couleurs et de sacrés caractères.

Evidemment en filigrane, Louise Erdrich évoque les drames historiques : la spoliation des terres indiennes par le gouvernement blanc américain, la grippe espagnole, la déforestation, les conversions et les baptêmes souvent forcés des indiens, les dégâts de l'alcool dans les réserves. Mais il y a une large place pour les traditions et croyances indiennes ancestrales, ainsi que cette certaine et fameuse sagesse... Car dans ce roman, les indiens entre eux ne se comportent pas mieux que les blancs... Ils sont terriblement humains. Par contre, leurs visions du monde, de la nature et le respect de cette dernière font vraiment preuve d'une philosophie qu'il serait plus que temps que nous retrouvions.

Il y aurait tant à dire sur ce roman foisonnant, surprenant, captivant, drôle aussi par moment ! Impossible ici. Je pense que je garderai longtemps le personnage du Père Damien en mémoire. Même si cette lecture fut vraiment fatigante pour moi et qu'il me tardait de l'achever, j'en suis tout de même très contente. Je me sens vraiment enrichie d'une histoire exceptionnelle et j'ai fait un grand pas de plus dans les possibilités littéraires que le monde m'offre !

"Et je crois même aujourd'hui que le vide laissé par la disparition de la connaissance sacrée traditionnelle fut comblée, très simplement, par le facile réconfort de l'alcool. J'ai donc été forcé, au bout du compte, de nettoyer derrière les ravages de ce que j'avais aidé à détruire, père Jude. Voilà pourquoi je suis resté".

* Fantasmagorie : Présence dans une œuvre de motifs, thèmes fantastiques destinés à créer une atmosphère surnaturelle

** Baroque littéraire : Reprenant le caractère du maniérisme, ce courant privilégie l'émotion et le sensible à l'intellect ou au rationnel. Le baroque en littérature se centre sur l'effet et l'ostentation. Il offre des lieux communs représentatifs : mélanger les contraires (le réel et l'illusoire, le grotesque et le sublime, le mensonge et la vérité) ; développer l’imaginaire ; faire appel aux allégories ; exprimer les sentiments et les sensations ; retranscrire avec une abondance de détails couleurs, formes, saveurs et parfums. La mort est un thème central dans les œuvres baroques, intimement liées au domaine de l'évasion, de la mythologie et de la féerie. L'esthétique baroque revendique son exubérance, son foisonnement et sa surcharge ornementale. L'écriture est dominée par l'alambique rhétorique et la multiplication de figures de style comme la métaphore. Le recours à l'hyperbole et au néologisme est également notable. Jouant sur le motif des identités multiples, le théâtre et le roman mettent en scène des personnages polyvalents, doubles et mystérieux « portant un masque ».

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Rédigé par Géraldine

Publié dans #Littérature d'ailleurs

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Publié le 17 Novembre 2020

Roman - Editions Audiolib -11h57 d'écoute - 21.95 €

Parution d'origine chez Belfond en 2016

L'histoire : Jende Jonga rêve de l'Amérique. Avec courage, il s'emploie activement à la réalisation de son rêve. Emigré Camerounais, il vit depuis quelque temps à New York, dans l'attente de papiers lui permettant de rester durablement et légalement dans ce pays. Il a même fait venir sa femme et son fils. Il décroche un job en or pour lui : chauffeur pour un riche homme d'affaire de Wall Street et sa famille. Le rêve est à portée de mains... Mais la crise des subprimes éclate...

 

Tentation : Le ptich

Fournisseur : Bib N°3

 

 

Mon humble avis : Ah le rêve américain ! Combien s'y sont cassés les dents ? Beaucoup de candidats pour peu d'élus...

Jonga et sa famille sont donc postulants à la nationalité américaine. Nous suivons leur parcours, leur regard (qui évolue) sur l'Amérique, leurs difficultés, leur courage car franchement ils n'en manquent pas et ne comptent pas leurs heures au travail. Ils sont dévoués corps et âme à leurs patrons, à leur future patrie qu'ils admirent et vénèrent plus que tout lieu au monde. Bien sûr, il n'est pas évident de se défaire de ses us et coutumes africaines, et surtout d'une certaine façon de penser. Aussi, ils surmontent quelques malentendus et déconvenues, mais prennent cela avec bonhomie et bonne humeur, et même humour. Ce qui fait que pour le lecteur, la première partie de cette histoire se lit avec agrément et légèreté, même si ce texte est très intelligent et n'est pas là non plus pour faire rire. Evidemment, lorsque Jende commence à travailler comme chauffeur pour les richissimes Clarck, c'est parfois le choc des cultures. Cela donne lieu à des dialogues savoureux, bienveillants mais où subside toujours la distance liée aux différences sociales et pigmentaires.

