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Publié le 28 Janvier 2023

Roman - Editions Ecoutez lire - 11h24 d'écoute - 18.99 €

Parution d'origine chez Gallimard en 2016

L'histoire : Début novembre 1920, l'Angleterre attend l'arrivée du Soldat Inconnu, rapatrié depuis la France pour une cérémonie d'hommage.  Trois femmes cherchent l'équilibre entre la vie et la mémoire... Ada dont le fils est tombé au front et que pourtant, elle ne cesse d'apercevoir à chaque coin de rue. Evelyne, dont le fiancé est mort en France, et qui travaille au bureau des pensions de l'armée, et Hettie, qui, contre 6 pence, fait danser chaque soir d'anciens soldats au palais du Hammersmith...

 

Tentation : La blogo

Fournisseur : Bib de Dinard

Mon humble avis : C'est sur la blogo que j'ai aperçu le nom de cette romancière anglaise et lorsque j'ai vu ce livre audio dans les rayonnages de la bib, je me suis dit : tentons !

La Grande Guerre... Les manuels scolaires et les livres d'Histoire nous en apprennent les dates majeures, le nom des grands Hommes qui s'y sont illustrés, les stratégies militaires, les causes, les conséquences, la géopolitique, les conditions inhumaines de vie dans les tranchées, et enfin... le nombre effroyable de vies perdues pendant ce conflit.

Mais le chagrin des vivants ou des survivants, il n'y a que la littérature pour nous dire cela, et l'imprégner au plus profond de nos coeurs et âmes. Anna Hope, d'une écriture précise et délicate, décrit cela avec justesse et subtilité. 

Il y a les vivants qui ne sont jamais partis au front, mais qui ont perdu un être cher... Mais qui ignorent dans quelles conditions, n'ont pas de corps pour faire leur deuil... C'est le cas d'Ada, dont le tout jeune fils n'est pas revenu du front...

Il y a Evelyn, dont le fiancé est mort dans les tranchées... Evelyn promise à une belle vie d'amour, mais qui, lors des permissions de son fiancé durant le conflit, ne parvenait plus vraiment à communiquer avec lui, à percer son mutisme inhabituel. Elle travaille au bureau des pensions de l'armée... Et là, elle côtoie d'autres vivants, plus vraiment vivants en fait, des survivants... Traumatisés de guerre, blessés, amputés... Les rescapés abimés de l'intérieur, de l'extérieur...

Il y a Hettie et son amie, qui dansent chaque soir... C'est leur travail, faire danser les anciens soldats... Et Fred, le frère d'Hettie, qui vit reclus et amorphe depuis son retour du front. Le chagrin des vivants, c'est aussi celui des anciens soldats incompris de leurs proches, et celui de ces proches qui ne comprennent pas le changement total de comportement de leur frère, fils etc. Il y a aussi Ed, le frère d'Evelyn, qui fut commandant en France... Un être désabusé, un peu cynique qui se noie dans l'alcool, la cocaïne mais qui tente de faire bonne figure socialement. Il ne se remet pas de ce qu'il a vu là-bas, de ce qu'il a fait, de ce qu'il a ordonné... lui-même sur ordre de sa hiérarchie.... Il y a ceux qui ignorent la vérité, qui ignorent même qu'elle existe et qu'elle fut telle, et qui, inconsciemment ont besoin de la connaître... D'autres se damerait pour savoir, mais parfois, l'ignorance est salvatrice. Les familles ne savaient rien et les rescapés se sont tus...

Anna Hope décrit donc ce chagrin avec profondeur, lucidité et raffinement... Mais Dieu que ce livre est long, lent, dénué d'un certain relief et d'événements, même mineurs, qui donneraient un peu plus de rythme à cette histoire. La première moitié paraît "presque" sans intérêt majeur, si ce n'est la mise en place des personnages et du contexte, Londres d'après-guerre. Des détails à n'en plus finir, jusqu'aux plus accessoires, qui n'ont d'autres but que l'exercice littéraire, mais qui, pour moi, le desservent plus qu'ils ne l'enjolivent vraiment... 80 pages de moins, et je pense que ce roman m'aurait saisi je pense bien plus tôt dans ma lecture.

C'est en fait dans les deux dernières heures d'écoute que je me suis mise à vibrer, à m'émouvoir, à deviner où Anna Hope voulait me mener, à saisir la nature de son projet.  Ce n'est que lorsque les langues se délient, celle de Ed, celle d'un des rescapés... Là, on est saisi d'effroi... Et on repense à la chanson de Goldman... Si j'étais né en 17 à Leidenstadt... Ne pas juger les personnages, ne pas se limiter aux apparences...

