Lectures, BD, cinéma, voyages, photos, chats, oiseaux, nature bref mon petit monde ! .................. " C'est le temps que tu as perdu pour ta rose qui fait ta rose si importante" (Le petit prince)
Roman - Editions Le cercle ouvert - 336 pages - 22.50 €
Parution le 20 août 2026 : Rentrée littéraire
Résumé : En Alaska, il y a cent ans, une formidable chaîne de l'espoir - habitants, mushers, chiens de traîneau - sauvait de la diphtérie les enfants d'une petite ville isolée par l'hiver et la glace. Un roman dédié à l'amitié et la solidarité.
Tentation : Le sujet
Fournisseur : La bib de St Lunaire
Mon humble avis : J'ai aimé ce livre qui m'a emmenée loin et dans une autre époque. Un livre qui se démarque vraiment de la production actuelle (secrets de famille, quête identitaire, actualité sociale) dont je me lasse tant qu'elle me paraît redondante).
On a ici une histoire vraiment romanesque, même si elle est inspirée de faits bien réels : La course au sérum de 1925 . Ada Blackjack, Inuit d'Alaska a existé (1898 - 1985). L'écriture et les dialogues sont à l'économie... Rien de trop et pourtant les quelques descriptions suffisent aux lecteurs pour se créer tout un paysage, un environnement rude et une époque dans leur esprit. Le froid, la glace, la petite ville dont on ne quitte pas les quelques rues principales et dont nous fréquentons une poignée de personnages, dont Ada, la colonne vertébrale du roman. Ada est une native, aussi, grâce à elle, nous apprenons sur les rites et les légendes locales... ainsi que l'attachement à la terre, même si l'hiver, elle n'est que glace. Nous sommes aussi dans la tête du seul médecin qui doit faire face à une épidémie de diphtérie avec des fioles de sérum périmées depuis plusieurs années... Pas d'autre choix que d'en faire venir d'Anchorage par train jusqu'à la dernière gare.... située à près de 1000 km de la petite ville. C'est un pari fou que lance le médecin... Créer un relais de mushers et de chiens pour ramener les précieuses fioles en bon état (pas trop gelées, etc.), dans une ville et des hameaux alentour qui se confinent.
Les communications radio étant ce qu'elles étaient à l'époque, il est impossible de savoir exactement où se situe le convoi… Alors, avec les habitants de la ville, on attend... on guette... autant les chiens que tout signe d'infection chez un enfant.
Et puis, il y a Betty, une fille de la ville (Seattle) qui passe là l'hiver chez son oncle Will... Betty est photographe. Comme j'ai aimé chacun des passages qui l'évoquaient avec son Leica en main. Il y a aussi le menuisier, l'infirmière, Madame Augusta (qui tient une maison close) et ses colombes, Constances et Nora, femme et fille d'un Musher parti. Et les chiens, et les chiens. Symbole de survie dans cette contrée. J'étais bien auprès de ses personnages bien croqués dans leurs doutes, leurs instincts, leurs rêves, leurs peurs, leur accommodation avec une certaine réalité, leurs rapports à une nature que nous occidentaux décririons comme hostile… Et ce lien qui les unit tous. Mon seul regret est de ne pas avoir passé plus de temps sur les traîneaux avec les mushers... Mais c'eut été sans doute un autre livre.
Une lecture que je recommande "chaleureusement" malgré le froid glacial qui y règne.
"Toutes les merveilles du transport mécanique des temps modernes ont faibli en présence de éléments. D'autres moteurs pourraient geler, s'étouffer, mais le plus ancien de tous les moteurs, le coeur, dont le carburant est le sang et dont l'étincelle est le courage ne cale jamais qu'une seule fois."
"Réserve tes jamais pour les points essentiels, lui dit Betty en plantant des petites bougies. Et tes toujours aussi."
"Cette épidémie est une épreuve. Et une épreuve appelle le calme et l'entraide."
Roman - Editions de L'Iconoclaste - 391 pages - 20.90 €
Parution en mai 2026
Mon pitch : En Islande, la meilleure amie de Katla est tuée par son compagnon... Katla sombre d'abord puis s'éveille en sursaut et décide, comme sa grand-mère en 1975, d'organiser une journée de grève des femmes, pour manifester contre les inégalités persistantes et les mauvais traitements que subissent les femmes... Sans qui le monde ne tournerait pas pourtant... Et si, par la magie des réseaux sociaux, cette grève pouvait dépasser les frontières islandaises et devenir mondiale ? Parce qu'il est temps de créer un monde nouveau.
Tentation : Le sujet
Fournisseur : La bib de St Lunaire
Mon humble avis : J'ai choisi de me plonger dans ce livre à la sortie de mon harassante lecture du Procès de Kafka. Il me fallait une lecture fluide, où j'étais sûre de comprendre ce que je lisais, sans que l'ouvrage soit débilisant. Un jour sans femme a tout à fait rempli son contrat, m'a captivée, intéressée, émue, reposée, et m'a fait chérir une fois de plus mon "confort" de femme Française, même si dans l'absolu, rien ne garantit totalement que je sois à l'abri de ce patriarcat violent ou d'autres mouvements extrémistes qui réduiraient mes droits dans les décennies à venir.
Avec l'alternance des chapitres, nous suivons quatre femmes de par le monde.
Katla, en Islande, qui vient de perdre sa meilleure amie d'un féminicide. Culturellement, Katla est la seule des personnages qui pourrait être moi... Occidentale, Européenne...