La romancière Imbolo Mbue nous invite à suivre le destin de deux familles que tout oppose mais qui se retrouvent liées par le personnage centre de Djende.. D'un côté, il y a l'espérance, la naïveté, le courage, la construction, l'espoir, l'avenir. De l'autre, il y la puissance, l'argent, l'acquis, le passé, le présent, la lassitude. Et oui, les plus riches ne sont pas les plus heureux. Et puis, la crise des subprimes va bousculer ces fragiles équilibres... Je n'en dis pas plus. Il n'empêche, malgré le contraste qui sépare ces deux familles, celles-ci se respectent et une certaine affection s'installe.

Imbolo Mbue nous offre un roman puissant, addictif et extrêmement bien ficelé, qui décrit avec minutie et réalisme l'intégration difficile des noirs aux Etats-Unis. Etre plus que méritant ne suffit pas. Voici venir les rêveurs se déroule autour de 2007, avant, pendant et après la crise des subprimes. L'auteure dépeint donc l'envers du décors de l'american dream, du pays des libertés et du tout est possible, les paradoxes, les ambiguïtés, les hypocrisies (notamment du système)... où ceux qui ont tout n'ont aucune conscience de leur chance. A travers la famille Jonga, nous sommes dans le coeur, les pensées, le quotidien et l'esprit de candidats à l'immigration, de tout ce qu'ils sont prêts à faire, quitte parfois à se détruire, se déchirer, et à oublier les valeurs qui les forgent.  Il est consternant et effrayant de constater que cette famille, qui fuit "juste" un pays qui n'a pas d'avenir glorieux à lui proposer, s'est construit son idée de l'Amérique à partir des séries télé, soap opéra etc... Et que cette vision idyllique lui a suffi pour tout quitter ! Evidemment, Imbolo Mbue évoque aussi la réalité de l'exil, du mal du pays, du manque de ce qui compose nos racines. Je copie ma blogo copine AGFE en affirmant que les 50 dernières pages sont particulièrement intéressantes à lire, voire à relire, tant elles offrent de belles réflexions sur tout cela... Notamment, à la question : Où est le bonheur ? Ailleurs, où l'on est pauvre chez les riches, où chez soi, ou l'on est moins pauvre que les pauvres.

Le style est très agréable, aussi, ce roman se lit et s'écoute facilement. Je dirais qu'il peut être comparé à celui d'Alain Mabanckou. Car si j'avais écouté ce livre "à l'aveugle", j'aurais désigné Mabanckou comme auteur. Et l'interprétation proposée par cette version audio ne me contredit pas. Les personnages sont hauts en couleurs et tous attachants... parfois, malgré leurs apparences.

Voici venir les rêveurs est donc un très bon récit, qui donne à réfléchir, qui émeut, qui touche, qui révolte. Son sujet est hélas toujours autant d'actualité Mon seul bémol est que je l'ai trouvé un peu trop long.

 

Le billet d'AGFE, celui de Sylire

 

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Rédigé par Géraldine

Publié dans #Littérature d'ailleurs, #Livres audio, lectures audio

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Publié le 26 Octobre 2020

Beyrouk, Le tambour des larmes, littérature, Mauritanie, avis, chronique, blog, traditions

Roman -Editions Elyzad - 240 pages - 9.90 €

Parution en 2015

L'histoire : Une femme marche seule en pleine nuit, dans le désert Mauritanien. Elle s'appelle Rayhana, et elle emporte avec elle le tambour sacré de sa tribu. D'où vient-elle ? Où va-t'elle ? Que fuit-elle ?

Tentation : le pitch

Fournisseur : Ma CB

 

 

 

 

 

Littérature mauritanienne

Mon humble avis : J'ai acheté ce roman pour me préparer à mon voyage randonnée en Mauritanie de décembre prochain. Je l'ai commencé, et le lendemain, le voyagiste m'annonçait l'annulation (non surprenante) de ce même voyage. 

Mais je suis tout de même partie en Mauritanie avec Rayhana, et ai vécu ce pays de façon sans doute plus réelle, sans filtre, qu'en y mettant mes pieds de touriste, même si marcheuse. Certes, je n'ai pas eu chaud, je n'ai pas peiné dans le sable... Mais j'étais dans le coeur, dans le sang, dans les larmes, dans la révolte, dans la détresse de cette jeune bédouine en fuite. J'ai aperçu ce qu'était être une femme bédouine, issue d'une fameuse tribu, encore à notre époque.

Ce roman est très fort, puissant, dur. Localisé et en même temps, assez international (excepté sans doute les pays très industrialisés, et encore, le fond du sujet touche tout le monde, à différents degrés : la place de la femme et ses droits / non droits ici dans une société). Dans le tambour des larmes, il s'agit d'une société tribale, patriarcale.