 

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Rédigé par Géraldine

Publié dans #Littérature d'ailleurs, #Livres audio, lectures audio

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Publié le 10 Janvier 2023

Roman SF - Editions Lizzie - 6h38 d'écoute - 19.99 €

Parution d'origine en 1898

L'histoire : 1894... Des météores venant de la Mars, la planète rouge, s'écrasent sur la terre, dans le Surrey anglais... Ce sont en fait des cylindres... habités par des énormes machines à trois énormes jambes, et des espèces de bras qui diffusent un "Rayon ardent" fatale et une fumée noire toxique. Les martiens ont débarqués.Les premiers anglais qui affluent par curiosité sont terrassés. Puis, tout n'est que destructions, mort, cahot, fuite et survie.... 

Tentation : curiosité et blogo

Fournisseur : Ma PAL audio (Bib de Rennes)

 

Mon humble avis : Plus qu'un réel plaisir, cette lecture fut vraiment expérimentale pour moi... Un classique de la Science-fiction écrit en 1898... 

Certes, le texte a vieilli, pour nous autres terriens qui au XXIème siècles sommes abreuvés depuis des décennies de telles histoires et surtout de films qui mettent tout cela en image mettant notre imagination au chômage. Quand on lit cela en 2022, il n'y a plus rien de novateur... mais tout au long de ma lecture, je me suis demandé comment un tel roman avait été reçu à son époque.

L'écriture m'a beaucoup plu, même si elle peut paraître désuète ! Mais elle est vraiment soignée, sans être ampoulée pour autant et très agréable à écouter. Une belle langue ! Mais une narration, celle d'un témoin qui rapporte son expérience puis celle de son frère, reste assez factuelle et froide. Les passages qui décrivent les martiens sont parfois rébarbatifs, car assez longs et récurrent dans le récit.

Le déroulement des faits et de l'histoire est assez peu intéressant. Mais c'est ce qui l'entoure qui est très parlant, qui était valable à l'époque et qui est encore très actuelle. C'est ce que Wells dit de nous humains qui donne la valeur de ce texte à mes yeux. La curiosité vers toute incongruité, les mouvements de panique désordonné face à tous nouveaux dangers (on l'a encore bien vu ces dernières années), les légendes qui se créent autour de l'incompréhensible, l'inconnu, la nouveauté. Le fait que l'Homme ne puisse imaginer qu'il existe d'autres êtres que lui dotés d'intelligence, la supposée suprématie humaine. Dans ces pages, le pire de l'Homme est représenté par ses martiens... qui dévastent tout là où ils débarquent... Il y est aussi question d'extermination d'une espèce... les martiens, victimes d'un microbe terrien contre lesquels ils ne sont pas immunisés... 

A l'époque, Wells dénonçait l'impérialisme et le colonialisme dans ce texte. En 2022, on peut aussi le lire dans un aspect très contemporain, d'autant que le dernier chapitre donne à réfléchir sur l'avenir d'alors, qui s'adapte très bien à notre siècle... Le changement climatique et les migrations qui en découlent, ainsi que les dégâts provoqués par l'humain partout où il passe, l'extinction d'espèces vivantes etc... Qui n'étaient peut-être pas les préoccupations de Wells en 1898, mais que ce roman illustre aussi à merveille.

 

 

 

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Rédigé par Géraldine

Publié dans #Littérature d'ailleurs, #Livres audio, lectures audio

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Publié le 24 Novembre 2022

Roman - Editions J'ai lu - 416 pages - 8.70 €

Parution J'ai Lu janv 2022

L'histoire : Dans l'Amérique ségrégationniste, Desiree et Stella sont jumelles. Elles vivent très modestement avec leur mère à Mallard, une petite ville isolée de Louisiane, une ville noire où l'on n'épouse jamais plus foncé que soi... Au fil des générations, les visages s'éclaircissent. Les deux filles pourraient paraître blanches. A 16 ans, elles fuguent, main dans la main, inséparables.

Quatorze ans plus tard, Desiree revient à Mallard, sans Stella dont elle a perdu la trace depuis si longtemps. Stella qui voulait devenir blanche. Quelles ont été les destinées des jumelles, quel est leur avenir ?

 

Tentation : La blogo

Fournisseur : Ma CB

Mon humble avis : Et bien mes amis, quel roman ! Bien plus qu'un coup de coeur, je pense que L'autre moitié de soi est MA lecture de l'année. Dire qu'il a trainé presque toute l'année aux pieds de ma table de chevet, et qu'une fois ouvert, je n'ai plus pu le lâcher.

