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Publié le 18 Octobre 2025

Roman - Editions Gallimard - 368 pages - 22.50 €

Parution le 5 janvier 2025

Mon pitch : Elle lui avait fait la promesse de ne jamais écrire sur lui... Alors qu'elle le fait en ouvrant ce roman... Claire Lancel est une célèbre romancière, fidèle au genre de l'autofiction. Et là, elle est au tribunal... Dans le box des accusés. Que s'est il passé avec Gilles, ce compagnon qui était si merveilleux ?

Tentation : Mon enthousiasme pour Fille, de Camille Laurens

Fournisseur : La bib de St Lunaire

 

 

 

Mon humble avis : En décembre dernier, j'avais un coup de coeur pour Fille, aussi, quand quelques semaines plus tard Ta promesse est sorti, je savais que je le lirais.

J'avoue, au départ, j'ai eu un peu peur d'être dans le parisianisme et d'être "juste" dans une histoire d'amour toxique... Mais au fil des pages, ce roman s'est révélé être beaucoup plus subtile et carrément prenant, un peu comme un thriller, tant la tension monte....  et que l'on se dit que ça doit bien exploser à un moment ou un autre. Oui, mais quand et comment ? Et il faut un bon bout de temps pour savoir précisément le pourquoi du tribunal.

J'ai beaucoup aimé la construction originale de cette histoire... Une succession de témoignage ou d'interrogatoires, menés par l'avocate de Claire, ou par la juge... En face, Claire ou ses deux meilleures amies, ou encore un ami de Gilles... Ainsi, la version de ce drame devient presque kaléidoscopique, même si le point de vue de Claire est central.

Il y a forcément de l'autofiction dans ce texte, reste à savoir la place que prend celle-ci... Mais la profession de Claire, la perte d'un enfant, un barouf médiatique suite à une certaine phrase prononcée (cf polémique avec Marie Darrieussecq) rappelle évidemment Camille Laurens et ses blessures personnelles

Ta promesse porte du l'emprise émanant d'un pervers narcissique. Cette personne qui semble tant idéale dans les premiers temps... Et puis il y a des petits signaux sur lesquels on passe, qu'on pardonne, jusqu'à ce que l'on (r)écrive l'histoire, qu'on la déconstruise étape par étape... Ces signaux deviennent alors flagrants et alignés, forment une spirale infernale vertigineuse. Tout n'est que mensonges et manipulation. Séduire d'abord, puis nuire et détruire... Tout ce processus est magistralement déroulé, décortiqué et expliqué par Camille Laurens... Comme l'est aussi le fait que les mêmes femmes vont régulièrement tomber sur ce même type d'homme.

Et il y a aussi une critique sociale, à travers l'absence d'empathie qui devient un fléau, chez Monsieur et Madame Toutlemonde comme dans les plus hautes sphères de l'Etat, dans l'intimité d'un couple ou en public sur les réseaux. Les individus évoluent de plus en plus vers la sociopathie.

Tout cela est rondement mené, très bien écrit, addictif en somme.  Ici, on est vraiment dans le gaslihting (idiome que j'ai appris dans ce livre), qui fait douter autant le personnage que le lecteur. Je me suis interrogée sur l'utilité de la présence de quelques pages en vers libres, qui ne m'ont pas parlé et qui m'ont semblé tomber un peu comme un cheveu sur la soupe.

Certes, par moments, j'ai eu envie de baffer Claire pour la réveiller, pour qu'elle réalise à quel point elle était soumise et précautionneuse, enfermant son propre égo à triple tour... Mais mais... Comme le dit Camille Laurens, non seulement l'amour rend aveugle, mais surtout il rend sourd... Et puis l'Amour ne serait-il pas juste une illusion ?

Bref, ce roman tient sa promesse et décidemment, la plume de Camille Laurens me plait beaucoup. A suivre donc !

 

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Rédigé par Géraldine

Publié dans #Littérature française

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Publié le 14 Octobre 2025

Roman - Editions Ecoutez Lire - 4h01 d'écoute- 14.99 €

Parution Flammarion 2018 - Gallimard 2019

L'histoire : "Voici venir l'hiver de notre mécontentement" sont les premiers mots de Richard III dans la pièce de Shakespeare, personnage que va jouer Candice au théâtre, dans une mise en scène cent pour cent féminine.

L'hiver du mécontentement fut aussi, en Angleterre, celui de 1978-1979, paralysé pendant des mois par un mouvement de grèves inédits...

Et pendant ce temps, au théâtre Warehouse, une femme prend des cours de diction, pour perdre son accent... Bien décidée à prendre le pouvoir, elle deviendra bientôt la Dame de fer.

Tentation : Envie de découvrir l'auteur

Fournisseur : La bib de St Lunaire

Mon humble avis : Je voulais découvrir cet auteur, et j'avoue sa plume m'a bien séduite, même si j'ai peiné à garder ma concentration tout au long de mon écoute... Peut-être aussi parce que le sujet est assez politique, lointain dans le temps et dans la culture punk qui m'est bien inconnue. Bref, j'ai sans doute été dépassée par le sujet.

Reverdy nous propose ici un retour vers le passé... Un passé peu glorieux, qui date maintenant de 47 ans... Une époque de grèves, de licenciements, de paupérisation et de lutte de pouvoir en Angleterre. Grèves, manifestations, répressions... Chute des travaillistes et retour des conservateurs.

Et curieusement, les mots et les descriptions de Thomas B. Reverdy m'ont semblé n'avoir pris aucune ride, tant l'époque d'alors m'a fait penser à l'actuelle en France.