Rahyana est une jeune fille lorsqu'elle "faute" avec un "étranger" de passage près de son campement. Les conséquences pour cette ingénue seront terribles et point de départ du roman. C'est Rahyana qui raconte son histoire, en alternant les chapitres sur sa fuite et ses rencontres, et les chapitres sur les longues et terribles épreuves qui l'ont conduite à fuir, en emmenant le tambour sacré de sa tribu, pour que tous ceux qui l'ont abimée en plein coeur souffrent dans ce qu'ils ont de plus hiératique et dans leur fierté.

Volontairement, je dévoile très peu cette bouleversante histoire. L'écriture est très agréable, teinté de poésie, de lyrisme ou d'onirisme qui s'accordent à merveille avec les lieux, les croyances de ces terres désertiques et brûlantes. J'ai été prise aux tripes par la détresse de cette jeune fille, et surtout, par son impuissance, malgré sa rébellion. J'ai tant espéré que sa quête ne soit pas veine. Mais le monde est cruel, ici, là-bas, partout.

Le tambour des larmes est très intéressant au-delà de son histoire humaine. Il permet d'apprendre beaucoup sur la vie tribale, les rites ancestraux, tantôt dignes, tantôt très éculés. Beyrouk confronte dans ces pages deux mondes opposés et pourtant si proches géographiquement : celui des tribus bédouines et celui des moyennes et grandes villes déjà dans l'hyper mondialisation et l'individualisme.

Je pouvais m'y attendre mais j'ai été choquée par l'hypocrisie et l'ambiguïté des coutumes tribales... La "sagesse" légendaire et la tradition de l'hospitalité sont tellement prégnantes... Et en même temps, une nouvelle vie est refusée. De même, j'ai peut-être naïvement découvert que la pratique de l'esclavage est encore monnaie courante en Mauritanie, malgré la loi qui l'interdit. Le mythe de la tribu nous fait parfois rêver, nous petits européens avides de grands espaces. Et pourtant, le poids de la vie communautaire y est aussi lourd que chez nous voire plus, et la vie bien plus âpre encore.

Un magnifique et envoutant roman et un pays méconnu à découvrir. Entre louange et magie du Sahara et dénonciation de secrets honteux. Une voix de l'Afrique, à travers celles des femmes.

 

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Rédigé par Géraldine

Publié dans #Littérature d'ailleurs

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Publié le 2 Octobre 2020

Littérature américaine, Philippe Roth, Un homme, avis, critique

Roman - Editions Folio - 182 pages - 7.50 €

Parution d'origine chez Gallimard en 2007

 

L'histoire s'ouvre sur les funérailles d'un homme de 71 ans... Sont présents quelques proches dans ce vieux cimetière juif à l'abandon près de Newark. Quelles furent sa jeunesse, sa vie d'adulte, sa vieillesse ? C'est à ces questions que répond ce vingt-septième roman de Philip Roth.

 

Tentation : Ma PAL

Fournisseur : Ma PAL

 

 

Mon humble avis : Philip Roth, encore un auteur qui est entré bien vivant dans ma PAL et qui en sort décédé il y a un peu plus d'un an... Et voici que je l'effleure avec un roman portant sur un sujet délicat : la vieillesse, qu'il a forcément vécue et d'ailleurs dont il témoigne, même si j'ignore s'il y a de l'autofiction dans ces pages, il y a certainement un peu de lui disséminé de-ci-delà (ne serait-ce que dans la pathologie cardiaque évoquée ici) Philip Roth a écrit cette histoire à l'âge de son personnage septuagénaire.

Philip Roth décrit et décrypte sans concession la grande descente inéluctable de la vie, et sa fin qui s'accélère alors que le corps ralentit. Tout rétrécit, le temps, le corps et ses artères, les possibilités. C'est l'heure où l'homme n'est plus actif et se retrouve libre de mener ses projets de longues dates. Sauf que l'énergie et les illusions, en autre d'un potentiel talent, s'amenuisent. Dans la famille, il est logiquement le prochain sur la liste et les amis et les relations disparaissent au fur et à mesure, tous victimes du même sort terrestre. C'est en quelque sorte la vie de Monsieur Toutlemonde que Philippe Roth nous narre de ses mots choisis, sans artifice, sans contour ni autres faux-semblants que ceux de la vie, dans un style limpide, qui ne verse pas dans le pathos, puisque Roth reste le plus souvent dans le constat. Une plume relativement neutre mais qui émeut beaucoup, puisqu'elle évoque l'inexorable issue tant collective qu'individuelle.