Tout est magistral dans ces pages... L'écriture (et la traduction), très agréable, soignée, au service de son sujet. L'originalité de l'histoire et la maitrise de son déroulement. La construction narrative, avec d'incessants aller /retour dans le présent/passé/futur des personnages, incessants mais aussi fluides qu'une douce rivière qui descend son lit... Point de linéarité, même si, au fil des pages, on avance dans le temps, dans les décennies, pour retourner ensuite vers des événements passés. Mais jamais je n'ai été perdue.... Vraiment, cette histoire sur trois générations de femmes coule aussi limpidement qu'elle captive, car des surprises, des émotions, de la colère, de la tristesse, elle en réserve, mais avec une belle lumière, une énergie positive. Des personnages très travaillés, qui permettent d'observer les différentes facettes de l'âme humaine face aux mêmes situations, parfois avec l'évolution sociétale qu'apportent les années.

Desiree revient à Mallard 14 ans après sa fugue... Elle est accompagnée de sa fille, qui est de couleur noir charbon. Stella vit dans le mensonge, mais comme et là où elle le souhaite, pour avoir une vie libre et plus facile : chez les blancs riches, en tant que blanche... et sa fille est blonde... Depuis toutes ces années, sa peau très claire lui a permis de passer pour une blanche. Mais à quel prix ? Au final, on ne sait pas qui on plaint le plus... Celle qui a choisi ou celle qui n'a pas vraiment choisi...

Le climat de fond de cette passionnante histoire est la ségrégation et le racisme aux Etats-Unis, même si le roman se termine bien après la fin du ségrégationnisme. Mais le sujet que développe Brit Bennet est l'identité sous toutes ses formes ; raciale, sexuelle, personnelle. Et elle pose la question à travers ses personnages : Qu'est ce qui forge et nous donne notre identité ? Est-ce notre couleur de peau, notre éducation, notre culture, notre sang, nos origines, nos racines, notre apparence, notre sexe, notre façon d'aimer, notre classe sociale, l'époque dans laquelle on vit, le regard des autres, nos peurs, nos forces, nos mensonges, nos fidélités, nos traumatismes ou ce que l'on choisit, décide d'être, quel que soit le prix à payer ? Même si c'est une moitié de soi ? En fait, l'intelligence est de croire que c'est un peu tout cela à la fois et que l'essentiel est d'être intimement vrai et épanoui dans ce que l'on pense être, de se sentir à sa place, si toutefois une société ouverte l'autorise. Mais c'est aussi parfois les sociétés ostracisées qui poussent à certains choix. Toutes ces facettes de l'identité sont incarnées par des personnages kaléidoscopiques tous très attachants qui expriment, affrontent, subissent ou assument leurs choix et qui façonnent ainsi un roman fort, poignant, subtile, indispensable, exaltant ! 

Bref, je ne sais pas comment vous dire à quel point ce roman est pour moi un chef d'oeuvre, un énorme coup de coeur sans spoiler les détails de l'histoire (il y a tant d'avis publiés qui raconte jusqu'aux 3/4 du roman :( ). En tous cas, L'autre moitié de soi me prouve une nouvelle fois, qu'en choisissant bien, je peux trouver des lectures puissantes et non glauques, qui me transportent dans la littérature américaine que j'explore trop peu. Et Brit Bennet, je l'encadre dans mes auteurs à suivre.

 

L'avis de Kathel

 

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Rédigé par Géraldine

Publié dans #Littérature d'ailleurs

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Publié le 15 Novembre 2022

Roman - Editions Audiolib - 10h44 d'écoute - 21.50 €

Parution Audiolib 2018 (Albin Michel 2017)

L'histoire : Mi XIXème siècle. Cora, 16 ans, est une esclave dans une plantation de coton en Géorgie. Sa mère s'est enfuie il y a des années, laissant sa fille seule affronter le pire... Cora rencontre Caesar, un jeune esclave qui lui propose de s'enfuir avec lui... Cora finit par accepter. Cette histoire est celle de leur fuite à travers les Etats du Sud, dans l'espoir de rejoindre les Etats abolitionniste du Nord.

Tentation : La blogo

Fournisseur : Bib de Rennes

 

Mon humble avis : Un prix Pulitzer, le National Book Award et les éloges de la blogosphère... Voilà, j'ai audiolu ce roman... aussi captivant, qu'instructif, que bouleversant. Une histoire qui noue la gorge, révolte, indigne... Qui fait prendre une nouvelle fois conscience, si besoin était, de la chance d'être née blanche en France dans la 2ème partie du XXème siècle. Oh, on peut se dire, en cours de lecture, que c'est du passé... Pas tant que ça dans certains pays... Et comme l'Histoire est un éternel recommencement, méfiance...

Nous suivons donc Cora, jeune fille de couleur. Cora, une héroïne qui marque, qu'on n'oublie pas. Sa grand-mère fut arrachée aux terres Africaine pour atterrir dans une plantation de coton en Géorgie, donna naissance à Mabelle, qui elle-même mit Cora au monde... Une lignée de femmes esclaves de génération en génération.