Chaque chapitre s'ouvre sur le nom d'un groupe punk et l'une de ses chansons. 

A travers le personnage de Candice, jeune étudiante, livreuse en vélo et actrice de théâtre qui interprète Richard III, Thomas B Reverdy nous emmène dans une réflexion sur le pouvoir, tant à l'époque de Richard III que dans le chaos de la fin des années 70 qui verront l'arrivée de Margaret Thatcher au pouvoir. L'auteur nous donne à examiner les réactions de différentes classes sociales face à ces mouvements de grèves et cette crise politique : nous avons les jeunes et leurs parents, les classes moyennes, le patronat, les artistes...

On a donc ici une chronique autant sociale que politique et historique intéressante à suivre, dans un pays malade au bord du gouffre et de la banqueroute. Un roman qui me fait fortement penser à la situation actuelle de la France, tant financière, sociale que politique... le tout, près de 50 ans après l'accession au pouvoir de Thatcher... A voir ce que cela donnera chez nous.

Cet hiver du mécontentement, j'ai été contente de le lire même s'il ne m'a pas ému. Je ne peux en dire beaucoup plus et je ne pense pas qu'il me restera longtemps en mémoire, malgré son intérêt indéniable.

Du même auteur, j'espère lire bientôt "Les évaporés".

 

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Rédigé par Géraldine

Publié dans #Littérature française, #Livres audio, lectures audio

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Publié le 8 Octobre 2025

Roman - Editions du Rouergue - 336 pages - 21.80 €

Parution en août 2024

Mon pitch : Où l'on retrouve Mathurine, dix ans après Darwyne...

Elle vit toujours en Guyane, travaille pour la protection de l'enfance, et a maintenant un fils, Wallace, de presque neuf ans. Mais les relations se tendent avec lui, qui ne jure que par sa console vidéo alors qu'elle rêverait de l'emmener en forêt...

Une adolescente placée en famille d'accueil disparait, est retrouvée morte noyée aux abords forêt. Tiburce, son père inconsolable, raconte à Mathurine une étrange expérience en forêt, comme celle d'une présence invisible... Et si Darwyne était toujours vivant, s'il n'était pas décédé dans le glissement de terrain avec sa mère dix ans plus tôt, comme tout le monde l'affirme...

 

Tentation : Mon coup de coeur pour Darwyne (premier opus)

Fournisseur : La bib de St Lunaire

Mon humble avis : Wallace est donc la suite de Darwyne... Si les deux romans peuvent se lire en one shot, je conseille tout de même vivement de les lire à la suite et dans le bon ordre, pour appréhender au mieux le personnage de Mathurine et connaître le passé et l'étrangeté si captivante de Darwyne.

Mathurine n'est plus enquêtrice, désormais, elle suit les enfants en familles d'accueil et gère également les rencontres avec les parents... Même si la relation avec son fils Wallace est plutôt fusionnelle, celui-ci est parfois jaloux de toute l'attention qu'elle porte à ses protégés placés. Cet aspect-là du roman nous entraîne dans la détresse sociale de la Guyane, où il y a défaut de soin et d'éducation à cause de la misère, de la drogue, ou encore, parce que suite à un décès, le parent veuf et seul n'arrive pas à gérer sa parentalité. Colin Niel dénonce aussi les manques de moyens cruels de l'Aide sociale à l'enfance, avec des familles d'accueil en trop petit nombre, surchargée, le personnel pas assez nombreux etc...

Mais avec Wallace, Colin Niel montre que personne n'est à l'abris de déraper, de faillir dans son rôle de parents, même dans les familles qui ne manquent de rien. Ainsi, c'est Mathurine qui va disparaitre des semaines durant, en laissant Wallace seul et il faudra une bonne dizaine de jour pour que les services sociaux s'en aperçoivent... Dans Wallace, Colin Niel dépeint ce qui peut se passer quand un enfant manque à un parent, mais aussi quand c'est un parent qui manque à un enfant. Des situations où chacun redécouvre l'amour immense qu'il éprouve pour l'absent... et les regrets...

Nous lecteurs savons très bien où est Mathurine... Elle est en forêt... Dans cette forêt enchanteresse, merveilleuse, ensorceleuse, dangereuse... Tiburce y est aussi, pour une autre raison. Mais pour nous, c'est un voyage au coeur de la forêt primaire aussi savoureux qu'inquiétant, qui, comme dans Darwyne, nous donne à entendre, voir, sentir, découvrir même l'invisible... On peut mettre du temps à lire cela si à chaque évocation d'une espèce animale, on demande à Google à quoi elle ressemble. C'est un véritable bestiaire qui m'était inconnu que j'ai découvert dans ces pages. Colin Niel nous emmène toujours à la frontière du réel et du mythe avec des scènes on ne peut plus fantasmagoriques.

Les chapitres alternent entre la solitude de Wallace chez lui, Tiburce qui traque en forêt la chose qu'il estime responsable de la mort de sa fille, et Mathurine qui s'enfonce toujours plus profondément dans cette même forêt, souvent accompagnée, parfois seule... A moins que ? Le doute peut toujours planer et chacun choisira son explication... Quoiqu'il en soit la tension monte, insidieuse... et ce roman nous dévore autant qu'on s'en régale. Colin Niel nous égare parfaitement entre repères quotidiens (appartement, école, bureau), et l'inconnu au tréfond de la forêt.