A San José au Salvador, nous suivons Ana Maria, qui trime depuis 25 ans, pliée sur une machine à coudre dans une usine pour gagner à peine de quoi vivre... Et dès qu'elle le peut, elle parcourt une longue route pour rendre visite à sa fille, à travers les grilles d'un parloir en prison. Esperanza est condamnée à 30 ans de réclusion.
Au Sénégal... Hawa, qui a terminé depuis longtemps ses études de médecine en France et y travaille, rentre dans son pays pour se "reposer" d'un burn out... A peine arrivée dans son village natal, elle sauve de justesse de la mort une petite fille victime d'une excision... Et son propre trauma ressurgit.
Enfin au Japon, Michiko, employée modèle au service marketing d'une entreprise de jouets est enceinte. Alors qu'avec son mari elle se réjouissait de son état, au travail, c'est le pire des harcèlements et de l'humiliation qu'elle subira.
Pourquoi j'ai aimé ce livre, qui n'échappe pourtant pas à quelques lieux communs, bons sentiments et développements plus ou moins attendus (ce qui m'importe peu en fait, quand je sais où je mets les pieds ?)
Parce que j'ai appris qu'en Amérique Centrale, et donc au Salvador, subsistent les lois les plus virulentes contre l'avortement... Un avortement ou même une "simple" fausse couche conduit à une peine de 30 à 50 ans de prison dans une cellule surchargée...
Parce que j'ai appris qu'au Japon, dans certaines entreprises, une femme enceinte doit s'excuser auprès de ses collègues de perturber le travail d'équipe du fait de sa grossesse, et que sa direction fera tout pour la mener à la démission... Alors que le gouvernement est prêt à n'importe quelle invention débile pour relancer la natalité.
J'ai aussi appris qu'au Japon, il existe un phénomène de société qui prend de plus en plus d'ampleur : celui des reclus... Des hommes et des femmes qui, ne supportant plus le poids et les attentes de la société, décident de s'enfermer dans leur chambre pour des années et de ne plus en sortir. Ce roman m'a fait dire à de nombreuses reprises, comme je suis contente de n'être pas japonaise.
Parce que j'ai appris que sur le continent Africain, chaque jour, ce sont 6000 petites filles qui sont mutilées par l'excision et ce, malgré l'interdiction légale (mais non appliquée) dans certains Etats. Une journée de grève égale 6000 petites filles sauvées. Hawa, qui va faire de l'excision son combat, et proposer aux Exciseuses qui vivent financièrement de leur "savoir" de les former plutôt à l'accompagnement à la grossesse et à l'accouchement.
Bref, chacune de ces femmes, qui semble un instant se résigner, va retrouver une force qu'elle n'imaginait pas avoir et toutes ensembles, vont parvenir à un peu changer le monde...
L'autrice s'appuie sur des chiffres effroyables et documentés, et s'inspire également de faits réels. La grève des femmes en Islande en 1975 a réellement existé et paralysé le pays toute une journée, avec un peu plus tard, des avancées politiques et sociales conséquentes. D'autres grèves de femmes ont eu lieu de part le monde... Celle du sexe au Kenya, qui en résumé a abouti à un accord de paix d'un conflit... En 2019, au Japon, le mouvement #kutoo a lutté contre l'obligation faite aux femmes de porter des talons au travail. En 2016 en Argentine, il y a eu le mouvement féministe Ni Una Menos... qui s'est étendu à toute l'Amérique du Sud. En 2001, l'Argentine a proposé une grève mondiale des femmes le 8 mars... Il y a eu aussi le Nigéria, et d'autres pays.
Bref, ce roman parfaitement mené, rythmé et documenté par Laetita Colombani redit haut et fort qu'il est temps de changer le monde, de se libérer du patriarcat et aussi et surtout de renoncer à certaines traditions barbares.
Il y a dans ce roman comme un air de la chanson de Grégoire... "Toi plus moi plus eux plus tous ceux qui le veulent, Plus lui plus elle et tous ceux qui sont seuls, À deux, à mille, je sais qu’on est capables Tout est possible, tout est réalisable..."...
C'est peut-être un peu utopique mais ça fait du bien d'y croire... Et cela rappelle que l'union fait la force... et le résultat... Que la sororité soit mondiale et non dans chaque petit coin du monde. Et comme le disait Renaud il y a déjà longtemps : "La femme est l'avenir de l'homme et l'homme n'est l'avenir de rien".
Une lecture bien agréable, utile et touchante malgré toutes les duretés faites aux femmes qu'il dénonce. De beaux portraits de femmes qui, si elles semblent plier un moment, se redressent et résistent.
Mon pitch : Jean-Christophe Grangé est un célèbre auteur de thrillers vraiment terrifiants où il est toujours question du mal en personne. Quand on lui demande où il trouve toutes ses idées, il se dit qu'il y a certes l'inspiration, mais peut-être pas que... C'est ainsi qu'il s'est penché sur les conséquences possibles de son enfance heureuse mais des plus anormale, toujours sous une menace, en épouvante tue. Car oui, le père de Jean-Christophe Grangé était un diable incarné... Dans cet ouvrage, l'auteur revient sur son enfance et les années qui ont suivi, qui l'on mené là où il est maintenant.
Tentation : Le sujet
Fournisseur : La bib de Dinard
Mon humble avis : A ses débuts, Christophe Grangé était de mes incontournables auteurs. Longtemps, j'ai lu chacune de ses parutions, jusqu'à cesser complètement. Pour deux raisons... D'autres tentations et surtout, ses romans étaient devenus trop effroyables pour moi, je craignais la crise cardiaque !!!
Il n'empêche, en tant que lecteur, on se demande pour certains auteurs (comme Chattam, Thilliez et Grangé évidemment) où ceux-ci puisent leur inspiration pour avoir des idées aussi diaboliques.... L'occasion d'avoir quelques réponses ici, et hop, voilà Grangé dans mon MP3 et le casque sur mes oreilles.