Le roman s'ouvre sur la destinée de ses esclaves, leurs parcours (depuis la traversée de l'Atlantique jusqu'aux ventes et reventes entre différents propriétaires terriens blancs), leur (non) vie, faite de travail sous la menace, de privations, de maltraitance, de chaines, de viols, de tortures, de non droit, de non existence légale, de meurtres... Le tout, sous la bénédiction hypocrite de la Sainte Bible "réécrite" pour les blancs. Oui, c'est dur à lire ou à écouter, mais c'est la vérité. 

Puis l'histoire se concentre sur Cora, qui rencontre Caesar qui lui propose de s'enfuir de la plantation avec lui. Nous suivons donc les mésaventures de cette fuite depuis la Géorgie, en passant par la perfide Caroline du Sud (qui prétend accueillir les noirs pour les libérer, les instruire, tout en les incitant sournoisement à la stérilisation pour éviter l'explosion démographique noire), par la Caroline du Nord où un bon noir est un noir pendu, par le Tennessee et enfin dans l'Indiana. Le tout, poursuivis par un ignoble chasseur de prime, mandaté par le maître de Cora pour lui ramener "son bien". Cora et Caesar rencontreront tout de même des gens bien, qui risquent également leur vie pour leur venir en aide, d'étape en étape. C'est l'Underground Railraod. 

Colson Whitehead s'inspire de la réalité historique dans ce roman, même s'il lui donne une touche romanesque. En effet, l'Underground railroad a réellement existé et permit à plus de 100 000 esclaves fugitifs de rejoindre des Etats libres/ abolitionnistes. Il s'agissait d'un réseau de passeurs (en résumé) qui usait d'un vocabulaire ferroviaire.  Colson Whitehead en a fait un vrai train clandestin souterrain. Et il le fait si bien, que j'y ai cru, mais avec un léger doute, qui m'a conduite à une petite recherche rapide sur le net (ici si vous voulez en savoir plus)

J'ai été happée par ce roman, bouleversée par le destin tragique de Cora (et de tant d'autres), me demandant toujours quelle serait l'issue de son histoire, je l'ai finie la gorge nouée et comme terrassée... Underground railroad est servi magistralement tant par la plume (très agréable et fluide) de Colson Whitehead que par l'interprétation qu'en fait, dans cette version audio, l'actrice Aïssa Maïga. C'est simple, quand on monte dans ce train (ce livre), on n'en descend pas.... jusqu'au terminus.

Underground railroad est ma première incursion littéraire dans cette époque américaine. Aucun regret, j'ai beaucoup appris... et aussi, mon premier livre de Colson Whitehead... et certainement pas le dernier !

Un roman à lire absolument, qui donne un bon coup de pied dans le mythe américain et développe les questions raciales de façon aussi intelligente, que prenante, et surtout, rondement menée. Il y a, là aussi, un devoir de mémoire...

 

 

 

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Rédigé par Géraldine

Publié dans #Littérature d'ailleurs, #Livres audio, lectures audio

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Publié le 11 Novembre 2022

Roman - Editions Livre de poche - 384 pages - 8.20 €

Parution Livre de Poche juin 2022, (Stock 2020)

L'histoire : 1969. Juste libérée de sa tyrannique de mère par le décès de celle-ci, Frances, 39 ans s'apprête à vivre son premier été de liberté. Elle trouve un travail : établir l'état des lieux des jardins de Lyntons, un grand domaine délabré de la campagne anglaise, racheté par un américain.

Elle s'installe donc dans la demeure, où elle fait connaissance de Cara et Peter, couple missionner quant à lieu à l'état des lieux de la demeure.

Une amitié se noue entre eux, qui deviendra vite ambigüe, d'autant plus que Frances découvre un judas dans le plancher de sa salle de bain, avec une vue plongeante sur celle du couple à l'étage inférieur.

 

 

Fournisseur : Ma CB

Tentation : La blogo

Mon humble avis : J'avais lu nombre de billets sur la blogosphère à propos de ce roman lors de sa sortie chez Stock il y a 2 ans. Quand je l'ai vu bien en évidence sur l'étal des nouveautés poche cet été, je me suis dit : "Pourquoi pas ?!". C'était aussi l'occasion d'explorer la littérature étrangère que je visite si (trop) peu.

Et bien me voici bien partagée par cet oeuvre, au point que j'ai hésité entre lui attribuer 3 pattes de chat, ou 2... 

J'ai dévoré ce livre, n'ayant de cesse que d'y retourner quand la vie quotidienne interrompait ma lecture. Ferrée je l'ai été dès les premières pages... Sans doute le talent de Claire Fuller est là, d'établir très vite une atmosphère particulière propice aux mystères et suspenses qui s'installent et dont, forcément, le lecteur trépigne d'en connaître l'issue. Les personnages sont singuliers, entre Frances qui après des années au seul contact de sa mère est presque inadaptée aux relations sociales, et le couple très fantasque et perturbé que forment Cara et Peter. 