Ce tome est peut-être plus malaisant et plus dure que le précédent, tant le comportement de Mathurine peut paraître irresponsable.... On pourrait être tenté de la juger... Mais c'est là que Colin Niel nous dit : Personne n'est infaillible ni à l'abri d'une réaction irrationnelle. Et qu'il y a des moments ou l'amour n'y peut rien, peut-être... Que les enfants que l'on a ne deviennent pas forcément ceux dont on a rêvé, que l'on a idéalisé, et que cela peut-être culpabilisant pour eux. Qu'un enfant aime sa mère de façon inconditionnelle, même si l'inverse n'est pas forcément vrai... Et que notre animalité est toujours tapie en nous...

Un roman foisonnant très fort, envoûtant et sublime. Comme pour Darwyne, beaucoup plus proche du drame social d'enfance malmenée que du roman policier... Il n'empêche, je n'en n'ai pas fini avec Colin Niel !

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Rédigé par Géraldine

Publié dans #Littérature française

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Publié le 3 Octobre 2025

Roman - Editions de L'Iconoclaste - 540 pages - 21.90 €

Parution le 22 août  2024

Mon pitch : Depuis petite, Cléo se veut différente des siens et rêve de devenir une star. Cette obsession guidera sa vie. Elle veut surpasser ses modèles. A 15 ans, quand elle écrit ses premières chansons, elle y croit... Elle est tellement sûre d'elle-même. Il faudra dix ans à Cléo pour devenir célèbre du jour au lendemain. Elle remplit les salles de concert du monde entier et fait les unes des journaux people. Et plus elle monte dans les charts, plus elle laisse sa vraie nature s'exprimer : elle est odieuse.

 

 

Tentation : Mon enthousiasme pour Mon mari, de Maud Ventura

Fournisseur : La bib de St Lunaire

 

Mon humble avis : Décidemment, Maud Ventura possède un sacré talent pour créer des personnages odieux, que l'on adore détester, à qui l'on trouve parfois des circonstances atténuantes, que l'on prend aussi en pitié, entre les paires de baffes qu'on voudrait leur envoyer.

Cléo est devenue une chanteuse mondialement connue, à force de talent, de travail et d'abnégation. Sa renommée ressemble à celle des Lady Gaga, Rihanna, Adèle, Britney Spears, Miley Cyrus, Taylor Swift, Madonna etc... Déjà deux albums et autant de tournées mondiales, c'est l'épuisement, besoin d'un break. Ce sera trois semaines sur une île absolument déserte, sans réseaux et avec le minimum vital.... Coût des 3 semaines sur ce lieu d'ermitage idyllique pour stars surmenées : 500 000 dollars.

C'est donc depuis cette île que Cléo nous raconte sa vie, depuis son enfance, son adolescence, ses études en sciences-po, ses années de libraires à New York, puis enfin la consécration et les années qui suivent.

J'ai adoré ce roman pour plusieurs raisons.... Le sujet n'est pas dramatique et se prête parfaitement au cynisme, au divertissement et en même temps, à une cartographie de notre époque. Et c'est aussi l'occasion d'une immersion documentée dans les coulisses du show business. Lorsque l'on voit le concert d'une star internationale de la chanson, on n'imagine pas le nombre de personnes qui travaillent /conseillent autour d'elle, en col blanc (car je ne parle même pas des techniciens et autre). On réalise que tout est possiblement mais parfaitement calculé, depuis la longueur d'une robe, un oubli de paroles feint lors d'un concert (ça crée une connivence avec le public), le nombre de seconde pour fouler un tapis tout en signant des autographes etc... Sans compter les partenariats avec les grandes marques, les causes humanitaires à soutenir pour (re)dorer son blason etc... Bref, être chanteuse est un métier, mais être célèbre à ce point l'est tout autant.

Il y a dans ce livre une réelle réflexion sur la célébrité et ses rouages et sur ce qu'elle engendre.... Chez les fans, dans les médias, dans la vie des personnes concernées dont tout est régi par d'autres... Dans ce livre, la seule tâche domestique que Cléo effectue encore elle-même est de faire chauffer son thé. La célébrité est ici montrée comme un isolement relationnel et une privation totale de libertés. Quelle horreur en fait !

A une époque où nombre de romans parlent de "mon grand-père ce héros, mon père ce violeur, mes frères et mes soeurs", bref, de romans qui tiennent de plus en plus de l'autofiction, j'ai vivement apprécié lire Célèbre, crée ex nilo, même si peut-être inspiré de grandes célébrités

Et puis il y le personnage de Cléo, aussi fascinant que déstabilisant... Complexe, intéressant, fouillé. Cette fille est d'une arrogance et d'une prétention dingues, à l'inverse total du syndrome de l'imposteur. Son besoin de reconnaissance est maladif et mégalomane. Durant sa jeunesse, il y a un gap entre sa vie et celle qu'elle estime avoir le DROIT de mener. Elle mise tout sur elle-même car personne ne le fera à sa place. Elle méprise les autres à un point inédit. Mais elle est aussi un modèle de persévérance, d'obstination et de ténacité, car elle arrive exactement au sommet qu'elle visait depuis le début. Cléo nous raconte tout cela avec un mélange d'orgueil et de lucidité déconcertant. Jamais je n'ai rencontré de personnage de papier aussi narcissique il me semble. En fait, Cléo est une vraie sociopathe dans toute sa splendeur. C'est un régal de la suivre, en tant que lecteur, on oscille entre effroi, dégoût, amusement. On est tantôt offusqués par ses propos et l'instant d'après, on aurait presque de l'empathie pour elle car dans ses observations, Cléo n'a pas toujours tort. Et plus elle est célèbre, plus elle devient une personne de pouvoir, plus elle est exécrable avec son entourage, mais tout sourire pour ses fans.