Ainsi, le personnage "Mr Toutlemonde" de Un Homme n'est pas nommé. Il peut-être une multitude d'entre nous tout en restant unique, comme l'est chaque individu, même si des similarités rapprochent. L'homme est donc au crépuscule de sa vie... une vie assez courante, presque banale. Une enfance dans une famille unie, des parents aimants, un frère aîné protecteur à qui tout réussi, tant dans les capacités sportives que dans l'univers de la finance. Puis deux garçons d'un premier mariage, une fille d'un second. Vint ensuite un très court troisième mariage, pour cacher un crime de chair... Et durant toute ces années, une très respectable carrière dans la publicité. Une vie faite de choix mais aussi de pulsions, qui ont pour conséquences, des décennies plus tard, de le laisser bien seul. Il doit désormais affronter la solitude et l'inactivité, en plus de sérieux problèmes de santé depuis ses plus jeunes années. Même son cher frère, il a réussi à s'en éloigner, par jalousie... Le frère qui n'a jamais connu un lit d'hôpital et qui garde les mêmes carrure et énergie malgré les années. Il n'a donc plus que cela à faire : repenser sa vie, ses regrets, ses remords, tenter de l'imaginer à travers les regards de ses proches et comprendre leurs reprochent... Et si possible, réparer ce qui est réparable, quand le corps ne l'est plus.

Un beau roman, sobre et sombre mais happant. Et même si j'espère ne pas être encore concernée par ce que traverse le personnage, j'ai tout de même observé le miroir qui m'était tendu pour réfléchir à mes choix passés et présents et leurs conséquences que je pense maîtriser actuellement, mais qu'en sera-t-il dans 25 ans ?

Je suis heureuse de cette lecture, moi qui suis si frileuse à me pencher sur les très grands auteurs américains qui souvent ne me conviennent pas (à moins que je ne choisisse pas les bons titres). En tout cas, Un homme me donne envie de mieux connaître l'écrivain Philip Roth, qui a n'en point douter, ne tombera pas de sitôt dans les oubliettes.

 

 

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Rédigé par Géraldine

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Publié le 24 Septembre 2020

roman, littérature, la goûteuse d'Hitler, nazisme, Histoire, avis, critique, blog

Roman - Editions Audiolib - 9h36 d'écoute - 20.45 €

Parution d'origine chez Albin Michel en janvier 2019

 

L'histoire :  1943. Reclus dans son quartier général en Prusse orientale, terrorisé à l'idée que l'on attente à sa vie, Hitler a fait recruter des goûteuses. Parmi elles, Rosa. Ce roman est son histoire, ainsi que celle de ses comparses, dans une Allemagne Nazie en guerre, puis sur le déclin.

 

 

Tentation : La blogo

Fournisseur : Bib N°3

 

Mon humble avis : Ce roman a bien fait parler de lui sur la blogo lors de sa sortie, mais aussi en Italie, pays de Rosella Postorino, où il a été couronné de nombreux prix littéraires. Pour l'écrire, Rosella Postorino s'est inspirée de la vie de Margot Wölk, dernière goûteuse d'Hitler à décéder récemment, à plus de quatre-vingt-dix ans.

Cette audiolecture me laisse un peu mitigée, comme déçue... Certes, le développement du contexte historique et de la vie des goûteuses d'Hitler, une découverte pour moi, m'a vivement intéressée... Recrutées de force, ces femmes n'avaient pas d'autres choix que d'accepter et de risquer leur vie à chaque bouchée. En fait, c'est sans doute la première fois que je lis un roman qui me plonge outre-Rhin durant la Seconde Guerre Mondiale, donc du côté de l'ennemi et de plus, dans la garde rapprochée du Führer... Mais ici, nous partageons une partie du quotidien de "petites gens", bref, des personnes comme vous et moi et j'ai été surprise de constater à quel point peu d'entre elles partageaient l'idéologie nazie et vivaient dans la même peur et le même manque que les autres européens de l'époque. Je me suis donc enrichie de certaines connaissances supplémentaires sur les pratiques nazies (comme celles de récompenser les mères de familles très nombreuses qui "travaillent" donc pour la patrie).

Par contre, l'aspect romanesque de cette histoire m'a le plus souvent laissée de marbre. Les descriptions des relations (conflictuelles d'abord puis amicales) entre les goûteuses m'ont lassée, d'autant qu'à part deux d'entre elles, les autres sont difficiles à reconnaître, à distinguer des autres et donc elles ne génèrent pas d'empathie particulière. Puis vient une relation plus charnelle qu'amoureuse entre l'une d'elle et un S.S. Là aussi, le temps s'allonge. Oui, j'ai trouvé le temps long jusqu'à ce qu'une révélation sur l'une des goûteuses réveille mon intérêt. J'espérais une fin marquante mais non... Celle-ci semble nous plonger dans un imbroglio d'époques qui ne donne pas de place à l'émotion et laisse les sujets qui auraient pu être intéressants en suspend... Au point que je me suis presque dit "tout ça pour ça".

L'écriture est très belle, l'interprétation d'Audrey Sourdive impeccable. Mais rythme et force de récit sont bien trop inégaux à mes yeux. Cependant, je ne regrette pas cette lecture puisqu'elle m'a emmenée dans une autre époque et dans d'autres vies, elle a donc étoffé ma petite culture, c'est déjà pas mal ! 