Frances est la narratrice de cette histoire, des années plus tard, alors qu'elle est au crépuscule de sa vie, et plus ou moins en confession auprès d'un tout aussi plus ou moins vicaire. On ne découvre où elle se trouve vraiment que dans le dernier quart du roman.

Oui mais... au final, je me suis dit : "tout ça pour ça".

 Que de longueurs, notamment dans les descriptions des jardins du manoir, qui m'ont plutôt laissé de glace... Cent pages de moins auraient préservé l'intensité de l'histoire et évité mon agacement, mes lassitudes. Les trois personnages s'installent dans une langueur répétitive qui étire encore plus cette lenteur. Il est finalement assez peu question de ce fameux judas qui, cité sur la 4ème de couv, titille pourtant le lecteur comme une carotte.

Même si Frances est un personnage attachant par ses faiblesses et son bonheur d'avoir enfin des amis, j'ai eu envie de la baffer pour la réveiller, qu'elle prenne conscience de la toxicité de cette relation finalement assez stérile à mes yeux. Elle a quitté la prison maternelle pour une autre, celle d'une amitié triangulaire où elle marche sur des oeufs, n'ose pas, a peur de déranger, d'être exclue. Une relation où elle est soumise en fait, où elle écoute mais où l'on se préoccupe très peu d'elle. Elle ressemble plus là-dedans à un animal de compagnie qu'à une véritable amie. Après des années de routine, Frances perd pied car elle n'a aucun repère dans la liberté.

Cara, j'ai eu aussi envie de la baffer pour la calmer, pour son insolence, pour qu'elle "accouche de son mystère" une bonne fois pour toutes. En fait, Cara interrompt toujours ses confidences, et ce parti pris narratif fini lasser, voire exaspérer. Elle est dingo, mais ne m'a provoqué aucune empathie.

Quant à Peter, je l'aurais bien baffé aussi pour qu'il mette les choses au claire (pourquoi tant de mystère après tout !), lui qui connait la vérité, qu'il s'affirme et affirme nettement. Dans ces pages, tout est en non-dits (que je déteste déjà dans la vie), en inachevé, en mensonges, en confidences très implicites et toujours interrompues. On ne saura jamais distinguer le vrai du faux, tant dans le comportement de Cara, que dans le récit de Frances : réalité, interprétation ou mensonge. De ce fait, c'est avec frustration que j'ai fermé ce livre.

Frances est à priori témoin de phénomènes étranges dans la maison... Dans le dénouement, ceux-ci seront complètement oubliés et resteront inexpliqués... L'atmosphère particulière dans la première partie devient lourde, pesante et malsaine dans la deuxième.

Et pourtant, malgré tous les reproches que j'adresse à "L'été des oranges amères", je l'ai dévoré. Etrange phénomène...

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Rédigé par Géraldine

Publié dans #Littérature d'ailleurs

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Publié le 30 Août 2022

Roman - Edition Folio - 608 pages - 9.40 €

Parution Folio 2021 (Gallimard 2018)

L'histoire : "L'Angleterre lui faisait l'effet d'un territoire calme et stable. D'un pays en bonne intelligence avec lui-même. Tout allait pour le mieux. En dix ans, l'Angleterre est passée de la liesse des jeux Olympiques au couperet du référendum sur le Brexit. Comment en est-on arrivé là ? 

Tentation : La blogo à l'époque

Fournisseur : Kdo de Noël dernier

 

 

 

Mon humble avis : J'en suis la première surprise, j'ai adoré ce roman, je l'ai dévoré rapidement, malgré mon aversion pour les pavés. Et puis, c'est aussi une histoire dont, dans la globalité, nous connaissons déjà la fin : le Brexit. Et pourtant, les pages se tournent toutes seules !

Ce tome est le dernier d'une trilogie entamée il y a plusieurs décennies. Ce n'était pas prévu, mais la grande Histoire a incité Jonathan Coe à remettre en scène les personnages des précédents tomes, que je n'ai pas lus, sans en être du tout gênée !

Jonathan Coe nous fait ici pénétrer dans le coeur de l'Angleterre, durant les dix années qui ont précédé le séisme du Brexit et les quelques mois qui l'ont suivi... le tout, à travers les yeux des différents membres de la famille Trotter et quelques-uns de leurs proches, ou de personnes qu'ils sont amenés à fréquenter.

On suit donc les changements discrets ou radicaux dans la vie de ses personnages, avec, en parallèle, que ce soit en arrière ou en premier plan, les évolutions sociales et politiques de la société anglaise. Et toutes ces plus ou moins grandes révolutions ont menés au Brexit.