Ecriture et rythme sont parfaitement maitrisés, les pages se tournent toutes seules. Et même s'il est ici question de la célébrité à outrance, donc où tout est démultiplié et exacerbé, Maud Ventura nous parle aussi de chacun de nous, de notre obstination à remplir un objectif que l'on se fixe soi-même, à notre besoin de reconnaissance, que ce soit au travail, dans l'art qu'on tente d'exercer, dans le plat que l'on cuisine pour notre famille. I

Dans Mon Mari, le personnage féminin souffrait d'une jalousie pathologique, chez Cléo, c'est la vanité qui la rend sociopathe. Bref, finalement, deux personnages malades quelque part, et pas heureux malgré les apparences.

Et puis, et puis, il y a cette fin, qu'on n'a pas vu venir et qui nous fait dire : whaou, super bien trouvée, originale, forte, et d'une certaine moralité. Jubilatoire !

Et moi, je me demande qu'elle genre de "pathologie" Maud Ventura explorera dans son prochain roman !

Un bon coup de coeur !

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Rédigé par Géraldine

Publié dans #Littérature française

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Publié le 1 Octobre 2025

Roman - Editions Audiolib - 8h18 d'écoute - 25.50 €

Parution Albin Michel & Audiolib en 2024

Mon pitch : Le narrateur est un français expatrié aux Etats Unis dans les années 80. Il travaille dans la finance et l'aéronautique, entretient une relation extraconjugale avec Julia, une de ses supérieurs... Il a deux enfants, et une épouse dépressive... 

Le drame familial advient, le narrateur choisit de quitter l'Amérique pour un post à Genève ou il est chargé de développer les affaires avec la Russie communiste en fin de vie...

Il lie une amitié avec un oligarque Russe, est pressé par la CIA et sa maitresse de trahir celui-ci... Nouveau changement de vie, il devient romancier, journaliste, réalisateur de cinéma... Avec Julia qui reparaît régulièrement dans sa vie.

Tentation : Mon enthousiasme pour Tsunami de Dugain

Fournisseur : La bib de St Lunaire

Mon humble avis : Au tout début de mon audio lecture, j'ai eu peur qu'il ne s'agisse que de la finance sans scrupule et donc des montages financiers, monde ô combien opaque pour moi. Le tout, dans les années 80 et Reagan aux Etats-Unis.

« La finance, c'est faire à partir d'une richesse réelle beaucoup plus d'argent que ceux qui l'ont créée, grâce à une extrême créativité du vide et de la spéculation. Honnêtement, j'étais assez doué pour ça. »

Et puis, le roman s'oriente vers le narrateur lui-même, et le drame familial et ses conséquences qu'il va subir. Là, Dugain m'a embarqué à son bord même s'il ne m'a pas gardé tout au long du vol, oups, de roman.

Le narrateur est certainement le double de papier de Dugain, car son parcours professionnel ressemble beaucoup à celui de l'écrivain. On est sans doute dans un ouvrage hautement autobiographique même si romancé. Mais pas facile de démêler le vrai du faux.

Ce roman, à la fois thriller politique et d'espionnage, revient sur les relations Est-Ouest de ces cinquante dernières années, avec les manipulations géopolitiques des services secrets et ses enjeux aussi bien d'influence que commerciaux.... Forcément advient Poutine quelques années plus tard, la guerre en Ukraine. Entre temps, il y a eu la disparition du vol MH 370 de Malaysia Airlines, celui du sous-marin russe le Koursk et de la place de ces deux drames dans les enjeux internationaux énigmatiques... le tout dans une quête de vérité aussi chère au narrateur qu'à l'auteur qui a enquêté sur ces sujets. Mais cette recherche de la vérité dérange et les menaces tombent...

Le roman est très dense, d'autant qu'il évoque des faits réels dont tout le monde a entendu parler mais dont, au final personne ne sait rien... Donc intéressants. Marc Dugain propose ses hypothèses. Elles sont captivantes et étayées mais pas toujours évidentes à suivre, et surtout à retenir.  L'avion, Poutine, l'Amérique et moi est donc bien plus exigeant et moins accessible que mes précédentes lectures de Dugain : Tsunami, Transparence et l'avenue des géants. Cette impression est certainement due au fait que je ne suis que moi, avec ma toute petite culture générale sur tout ce qui est évoqué ici, d'autant que ces milieux ne sont pas de ceux qui me passionnent le plus. Il n'empêche, il reste la plume de Dugain qui est toujours bien agréable et maîtrisée et qui embarque dans un rythme qui ne faiblit pas, au fil des rebondissements. Mais j'ai tout de même eu l'impression d'un bric à brac de multiples sujets cher à l'auteur mais à caser quelque part avec un fil rouge... le narrateur... Une audio lecture en demi-teinte donc. Le format papier est peut-être plus adapté à ce genre d'histoire si dense.

 

 

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Rédigé par Géraldine

Publié dans #Littérature française, #Livres audio, lectures audio

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Publié le 27 Septembre 2025

Roman - Editions Albin Michel - 216 pages - 19 €

Parution le 20 août 2025 : Rentrée littéraire

Mon pitch : "Tant mieux (la version joyeuse du sang froid) est le leitmotiv d'Adrienne, 4 ans , et lui permet de survivre à un été chez sa sorcière de grand-mère qui ne lui épargne aucun sévice. Nous sommes en 1942 à Bruxelles... Autour, la 2ème Guerre Mondiale fait rage... 

