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Publié le 22 Février 2024

Roman - Editions Julliard - 204 pages - 20 €

Parution en janvier 2023 (existe en poche)

L'histoire : Il a 19 ans lorsqu'il reçoit l'appelle de Léa, sa petite soeur de 13 ans. Elle lui dit : "Papa vient de tuer Maman".

Alors étudiant danseur à l'opéra de Paris, il prend le premier train pour sa Gironde natale. C'est ce que raconte ce livre, les heures, les jours, les mois qui suivent l'ignominie, et la difficile reconstruction de deux êtres brisés et sans repère. Cela et bien d'autres choses aussi.

Tentation : La blogo

Fournisseur : La bib de St Lunaire 

 

 

Mon humble avis : Ce roman est inspiré d'un fait réel...

Définition de fait divers : "Événement sans portée générale qui appartient à la vie quotidienne".

Philippe Besson s'attaque ici au délicat sujet du féminicide... Et il prouve clairement qu'un féminicide, qui sera classé dans les rubriques "faits divers" n'a rien de cela, tant la portée du geste est générale et que jamais au grand jamais, il ne devrait faire partie de la vie quotidienne.

17 coups de couteaux sur Cécile, la mère du narrateur et de Léa, qui était dans sa chambre au moment des faits. Le meurtrier, le père et époux, prendra la fuite et sera retrouvé quelque temps plus tard. Il y a enquête, procès etc... Il semble que personne n'ait rien vu venir.

Or, quand le narrateur fait appel à ses jeunes souvenirs, qu'il interroge ses proches (amis, familles), il réalise que les signes, même les signaux d'alerte étaient bien là. Mais personne n'a rien dit, personne n'a bougé, tout le monde s'est enfermé dans sa propre conscience se répétant ce mantra infernal : les affaires des autres ne me regardent pas, ce sont des histoires de couples etc. Même la gendarmerie a fermé les yeux un an plus tôt lors d'une main courante déposée par Cécile, main courante immédiatement classée sans suite.

Dans cette histoire tragique, Philippe Besson pointe le doigts sur les manquements de chacun, individus et institutions. Il dénonce aussi la froideur de la justice, le manque d'accompagnement des victimes dites "collatérales", mais qui sont de fait victimes directes. Encore en vie certes, mais dans quelle vie ? Alors que les deux enfants vivent un drame affreux, aucune aide administrative n'est mise en marche, un gendarme propose vaguement, sans insister, un soutien psychologique. C'est le grand-père dévasté qui va devoir tout gérer, et le grand frère, à peine sorti de l'adolescence.

Le crime est abject, la non-réaction sociétale révoltante. La plaidoirie de la défense est écoeurante. La détresse de ces deux enfants effroyables et les conséquences psychologiques du meurtre se révéleront abyssales. Philippe Besson donne donc la parole à ses victimes invisibles et silencieuses.

Un roman coup de poing (dans une fourmilière j'ai envie de dire), qui plonge le lecteur dans un état de sidération. Chaque étape vécue par Léa et le narrateur est parfaitement parfaitement décrite et analysée.

L'écriture est sans effet ni esbrouffe, et j'ai d'ailleurs peiné à reconnaître le style Besson que j'aime tant. J'ai eu l'impression d'irrégularités. Sans doute est-ce voulu... Après tout c'est un tout jeune homme détruit, et loin du milieu littéraire, qui narre son histoire. Donc ceci explique peut-être cela.

En sortant des chiffres, la littérature en pénétrant nos sentiments sur la durée, peut aider à éveiller les consciences... Ne pas fermer les yeux sur ce qui se passe autour de nous, que ce soit par confort ou par bienséance sociale.

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Rédigé par Géraldine

Publié dans #Littérature française

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Publié le 20 Février 2024

Roman - Editions Sixtrid - 10h31 d'écoute - 19.55 €

Parution d'origine éditions de l'Olivier 2016

L'histoire : Lili quitte Manosque et après un long chemin, parvient à Kodiak en Alaska. Son objectif, c'est d'embarquer sur l'un de ces navires qui partent pêcher la morue noire, le flétan, le crabe, de jour comme de nuit, sur des mers calmes ou déchaînées. Lili est une femme menue, sans expérience, qui veut intégrer un monde d'hommes... Et elle y parviendra. Elle fréquentera les marins sur l'eau et ira repeindre la ville en rouge lors des retours sur terre. Parmi tous ces hommes, il y a Jude, le grand marin aguerri...

 

 

Tentation ; Pitch et découverte

Fournisseur : Ma PAL audio (bib de Rennes)

 

Mon humble avis : C'est mon inscription au challenge de Fanja "Book trip en mer" qui m'a incitée à sortir de ce roman qui flottait dans ma PAL audio depuis un moment.