C'est vraiment passionnant à suivre, cette lecture a été addictive pour moi, et je pense que la délicieuse plume de Jonathan Coe n'est pas étrangère à mon régal de lecture.

Certes, je me suis parfois perdue dans les dialogues qui étaient purement politique, par manque de culture là-dessus et surtout, par fainéantise d'effectuer quelques recherches sur le net.

Mais j'ai bien suivi le pourquoi du comment, ai été assez ahurie de constater à quel point la société Anglaise étaient divisée et fracturée, tout en me disant que les citoyens français me le semblent tout autant... Où cette atmosphère de tension perpétuelle et de division va-t-elle nous mener ? L'auteur revient évidemment sur les premières émanations politiques qui, sans le vouloir vraiment, ont mené au Brexit, concept qui, à l'époque, n'avait pas de nom puisqu'il paraissait inconcevable ! Tout cela, nous autres Français, l'avons sans doute oublié.

Le coeur de l'Angleterre est une critique sociale, toute en nuances, et teintée d'humour (british) évidemment. L'auteur y crie haut et fort son amour du pays, malgré son incompréhension des convictions de certains. Ce roman offre une réflexion très intéressante sur les destins tant individuels que collectifs et montrent comment parfois, l'un peut influencer l'autre.

Il y aurait beaucoup à dire tant ce livre est dense de sujets et provoque moult réflexions à son lecteur. Je vous laisse donc le découvrir. Vous verrez, c'est une lecture très instructive !

Quant à moi, ce qui est sûr, c'est que je lirai d'autres ouvrages de Jonathan Coe tant il m'a séduite !

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Rédigé par Géraldine

Publié dans #Littérature d'ailleurs

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Publié le 18 Mars 2022

SF - Samuel Delany - L'intersection Einstein - Avis - Chronique

Roman SF - Editions Livre de Poche - 219 pages

Parution d'origine en 1967

L'histoire : Ils habitent la Terre et se croient humains.
Ils ont trois genres, le féminin, le masculin et l'anormal.
Ils s'exercent à d'étranges pouvoirs, la télépathie la télékinésie, et peut-être la résurrection des morts.
Mais sont-ils vraiment des hommes ?
C'est ce que va tenter de découvrir Lo Lobey, Orphée de cet avenir, armé d'une flûte-machette, en allant rechercher aux enfers la belle Friza.
Friza la muette.

Tentation : Ma PAL

Fournisseur : Ma PAL

 

Mon humble avis : Ce classique de la littérature SF dormait dans ma PAL depuis une décennie... Son faible volume m'a poussée à l'en sortir... je voulais une lecture rapide... Qui finalement m'a pris plus d'une semaine.... Lecture laborieuse et éreintante, tant elle m'a nécessité de la concentration pour tenter de saisir ce que Samuel Delany voulait me faire comprendre. Par moment, il me semblait percevoir le sens des choses, la signification profonde des textes, des paraboles, des symboles. Mais le temps que je mette cela en ordre dans mon cerveau, pffft, tout s'évaporait... que j'essayais de reconstituer dans ma tête... Souvent en vain.

Samuel Delany s'est appuyé sur le mythe de Morphée et d'Eurydice pour écrire son roman. Bon, déjà, je ne suis pas une pro de la mythologie. Ensuite, j'ai peut-être trop cherché de sens philosophique à l'histoire. Mais si celle-ci en est dépourvue, et bien j'ai encore moins compris je pense l'objectif du récit ! En résumé, ce roman, couronné du Prix Nébula, n'était pas pour moi. Et pourtant, la préface explique pas mal de choses, ces choses qui m'ont fait lire les premières pages avec engouement, engouement qui s'est vite dilapidé tant je me suis sentie perdue.

L'écriture est belle et soignée, mais le style dans la globalité m'a paru hermétique. Impossible pour moi d'y trouver une quelconque fluidité.

Je suis donc passé à côté du génie renommé de Delany et de son aspect très novateur dans la SF à son époque ! Mais je suis arrivée au bout... exsangue ! Et PAL - 1 :)

 

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Rédigé par Géraldine

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Publié le 4 Mars 2022

Roman - Editions Audiolib - 9h40 d'écoute - 21.50 €

Parution Audiolib 2016 ( Payot & Rivages 2015)

L'histoire : En 1943, la guerre fait rage dans le monde et aux Etats-Unis, la mafia prospère. Après avoir régné sur le trafic d'alcool en Floride pendant la prohibition, Joe Coughlin s'est officiellement retiré et a cédé la direction des affaires à son frère d'armes Dion Bartolo. Un jour, pourtant, il apprend qu'un mystérieux commanditaire a mis sur sa tête un contrat dont l'exécution est prévue pour le mercredi des Cendres. Il a très peu de temps pour découvrir qui veut l'éliminer de l'équation et pourquoi.