De retour chez elle, Adrienne retrouve son aînée et ses parents qui forment un couple dysfonctionnel.... malgré tout, elle protège sa mère, et fait tout pour que personne ne la soupçonne des multiples disparitions de chats dans le quartier. 

Adrienne était la Maman d'Amélie Nothomb.

 

 

Tentation : Mon Nothomb annuel !

Fournisseur : La bib de St Lunaire

Mon humble avis : Depuis quelques années, les romans d'Amélie Nothomb me laissaient d'humeur chafouine et déçue... Cela traduisait même un certain désamour, car à cela, s'ajoutait ma lassitude de ses interviews menées par des journalistes qui posent les mêmes questions depuis 20 ans... 

Aussi, étant plutôt fauchée et mes étagères remplies menaçant de devenir qu'un lieu de collection des romans de l'écrivaine à chapeau, cette année, pour la première fois depuis plus de 20 ans, je me suis dit : "je n'achète pas, je prends en bib"... Voilà qui est fait et c'est ballot, car cette année, j'aurais bien gardé ce livre chez moi, car il est à mes yeux de très bon cru.

Certes, il est une fois de plus question de la famille de l'autrice... Mais cette fois ci, c'est la figure maternelle qu'explore l'autrice, quelque temps le décès de sa mère.  Et elle réutilise un procédé qu'elle manie à merveille : la forme du conte. On retrouve donc des personnages fort en couleur, en symbolique, en caractère et les situations à priori ubuesques auxquels Amélie Nothomb nous a déjà habitués... Mais derrière ses prénoms d'emprunts, se cachent les parents, grands-parents, tantes de l'autrice... Et ces situations qui oscillent entre incroyables et inhumaines ont pour la plupart été vécues par ces derniers dans un environnement familial très toxique, où plane l'ombre d'une certaine folie. Et là les lecteurs que nous sommes ce disent, stupéfiés : comme il y a des gens vraiment mauvais et complètement barrés sur terre... Et comment se construire sur de telles fondations ? Déjà avec Premiers sang, on trouvait la famille du père d'Amélie Nothomb bien assaisonnée. Ici c'est de la famille de la mère dont il est question, jusqu'à la rencontre avec le père, le mariage et des décennies d'amour. La famille maternelle n'a pas grand-chose à envier à celle des Nothomb et il est hallucinant de découvrir ce bagage familial si lourd au fil des générations.

Le dernier quart du roman change du tout au tout... Fini le conte et les personnages plus ou moins farfelus, ces non amours ou mauvais amour etc... Là, c'est Amélie qui "reprend" les rênes du récit et sans qu'il n'y ait plus forme de conte, de roman ou même d'un récit strictement organisé, Amélie se confie sur sa Maman, telle qu'elle était, sur leur amour, sur leur relation, sur son départ, sur son absence... Sans aucune esbrouffe, d'un ton d'un parfait naturel, presque verbal, sans filtre, comme si nous étions attablés avec elle dans un lieu calme et feutré, à discuter ensemble de nos relations avec nos mères et non plus dans un livre. Et là, Amélie m'a sacrément chamboulée après ce conte qui procure autant de rire que d'effroi à son lecteur. Bref, j'ai retrouvé dans ce texte ce que je cherche quand j'ouvre un roman d'Amélie Nothomb, avec des personnages dont certaines souffrances, problématiques, situations, pensées, réactions peuvent ou pourrait être miennes, et j'ai pu alors redéployer ma totale empathie pour eux, qui étaient des bouts de moi, toute proportion gardée évidemment.

A mes yeux, Amélie is back !

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Rédigé par Géraldine

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Publié le 17 Septembre 2025

Roman -Editions Folio - 224 pages - 8.50 €

Parution poche mai 2024, Gallimard sept 2022

Mon pitch : Dans une petite ville de Saone et Loire, la jeune Clara est coiffeuse chez... Cindy Coiffure. Son quotidien, réglé comme du papier à musique est une routine guère exaltante, avec comme bande son la radio Nostalgie diffusée dans le salon. Même son petit ami, pourtant beau comme un dieu se révèle bien ennuyeux et la relation s'endort.

Un jour, un client du salon oublie un livre... Du côté de chez Swann... de Proust. Quelque temps plus tard, Clara, plus habituée à lire Guillaume Musso que les grands classiques, ouvre l'ouvrage... Pour elle, s'est une révélation et sa vie va s'en trouver complètement bouleversée.

Tentation : La blogo

Fournisseur : Achat à la braderie de ma médiathèque.

 

Mon humble avis : Il y a déjà bientôt trois ans, l'histoire de Clara qui découvre Proust s'immisçait partout sur la blogosphère, dans les médias etc... je me souviens d'avis élogieux. Le nom de Proust (que je n'ai pourtant jamais lu) me rebutait un peu, puis ce titre s'est fait doubler par d'autres dans mes projets de lectures, jusqu'à ce que je tombe sur cette version folio, au texte très aéré etc... Donc pourquoi pas !

Je m'attendais à une lecture dense et exigeante... Aussi, quelle ne fut pas ma surprise de constater qu'il n'en n'était rien, et que je pénétrais là dans un roman à mi-chemin entre le feel good et le développement personnel. On partage la vie du salon de coiffure via quelques brèves, non pas de comptoir, mais de brushing. Les personnages sont tous issus de ce microcosme (excepté les parents et le copain de Clara qui ne font ici que de la figuration) et l'on a donc droit à l'esprit d'équipe qui se constitue autour du projet de l'un deux. Des collègues qui, sans s'en apercevoir, son plus attachés les uns aux autres qu'ils ne le soupçonnent.