 

 

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Rédigé par Géraldine

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Publié le 18 Septembre 2020

Récit - Editions Le livre qui parle - 3h03 d'écoute - 13€95

Parution d'origine en 1944

Le sujet : Stefan Zweig revient sur l'une des plus grandes erreurs historiques du monde : Le nouveau monde baptisé "Amérique", "America", Amerigo. Quand, pourquoi, comment ? Zweig démêle cette intrigue historique comme une pelote de laine, faite elle-même de plusieurs petites pelotes. 

 

Tentation :  Pourquoi pas ?!

Fournisseur : Bib N°3

Mon humble avis : Ce récit de Zweig fut pour moi fascinant, passionnant et très instructif. Certes, Amerigo m'a certainement remis en mémoire quelques petites choses apprises à l'école, mais bien oubliées depuis... D'ailleurs, depuis, je ne m'étais jamais demandé pourquoi Le nouveau Continent avait été baptisé Amérique... Et suite à cette lecture, je m'interroge d'ailleurs sur l'origine des noms Europe, Asie, Afrique...

Le premier plaisir est de retrouver le style limpide et soigné de Stefan Zweig. Comme c'est agréable à l'oreille ! Son talent de conteur est indéniable, il sait captiver les foules et développer une véritable intrigue, avec ses rebondissements, ses indices autour de faits historiques. En fait, ce récit prend la forme d'un roman, avec ses protagonistes. Ce que l'époque a retenue d'eux, et ce que l'Histoire a remis à sa juste place.

Le livre commence bien des siècles avant la découverte du nouveau monde par Christophe Colomb. Zweig déroule les faits et causes, qui au fil des siècles, ont mené à cette découverte. Cette introduction est déjà très instructive, qui m'a appris à qu'il fut un temps, la France n'était plus du tout terre de connaissances et de découvertes par exemple.

Puis quelques années après 1492, vint le grand malentendu constitué d'une myriade d'erreurs (depuis des fautes d'orthographes dans certaines éditions, à l'attribution erronée de textes aux mauvaises personnes, en passant par des éditeurs peu scrupuleux, les oublis, les anachronismes, les preuves conservées par certains sans aucune conscience de leur valeur)... Et l'un des quiproquos les plus déterminants dans cette histoire émana d'une petite ville de nos Vosges bien françaises. Amerigo se voit attribué le mérite de la découverte des terres outre-atlantiques, considérées un temps comme Les Indes, puis les nouvelles Indes. De son vivant, Christophe Colomb tomba dans l'oubli et le dénuement. Son contemporain, Amerigo Vespucci, n'a en fait ni conscience, ni connaissance de sa célébrité ! Bref, ce n'est que trois bons siècles plus tard que la vérité sera rétablie et que les deux hommes, que l'Histoire tenaient pour ennemis, les relia dans une amitié.

Bref, vous l'aurez bien compris, ce texte et à lire, à écouter, à relire pourquoi pas, pour se remettre en tête ce que fut l'Histoire et comprendre de nouveau que celle-ci n'est pas figée. Evidemment, Amerigo sonne aussi comme une réhabilitation de Vespucci par Stefan Zweig, une réhabilitation bien méritée, pour cet homme qui s'est vu bien sali sans avoir fait quoique ce soit pour le mérité. Une belle et passionnante révision de l'Histoire par l'auteur, et pour le lecteur !

Zweig nous offre en prime quelques sujets de réflexion sur lesquels chacun pourra s'amuser à philosopher... Par exemple... Qui est le plus important : celui qui découvre ou celui qui prend conscience du potentiel de cette découverte ? Bon bien sûr, Zweig émet cette question bien plus joliment que moi ! 

 

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Rédigé par Géraldine

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Publié le 31 Août 2020

Roman - Editions Sixtrid - 3h55 d'écoute - 17.95 €

Parution d'origine aux Editions Sabine Wespieser en octobre 2015

L'histoire : Dans les montagnes autrichiennes, la vie entière d'Andreas Egger. Depuis son enfance orpheline et maltraitée qui le laisse boiteux, jusqu'à son dernier souffle. C'est aussi presque tout un siècle qui défile devant nos yeux, avec la 2ème Guerre Mondiale pour le partager. Un monde qui évolue à la vitesse de l'éclaire, qui amène la ville à la campagne et des milliers de touristes sur les pentes enneigées... Dans sa sagesse et son éthique, Andréas Egger traverse tout cela...

 

Tentation : Le pitch

Fournisseur : La bib'

 

 

Mon humble avis : Des avis élogieux sur ce roman autrichien ont fleuri ces derniers temps sur la blogo, donc, me voilà à le sortir de ma PAL audio.

Me voici moins enthousiaste que mes comparses. Force est de constater que "Qu'une vie entière" n'est pas le style de roman que j'affectionne et dévore. Et puis, l'interprétation qui en est faite par Guy Moign ne m'a pas tout à fait convenu : tantôt monotone, tantôt sentencieuse. De ce fait, exceptés quelques passages où l'émotion est pénétrante, je n'ai pas été plus emportée et touchée que cela par cette audio lecture.