 

Tentation : Curiosité

Fournisseur : Bib de Rennes

Mon humble avis : On a tous en tête le phénoménal et extraordinaire titre de Dennis Lahane " Shutter Island. Pour ma part, je n'ai pas lu ce roman mais j'ai vu son incroyable adaptation ciné avec Léonardo Di Caprio. Une histoire prenante, bluffante à tous points de vue. Alors, j'étais curieuse de découvrir ce que Dennis Lahane avait d'autre à raconter et je suis tombée sur cet audiolivre.

Me voilà partie un peu à l'aveugle et très loin de ma zone de confort, mais pourquoi pas ?!

Dennis Lahane nous propose ici une immersion dans la mafia américaine des années 40. Et qui plus est, en Floride... Ce qui m'a intéressée car j'ai vécu 5 mois dans cet Etat, aussi, j'ai apprécié de découvrir comment l'on y vivait et ce qui s'y passait à l'époque, et les noms des villes m'étaient familiers.

Les premiers temps d'écoute ont été très fastidieux et ont failli aboutir à mon abandon... Une multitude de personnages présentés, impossible pour moi de les retenir et de bien saisir les liens entre eux... Mais je pense que nombre d'entre eux disparaissent du récit et je suis parvenue à suivre à peu près l'intrigue et toutes ses ramifications.... Autant que la pieuvre a de bras !!!

Etrange sentiment de lecture... J'ai beaucoup aimé le style et la narration, tous deux soignés, assez rythmés, efficace malgré quelques longueurs à droite à gauche. Mais Dennis Lahane m'a tout de même happée dans cette histoire et mon envie de connaître le dénouement était réel. Une plongée au milieu des gangsters donc... Des hommes qui, à mes yeux, sont sans foi ni loi, même s'ils ont leurs propres valeurs et codes de fonctionnement. Donc évidemment, on ne s'attache pas à eux, même si parfois, on ose espérer que Joe parviendra à s'extraire sans trop de casse de ce milieu ou tout le monde veut devenir roi, bref à sauver sa peau... Oui, mais à quel prix, et pour combien de temps. Mais, droite comme je suis, je n'ai jamais oublié que Jo a eu beaucoup de sang sur les mains et qu'à une époque il était impitoyable. Peut-on se racheter et fuir réellement une telle vie ?

Les années 40, la Mafia, trahisons, pouvoir, vengeance, exécution, menace planante, voici le menu de ce roman à l'intrigue solide (avec quelques surprises et retournements de situations que je tais évidemment) qui s'est laissé lire, mais dont le genre ne deviendra pas pour autant une habitude pour moi. On va dire que j'ai fait une excursion au pays de la Mafia !

 

 

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Rédigé par Géraldine

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Publié le 14 Février 2022

Nouvelles - Edition Audiolib - 5h12 d'écoute - 19.80 €

Parution Belfond et Audiolib en 2014 

Le sujet : L'amour et la solitude, la possibilité de changer de vie, le hasard des rencontres, les choix qui s'offrent à nous, l'art de la fuite... et les femmes. Douglas Kennedy explore encore plus avant ses obsessions pour nous livrer une variation en douze mouvements.

Tentation : Ma PAL

Fournisseur : Ma PAL audio / Bib de Rennes

 

 

Mon humble avis : Bon, je ne vais pas y aller par quatre chemins, je n'ai pas aimé du tout cette lecture (peu importe qu'elle fut audio ou pas)... Je n'y ai trouvé aucun intérêt.

OK, j'avoue ne pas être fan des histoires d'amour... Mais étant donné le titre, j'attendais de la douceur, de la beauté, de l'originalité, et pourquoi pas un peu de passion poétique...
Rien de tout cela... Que des histoires de couples à bout de souffles ou de relations plus ou moins extraconjugales toxiques où je ne peux concevoir qu'elles soient entretenues par le protagoniste victime consentante et plutôt clairvoyante dans le texte.

Les personnages sont tous très très stéréotypés... Ils ont tous "leur single mat" préféré, vont tous à l'opéra (ben oui, le ciné ou la petite pièce de théâtre de boulevard seraient sans doute trop communs), prennent tous l'avion Paris New York Londres , dinent tous dans de très très beaux restaurants (Le Crillon entre autres), et fréquentent tous ou presque (en extraconjugal ou en deuxième noce) des sopranos mondialement connues, et enfin travaillent tous haut placé dans la finance ou le juridique... Ou alors, ils sont écrivains en devenir, en panne sèche, ou en manque de reconnaissance. J'exagère à peine ! Bref, si vous cherchez dans ce livre Monsieur et Madame Toutlemonde, c'est peine perdue.