Le grand marin est un livre résolument féministe, l'histoire d'une femme qui veut faire et vivre comme les hommes, comme les marins, quoiqu'il en coûte, qu'elle que soit la souffrance, les difficultés etc...

La voilà arrivée en Alaska, à la recherche d'un navire pour embarquer, puis subissant la misogynie de ses collègues, avant de faire partie de l'équipe, d'être devenue elle-même une vraie marin, au corps menu, mais aux paluches de mec et à la volonté de fer. Toute cette première partie m'a bien embarquée, qui me permettait de découvrir un univers dont je suis on ne peut plus étrangère. J'ai eu le mal de mer, j'ai été écoeurée par l'odeur de poisson, j'ai eu mal aux mains, au dos...

Et puis, plus rien ou pas grand-chose, je suis vite redescendue sur le quai, devant la répétition des scènes, des dialogues qui m'ont semblé plutôt creux et tournant en rond. Certes, on perçoit cette passion obsessionnelle pour la pêche de certains, l'extrême dureté et précarité de ces vies, mais aussi toutes les âmes et les corps brisés qui montent sur ces navires. Et l'alcool qui coule à flot sitôt le port rejoint.

Je n'ai pas réussi a repéré qui était vraiment qui sur ces bateaux devant la profusion de personnages. Je n'ai jamais su vraiment "pourquoi la pêche et l'Alaska pour Lili", dont on devine juste qu'elle fuit une certaine violence à Manosque, mais guère plus. Lili reste un mystère, on ne sait pas trop qui elle est vraiment, et de ce fait, on peine à s'y attacher. Pourquoi autant de cruauté en elle ? Pourquoi cette autodestruction ? Ce roman, très factuel en fait, manque d'analyse profonde, reste en surface...

Aussi, j'ai passé le reste de ma lecture à essayer d'hameçonner quelque chose, j'ai tenté plus d'une fois de remonter sur le navire et de relancer mes filets, et malgré la longueur de l'histoire, je n'ai rien remonté qui m'ait passionné. Rencontre ratée pour moi avec ce grand marin. Mais PAL audio - 1, et je sais maintenant de quoi retourne cette histoire, donc pas de regret pour autant ! 

Prochainement, je devrais embarquer avec le pêcheur d'Islande, de Pierre Loti !

                                                                     384 pages donc 3 points !

 

 

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Rédigé par Géraldine

Publié dans #Littérature française, #Livres audio, lectures audio

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Publié le 16 Février 2024

Roman - Editions Ecoutez lire - 8h18 d'écoute - 18.99 €

Parution d'origine en 1995.

L'histoire : Charlotte est la grand-mère d'Andreï Makine... lui même né en plein coeur de la Sibérie en 1957.. Quelle est l'histoire de Charlotte ? Quelle est celle d'Andreï, bercé depuis son enfance par cette double culture franco russe ? C'est le sujet de ce roman autofictif, avec comme fond historique, la dureté et les ignominies du régime soviétique.

Tentation : Ma PAL audio

Fournisseur : Bib de St Grégoire

 

 

Mon humble avis : Prix Goncourt, Goncourt des lycéens et Médicis 1995, Le testament français est ma troisième lecture du plus russe de nos écrivains français. (Après Une femme aimée et L'archipel d'une autre vie).

Je suis allée vers cet ouvrage par curiosité, envie de culture, et d'horizons inconnus. Avec Le testament français, je me suis aventurée bien loin de ma zone de confort. C'est une lecture (très) exigeante et j'avoue ne pas avoir su lui donner toute l'attention et la concentration qu'il mérite. Je me suis souvent perdue dans le récit. Mais bien des passages, où chapitres, m'ont littéralement absorbée et séduite.

Charlotte raconte à ses petits-enfants ses souvenirs de la France de son enfance. Toute cette partie-là m'a éblouie. L'auteur découvre la langue Française et pour lui, Paris prend les traits d'une mystérieuse Atlantide. Le Français le fascinera toujours, et ce sera pour lui un déchirement permanent très longtemps. Son coeur est Russe, son esprit est Français... Il lira très vite les grands classiques français, se familiarisera avec tout ce qui touche à la culture d'origine de sa grand-mère. Ce qui lui causera bien des soucis d'intégration scolaire et autre. Ces rencontres avec Charlotte sont passionnantes, et très touchantes à lire.