L'ouvrage commence très fort... Sa jeune mère est poursuivie par son père et des complices dans un cimetière, ils veulent l'y enterrer vivante... Ceci n'est qu'un exemple parmi d'autres de tout ce que le père Grangé a fait subir à sa femme, son fils, sa belle famille.... Heureusement, très vite, la grand-mère maternelle a pris l'enfant Jean-Christophe sous son aile, sous son éducation, son amour et sa protection totale. Alors quelque part, même si de condition modeste, à part d'un père qui ne soit pas un monstre, Jean-Christophe Grangé n'a manqué de rien...
C'est complètement ahuri que lecteurs, nous lisons ou écoutons le vrai portrait de cet homme méchant né pour faire le mal (vous découvrirez sa propre imagination dans ses pages), le tout ajouté à quelques comorbidités telles que l'alcoolisme etc... Lecteurs nous sommes en apnée, comme si nous étions dans un vrai thriller, sauf qu'on est dans l'enfance de l'auteur... Bon, là, l'avantage, c'est que l'on sait que cela "finit" bien puisque Grangé est devenu sexagénaire, il n'a donc pas péri. Le style et l'interprétation audio du texte sont très efficaces, maîtrisés, alertes, ce qui rend l'ensemble captivant et surtout prenant. Cette première partie, Jean-Christophe Grangé la tient de ses souvenirs d'enfance, surtout en spectateur et victime collatérale sans trop le savoir, ainsi qu'une enquête menée auprès de sa mère et du témoignage d'une vieille tante.
Puis vient le moment ou Christophe Grangé devient étudiant, adulte, reporter, journaliste, rédacteur en publicité, scénariste ,etc, un CV bien rempli... Là il n'est plus le spectateur ni le narrateur de cette histoire, il en est l'acteur principal... De cette histoire, comme de sa vie. Avec ses bagages familiaux etc... C'est à la naissance d'un grand auteur que nous assistons... Arrive le succès de son 2ème roman, Les rivières pourpres, la célébrité et aussi et surtout la dépression avec un grand D. L'auteur n'élude pas la question, bien au contraire.
Jean-Christophe Grangé signe ici un livre qui ne ressemble à aucun des autres qu'il a écrits, puisque c'est une autobiographie. Mais c'est un auteur qui sait tenir son lecteur en haleine, même quand il ne fait "que raconter" sa vie (avec ce père diabolique vraiment), parce qu'il le fait avec une réelle sincérité.
Et quelque part, on peut se dire que Grangé fait ici le #metoo de sa mère et de sa grand-mère. Puisque le point de départ de ce livre, c'est l'extrême violence (physique et/ou psychologique conjugale).
Je suis ressortie de cette lecture ahurie certes, mais ravie de sa fluidité et de son intérêt. Et peut-être même avec l'envie de retenter les derniers thrillers de Grangé.
Mon pitch : Dans les Highlands écossaise, c'est un couple d'agriculteurs en difficulté qui élève un ado qui, sous peu deviendra aveugle.
En Baie de Somme, c'est un chasseur qui ne vit que pour la hutte, qui tout l'été attend la date d'ouverture de la chasse, mais que son fils de 8 ans traite de barbare.
Au Maroc, près d'une lagune où se regroupent chaque année des centaines de milliers d'oiseaux migrateurs, c'est un jeune homme qui fait visiter la lagune en barque, à des touristes venus pour les oiseaux. Il le fait pour son père qui le pense bon à rien... Et pendant tout ce temps, il ne rêve que de migrer vers le Nord, vers l'Espagne.
Le point commun de ses personnages... Ils verront l'oiseau... Celui différent, si beau, si majestueux, avec son bec un peu plus court que celui de ses congénères. Un Courlis qui va bouleverser leur vie d'une façon ou d'une autre. Et si ce spécimen remarquable était un Courlis à bec grêle, que personne au monde n'a observé depuis 1995. S'il restait un survivant de cette espèce aviaire aujourd'hui éteinte ?
Tentation : Le sujet + Colin Niel valeur sûre
Fournisseur : La bib de St Lunaire
Mon humble avis : Pour tout ornithophile (que je suis) ou ornithologue qui se respecte, pas besoin de chercher loin ce qui a pu sûrement être l'élément déclencheur de l'écriture de ce roman. Il y a un an, en octobre 2025, le Courlis à bec grêle a été officiellement espèce déclarée éteinte dans le monde entier, 30 ans après qu'il ait été observé une dernière fois au Maroc. C'est la première espèce aviaire (parmi les nombreuses, voire toutes en déclin) à disparaître complètement de la surface du globe...
Ce Courlis qui peut-être pourrait être un survivant Courlis à bec grêle est donc le fil rouge, et le personnage principal de ce roman qui se déroule sur trois points de la planète : Le lieu de reproduction (L'Ecosse), le lieu de pause migratoire (la Baie de Somme) et le lieu d'hivernage de l'oiseau : la côte marocaine.
Certes, il est beaucoup questions d'oiseaux, de multiples espèces dans ces pages, ce qui pourrait rebuter les non-initiés. De mon côté, je les connais toutes ses espèces, donc je n'ai pas eu besoin d'ouvrir un guide ornitho ou d'aller sur Google pour voir toutes ses frimousses à plumes. Si vous n'y connaissez rien en piaf, allez justement vers ce livre et prenez le temps d'aller voir à quoi ressemblent les espèces citées, toutes ces merveilles que vous ne connaissez pas mais qui ne vivent pas si loin de vous, et donc l'avenir dépend de chacun de nous.
