LES SAULES, de Mathilde BEAUSSAULT
Publié le 29 Avril 2026
/image%2F0995735%2F20260406%2Fob_d28243_saules-les-676a752cb028c902726603.jpg)
Polar - Editions Seuils - 272 pages - 19 €
Parution en janvier 2025, existe dorénavant en poche
Mon pitch : Dans un petit village breton, dans la coulée, est retrouvé sans vie le corps de Marie, adolescente de 17 ans. Le cou porte des marques de strangulation.
Cette mort brutale ébranle toute la communauté. Un climat de suspicion accompagné de ragot et du réveil de vieilles rancoeurs se disperse de par les rues et jusque dans la gendarmerie, où chaque personne potentiellement liée à ce meurtre est convoquée à son tour.
Et pourtant, deux petits yeux ont tout vu... Ce de Marguerite, une gosse qui ne parle pas beaucoup, qui est différente, moquée. Personne ne songe à la convoquer et elle suit les rites familiaux : bouche cousue, ce ne sont pas nos affaires.
Tentation : Son succès à la médiathèque et le club de lecture.
Fournisseur : La bib de St Lunaire
/image%2F0995735%2F20260417%2Fob_2eb19e_3pattes.png)
Mon humble avis : Bienvenue dans un hameau breton au début des années 80... L'autrice est née dans ces années et ce milieu-là. Elle en a tiré matière à ce premier roman, bien réussi dans la fond, mais pas exaltant dans le forme.
Les plus d'abord : Une écriture maîtrisée, parsemée de moments puissants et d'expressions fulgurantes, tantôt émouvantes, tantôt déchirantes. Bref, style agréable et fluide, même si parfois trop porté sur métaphore.
L'intrigue est profonde, donc évidemment, les pages se tournent pour tenter de deviner, pour savoir. La forme narrative est elle même intéressante et pas forcément courante... Les chapitres s'alternent. Certains nous font entrer dans les différentes maisons de ce hameau, dans le bus scolaire qui mène Marguerite à l'école, dans la salle de classe, dans le bistrot du coin, chez les parents pharmaciens de la défunte Marie... Les autres chapitres nous font pénétrer dans la gendarmerie, où la confession de chaque personne interrogée fait l'objet d'un plus ou moins long monologue... Nous n'avons pas accès aux questions des gendarmes, juste aux réponses qui révèlent le comportement et l'esprit de chacun.
Le Hameau est divisé en deux : les Hautes Mottes (où vivent les plus aisés) et les Basses Mottes, où l'on trouve les paysans harassés par un travail peu rentable. Nous sommes en huis-clos dans ce village, c'est un roman d'atmosphère, de ce qui se dit ou se tait derrière les rideaux fermés. Les Hautes et les Basses Mottes se méprisent pour tout un tas de raison...
Notamment, l'écologie balbutiante... Car le riche pharmacien, qui ne sait pas comment tourne une ferme, se permet de dénoncer des comportements peu écologiques de ses voisins agriculteurs, qui doivent bien manger et même nourrir le pays entier.
Ce qui m'a dérangée et même agacée... Je ne sais pas à quoi ressemblait un hameau breton dans les années 80 (à cette époque, je vivais sur ma terre natale du Nord) mais dans ce roman, tout n'est que misère, violence familiale, qu'elle soit physique ou verbale. Chaque personnage est bien chargé (que ce soit par son physique, son passé, sa bêtise etc), trop peut-être. Le niveau socio-intellectuel de chacun reste sur le plancher des vaches. Il semble que dans ce village personne ne soit relativement beau et pas deux fois trop belliqueux taiseux ou pas un oublié de la vie ou de la chance. Seul moment de grâce et de finesse d'esprit : le témoignage de Mimi, la tenancière du bar, la seule qui semble voir le monde, l'analyser et entrer en empathie, voire en regret. Mais son passé est lui aussi bien chargé. On ne s'attache à personne, même pas vraiment non plus à cette pauvre Marguerite, genre Cosette des années 80, qui subit pourtant une bonne partie de la laideur du monde, tout comme son ami Victor, lui aussi différent, rejeté.
Bref, j'ai eu l'impression en sortant de ce roman que la campagne bretonne n'était que misère peuplée d'abrutis. Alors certes, le mot "plouc" prend ses racines en Bretagne mais là, tout de même s'est salé, pour moi c'est pousser jusqu'à la caricature méprisante et très malaisante pour moi. Cela manque de nuances. Je pense que le monde rural, malgré une certaine âpreté de vie, mérite mieux que cela, que cet amas de poncifs qui gâche un peu le plaisir de lecture. La même chose dans les années 30, j'y aurais peut-être cru, mais là, dans les années 80, ça sonne faux.
L'engouement et les prix reçus par ce roman m'étonnent tout de même...
/image%2F0995735%2F20240802%2Fob_9bcf4e_dsc3560-edit-4307990584811923-resized.jpg)