Ce roman traite donc en premier du rapport aux racines, et surtout à la langue. Et encore une fois, on ne peut être qu'estomaqué, émerveillé, fasciné par cette langue qu'écrit Makine de façon aussi inouïe. Quelle richesse et exactitude de vocabulaire, quelle poésie, quel lyrisme !  Ce n'est pas compliqué... La beauté de la langue a capté toute mon attention, j'étais comme hypnotisée, et suis donc passé à côté d'une grande partie du récit (et de ses divers sujets) sans doute pour cela aussi. J'écoutais les mots, les phrases et leur construction, leur effet sonore, plutôt que le sujet lui-même. Bon certes, j'ai perçu aussi quelques longueurs qui ont pu me perdre dans l'aspect historique de cette fresque.

Et puis, vient la révélation finale, des plus inattendues pour moi qui connaît peu le personnage Makine, et qui bouleverse, comme on comprend qu'elle a pu chambouler l'auteur. Et qui questionne sur les racines des êtres et leur héritage culturel. 

Malgré sa demande de naturalisation française, qui lui fut d'abord refusée, Makine était encore Russe lors de la parution de ce roman. C'est l'obtention du prix Goncourt qui a fait changer les choses. Makine fut naturalisé en 1996. Dix ans plus tard, il sera élu membre de l'Académie Française.

 

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Rédigé par Géraldine

Publié dans #Littérature française, #Livres audio, lectures audio

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Publié le 13 Février 2024

Roman - Editions Gallimard - 208 pages - 19 €

Parution le 4 janvier 2024

L'histoire : Eric a gravi tous les échelons chez Décathlon... Hélas, il n'est plus vraiment "à fond la forme". Lassitude, déprime, divorce... Un jour sur un groupe d'anciens du lycée sur FB, il reçoit une proposition d'Amélie : devenir son assistant au sein du ministère du commerce extérieur. C'est l'occasion de changer de vie. Une de leurs missions les conduit à Séoul... Là, Eric découvrira un rite très particulier, un rite thérapeutique qui redonne goût à la vie... Préparer et vivre son propre enterrement, chez Happy life. L'occasion pour lui d'en changer à nouveau et cette fois-ci, de trouver vraiment sa voie...

Tentation : Foenkinos, incontournable pour moi

Fournisseur : La bib de St Lunaire

 

Mon humble avis : David Foenkinos est très bien placé dans la petite liste de mes auteurs chouchous. Cependant, ma lecture de La vie heureuse m'a tout d'abord désappointée. Je trouvais le texte fade, terne jusque dans le ton... Et puis, j'ai compris... Le style suit l'évolution même du personnage Eric.  De morne, il retrouve énergie et une certaine gaieté, avant de s'achever dans une sorte d'apaisement, de plaisir singulier dans une vie simple, au bon endroit.

La vie heureuse... Le titre du roman... C'est aussi la vie que l'on montre sur les réseaux sociaux, celle que l'on prétend vivre à notre entourage, celle que la société de consommation, de la réussite et du bien-être nous exhorte à mener, et enfin, celle que l'on espère tous trouver et conserver... Et c'est aussi le nom de cette boutique très particulière qu'Eric découvre à Séoul.

Une histoire qui nous rappelle l'importance d'être, autant au monde qu'à soi-même, plutôt de répondre aux exigences du paraître de notre société, à trouver ou à respecter le sens que l'on veut donner à sa vie. Celui qui nous épanouit sans répondre aux injonctions sociales, même si ce sens est d'une simplicité déconcertante. Rien de bien nouveau sous le soleil me direz vous... Sauf que David Foenkinos importe cette tradition Coréenne plus que surprenante que vous découvrirez en lisant le roman... et que dans ce sujet de choix de vie, la mort et notre rapport à celle-ci y tient une grande place.

On retrouve le ton malicieux de l'auteur, faussement simple, son sens de la formule, ses réflexions qui paraissent décalées mais qui disent tant. Son précédent roman traitait des numéros 2, ceux qui ne sont pas retenu dans un casting ou autre... Ici, David Foenkinos exploite la deuxième chance que la vie peut nous offrir. 

Une vie heureuse offre un bon moment de lecture divertissante, un plaisir simple, un plaisir du moment, comme peut l'être la vie qui vous rend heureux. Et je pense que c'est cela que David Foenkinos a voulu offrir à ses lecteurs, quitte à surprendre, ou décevoir... mais le texte est vraiment raccord avec le sujet, en tout cas, c'est ce qu'il m'a semblé !

 

Il y a 12 ans maintenant, j'avais interviewer David Foenkinos par mail. Pour relire cette interview exclusive, c'est ICI

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Rédigé par Géraldine

Publié dans #Littérature française

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Publié le 3 Février 2024

Roman - Editions Ecoutez lire - 6h41 d'écoute - 23.15 €

Parution d'origine Gallimard en 2008

Le sujet : Au travers de photos et de souvenirs laissés par les événements, les mots et les choses, Annie Ernaux nous fait ressentir le passage des années, de l'après-guerre à aujourd'hui. En même temps, elle inscrit l'existence dans une forme nouvelle d'autobiographie, impersonnelle et collective.