Avec justesse, délicatesse, documentation et sans jugement, Colin Niel évoque les raisons du déclin, voire de la disparition de certaines espèces de notre biodiversité. Sans jugement car dans bien des coins, des gens font ce qu'ils peuvent déjà pour eux même survivre. Et d'autres, ne sont que la somme de ce qu'on leur a appris et de ce que l'on attend d'eux, tout en restant perclus dans leur aveuglement et la certitude de leur légitimité...
Alors, parmi les sources de déclin aviaire, il y a la disparition de zones de nidification à cause de l'agriculture intensive, d'assèchement de zone humide, de pesticide etc... Cet aspect-là est traité en Ecosse, à travers les personnages de Fiona, et de son époux. Il y a la chasse, située ici en Baie de Somme, sur le trajet migratoire, avec Willy et sa bande... En France, nombre d'oiseaux en voie de disparition sont chassables, et là il n'est absolument pas question de régulation, mais juste de plaisir de tuer une proie qui n'a pas grande chance du bout de son fusil. Enfin, il y a les pollutions soudaines d'une lagune par exemple, quand une usine chimique a proximité connait des problèmes de fuites... Nous voilà au Maroc avec Hamza... Enfin, même si c'est moins significatif, il pourrait y avoir le risque de " dérangement animal" commis par certains photo ornitho-cocheurs prêts à tout pour LA PHOTO !!! C'est illustré ici par la prudence qu'à Hamza de ne montrer ce magnifique Courlis peut-être à bec grêle qu'à quelque happy few... Une telle nouvelle dévoilée, et ce serait des centaines de photographes qui débarqueraient en pleine nature pour "cocher" la merveille.
Mais dans ce roman Colin Niel dit aussi et surtout que si tout le monde fait un petit effort, peut-être que la tendance pourrait s'inverser... Par exemple, sur une exploitation agricole en Ecosse, aménager une parcelle idéale à la reproduction aviaire plutôt que de la faucher dès que possible... En Baie de Somme, chasser un peu plus tard, un peu moins, et respecter les moratoires qui interdisent la chasse de certaines espèces.... Et comprendre que c'est épuiser l'activité à sa source. Enfin, éviter la pollution par déversement dans des zones naturelles etc...
Si vous n'êtes pas ornithophile mais tout de même concerné par l'avenir de notre écosystème, ce livre à d'autres arguments pour vous plaire... Car il y a l'évolution des personnages dans leur façon de penser, qui vont accepter de voir différemment leurs habitudes et leur environnement. Il y a aussi, sur les trois lieux où Colin Niel nous emmène, les relations parentales plus ou moins conflictuelles avec l'enfant, quel que soit son âge, qui ne devient pas, ou ne deviendra pas, ce que les parents avaient espéré pour eux à travers lui.
Même si ce roman est un peu moins percutant ou prenant à lire que les précédents ouvrages de Colin Niel (ce n'est pas un roman à suspense), il est tout aussi nécessaire, puisqu'il invite à l'observation, à la réflexion, aux quelques concessions que chacun peut faire pour que survivent les espèces qui nous entourent et qui font de la nature une source d'émerveillement intarissable. A condition que l'Homme apprenne à vivre en bonne intelligence en mêlant ses propres besoins avec ceux de la nature, et qu'il réapprenne à l'observer juste pour le plaisir, sans chercher à l'exploiter à tout prix. Ce septième siffleur est une incitation à (re)découvrir se qui ce passe discrètement près de chez soi... Car les espèces qui partagent notre planète sont bien plus discrète que nous autres hommes bruyants et toujours pressés.
Pourquoi ce titre ?
"- Tu connais la légende des sept siffleurs ? demanda- t-elle alors. Fiona secoua la tête. - C'est plus une légende irlandaise, je crois. On dit que c'est un groupe de sept oiseaux mystérieux, qui volerajent ensemble, surtout la nuit, et dont les cris annonceraient un désastre imminent. Au XIXème, il ya eu une catastrophe dans une mine de charbon qui a fait plus de deux cents morts : on raconte que la veille les Sept siffleurs avaient crié au-dessus du village et qu'après ce drame les mineurs refusaient d d'aller travailler les fois où ils les entendaient. II y une autre version, qui parle de six oiseaux volant sans cesse à la poursuite du septième. Qui dit que lorsqu'ils I'auront rejoint, lorsque les sept siffleurs seront réunis, ce sera la fin du monde. On ne sait pas exactement de quels oiseaux il s'agit, pour certains ce sont des pluviers dorés, pour d'autres des corlieux, mais moi je suis persuadée que ces siffleurs, ce sont des whaups Des courlis cendrés"
Photo d'un Courlis à bec grêle prise sur le site "Rustica"
Roman - Editions Albin Michel - 167 pages -17.90 €
Parution le 15 octobre 2025
Mon pitch : Il s'appelle Emile, il est négociateur au GIGN... Il vient d'être appelé, car un forcené s'est retranché dans une classe de maternelle à Verney sur Seine. Il détient 19 enfants et la maîtresse. Mais le preneur d'otages n'est pas n'importe qui : il dit être Elon Musk. C'est parti pour des heures de négociations, ou plutôt de confrontation verbale, à qui sera le plus rusé...et déterminé.
Tentation : La 4ème de couv'
Fournisseur : La bib de St Lunaire
Mon humble avis : Gros coup de coeur pour ce roman, lu en deux sessions alors que ces derniers temps, je me suis lancée dans pas mal d'ouvrages pénibles, exigeants et/ou décevants. Mais avec "La confrontation" j'ai retrouvé le plein plaisir de la lecture et une addiction qui m'a gardée otage volontaire de ces pages.