Clara découvre Proust, pour elle c'est la révélation et c'est avec une gourmandise obsessionnelle qu'elle s'enfile les différents tomes de A la recherche du temps perdu.

Avec ce roman, Stéphane Carlier se fait VRP de Proust. Il partage avec élan et passion son adoration pour l'auteur de référence. Il invite donc à le lire, le découvrir, le relire ou pourquoi pas, à se contenter de cette initiation à l'oeuvre d'origine. Au-delà de la Recherche du temps perdu, c'est à la littérature, à la lecture est ses bienfaits que Stéphane Carlier rend hommage dans cette histoire sympathique à l'atmosphère légère.

Comme je le disais plus haut, on est proche du feel good et du développement personnel avec les clichés qui vont avec. En effet, le message global de Clara lit Proust est... qu'il ne faut pas hésiter à se réinventer et à réinventer sa vie... Donc rien de bien nouveau malgré l'originalité du point de départ. J'attendais un peu plus de profondeur et une écriture plus ciselée. On reste dans l'anecdotique.

Clara lit Proust est donc finalement une lecture agréable et rafraichissante, parfaite pour l'été ou pour respirer entre deux lectures plus conséquentes, sans pour autant être mémorable ou bouleversante. Et je n'ai toujours pas envie de lire Proust... je le ferais peut-être en audio, quand je serais aveugle et alitée, et à la recherche de mon temps perdu.

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Rédigé par Géraldine

Publié dans #Littérature française

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Publié le 5 Septembre 2025

Roman - Editions Aux Forges de Vulcain - 288 pages - 20 €

Parution le 22 août 2025 : Rentrée littéraire

Mon pitch : Dans les années 50, petit parisien, Gino part vivre dans la campagne Orléanaise avec sa mère et son frère aîné... A la fête foraine, à travers une boule à neige, il croise de regard de Roxane... C'est sûr ce sera l'amour de toute sa vie...

Et parallèlement, en France, on parle d'un projet titanesque... La construction d'un aérotrain qui relierait Orléans à Paris en un temps record. Fasciné le jeune Gino veut être de la partie... C'est sûr, ce sera l'objectif de toute une vie, et une véritable passion.

Et pendant toutes ces années, régulièrement, une dame des services publics vient frapper à la porte... Elle enquête : êtes-vous un peu heureux, très heureux ou pas du tout.

 

Tentation : Mes précédents coups de coeur pour l'auteur

Fournisseur : La bib de St Lunaire

Mon humble avis : Gilles Marchand, c'est l'auteur du sublime "Un funambule sur le sable" et du bouleversant "Le soldat désaccordé" ( à qui l'écrivain fait deux clins d'oeil dans ce texte). Aussi, Les promesses orphelines étaient le titre de cette rentrée littéraire que j'attendais le plus...

Certes, on retrouve ici ce qui fait le sel des histoires de Gilles Marchand : des personnages décalés, une ode aux rêves impossibles, des passages joliment poétiques, un autre regard sur le monde, et surtout, une façon bien à lui de le décrire.  Ma lecture fut agréable, mais inégale et la fin m'a paru assez banale en fait, attendue dans ce genre de roman. Il m'a manqué la surprise qui me fait dire "whaou, je ne l'ai pas vue venir". En fait, j'ai la sensation personnelle que ce roman est plus intéressant que bouleversant alors que les deux titres cités ci-dessus m'avaient littéralement transportée, émue et chamboulée.  Et pourtant, à  l'heure où je rédige ce billet, les avis rédigés sur Babelio sont tous élogieux, entre 5 et 4*. 

L'histoire se déroule sur presque une soixantaine d'années, mais principalement après-guerre et durant les Trente Glorieuses. C'est l'époque du progrès technologiques, des nouveautés, du confort qui arrive chez tous, des grands projets et chantiers... La période de reconstruction puis de construction à tout va, de bétonisation... On marche sur la lune, le Concorde dépasse le mur du son... etc...Les mentalités évoluent, tout comme les slogans publicitaires d'alors distillés de ci-delà dans le roman. Et pendant ce temps, certains perdent l'étincelle de leur regard en Algérie. C'est donc toutes ces années que Gilles Marchand déroule pour nous, évoquant les faits les plus marquants tout en restant dans le local (avec le bar du village où Gino révise ses devoirs) et dans l'intimité de Gino.

Gino, c'est un gamin idéaliste qui rêve d'absolu, qui aime passionnément, qui persévère, qui est prêt à tout pour atteindre son but, même s'il n'en n'a pas les capacités. Il veut intégrer l'équipe de Jean Bertin, le concepteur de l'Aérotrain. Peu importe, il participera, même par des moyens détournés, même en entrant par la petite porte, même s'il s'en est juste approché. Même si son rêve n'a pas vraiment abouti, il a fait bien d'autres choses tout aussi mémorables. Pensez donc, il a même contribué à la construction de l'Arche de la Défense et du Pont de Millau ! 

En écrivant ce billet, je réalise que le destin de Gino m'a plus marquée que je ne l'imaginais et qu'il me restera peut-être bien en mémoire...

Le ton est à la nostalgie sur les réussites, à la mélancolie sur les échecs. Ce roman nous dit que les échecs font partie de la route. Il nous dit aussi que le monde va vite, très vite, trop vite, et que nos rêves d'avenir se retrouvent très vite relégués aux musées. C'est une véritable fresque de la France entreprenante que nous livre Gilles Marchand, qui laisse autant de place aux oubliés qu'aux reconnus ou inconnus qui ont participé à tout cela, que ce soit par passion, par courage, par chance, par intelligence où à la sueur du front et des blessures du corps... Mais avec la même persévérance. Il mêle ici l'extraordinaire à la vie ordinaire de ces personnages et questionne avec eux la notion de bonheur : réussite sociale ? Professionnelle ? Personnelle ? L'amour ? Le confort ? Ce que l'on voit dans le rétroviseur ? Ce qui vient frapper à nos portes quand on ne l'attend plus ?