 

Tentation : Curiosité

Fournisseur : Bib de Dinard

 

Mon humble avis : Suis entrée dans ce livre à l'aveugle, sans trop savoir ce que j'en attendais... Et là, dès le début, j'ai su que "Les années" serait une claque littéraire et un énorme coup de coeur !

L'écrivaine, Nobelisée depuis, dépeint le fil les années, depuis la 2ème Guerre Mondiale jusqu'au milieu des années 2000. Elle y décrit le collectif, le mondial, le local, et le personnel, mais toujours par rapport à l'ensemble. D'ailleurs, ce personnel est comme observé de l'extérieur, et passe à travers le "elle" ou le "nous", jamais le "je". C'est une frise chronologique, où peu de dates sont citées, mais les événements situent chacun des faits précisément, ou dans une époque plus large. 

C'est vraiment un tour d'horizon complet sur plus de 60 ans que dresse ici Annie Ernaux, à travers un regard lucide, réaliste, étudié. Le temps qui passe parfois subtilement, sans qu'on le remarque, et l'on se dit alors, tiens, c'était comme ci avant, ou tiens, on ne fait plus cela. Et il y a les changement brusques, radicaux, comme avec le 11 septembre 2001, où il y a un avant et un après.

Tout y passe ou presque... Les guerres, les indépendances, l'évolution des mentalités, des moeurs, le progrès, le confort, le social, la politique, les élections, les fléaux qui changent mentalités et comportement (le sida), la culture, la société de consommation, le féminisme, la mondialisation, j'en passe et des meilleurs, la liste pourrait être longue. Et en filigrane dans tout cela, les années qui passent dans la vie d'une femme, les étapes traversées ou surmontées : l'enfance, l'adolescence, les études, le mariage, la parentalité, le divorce, la maladie, la grand-parentalité, la retraite... Petites ou grandes, fondamentales ou anecdotiques, histoires collectives et individuelles se répondent, prennent le devant de la scène ou se mettent en retrait, mais n'oublient pas de côtoyer l'Histoire.

Sur le papier "Les années" d'Annie Ernaux pourraient passer pour une longue litanie ennuyeuse à mourir. Et bien c'est tout le contraire. Cette lecture m'a passionnée, émue, bouleversée aussi. Mais surtout sidérée. Ce fut vraiment vertigineux. Déjà parce que l'écriture est sublime. La précision langagière est époustouflante et délicieuse, qui révèle tant de la beauté et de la richesse de notre langue. Et pourtant le style reste très fluide et agréable. Je suis profondément admirative devant le travail "monstre" que la rédaction de ce roman a dû demander... Réunir tous ces faits, trouver et choisir les termes idoines. Pfff, ça me parait aussi vertigineux !

En tant que jeune quinquagénaire... J'ai lu "Les années" en me disant... Voilà ce qu'ont vécu les générations de mes parents et de mes grands-parents. Voilà ce que j'ai eu la chance de ne pas vivre. Voilà les libertés pour lesquelles je n'ai pas eu à me battre. Voilà le confort dans lequel je suis venue au monde. Voilà tout ce qui s'est passé, ces évolutions matérielles, scientifiques, sociales, politiques, idéales qui m'ont entourée, depuis que je suis née française.  Voilà ce que j'ai vécu sans m'en rendre compte, sans y prêter attention, en l'oubliant, ou au contraire, en me rebellant, en m'investissant. Voilà ce que l'on a gagné, ce que l'on a perdu, ce qui est là mais loin d'être acquis. Voilà le monde de fou dans lequel je vis (ex les aliments sont soit allégés, soit renforcés), avec ses contradictions, ses non-sens, sa rapidité, qui est même devenu frénétique... Oui, le monde est de plus en plus grand, les possibilités se multiplient de façon exponentielle, et les années passent au même rythme mais tout va de plus en plus vite.

Les années d'Annie Ernaux, pour moi, c'est une oeuvre magistrale, essentielle, et je le redis car c'est vraiment le mot qui résonne en moi : vertigineuse ! Très très heureuse je suis d'avoir lu ce livre... qui serait peut-être bien à relire... ou à parcourir de temps en temps.