Aux personnes qui se crisperaient à l'idée que des enfants soient victimes d'un fou furieux... Dès le début, même si ce n'est pas dit, on devine que l'issue ne tournera pas au drame... Tout simplement, me semble-t-il, parce qu'il serait "politiquement" incorrecte d'achever un roman sur la mort de 19 enfants. Donc la tension qui règne pourtant non stop dans ces pages n'a rien à voir avec un possible dénouement. Non, ce qui nous préoccupe, c'est quand, comment, à quel instant le GIGN trouvera une faille de quelques secondes pour intervenir. Cela rend ce livre addictif et passionnant, car nous sommes au plus proche d'Emile, le négociateur narrateur, et donc d'une cellule de crise du GIGN, avec le Coach, les quelques agents qui fouillent le moindre indice dans le CV du forcené... Et derrière, il y a les "encravatés".... Préfet, ministres etc, qui aboient des ordres sans rien connaître à se type de situation. Puis, bien sûr, les médias s'en mêlent et l'affaire est suivie en direct dans le monde entier. Clara Dupont-Monod nous offre ici une immersion au coeur du cerveau et de l'âme d'un négociateur du GIGN, et nul doute que pour cela, elle s'est bien documentée (même si ce livre est une totale fiction, les chiffres qui y sont disséminés sont bel et bien réels)
Ensuite, il y a le pourquoi... Pourquoi Elon Musk, l'homme le plus riche du monde, prendrait-il en otage des enfants d'une banlieue huppée de Paris. Musk n'a pas choisi l'école pilote Aurore par hasard. Celle-ci a en effet aboli le numérique et tout outillage technologique de la scolarité jusqu'au 10 ans des enfants... Ce qui, à priori, ne fait pas les affaires de Musk. Sauf que, Musk est désabusé, il veut sauver l'espèce humaine des mains de son bourreau : l'IA... Pour cela, attention Spoiler : retrouver l'animalité instinctive de l'homme, terrain sur laquelle l'IA ne gagnera jamais... Donc pour cela, abrutir l'humain, le diminuer... Tout en conservant et protégeant d'un autre côté les quelques happy few qui sortent du troupeau de moutons et dont les compétences cérébrales et la capacité de réflexion sont de nature à lutter... Bref, l'eugénisme version Musk.
C'est à une véritable joute verbale que nous assistons, menée par deux cerveaux hors norme. Chaque mot compte, chaque expiration retenue est un signe à remarquer etc. Bref, c'est fascinant de participer à cette confrontation sur l'état et l'avenir de notre civilisation, d'y mêler nos propres avis sur la question, sans oublier que le sort de 19 gamins et une maîtresse dépend de ce qui ce joue entre les deux hommes. Au passage, on ne peut qu'être admiratif devant le pragmatisme et le calme que parviennent à garder ces négociateurs dans un environnement sous tension maximale.
Évidemment, le lecteur, comme l’équipe du GIGN, se pose la même question : Est-ce le vrai Elon Musk qui détient et menace une classe entière ? Vous voulez la réponse ? Eh bien, il vous faudra lire ce roman, qui est une très légère dystopie… Livre paru en octobre 2025, intrigue qui se déroule en mai 2026.
Dans la confrontation, il est bien sûr question d'Elon Musk et de Trump... Ce qui m'a poussée à une certaine réflexion... Il me semble qu'il n'y a pas si longtemps, lorsqu'un roman évoquait un Président de la République par exemple, il n'était jamais nommé car personnage imaginé. Mais les époques changent et les personnages publics qui dirigent notre monde dépassent en connerie, en vulgarité, en ego (etc.) tout ce qu'un auteur à l'imagination débridée ne pourrait pourtant imaginer. Ou alors, les auteurs n'ont pas besoin de créer ces personnages ubuesques tant l'actualité réelle leur fournit des personnages romanesques à foison...
Bref, merci Clara Dupont-Monod pour ce roman captivant et prétexte à d'intéressantes réflexions, qui m'a régalée... Décidément, entre le roman historique ("La révolte") , le sujet du handicap ("S'adapter") ou celui de la révolution du numérique et l'IA Clara Dupont- Monod semble maîtriser tous les genres et tous les sujets qu'elle aborde.
Mon pitch : En 2005, les technologies dites "nouvelles" s'imposent et la popularité des blogs explose. Celui de Lady W compte de plus en plus de followers. Qui est Lady W, qui se dit romancière à succès mais qui, sous le couvert de l'anonymat de la blogosphère, raconte chaque jour certains de ses plus sulfureux souvenirs, la moindre de ses balades quotidiennes, ou chaque afflux de spleen.
Dans les personnes qui la suivent, ils sont 4 à recouper leurs informations pour percer à jour l'identité secrète. Ils en sont désormais certains, c'est sur San Sebastian qu'il faut chercher. Les voilà tous les 4 dans une voiture, direction sur Sud Ouest, pour un voyage où la quête d'une identité secrète deviendra plus une quête de vérité personnelle.
Tentation : Le pitch, avec l'évocation de la grande époque de la blogosphère
Fournisseur : La bib de St Lunaire
Mon humble avis : Je ne vais pas y aller par quatre chemins, j'ai été déçue par ce roman dont j'attendais tant... Tout ça parce que la 4ème de couv évoquait l'essor des blogs dans les années 2 000 et que ce dernier fait aussi partie de mon histoire personnelle et relationnelle.