Intéressant donc, mais voilà je n'ai pas été bouleversée ni complètement happée par ces promesses orphelines et j'en suis bien désolée parce que j'aime profondément cet auteur et son univers.

 

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Rédigé par Géraldine

Publié dans #Littérature française

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Publié le 3 Septembre 2025

Roman - Editions Flammarion - 176 pages - 19 €

Parution en mars 2025

Mon pitch : 15 ans de bons et loyaux services auprès de la famille d'Anaïs en qualité de femme de ménage, et voici Sylvie renvoyée, méprisée, soupçonnée, accusée, banie, brisée sous l'opprobe... Et pourtant Anaïs a toujours loué l'efficacité et le dévouement de Sylvie... Jusqu'au jour où les lillois Anaïs et son mari décide de louer leur résidence secondaire sur Airbnb... L'enfer commence pour Sylvie à l'abris des regards de tous, sans témoin.... jusqu'au drame.

Tentation : Nom de l'autrice et lieu d'action

Fournisseur : la Bib de St Lunaire

 

 

Mon humble avis : J'ai pioché ce titre qui m'était inconnu juste parce que "Cordonnier" est le nom de jeune fille de ma mère et que l'histoire se déroule au Touquet, dans le Nord Pas de Calais... bref, toutes mes racines.

Et très bon choix ! Un roman qui se dévore, qu'on ne lâche pas. L'aspect physique de ce dernier et la réelle 4ème de couv laisse penser à un texte cynique, léger et drôle... Oui il y a du cynisme mais non ce n'est pas drôle, puisque c'est un véritable drame qui se prépare doucement mais sûrement sous nos yeux.

Deux femmes prennent la parole chacune leur tour... Anaïs, l'ancienne patronne de Sylvie, et Camille, la fille de Sylvie. Camille s'exprime au nom de sa mère qui n'est plus (pas) en état de le faire. 

Si Anaïs et Adrien ont rapidement obtenu le statut de "superhôte" sur la célèbre plateforme c'est grâce au travail titanesque et laborieux de Sylvie, à qui ils ont tout confié, même la gestion de la boîte à clé.... Gérer le ménage d'un airBnb, c'est l'équivalent d'un grand nettoyage de printemps mais toutes les semaines, voire tous des deux jours, en un temps record puisque les locataires se succèdent parfois en quelques heures.

Amélie Cordonnier dénonce parfaitement les dérives de ces plateformes de location et ses conséquences.... Il y a le cahier des charges à remplir pour convenir à la plateforme, le protocole (avec une liste ahurissante de tâches à exécuter en temps record) qui revient à Sylvie qui connait pourtant parfaitement son travail. Il faut sans cesse être dans l'irréprochable pour qu'une malheureuse unique étoile ne vienne pas entacher le statut superhôte.  C'est une véritable dictature de la notation, le tout dans un anonymat total. Car Sylvie est une travailleuse de l'ombre, qui ne doit absolument pas croiser les clients.... Avec les "très pratique boite à clé", clients et loueurs ne se voient plus... Alors, déjà que l'on est dans une époque où le visible n'est pas respecté, inutile de préciser ce qui en est de l'invisible.... Qui se soucie de la transparence... Et pourtant, Sylvie courbe le dos, frotte, rince, lave, décrasse sans rien dire, parce qu'elle est comme ça Sylvie, consciencieuse... Jusqu'à l'épuisement, et le drame que jamais nous lecteur, ne pouvions même envisager avant qu'il ne se déroule. Un drame dont le responsable n'est que le système en fait... et le système, c'est tout le monde... Propriétaires, locataire, notations.

En mettant l'ombre en lumière, Superhôte est un véritable pamphlet contre ces plateformes déshumanisées, contre cette époque où tout est à louer et où tout est loué.... ou banni, d'un simple clic, une époque qui se moque de la réalité qui se cache derrière la belle image, derrière la carte postale.

Ce livre sociétal est nécessaire....  Quand vous en aurez tourné la dernière page, plus jamais vous ne louerez votre bien ou un bien de la même façon, sans avoir une pensée pour Sylvie et ses consoeurs, surtout dans ces communes touristiques où les locations se suivent à une cadence infernale.

Un roman parfaitement bien mené, dans un style incisif, par une autrice que je découvre et que je relirai avec plaisir, et intérêt.

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Rédigé par Géraldine

Publié dans #Littérature française

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Publié le 1 Septembre 2025

Roman - Editions Livre de poche - 252 pages - 8.70€

Parution Poche Avril 2025 (Albin Michel, Avril 2024)

Mon pitch : Dans La liste de mes envies, Jocelyne, la mercière d'Arras, avait tiré les bons numéros au loto, gagnant ainsi 18 millions d'Euros. Ce chèque, elle refusait de l'encaisser, craignant qu'il change sa vie à tout jamais, mais pas forcément dans le bon sens du terme. Jocelyne ne s'était pas trompée...Son mari est parti avec le magot.

On la retrouve trois ans après, et avec 3 millions d'Euros en moins. Où sont partis ces 3 millions, et que va-t-elle faire des 15 millions restants ?