Bon, ben c'est pas encore aujourd'hui que j'aurais fait un billet plus court 😁 Ce qui est dans l'absolu mon objectif !😅

D'Annie Ernaux, je vous conseille également le roman "La place"

 

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Rédigé par Géraldine

Publié dans #Littérature française, #Livres audio, lectures audio

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Publié le 1 Février 2024

Roman - Editions de l'Olivier - 187 pages - 18 €

Parution en août 2022, prix Fémina des lycéens 2022

L'histoire : Quand Pauline, devenue adulte, souhaite retrouver légalement son prénom de baptême Russe, Polina, l'administration ne le voit pas d'un bon oeil, sous prétexte que le prénom Polina est "anti intégration". Les audiences se multiplieront au tribunal.

Entre temps, Polina se rappelle son enfance en Russie, puis à St Etienne, les nouveautés, les différences, et tous ces mots qu'il lui faut conquérir. Les années passent... Elle est Pauline à l'extérieur, et Polina à la maison, et lors des vacances d'été en Russie. Elle se dédouble...

Tentation : La blogo

Fournisseur : La bib de St Lunaire

 

Mon humble avis : Un premier roman, et à mon avis, pas le dernier ! Il est touchant, frais, drôle, et grave à la fois. Surtout, il aborde habilement et de façon très accessible et clair des sujets assez brûlant de l'actualité, et permet aux lecteurs de les aborder depuis l'intérieur : l'immigration, le déracinement, l'intégration, la double culture, et l'importance du langage, mais surtout de la langue, les langues, une grande part de l'identité.

J'ai d'abord été outrée par ce refus de l'administration. Pauline ne peut pas retrouver son prénom de baptême car il serait contraire à la démarche d'intégration !!! Alors qu'aujourd'hui, en France, n'importe qui peut nommer son enfant n'importe comment ou presque, du nom d'une star américaine, d'un personnage de film ou d'un joueur de foot. Alors que Polina vit en France depuis plus de vingt ans, elle est naturalisée française depuis belle lurette. Elle maîtrise parfaitement le français, bien mieux que moi en tout cas, et de nombre de mes concitoyens ou proches, (voire même de notre ministre des affaires étrangères) qui multiplient les fautes tant à l'oral qu'à l'écrit.

C'est en 1991, lors du Putsch raté contre Gorbachev, que Polina, son père, sa mère et sa grande soeur immigrent en France et s'installent à St Etienne. Les étés seront passés en Russie où sont restés les grands-parents. La romancière se glisse à nouveau dans son corps d'enfant pour y déterrer ses souvenirs d'alors, son incompréhension, ses découvertes, son silence devant ces mots- qui ne sont pour elle que des sons au premier abord) qu'elle ne comprend pas, puis sa gorge qui se débloque et émet des sons français !

Tenir sa langue, c'est apprendre celle de son nouveau pays. C'est garder le secret en Russie, car il serait dangereux pour elle de dire à ses amis qu'elle vit désormais en France, donc aucun idiome français ne doit sortir de sa bouche par erreur ou réflexe. C'est aussi ne pas dire un mot Russe en France, pour ne pas être différente, pour ne pas être moquée et s'intégrer. Ne surtout pas paraître étrangère. Mais Tenir sa langue, c'est également ne pas oublier sa langue d'origine et de naissance, une part entière de l'identité. Et l'énergie et l'imagination que déploie la mère de Polina pour que ces filles n'oublient le Russe sont très drôle à lire... Des mots et expressions russes sont en effet placardés aux toilettes, et visibles aussi bien debout, qu'assis, que sur la droite quand on prend le papier...

Avec humour, tendresse, autodérision, nostalgie, acuité, Polina Panassenko nous livre un très beau roman sur l'identité et l'exil, ainsi qu'un bel hommage à sa culture russe d'origine. A lire ! C'est savoureux ! Et un titre savamment trouvé ! 

 

"Russe à l'intérieur, français à l'extérieur. C'est pas compliqué. Quand on sort on met son français. Quand on rentre à la maison, on l'enlève. On peut même commencer à se déshabiller dans l'ascenseur. Sauf s'il y a des voisins."

"Si le son marche, il devient mot. S’il ne marche pas, je le relâche dans le fleuve. Un son qui marche c’est un son qui produit quelque chose. Un son qui ne marche pas équivaut au silence. Tu fais le son mais l’autre fait comme si tu n’avais rien dit."

"Je reconnecte au moment où Caroline dit "Autorisée à" c'est une formule de politesse juridique, ça veut dire "obligée de" s'appeler Pauline et "interdit" de s'appeler Polina."