Mais de blogs littéraires, il est en fait très peu question... Jean-Philippe Blondel aborde un peu ces auteurs qui sont devenus les chouchou des blogueuses (il en fait partie), les blogs qui ont participé au succès de certains romans... Il cite notamment le blog de Clarabel. Puis on quitte vite la blogo littéraire pour se concentrer sur celui de Lady W... Le genre de blog que je déteste, autocentré, type journaux intimes pour se sentir moins seul ou soit disant pour que d'autres se sentent moins seuls. Bref, je n'ai jamais suivi aucun blog où d'une langue sirupeuse, on me raconte les sensations de la promenade du matin sur une plage couverte de brume... Si je veux cela, je vais vers des romans que j'espère moins sirupeux.
Ils sont donc 4 followers à s'unir, 4 personnes qui n'ont comme seul point commun de suivre sur internet cette fameuse Lady W... Fabrice Cami est un prof d'Anglais et romancier une heure par jour avec 4 romans publiés (tiens, tiens... A qui pense -t-on ?) Hélène est une bibliothécaire fraichement divorcée, Chloé une journaliste/animatrice radio qui vient d'apprendre qu'elle va être mise sur le carreau, et Kevin, à peine majeur mais passionné de littérature. Ils habitent éparpillés en France mais se retrouvent dans ma même voiture, direction Hendaye, San Sebastian etc... Déjà, ce postulat de départ, je n'y ai pas cru, mais après tout, pourquoi, le romanesque permet tout ou presque.
L'un traîne son mal être identitaire, l'une son prochain licenciement, l'autre sa page blanche et la dernière... un besoin de bol d'air.
On sent la nostalgie et la mélancolie de cette époque où sur les réseaux, on restait anonyme et donc on pouvait "imaginer" l'autre à travers ses écrits ou ses lectures. Alors que maintenant, sur Tik Tok ou FB, l'anonymat est banni. Pire, plus les tronches et lèvres pulpeuses s'étalent sur l'écran, mieux c'est !
On imagine très bien qu'il y a un peu de Jean-Philippe Blondel dans chacun des personnages. Et si ce n'est pas dans le statut, c'est dans les propos des uns ou des autres, le passé, la nostalgie, le passage à l'âge adulte etc...
En chemin et à destination, nos 4 personnages vont faire connaissance, se livrer de plus en plus, et même se découvrir eux-mêmes sur certains points. Hélas, dans leurs échanges, on n'évite pas les lieux communs. Je ne me suis pas attachée aux personnages. Il y a sans doute des références à d'autres romans de Blondel, hélas, je ne les ai pas tous lus. L'histoire s'achève d'un bond de vingt ans dans le temps et d'un léger twist, mais que je n'ai pas trouvé si original ni surprenant que cela.
Mais mais... il reste la belle écriture de Blondel et l'hommage à l'écriture et la lecture, dans tout ce qu'elles rendent de possible, jusqu'aux rencontres humaines.
Mon pitch : Irène est médecin généraliste à Fontainebleau. Un samedi matin, la police vient lui annoncer la mort de sa soeur Natacha, suite à une chute mortelle dans l'atelier 4 de la multinationale fabriquant du papier écocertifié, où elle était chimiste. Tout le monde conclut vite au regrettable accident ou à un suicide mais Irène, comme la police, s'interroge tout de même... Que faisait Natacha dans cet atelier dont elle n'avait pas l'accès, une nuit où elle n'était pas sensée travailler....
Tentation : La 4ème de couv
Fournisseur : La bib de St Lunaire
Mon humble avis : C'est par Atelier 4 que je pénètre dans l'univers de la romancière Hélène Gestern. Entrée pas bien gaie mais qui percute et donne envie de poursuivre la découverte.
On ne lâche pas Atelier 4, même si l'atmosphère, qui devient tension y est pesante. La plume d'Hélène Gestern, agréable et fluide à lire illustre une narration sobre toute en retenue. Comme Irène, vous voulez savoir... Pourquoi, comment...
L'autrice nous emmène dans les arcanes de ces grandes multinationales qui battent "pavillon éco responsable" pour correspondre à l'époque et remporter des marchés... ici, celui de toute la papeterie liée aux J.O. Dans cette entreprise, Natacha est une brillante chimiste, à priori sans histoire de l'avis de tous, même si un certain surmenage se manifestait ces derniers temps. Accident ou suicide, peu importe pour la direction qui, étrangement s'empresse d'indemniser l'époux de Natacha, en échange d'un certain silence, et d'une page tournée... La vie doit reprendre, l'entreprise doit tourner.
En cherchant, en rencontrant discrètement d'anciens collèguesde sa soeur, en discutant avec la déléguée syndicale du site industriel, puis en fouillant dans ses affaires, c'est tout autre chose que découvre peu à peu Irène qui s'obstine, quitte à s'isoler des siens à chercher, à démontrer que sa soeur n'était pas suicidaire.
Dans ce roman utile, Hélène Gestern dénonce habillement le management toxique de certaines entreprises, et ses conséquences diverses (comme le burn out) et cachées. Harcèlement moral, psychologique, injonctions contradictoires, rentabilité à tous prix, omerta, licenciements abusifs.... Tout est bon pour faire tourner bourrique ou se débarrasser d'un employé devenu envahissant, d'un employé qui a fait partie à son insu d'un plan de sabotage, d'un employé qui sait ce que se cache derrière le mensonge public et certaines pratiques illicites de ces fameuses certification éco-responsables...
Une réflexion sans concession sur le monde du travail à une époque où les RH ont tout de la ressource inépuisable et exploitable mais plus rien d'humain. Dans les dialogues, seules les réponses apparaissent, aux lecteurs d'imaginer les questions et de remplir les non-dits.
Le combat d'Irène ne sera pas vain. Si la victoire morale est bien là, la victoire judiciaire est bien loin quand on s'attaque a des pouvoirs financiers illimités et qui ne reculent devant rien.