Si l'on en croit ces textes, tous les hommes finissent par regretter leur mariage (mais bon y'a les enfants tout de même), ils sont tous tombés sur ma mauvaise femme, qu'ils quittent tous pour vivre libre et se jetant immédiatement dans d'autres bras tout aussi contraignants ! Mise à part la dernière histoire, il semble n'y avoir aucune moralité là-dedans, mais des clichés américains et des poncifs français à la pelle. Bref, aucun murmure dans ces pages et beaucoup de répétitions dans ces destinées assez consternantes. Donc bref, on passe, on évite et on oublie vite !

 

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Rédigé par Géraldine

Publié dans #Littérature d'ailleurs, #Livres audio, lectures audio

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Publié le 10 Février 2022

roman, le tatoueur d'Auschwitz, Heather Harris,  avis, chronique, blog

Roman - Editions  J'ai Lu - 319 pages - 7.90 €

Parution City Editions en 2018, J'ai Lu en janv 2021 

L'histoire : 1942... Lale, juif slovaque, se retrouve prisonnier de l'enfer à Auschhwitz. Il découvre les codes et le fonctionnement du camp dans une seule optique : en sortir vivant. Peu de temps après, il est recruté par les SS pour devenir le tatoueur d'Auschwitz. Ce travail offre un Lale un statut privilégié : une chambre seule... et une relative protection : son sort dépend de Berlin. La plupart des nouveaux détenus d'Auschwitz et Birkenau passent devant lui et lui tendent le bras...  Un jour, c'est le bras de Gita, une jeune juive slovaque, que Lale tatoue. Et contrairement à l'habitude, il lève les yeux et croise son regard. Pendant près de trois ans, leur amour sera fait d'instants volés, de petits gestes, de promesses d'une autre vie, celle de la liberté, un jour.

Tentation : Le marketing : bon placement dans la librairie, bandeau, 4ème de couv'...

Fournisseur : Ma CB

Mon humble avis : Ce roman est inspiré d'une histoire vécue. Celle de Lale, que l'auteure néo-zélandaise Heather Harris a rencontré durant trois années pour recueillir son témoignage, dans l'idée d'un écrire un scénario, qui est finalement devenu roman.

L'histoire est "belle", prenante, et bouleversante pour ce qu'elle représente, le lieu et le contexte dans lesquelles elle se déroule. On ne peut bien sûr pas rester insensible au terrible sort des prisonniers d'Auschwitz.

Mais j'ai ressenti comme un malaise, un décalage tout au long de ma lecture. Certes, certaines horreurs des camps sont bien présentes et partiellement narrées, mais j'ai eu la sensation de lire une version édulcorée d'Auschwitz et Birkenau, comme si la romancière voulait épargner ses lecteurs. Or, quand on se dirige vers ce genre de titre, on ne demande pas cela, nous qui avons la chance de ne pas l'avoir vécu. On veut l'Histoire, la vraie, pour apprendre, se souvenir, comprendre, ne pas oublier. Certes, pour cela, il vaudrait mieux choisir des témoignages, mais en lisant la 4ème de couv', je me disais que ce titre serait un juste mélange d'Histoire et de roman.

Certes, la façon dont Lale a traversé ces 3 années en camp de concentration est assez romanesque (la vie l'est parfois), et c'est avec intérêt que j'ai suivi les efforts qu'il déploie pour "alléger" la condition de tant de ses codétenus.  Certes, j'ai saisi son tiraillement... En effet, son travail (obligatoire) de tatoueur peut passer pour de la collaboration aux yeux des non avertis. Mais il y a tout le reste, toute l'énergie qu'il met pour récupérer une plaque de chocolat ou une portion alimentaire pour en faire don à d'autres.

Certes, dernier certes, la relation amoureuse qu'il vit avec Gita est très aussi romantique que le lieu le permet...

On a beau être dans une retranscription d'une histoire vraie, je n'y ai jamais vraiment cru... Peut-être parce que l'auteure semble avoir nié toutes ses émotions... En fait, le texte est quelque part assez froid. Il se lit facilement, tant l'écriture est à mes yeux assez pauvre, très académique... Un travail scolaire bien fait... Mais le pire est dans les dialogues entre nos deux amoureux... J'avais l'impression de lire du Barbara Cartland (que je n'ai d'ailleurs jamais lue !!!) ou du Harlequin soft... Peut-être ce ressenti est-il lié à la traduction, je n'en sais rien.

Mais Le tatoueur d'Auschwitz reste un bon témoignage de survivance, de résistance, de réflexe de survie. Et une belle histoire d'amour dans un lieu où ce dernier n'avait pas place.

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Rédigé par Géraldine

Publié dans #Littérature d'ailleurs

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