"Français sans accent ça veut dire français accent TV personnage principal. Accent Laura Ingalls et Père Castor. Accent Jean-Pierre Pernaut et Claire Chazal. Prendre l’accent TV c’est renoncer à tous les autres. Pas de cumul possible avec l’accent TV. Une fois que tu parles comme au 20 heures tout autre accent devient un à-côté, un 5 à 7. Pour s’encanailler, comme au bon vieux temps mais rien de plus. Un accent qui revient sans qu’on l’appelle, c’est gênant comme Dom Juan qui tombe sur Done Elvire."

"Ce que je veux moi, c'est porter le prenom que j'ai reçu à la naissance. Sans le cacher,sans le maquiller, sans le modifier. Sans en avoir peur. Faire en France ce que ma grand-mère n'a pas pu faire en Union soviétique"

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Rédigé par Géraldine

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Publié le 24 Janvier 2024

Roman - Editions Maurice Nadeau - 151 pages - 

Parution en janvier 2013

L'histoire : Coline est bibliothécaire, mais très à part dans son équipe de travail. Marcel vient de se séparer, ses enfants le réclament. Voilà deux êtres qui n'ont plus trop d'attaches, qui dérivent... Mais c'est droit qu'ils nagent à la piscine qu'ils fréquentent tous les matins, où ils se remarquent, puis se rencontrent... Avant de partager un café quotidien, rituel. Au fil du temps, naît une amitié et un projet commun : partir en voyage à Caracal, l'île de naissance et d'enfance de Coline.

Tentation : Ma PAL

Fournisseur : Ma PAL

 

 

 

Mon humble avis : On le sait dès le début, Coline et Marcel ne partiront pas à Caracal... Pourquoi ? On le devinera, puis au l'apprendra avec certitude au fil de l'histoire. Mais dès premières pages qui sont en fait la fin, Coline n'a plus l'usage de la parole. Choc ou traumatisme ou caprice, le livre nous le dira. Mais je sais maintenant pourquoi ce roman est arrivé il y a longtemps maintenant dans ma PAL... Puisqu'à une époque, en 2009, j'ai aussi été privée quelques mois de la parole, avec comme diagnostic : trouble spasmodique du larynx... Causé par un gros stress cumulé...

Caracal est situé à quelques encablures de l'Afrique de l'Ouest, mais Caracal n'existe pas. C'est une île fictive imaginée par l'autrice, et sublimée par Coline lors du café quotidien partagé avec Marcel. Tout comme lui, au fur et à mesure, nous remarquerons que quelque chose cloche dans les descriptions de Coline. Il y manque les gens, les voisins, la famille, les habitants. Marcel veut la vérité, celle que Natacha Andriamirado a déjà disséminée de ci delà par des bribes de souvenirs d'enfance tout d'abord implicites, puis de plus en plus explicites.

J'ai beaucoup aimé cette rencontre entre ces deux êtres qui n'ont, à la base aucun point commun, si ce n'est la piscine qu'ils fréquentent et... une certaine forme de non vie.  Marcel, parce que celle qui menait jusque-là, pétrie d'habitudes, ne ressemble pas du tout à ce qu'il espérait vivre. Coline, qui ne vit qu'en elle-même depuis si longtemps. 

Ce projet de voyage, avec un(e) inconnu(e) devenu(e) proche, était pour l'un et l'autre une ouverture, un saut salvateur... mais plus le départ approche, plus l'amitié naissante de Coline et Marcel se distend...

Une très très belle plume, délicate, sensible et pudique pour raconter une rencontre entre deux blessés de la vie, qui ne peut que toucher et séduire, notamment par ces magnifiques passages si bien écrits, qui ne s'encombrent pas de l'inutile. Une belle lecture pour moi, même si très loin de l'actualité littéraire.  Et PAL - 1 !

 

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Rédigé par Géraldine

Publié dans #Littérature française

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Publié le 22 Janvier 2024

Roman - Editions Audiolib - 5h24 d'écoute - 20.45 €

Parution Payot & Rivages en 2022

L'histoire : Celle de la famille Lonsonnier, sur plusieurs générations, à Santiago du Chili. Le patriarche y est arrivé à la fin du XIXème, avec un pied de vigne et quelques sous en poche. Nous suivrons le destin de son fils Lazare (qui passera par les tranchées en France), de Thérèse, l'épouse de ce dernier, de leur fille Margot (aviatrice) et de son fils illégitime Ilario Da. Ce dernier, révolutionnaire, subira de plein fouet la violence de la dictature.

Tentation : Miguel Bonnefoy

Fournisseur : La bib de St Lunaire

 

Mon humble avis : En 2019, j'avais eu un tel coup de coeur pour Sucre Noir, de Miguel Bonnefoy que depuis, quand je peux, j'essaie de lire ses autres ouvrages... Mais je ne retrouve jamais le même enthousiasme hélas, malgré les qualités romanesques, stylistiques et narratives de l'auteur.