Nécessaire, Atelier 4 est un roman social d'une grande humanité sur une part inhumaine de notre société, prête à n'importe quel sacrifice pour maintenir l'illusion de la performance et de la perfection, dans une violence invisible aux yeux du monde, des médias etc.... Et un bel hommage à ces lanceurs d'alerte qui se battent dans l'ombre pour qu'éclate des vérités insoupçonnées.
Roman - Editions Albin Michel - 278 pages -21.90 €
Parution en avril 2026
Mon pitch : L'Elysée est confrontée à plusieurs crises, difficilement maîtrisables, dont certaines touchent à la vie intime de son locataire. La démocratie est en danger et pour la sauver le président est prêt à tout, même à se mettre en ballottage. Peut-être aussi y a t-il du découragement à tenir cette fonction, entre la réélection de l'ingérable Trump, un Poutine qui ne renonce à rien et le toute puissance médiatique et/ou financière de certains patrons du CAC 40.
Nous revoici dans les coulisses du pouvoir...
Tentation : j'ai lu le tome 1
Fournisseur : La bib de St Lunaire
Mon humble avis : Il y a trois, c'est sans hésiter que j'avais décoré Tsunami de Marc Dugain d'un coup de coeur. En début d'été 2026, j'ai découvert cette parution, la suite... On le sait dès la couv et le titre qui ressemblent beaucoup au tome 1.
En début de lecture, j'ai un peu rechigné, trouvant des redites et me demandant si un tome 2 était vraiment justifié, utile et pas que l'exploitation d'un bon filon. Et puis non, peu de temps après, j'ai été embarquée et passionnée par ma lecture. Quand le divertissement rejoint l'esprit critique sur notre époque, quand on rit jaune, quand on se dit "c'est hier ou demain", quand on se demande si c'est la fiction qui dépasse la réalité ou l'inverse, quand il y a matière à réflexion et indignation, c'est que l'ensemble fonctionne sacrément bien pour moi.
Dans le livre, on est potentiellement demain, puisque références sont faites à Macron au passé. A sa place au palais de l'Elysée et aux manettes du pays, un homme qui parait bien plus humain, dans le doute etc... Peut-être que cette impression est accentuée par une narration à la première personne du singulier, qui nous fait participer à toutes les réflexions, stratégies, déceptions, découragements, stress, cynismes, trahisons... Le tout en temps réel. Le pouvoir, son vertige et son poids, est entre les mains du lecteur.
Dugain nous offre une nouvelle fois une fine analyse de notre société, de son système, de ses dirigeants, de la fracture sociale à travers une toute petite dystopie d'une ou deux années. Les pages sont sacrément documentées. Le tout, servi d'une écriture vive et fluide, dans un rythme trépident, comme celui de l'actualité. Car la submersion est générale devant l'afflux des catastrophes, des crises et des guerres. Si les politiques m'insupportent (leur égos, leurs verbiages, leurs guéguerres internes et stériles qui les maintiennent si loin des préoccupations des électeurs) je n'envie guerre leur place non plus.
Car rien qu'en allumant la télé à 20h, je suis déjà submergée... D'ailleurs, de tout l'été, je ne l'ai allumé que 2 fois à cette heure là, pour l'éteindre aussitôt, et me ruer vers mes livres qui peuvent, eux, me laisser la douce impression que tout n'est que roman captivant ! Quand c'est dans un roman, on s'en repaît. Quand c'est dans la réalité on vomit tout cela !
Bref, j'ai aimé être submergée par Dugain... Et me demande si dans 3 ans, avec la matière que lui fournira le futur président, Dugain écrira un 3ème tome, dont on peut se prendre à rêver qu'il ne s'y passe que des bonnes nouvelles, tout en restant dans la veine "page turner"
Roman - Editions Albin Michel - 155 pages - 18.90 €
Parution le 19 août 2026 : Rentrée littéraire
Mon pitch : Quadragénaire, Alban se retrouve subitement parent adoptif d'un tout jeune perroquet, un Gris du Gabon, que son voisin lui a mis dans les mains sans beaucoup plus d'explication... Apprivoisement, attachement réciproques semblent s'installer jusqu'à ce que Jo le Perroquet entre en crise d'adolescence et fasse de la vie d'Alban un enfer...
Tentation : Mon RDV annuel
Fournisseur : Ma CB
Mon humble avis : Lu en un après-midi sur la plage, à l'ombre de mon parasol.
Récemment, une amie m'a dit : "Amélie, c'est comme Woody Allen, il ne faut pas tout voit ou tout lire". Je pense que je devrais l'écouter... Car même si je suis toujours excitée devant l'idée "où Amélie va m'emmener cette année" (d'autant plus quand elle quitte le sujet familial/nippon )mon enthousiasme total s'espace de plus en plus.
L'an dernier, "Tant mieux" m'avait ravie... Cette année, l'adolescence du perroquet me laisse perplexe... Et pourtant, le roman commence fort, avec l'agacement manifeste de l'autrice devant les absurdités de notre époque, ici, concernant les visites au Louvre. Un début comme je les aime, qui dénoncent des aberrations de plus en plus courantes, tellement courantes, qu'elle devienne habitude et qu'on ne pense plus à s'en rebeller.
Puis arrive Jo, le Perroquet... Et là, j'ai envie de dire qu'il y a deux lectures possibles...