Néanmoins, je reconnais que l'histoire d'Andréas Egger, qui couvre une bonne partie du vingtième siècle, est intéressante. Jeune garçon de ferme maltraité, Egger fuit et retourne au village entre les montagnes. Il se fera tout seul, mènera sans se plaindre une vie de dur labeur et la vie ne sera pas tendre avec lui. On le prend pour un simplet fragile mais Egger est d'une force herculéenne, ne recule jamais devant l'effort, est possède une intelligence et un instinct de vie remarquables. Il sera l'un des premiers à travailler la tête en l'air, puis haut perché, à la construction puis à l'entretien des remontées mécaniques. Au cours de sa vie, Egger le taiseux verra auberges locales et étables se vider de leurs occupants habituels au profit des touristes, de leurs skis, de leurs vêtements de couleur, de leur inconscience face aux dangers de l'environnement montagnard, de leur bêtise aussi grande que leurs certitudes citadines.

Une vie entière, c'est l'histoire d'un "petit" homme dans la multitude, une fourmi dans la fourmilière... Qui avance courageusement dans une vie simple et âpre. Le temps passe mais Egger reste placide. L'histoire aussi d'un petit coin reculé qui se transforme autant que le monde, au fil des décennies. Ce récit est assez sobre et dépouillé, ne va pas par quatre chemins, mais ne manque pas de poésie et de philosophie de vie. Aucun doute sur le fait que ce roman couronné outre Rhin plaise aux adeptes du genre !

 

 

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Rédigé par Géraldine

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Publié le 18 Juillet 2020

Tibor Fischer, Ne lisez pas ce livre si vous êtes stupides, littérature anglaise, humour anglais

Nouvelles - Editions 10/18 - 287 pages - 0.20 € d'occas 'sur le net

Parution d'origine aux éditions du Cherche Midi en 2003 

Les histoires : Celles de trentenaires anglais, paumés, loosers, désabusés, qui ne savent plus quoi faire pour sortir du lot et vivre leur vie correctement, et qui continuent à foncer droit dans le mur. Parmi eux,  un patron ruiné invité par des amis milliardaires sur la Côte d'Azur, jeune artiste résigné à se faire serial killer pour connaître le succès ou comédienne nymphomane obsédée par les pinces à épiler.

 

 

Tentation : Ma PAL

Fournisseur : Ma PAL

 

Mon humble avis : Un titre bien provocateur, donc forcément attirant ! Voilà pourquoi et comment ce roman s'est retrouvé dans ma PAL, acheté d'occasion il y a environ 7 ans... Sans que je prenne vraiment connaissance de son contenu.

Me voici bien mal à l'aise pour le chroniquer... Car déjà, il s'agit d'un recueil de nouvelles (dont certaines plus longues qu'un roman d'Amélie Nothomb) et ce n'est vraiment pas mon genre littéraire de prédilection. Qui plus est, j'accroche rarement avec les personnages dignes des meilleurs anti-héros ! Je suis donc même incapable de dire si j'ai aimé ou détesté. En fait, un peu des deux, en fonction des histoires et des passages. Ainsi, ma "notation" en pattes de chat n'est pas forcément représentative.

J'ai mis beaucoup (trop) de temps à achever cette lecture. D'une part, parce qu'il y a beaucoup de longueurs et qu'il ne se passe rien de transcendant dans ces nouvelles. Donc mauvais point. Mais d'autre part, parce que le style de l'auteur est d'une finesse telle qu'il faut être concentré, voire parfois relire certains passages, pour trouver le sens aux non-sens manifestes et qu'au hasard d'une phrase, se trouvent souvent des pépites de figures de styles, d'humour so british et aussi bien noir, l'alliage savoureux d'antithèses (elle sortit vêtue d'un camaïeu de noir ! Excellent), d'oxymore ! L'ironie est archi présente et les dialogues, dans leur vacuité qui dit tant, sont le plus souvent proches de l'ubuesque.

Mais très peu d'émotions à la rencontre de ces "héros" pathétiques, sauf lors de la nouvelle "rat de bibliothèque"

En fait, je pense que c'est un livre à lire au premier degré, tout en le lisant aussi au dixième degré ! A travers ses personnages ratés, mais qui laissent découvrir au fil des pages quelques valeurs morales ou du bon sens, Tibor Fisher montre du doigt les machines à broyer l'humain que sont les grandes capitales (Londres ici), la concurrence effrénée de l'économie de marché et les évolutions technologiques de nos sociétés qui rendent obsolète ce qui était le must d'hier.