Mon audio lecture d'Héritage fut très inégale... Avec des passages flamboyants et jubilatoires et d'autres très longs et qui m'ont paru bien confus... Impression peut-être liée au format de lecture... La profusion de personnages secondaires n'est peut-être pas étrangère à cela.

J'apprécie toujours l'allégresse avec laquelle Miguel Bonnefoy présente la fantaisie de ses personnages, fantaisie qui apporte de la légèreté à des situations qui peuvent être tragiques, ainsi que le talent de conteur incontestable de l'auteur. Avec lui, on a toujours l'impression d'être plus dans un conte, une fable ancienne, que dans un roman pur et dur. C'est que sa plume est belle, dynamique, et à nulle autre comparable.

Cette fois ci, les personnages sont confrontés à l'Histoire et à son absurdité.  Chacun fera son choix, toujours dans le libre arbitre. Le vingtième siècle se déroule en filigrane, mais les deux conflits mondiaux viennent par contre au premier plan... Tout comme l'avènement de Pinochet au pouvoir au Chili et les conséquences terribles (pour des pages qui le sont tout autant) pour Ilario Da.

C'est une Saga familiale, qui prend racine sur un malentendu, avec ses aventures, ses mésaventures, ses péripéties, ses drames, son exil, ses retours. Mais autant d'années parcourues en si peu de pages, forcément il y a recours à l'ellipse. Et une impression pour moi de survol, avec des personnages qui pourraient être plus creusés et de ce fait, plus attachants. J'ai un peu l'impression d'être resté sur le factuel, une succession de faits, et de n'être point entrée dans l'émotion (exceptées les pages consacrées à l'emprisonnement d'Ilario da). Peut-être que tout passe trop vite pour digérer et se figurer cette histoire et ses protagonistes dans le cerveau.

Soit je n'ai pas la culture littéraire nécessaire, soit je n'ai pas saisi tous les aspects du réalisme magique contenu dans ce roman, soit le support de lecture ne convenait pas, mais il m'a manqué trop de choses pour apprécier ce roman à sa juste valeur, et pour justement voir nettement cette notion d'Héritage.

Malgré une lecture en demi-teinte et un billet complètement brouillon, j'attends tout de même le prochain roman de Miguel Bonnefoy !

 

 

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Rédigé par Géraldine

Publié dans #Littérature française, #Livres audio, lectures audio

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Publié le 16 Janvier 2024

Roman - Editions Buchet Chastel - 144 pages - 13.50 €

Parution le 17 août 2023 (Rentrée Littéraire)

L'histoire : Rosalie vit à St Lunaire, elle a 8 ans et porte le monde sur ses frêles épaules.  C'est simple, elle souffre de dépression juvénile. Mais un matin, quelque chose la gratte sous le nez... Dans le miroir, elle a réalise qu'elle a une moustache, et décide d'être Jean Rochefort. Et cette moustache va changer sa façon de percevoir le monde, et surtout lui donner une nouvelle assurance, et lui permettre de s'affirmer.

 

Tentation : La bib

Fournisseur : Ma CB

 

Mon humble avis : La médiathèque de St Lunaire fait partie du centre culturel Jean Rochefort ! Aussi, lors des parutions de la Rentrée littéraire, ce roman fut une acquisition évidente, ainsi que l'invitation de l'autrice à venir nous parler de Rosalie. La rencontre avec la charmante et dynamique Adèle Fugère a eu lieu début décembre.

Ce livre s'approche du conte décalé et étrange, surréaliste. Il faut retrouver son âme d'enfant pour apprécier ce très court roman qui, sous en apparence de légèreté, traite d'un sujet sensible et douloureux : la dépression enfantine. On ne se demande pas si cette transformation en Jean Rochefort est possible, on ne se demande pas si la réaction des autres est possible... On accepte ce postulat de départ et on écoute, on lit le message que nous dévoile cette métaphore.

C'est Rosalie qui parle, puis Jean prend le relais... On passe donc de elle à il. Sous son apparence pêchue, c'est un clown blanc qui l'habite. A part son papy chéri et Simon, son ami différent, elle n'a pas grand-chose à quoi se raccrocher. Les chapitres sont courts et rapides, et dévoilent quelques jours et péripéties de sa vie dans sa confrontation aux autres. Elle nous parle d'amitié, d'injustice, de différence, d'incompréhension. Elle dit, avec une bonne dose d'humour, l'autre qu'elle aimerait être, accepter tout ce qui lui permettrait de ne pas être elle-même. Le sujet du roman : C'est l'acception de soi, la confiance en soi. Et le tout petit "plus" qui permet parfois de la trouver, ou la retrouver. Mais aussi l'assentiment des autres à ce petit plus. A bien des égards, Rosalie m'a fait penser à moi enfant... Et même ado, et puis adulte aussi. Le clown blanc, le manque de confiance en soi, un "cortex envahissant"

