LE ROMAN DES REGARDS, de Daniel PENNAC & Laurent MALLET

Publié le 3 Juillet 2026

Roman - Editions Philippe Rey - 205 pages - 25 €

Parution en Octobre 2025

4ème de couv : Un jour, Daniel Pennac aperçoit un homme qui photographie les visiteurs des musées de dos à l'instant où ils se penchent sur une toile. Quelque temps plus tard, il réalise que son nouveau médecin n'est autre que le docteur Laurent Mallet, ce fameux photographe qui attend la retraite pour se consacrer pleinement à son art. Après cette rencontre, l'auteur interroge son propre regard sur sa vie.

 

 

Tentation : Ma cheffe de la Médiathèque qui l'a lu et a tout de suite pensé à moi

Fournisseur : La bib de St Lunaire 

Mon humble avis : Bénie soit Gwénola qui m'a mis ce livre si savoureux dans les mains... D'autant qu'en ai lu la plus grande partie les pieds dans le sable face au soleil déclinant... Il n'en fut que plus délicieux.

Bon, je dois avouer un crime... Jusqu'à maintenant, je n'avais jamais lu la plume de Pennac... Et c'est clair qu'il me faut absolument combler ce vide parce que Pennac m'a vraiment parlé avec les mots, la sensibilité, l'humour et la finesse que j'apprécie et qui me font m'installer pleinement dans une lecture. Il y a là de la facétie, de l'ingéniosité. Mais surtout, cet ouvrage est un formidable hommage à la passion et à la création, qu'elles soient littéraires ou photographiques, donc au sens large, artistiques

Ce livre, que j'ai classé comme roman, peut tout aussi être considéré comme un essai, un témoignage ou un OLNI.

Comme je me suis retrouvée dans la description que Pennac fait de Laurent Mallet, photographe amateur dans son temps libre, médecin spécialiste bientôt à la retraite... qui va donc pouvoir se consacrer tout entier à sa lubie...Photographier les visiteurs dans les musées... mais pas n'importe comment... De dos ou de profil... Mais surtout, il faut qu'il y ait une analogie entre le visiteur et la toile ou l'oeuvre devant lequel celui-ci s'arrête. Laurent Mallet guette "ses proies", se faufile dans le musée pour les suivre et espère, parfois en vain, que celles-ci observeront plus longuement une oeuvre qui, sans qu'elles en soient consciente, reflètera une partie d'elles-mêmes... Pour Laurent Mallet, il en résulte des milliers d'heures passées dans des musées aux quatre coins de l'Europe (avec une préférence pour le Louvre et Orsay), des kilomètres de marches au compteur, et des dizaines de milliers de photos qui seront, ou pas utilisées. Comme je me suis reconnue dans ces pages, moi qui passe le plus clair de mon temps extérieur un appareil photo à la main, qui conçoit mes vacances en fonction des photos possibles et qui, depuis deux ou 3 ans, m'essaie à la photo de rue, tantôt avec des coups de chance énormes, tantôt en ciblant "mes proies" en me disant "il va se passer quelque chose"....C'est une chasse... Qui ne fait de mal à personne, dont tout le monde sort indemne... Et qui, au final, donnera quelques oeuvres d'art, que chacun est libre d'apprécier ou pas, des oeuvres qui figent le temps et l'action, des oeuvres qui témoignent d'une époque ou d'un moment précis pour l'éternité. Et pour le photographe, la sensation d'être doublement là, car toujours aux aguets, au regard aiguisé, qui permet de voir ce qui est invisible au simple promeneur... Récemment, sur une digue du Nord, je photographiais une vieille dame assise sur un banc, je la trouvais élégante... jusqu'à ce que je me rende compte qu'en fait, elle tentait de se relever, mais que le fort vent la repoussait toujours sur le banc. J'ai lâché mon appareil et suis allée l'aidée à se relever... Elle était très étonnée que je l'aie vue... Et pour cause, quand on cherche avec un appareil photo, on voit tout.

Bref, Pennac raconte sa rencontre avec ce drôle d'énergumène qui traîne son appareil dans les musées et qui étonne tout le monde, réalise qu'il est son nouveau médecin spécialiste, fait plus ample connaissance, le suit dans ses errances "muséales", s'en fait un ami et à eux deux, les voici qui créent cet ouvrage si délicieux. Un bon tiers du libre est consacré à la reproduction de certaines photos de Laurent Mallet, avec ses cibles analogiques devant des toiles de maîtres... Et franchement, ça vaut son pesant de caramels mous, surtout quand l'on sait que tout tient du hasard, qu'aucune de ces photos (une mise à part) n'est posée. Le roman des regards offre une pause devant ces photos, et de belles réflexions sur l'art, le regard qu'on lui porte, la créativité, la liberté. Mais aussi sur ce que l'art nous apporte, pourquoi telle oeuvre nous attire plus qu'une autre etc... Et pour les toutes dernières pages, Laurent Mallet pose son appareil et prend la plume pour conclure l'ouvrage... Qui est une vraie pépite à découvrir dès que possible, à offrir à tout fan de Pennac, de photos, d'art, ce qui fait un paquet de monde !

Mon seul reproche étant que les noms des toiles et leur lieu d'exposition de ne soient pas écrits sous les photos, mais dans le glossaire final.

Exemple de photo analogique

de Laurent Mallet

"Créer, c'est perpétuer, pas reproduire... Perpétuer. Aussi inventif soit-on. C'est ce que me dit l'image des ces gens penchés sur ces toiles".

 A ceux qui s'étonne que j'ai ramenée 6200 photos de mes dernières vacances :

"Non, il ne serait jamais venue l'idée à personne de demander à Proust la quantité de mots par lui utilisés pour écrire sa recherche, le nombre d'hommes et d'années accumulés pour ériger la cathédrale de Strasbourg.... pourtant la trivialité des chiffres dit l'obsession et l'obsession promet l'oeuvre. Ces chiffres sont des promesses et leurs sommes sont des oeuvres."

"J'ai d'abord cru à une chance exceptionnelle, qu'un pareil instant photographique ne se retrouverait jamais. Pourtant, j'ai aussitôt espéré la photo suivante. Aussi parlante. Un autre miracle. Aussi complet. Et j'ai entamé une série. Ou si tu préfères, je me suis lancé dans l'espoir... Je regarde les regardeurs... J'ai développé un sixième sens qui perçoit les visiteurs comme parties éparses des oeuvres visitées". 

"Je ne crois pas qu’une fée spécialement attachée à ma personne ait, tout au long de ma vie, semé des petits miracles sur mon chemin. Je pense plutôt qu’il en éclot tout le temps et partout, mais que nous oublions de regarder."

Rédigé par Géraldine

Publié dans #Livres autres - divers

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A
Je comprends que ce livre te parle si bien à toi la photographe. De Daniel Pennac, j'ai lu Comme un roman, son essai sur la lecture, et les premiers tomes de la série policière des Malaussène. C'est un auteur que j'apprécie beaucoup même si j'ai arrêté de le suivre de près.
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