Bref, même si je me suis très souvent ennuyée, je dois avouer que j'ai savouré certaines pages et bien des passages. Avec une belle impertinence, Tibor Fisher dresse un portrait peu flatteur de la société du début des années 2000... Et dire que depuis, rien ne s'est amélioré ! Je crois que cet ouvrage peut vraiment trouver son public auprès des fans absolu de la finesse de l'humour anglais (et j'en connais quelques unes sur la blogo !). Pour moi, ce n'est pas mon truc.

 

Exemple de dialogue :

-"Bon, pourquoi ne viendrais tu pas dîner un de ces soirs ?"

- "Non, arrêtons là pendant que ça va bien entre nous".

 

 

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Rédigé par Géraldine

Publié dans #Littérature d'ailleurs

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Publié le 6 Juillet 2020

Luis Sepulveda, chili, littérature, Equateur, Amazonie, Le vieux qui lisait des romans d'amour, avis, chronique, blog

Roman - Editions Points - 121 pages - 7.90 €

Parution d'origine aux Editions du Seuil en 1997

L'histoire :  Antonio José Bolivar, dit "le vieux" connaît les profondeurs de la forêt amazonienne et ses habitants, le noble peuple des Shuars. Lorsque les villageois d'El Idilio les accusent à tort du meurtre d'un chasseur blanc, le vieil homme quitte ses romans d'amour - seule échappatoire à la barbarie des hommes - pour chasser le vrai coupable, une panthère majestueuse...

Tentation : La blogo il y a une éternité

Fournisseur : Ma PAL

 

 

 

Mon humble avis : Un grand classique de la littérature sud-américaine qui prenait la poussière depuis des années dans ma PAL... Et voilà que récemment, l'auteur chilien Luis Sepulveda est décédé du Covid 19... Encore donc un écrivain que j'aurais dû lire de son vivant et que je découvre défunt. Mais heureusement, ses romans lui survivront.

La réputation de ce roman qui nous emmène en Amazonie Equatoriale est on ne peut plus méritée. Le vieux qui lisait des romans d'amour est un grand roman, comme un conte atemporel et malheureusement toujours plus actuel, malgré les années qui passent et ont passé depuis son écriture (1995).

Luis Sepulveda installe son histoire dans une mini bourgade de l'Equateur, au bord d'un fleuve, en pleine forêt primaire... En apparence, tout y semble hostile et inhospitalier : la nature, le climat, les hommes rudes et vite violents, dont certains ne sont mus que par la cupidité, la soif de l'or et de photos exceptionnels, à tous prix. Hostile en apparence, mais en y regardant de plus près, tout serait d'un équilibre parfait si ce territoire n'avait pas été envahi par l'Homme dit civilisé.

Le vieux est un personnage attachant, qui pourtant, avant de savoir, a commis des erreurs. Mais il a appris la forêt, notamment grâce à ses relations très amicales avec les Jivaros. Désormais domicilié à l'Ilidio, il mène une vie tranquille et découvre les secrets, les miracles et les possibilités que donne la lecture : ressentir, aimer par procuration, imaginer, deviner... Oui, le Vieux lit des romans d'amour. Jusqu'au jour où des chasseurs peu scrupuleux tuent les petits d'une panthère et blesse son mâle. La panthère se venge... Et Le vieux sera mandaté par le Maire pour tuer la bête. Le vieux s'acquittera contraint et forcé de cette tâche, mais dans un combat qu'il voudra le plus d'égal à égal. Et ce combat noue le coeur du lecteur, tant pour le Vieux que pour la bête.

Dans ce roman, Luis Sepulveda offre un magnifique hommage à la littérature et à la lecture et la puissance des mots. Mais surtout, il lance un cri d'alerte sur les dégâts de la déforestation, il dénonce les actions insensées de l'Homme civilisé et leurs répercussion tant sur la vie sauvage, que sur la vie végétale. Des vies qu'il exhorte à protéger de la bêtise, pour le bien de tous. Le romancier oppose aussi deux savoirs qui hélas ne se rejoignent que très peu sur terre : le savoir livresque et éducationnel qui donne le pouvoir mais ne protège pas de la bêtise... Et le savoir de la vie, du terrain, de la nature, qui vous fait passer pour un inculte offre la survie dans les milieux les plus hostiles, sans besoin de personne, et en respectant sa source de vie. Et tout cela, Sepulveda le dit avec un style délicieux, non dénué de facéties et d'humour. Notre homme aime se moquer !

Un roman dense, très riche, qui dit tant de choses en si peu de pages. A lire, inévitablement.

Quant à moi, quand je serai venue au bout de ma PAL, c'est avec intérêt et plaisir certains que j'approfondirai l'oeuvre de ce grand chilien.

 

"Il possédait l'antidote contre le redoutable venin de la vieillesse. Il savait lire."