Mes bémols seraient que j'ai trouvé Rosalie et ses réflexions bien matures pour son âge. J'aurais aimé que le sujet précis du roman soit plus approfondi, tout comme certains des personnages. J'ai eu l'impression de rester souvent dans l'anecdotiques... Mais en même temps, cet OLNI déroutant ne fait que 144 pages. Moi qui déteste les pavés je me surprends ici à penser que quelques pages de plus n'auraient pas nui au roman.

Bien évidemment, ce roman, truffé de références, est aussi un bel hommage et un cri d'amour envers Jean Rochefort, son élégance, son dandisme, son humour, ses films, ses rôles, son regard sur la société. Certaines réparties du roman viennent directement de la bouche de l'acteur.

J'intègre cette lecture dans le challenge Bonnes nouvelles, dans la catégorie "Roman de moins de 150 pages", de chez Jelisjeblogue

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Rédigé par Géraldine

Publié dans #Littérature française

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Publié le 10 Janvier 2024

Roman - Editions Phébus - 256 pages- 19.90 €

Parution en Avril 2023

L'histoire : Elias a grandi dans une ferme du Montana, à Eden Creek. C'est Papa et Mama Tulssa, qui l'ont élevé. Ces derniers sont des descendants de la Tribu des rêveurs des indiens nez percés. Mama décède quelque temps après Papa Tulssa. Mais juste avant, elle révèle à Elias la vérité sur ses origines et l'incite à les retrouver. Elias s'envole donc pour la France, à la recherche de Charles et Estelle Greenhill, ses parents biologiques. Il lui faudra alors composer avec la terrible vérité qu'il découvrira...

Tentation : Le pitch

Fournisseur : la bib de St Lunaire

 

 

Mon humble avis : Franck Bouysse, un nom que l'on a beaucoup vu sur la blogosphère ces dernières années... Et c'est avec ce titre que je découvre sa plume et un pan de son univers... Et je suis complètement sous le charme... Une année 2024 qui s'ouvre donc sous de bons hospices avec cette première lecture.

Nous passons les premières pages du roman en compagnie d'Elias et de ses parents adoptifs. Il y est question d'amour, de nature, de sagesse... Puis nous nous envolons avec Elias jusqu'à un coin reculé, la Croix du Loup, quelque part dans le Périgord. Non polyglotte, le patron du bar appelle vite John Gray à la rescousse pour répondre aux questions d'Elias. John Gray, l'Ecossais expatrié... Et Elias Greenhill, de culture indienne. Des deux hommes issus de nations fortes et opprimées va naître une magnifique amitié simple et virile. Une amitié faite de silences, de regards, de balades à cheval, d'eau de vie... et de confidences. John va accompagner Elias dans la découverte de ses origines, mais pas à pas, au fur et à mesure qu'Elias digère la révélation précédente. Et John avouera ce qui l'a amené à vivre en quasi ermite dans une ferme loin de tout, et si loin de son Ecosse natale.

L'écriture est magnifique, ponctuées de dialogues crédibles. Elle ne s'encombre pas de l'inutile, peut être aussi bien brute de pierre comme joliment poétique. L'histoire interroge sur les racines de nos vies et ses murs porteurs (Elias notera bien la différence entre ces deux termes), nos choix, les conséquences de nos actes, le rapport à la terre, l'amour filial, et l'amitié. 

Je me suis sentie très très bien auprès de ses deux hommes plutôt taiseux et aux destins bousculés. Ce livre a été pour moi comme un écrin rassurant, alors que le fond de l'histoire est plutôt dur.

Entre certains chapitres, quelques pages écrites en italiques nous content la fuite des Indiens Nez Percés lors du génocide des natives américains, et leur arrivée dans cet endroit qu'ils ne quitteront plus et baptiseront Eden Creek. Ces pages sont encore l'occasion de très belles envolées littéraires et spirituelles.

Un superbe coup de coeur assez inattendu... Ca tombe bien, Sang pur est un tome 1... le tome 2, Apre monde, est attendu pour ce printemps. J'espère qu'il me donnera l'opportunité de retrouver Elias... Et de mon côté, je vais remonter le temps en essayant de lire les oeuvres précédents de Franck Bouysse, car je crois que voilà un auteur vraiment pour moi, qui sait me parler et m'émouvoir, sans excès d'effets.

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Rédigé par Géraldine

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