Le Perroquet pourrait représenter n'importe quel animal de compagnie, donc pourquoi pas... un chat ?! C'est ainsi que j'ai transposé les confidences du narrateur dans mon esprit et donc ma propre vie... La découverte, l'apprivoisement, l'apprentissage des besoins de l'animal et l'adaptation à ceux-ci, l'attachement... L'animal qui comble la solitude, qui remplace potentiellement un enfant, qui vit parfois mieux qu'un enfant. Les dégâts matériels qu'il occasionne dans l'intérieur, la complicité, mais aussi parfois l'impossible communication faute de langage commun, et surtout, la forte propension de l'humain à sombrer dans l'anthropomorphisme envers les bêtes qu'il estime "de compagnie". On peut peut-être voir dans Alban un portrait de toutes ces personnes qui adoptent/achètent un animal en toute méconnaissance des besoins de son espèce, qui s'emballent quand c'est petit et mignon, puis qui déchantent bien vite quand les couacs arrivent.... Sauf qu'Alban est un être conscient de sa responsabilité envers son Jo, et qu'il assume son "choix".
Autre lecture possible... Le perroquet pourrait être la métaphore d'un enfant humain.... Tout aussi mignon tout drôle à qui ont pardonne tout jusqu'à un certain âge, l'adolescence. Cet âge ingrats où la communication parent/enfant devient difficile, où l'ado veut de l'air, ou l'ado se forge sa propre identité, teste sans les limites de ses géniteurs, où l'ado est dans l'imitation de l'autre (d'où le choix du perroquet ?!) où l'ado commence à détester les parents qu'il vénérait quelque temps plus tôt... Et cette détestation, impossible de dire combien de temps elle durera... Sera-t-elle qu'un maudit passage, ou deviendra elle intrinsèque à l'être et à la relation... Car la plupart du temps, les parents aiment inconditionnellement leurs enfants pour la durée de leur vie, il n'en n'est pas forcément de même en sens inverse. Rien ne peut garantir qu'un enfant aimera ses parents, car l'amour n'est pas un dû... Et ce, quelque soit le dévouement, les sacrifices l'affection reçu, le retour sur investissement n'est jamais garanti. C'est ainsi avec les enfants, entre adultes consentants... Et étrangement, c'est plus rare avec les animaux de compagnie.
Dernière lecture possible : Un conte, une histoire d'homme, de perroquet et de vie qui part en vrille, avec quelques métaphores et messages disséminés deci-delà...
Encore que, il y a peut-être une d'autres lectures possibles et peut-être parmi elle celle voulu par l'autrice mais je ne les ai pas trouvées.
Reste que la lecture est agréable, aérée, divertissante, qui frôle et évidemment originale. Avec quelques passages savoureux et un humour décalé.
Malgré tout cela, le cru Nothomb 2026 ne restera pas mémorable pour moi. Et si, depuis un moment, j'étais en crise d'ado envers mon autrice favorite et historique ?!!
Mon pitch : Dans les années soixante lors de vacances familiales dans une pension en Toscane... Paul et Gaby se séparent brutalement... Gaby ramène leurs deux filles à Nice... Cet été là sera suivi de cinquante année de silence... Jusqu'à ce que le narrateur interroge sa mère, qui n'était à l'époque qu'une petite fille... Philippe Besson, héritier de cette histoire, part en quête de vérité.
Tentation : Besson fait désormais partie de mes valeurs sûres
Fournisseur : La bib de Dinard
Mon humble avis : Si de Besson, je préfère les romans qui traitent de faits divers plus éloignés de sa vie personnelle, j'avoue qu'il m'a encore une fois cueillie avec cette histoire qui laisse comme une impression de stupeur évidente, et d'évidence stupéfiante. Encore une fois, sans artifice, mais des vocables bien choisis, des sentiments dépeints à merveille. La délicatesse des émotions contenues, qui affleurent à peine tant elles sont sous le joug du secret et ne s'offrent qu'un regard ou un mot, nous pénètre subtilement jusqu'à devenir nôtre. Si vous ne comprenez pas ce que je veux dire, lisez Besson, car je suis amoureuse de sa plume, et ce ne sont pas les amoureuses qui parlent le mieux.
Besson part donc en quête de vérité... Qui était son grand-père, cet homme qu'il n'a jamais connu ? Il interroge sa mère et ses pas vont le mener en Italie, là où tout a commencé. Le roman ne m'a pas percutée dès son début, qui présente l'époque, les personnages et le contexte géographique. Mais lorsque les deux principaux protagonistes se rapprochent, l'intensité a pris sa place et ne la cédera plus... Et pourtant, pas de grande surprise dans les sujets abordés ni dans leurs issues quand on connaît un tant soit peu Philippe Besson. Et pourtant, il y a dans ces pages énormément de tendresse, de justesse et de pudique émotion lorsque Besson frappe à la bonne porte en Toscane, après plus de cinquante ans de secret de famille.
Une pension en Italie est l'histoire d'une parenthèse suspendue de 3 jours qui bouleverse toute une vie, et bien d'autres aussi. Une parenthèse qui révèle l'être à lui-même, et qui offre ou pas, comme dans "La route de Madison" (cité dans le livre), de saisir l'occasion de descendre ou non du véhicule, d'être enfin soi pour toujours ou dans le déni et le mensonge à jamais. Un choix qui, aux yeux des autres, sera courageux ou lâche. Et ce choix, que l'on peut parfois payer toute sa vie, dont Besson fait habilement un roman, ne se rencontre pas qu'en Amour... Avoir le courage d'être soi, contre vents et marées, c'est souvent prendre le risque de s'isoler pour se retrouver soi-même et une autre forme de bonheur. Et puis c'est aussi "juste" parfois accepter le sang qui coule dans nos veines depuis des générations.
Un très beau roman finalement très lumineux. Et un Grand-Père réhabilité après plus d'un demi-siècle de silence...