"Antonio José Bolivar essayait de mettre des limites à l'action des colons qui détruisaient la forêt pour édifier cette oeuvre maîtresse de l'homme civilisé : le désert. "

 

PS : Si vous voulez en savoir plus sur les Jivaros et les Shuars , je vous conseille chaleureusement de lire le superbe album "Anent" d'Alessandro Pinocchi

 

 

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Rédigé par Géraldine

Publié dans #Littérature d'ailleurs

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Publié le 22 Juin 2020

Roman "Dans la forêt" de Jean Hegland, littérature américaine, nature writting, avis, blog, chronique, écologie

Roman - Editions Audiolib - 10h02 d'écoute - 23.90 €

Parution d'origine aux Editions Gallmeister en 2017

L'histoire :  Rien n'est plus comme avant : le monde tel qu'on le connaît semble avoir vacillé, plus d'électricité ni d'essence, les trains et les avions ne circulent plus. Des rumeurs courent, les gens fuient. Nell et Eva, dix-sept et dix-huit ans, vivent depuis toujours dans leur maison familiale, au coeur de la forêt. Quand la civilisation s'effondre et que leurs parents disparaissent, elles demeurent seules, bien décidées à survivre.

Tentation : La blogo

Fournisseur : Bib N°3

 

Mon humble avis : Tout arrive sur ce blog, même de la "nature writing" qui, à priori, n'est pas ma tasse de thé... Sauf que les feuilles de "dans la forêt" ont délicieusement bruissé sur la blogo et qu'un doux vent a conduit ce roman jusqu'à moi, dans sa version audio, très réussie. Le texte ne pouvait espérer meilleure interprète. 

Lors de sa sortie outre-Atlantique en 1996, ce roman a été perçu comme un choc littéraire. Vingt-quatre ans plus tard, je confirme, il est de ces livres magistralement écrits, narrés et d'une puissance telle qu'il est inoubliable. Si symbolique, si actuel, mais sans leçon de morale. Juste le destin de deux jeunes soeurs, dans le monde tel qu'il va, tel qu'il s'en va.

Curieusement, j'ai entamé cette audiolecture en début de déconfinement.... Et l'histoire fait une fois de plus écho à ce que nous venons de vivre, et que nous revivrons sans doute... Et même, que nous vivons un peu plus chaque jour sans nous en rendre vraiment compte, sans y prêter plus d'attention que ça pour la plus part d'entre nous.

De nos jours, le monde vacille. Plus d'électricité, plus d'essence, beaucoup de morts (on parle d'une étrange grippe), les villes se vident, et une migration se fait vers la côte Est qui semble se remettre plus vite. Une ruée vers l'origine en quelque sorte, une ruée en contre sens, quand on a tout usé de l'autre côté.

C'est Nell, l'aînée, qui raconte l'histoire, dans son dernier cahier... En ville, la vie n'est plus, ou presque plus. De la survie. Depuis toujours, Nell et Eva vivent dans une maison en pleine forêt. Avant que le monde ne vacille, Nell se préparait à intégrer Harvard et Eva, une grande école de danse. Leurs parents décèdent, elles ne sont plus que deux, l'une de 18 ans et l'autre de 17, en pleine forêt... Elles vont organiser leur survie, leur vie, avec les moyens du bord. S'aimer, se déchirer, se disputer, s'entraider, se sauver l'une et l'autre en faisant face aux imprévus. Ce roman est l'histoire de leur survie, sans pathos. Du quotidien, des petites choses qui deviennent grandes, des épreuves terribles qui grandissent et qui finalement, créent un avenir. Nell et Eva vont apprendre la forêt, qui est leur unique source de vie. Elles vont l'étudier, l'exploiter, la soigner, la comprendre, la vénérer, la respecter, l'utiliser à bon escient en pensant à l'avenir : il faut tenir, il faut durer. La forêt va devenir leur alliée et l'Homme le potentiel danger qui rode et peut toujours revenir. Oui, l'Homme est plus dangereux que la nature, même pour lui-même. Et tant que ma lecture a duré, j'ai été transportée, sans une minute d'ennui. Dans la forêt ressemble à un conte à l'ancienne, mais est pourtant tellement contemporain par les messages qu'il distille sans lourdeur, avec une finesse magnifique. Cependant, la tension ne manque pas, donc quelques coups de stress pour le lecteur entre des moments lumineux.

Dans la forêt est un roman très sensoriel... Tous nos sens sont en exergue, sollicités, aux aguets et nous apprennent à vivre avec le minimum, avec l'essentiel. Du courage, et la nature. Après tout, Eva conclut en disant : "Nous nous avons nous, la forêt et peut-être encore un peu de temps".  N'est-ce pas notre situation collective et planétaire ? Un peu de temps, si l'on réagit et que l'on sait prendre les bonnes décisions, utiliser nos meilleures ressources intérieures. Un retour aux sources, un retour à l'essentiel, un retour aux origines. Une lecture incontournable, qui, je crois laisse une empreinte indélébile.

L'avis de Sylire, de Gambadou

 

 

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Rédigé par Géraldine

Publié dans #Littérature d'ailleurs, #Livres audio, lectures audio

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