Tentation : Ma lecture du premier tome

Fournisseur : Ma CB dans la librairie de la place aux Herbes à Uzès

 

 

Mon humble avis : En 2012, La liste de mes envies, déferlait dans le monde et l'un des 1.5 millions d'exemplaires vendus atterrissait dans mes mains. Une lecture qui m'avait réjouie au plus au point... Treize ans plus tard, le très bon souvenir et l'idée globale du pitch me restait en tête, mais rien de plus... Et voilà que je tombe en librairie sur le tome 2, déjà en poche ! Sa sortie grand format m'avait échappée.

On retrouve donc Jocelyne, dont la fortune tombée du ciel et encombrante a été amputée de 3 millions. Nous apprenons vite comment et pourquoi... Jocelyne avait donc raison, l'argent rend fou, même les plus proches... Il lui brûle les doigts et lui pourrissent la vie qu'elle aimait telle qu'elle était. Pas à pas, Jocelyne va se relever d'une terrible trahison. Pour l'aider, elle a intégré le groupe des G.A (les Gagnants anonymes) ... Des réunions comme les A.A où chacun partage sa détresse, ses difficultés à gérer les dérives de la richesse... Sauf qu''un bon apéro clôture ces rencontres. La narration de ces réunions de G.A (du loto) est à mes yeux ce qui est le plus intéressant. Il y a là un aspect sociétal dans les  témoignages des adhérents qui démontrent parfaitement la diversité des réactions face à la richesse, réactions des gagnants mais aussi de leur entourage, et tout ce que cela révèle du caractère et des valeurs de chaque individu. L'afflux d'argent est révélateur et déclencheur de bien des choses. Je pense que ce texte est assez réaliste sur ce sujet. Et c'est finalement étonnant, car ces multimillionnaires, qui ont rêvé de le devenir en cochant une grille de loto, se retrouvent confrontés à des situations que l'on n'imagine pas, auxquelles ils n'étaient pas préparés... Certains ne s'en remettent jamais... Aussi, il y a dans ce roman autant de légèreté que de drame, puisque chacun sait que l'argent ne garantit pas le bonheur.

Autre aspect humainement intriguant, plaisant et surprenant à lire : L'argent ne faisant pas son bonheur, Jocelyne va tenter d'user de ces millions pour faire celui des autres. Et c'est là que l'on découvre (pour moi en tout cas), qu'en France, donner de très grosses sommes pour aider les autres n'est pas si facile que cela, puisque le fisc s'en mêle beaucoup, pour remplir les caisses et les ors de l'Etat. J'imagine que l'auteur est bien renseigné sur le sujet et j'avoue que ce que l'ai lu m'a bien énervée et encolérée. Exemple : Jocelyne souhaite aider, à hauteur de 100 000 €, de jeunes entrepreneurs altruistes boudés par les banques... Sauf que dans ce cas, l'Etat rafle 60% au passage etc... Mais mine de rien, Jocelyne trouve de très chouettes idées on ne peut plus spontanées pour aider son (ses) prochain(s), avec quelques billets ou de gros chèques. Là aussi, les réactions des uns et des autres face à leur bienfaitrice sont bien diversifiées et en disent long sur le rapport de chacun à l'argent, que cela soit en donateur ou en bénéficiaire. Cela fait du bien à lire, et réconcilie avec la bonté de certains.

Enfin, quelques rebondissements inattendus redéfinissent les trajectoires de quelques personnages... sans que l'on n'ait rien, mais alors rien vu venir !

Alors oui, beaucoup d'éloges, ce roman fut une lecture d'été vraiment sympathique et fluide. Mais, je dois reconnaitre que certains passages m'ont paru mièvres, d'autres de mauvais goûts et quelques uns inutiles ou lourds (l'histoire de prénom Danièle entre autre) et pas aussi drôles que l'auteur l'espérait sans doute. L'écriture du premier tome m'avait vraiment séduite. Ici, je l'ai trouvé agréable mais parfois trop emphatique par rapport au sujet et à l'ensemble... genre une perle d'eau pour évoquer une larme, mouais bof... même si les perles de pluie de Jacques Brel me bouleversent toujours ! Quant à l'épilogue, il flirte un peu trop avec utopie à mon goût mais bon, pourquoi pas, puisqu'on lit aussi pour s'évader et rêver d'un monde meilleur. 

C'est tout de même amusant de lire les deux tomes à 12 ou 13 ans d'intervalle, tout en ayant gardé une trace de la première lecture sur ce blog... Cela me permet de vérifier que mes goûts littéraires ont évolué. Là où il y avait un grand enthousiasme, il y a maintenant un bon moment de lecture... Mais aussi et surtout, je pense que ma liste d'envies n'est plus du tout la même qu'il y a 12 ans... Mon pouvoir d'achat a sacrément dégringolé depuis, certains de mes centres d'intérêts se sont aussi déplacés, le monde ne s'est guère amélioré et mes illusions se sont effilochées... En même temps, j'ai peut-être aussi mûri... Bref, une pause et une petite étude personnelle bienvenue et un roman touchant, humain et divertissant, même si bien imparfait.

Rappel pour celles et ceux qui, comme moi, jouent de temps en temps au loto : gagner le gros lot, c'est d'abord perdre beaucoup avant de retrouver.

PS : Ce tome peut se lire en one shot ! Peut-être même qu'il serait mieux apprécié ainsi, bénéficiant de l'aspect surprise et nouveauté que l'on ne retrouve pas si on connaît déjà Jocelyne et sa vie.

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Rédigé par Géraldine

Publié dans #Littérature française

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