UN SOIR D'ETE, de Philippe BESSON

Publié le 17 Avril 2026

Roman - Editions Pocket - 192 pages - 8.00 €

Parution Pocket janv 2025 -Julliard janv 2024

Mon pitch : Eté 1985 sur l'île de Ré. Philippe, François et Christian trois jeunes amis, se retrouvent et accueillent Nicolas dans leur bande. Plus tard ils lient connaissance avec Alice et son frère Marc, des parisiens en vacances avec leurs parents.

Cinq garçons et une fille... Qui profitent de la vie, de leur jeunesse, entre fêtes, discothèque et plages.

On se regarde sans forcément voir celui ou celle qui nous regarde. 

Des désirs montent, d'autres se découvrent, et sans doute d'autres aussi se taisent.

Et puis un soir, c'est le drame, sans que personne n'ait rien vu venir...

 

Tentation : J'aime la plume de Philippe Besson

Fournisseur : Achat à la braderie de ma médiathèque l'été dernier

Mon humble avis : Philippe Besson revient à l'autofiction, ce qui n'est pas le genre de lequel je le préfère. Mais il n'empêche, il le fait parfaitement bien.

Philippe Besson convoque ses souvenirs de l'été 1985, celui de ses dix-huit ans, après une année harassante en prépa. Comme chaque année, avec ces parents, c'est destination l'île de Ré, chez des amis de toujours. Il y retrouve ses deux potes qui travaillent déjà, l'un dans le camion boucherie de son père, l'autre sur le bateau de pêche de paternel. Et puis il y a Nicolas, un nouveau résident sur l'île... C'était l'époque où l'île de Ré n'était pas encore un bastion de luxueuses résidences secondaires, où le must du must, c'était le camping du coin... Ré était encore une île sans pont.

Il y a dans ce livre la nostalgie de cette époque, où se retrouver dans un lieu fréquenté restait aléatoire faute de téléphone portable. Pas de portable non plus pour occuper les moments d'ennuis, les nouvelles arrivent par les journaux ou la radio, et quand 5 gars et une fille sont à une terrasse d'un café, personne ne prend de selfie souvenir, personne ne regarde un écran. Cette époque-là, je l'ai vécue, et j'avoue que j'en suis nostalgique pour tout cela, même si j'utilise bien des techniques modernes même dans mes divertissements.  Alors j'étais bien dans cette ambiance, et évidemment, la play list et les souvenirs cinéma m'ont bien parlé !

Dans ce roman, il y a aussi les différences sociales, entre les résidents annuels, qui sont alors de vrais provinciaux, et les vacanciers, souvent parisiens... Les uns et les autres ne se fréquentent pas, ou peu, il y a comme un dédain mutuel. Et puis il y a ceux qui s'apprêtent à être transfuges de classe, via leurs études supérieures et les autres, qui se pensent englués à jamais dans une profession héréditaire.

Philippe Besson nous conte des amitiés de toujours ou d'autres qui se créent pour durer à jamais ou le temps d'un été. A l'âge où si l'on ne travaille pas, on paraisse langoureusement. Une période de l'année où l'on profite juste de l'instant présent, on se pense adulte tout en jouissant inconsciemment d'une totale insouciance. Certains se sont trouvés et assument, d'autres se cherchent, tout le monde vit ses premiers émois. Une époque où l'on était libre de s'ennuyer sans s'en rendre compte, juste parce qu'on ne faisait rien de spécial, qu'on vivait dans la légèreté.

Et puis il y a ce drame qui écourte ce bonheur simple, et qui brise à jamais ce sentiment s'insouciance et d'immortalité, que rien n'est grave... Ce drame qui propulse ces jeunes de plein pied et sans retour en arrière possible dans l'âge adulte. Ce drame qui interroge autant qu'il rompt cette innocence en basculant vers des pensées de possible culpabilité... Pourquoi n'a-t-on rien vu ? Que savons-nous de l'autre ? Sommes nous trop nombrilistes, centrés sur nos petites préoccupations, regarde -t-on vraiment l'autre. Malgré une amitié partagée, qu'y montrons nous de nous même, de nos fissures et de notre part de mystère derrière une apparences de légèreté... Laissons nous la place et l'occasion à l'autre de se dire dans son entièreté ? Est-ce qu'une attention particulière peut éviter un drame ? Tant de questions que ces jeunes vont se poser, et si peu de réponses...

De son écriture élégante, souvent poétique et parfois crue, Philippe Besson évoque avec intelligence et délicatesse cet été 1985, les drames qui coupent la vie en deux par un avant et un après...  Et les absences qui hantent encore longtemps après et dont l'une d'elle a inspiré ce livre doux amères très touchant. Un roman sincère et réussi, mais qui n'a pas la force de "Vous parler de mon fils" ou de "Ceci n'est pas un fait divers".

« A un moment, Christophe dit : « on est bien, là, non ? » « François répond en notre nom à tous : « oui, on est bien, là »
Quand j'y repense, ces mots, ces mots tout simples, étaient justes, profondément justes. On avait été bien »

Rédigé par Géraldine

Publié dans #Littérature française

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L
un bien joli billet !
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F
Je ne suis pas sûre d'y trouver mon compte, ça m'a l'air un peu trop grave thématiquement, mais tu en parles bien.
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P
J'ai bien aimé ses deux précédents. Celui-ci, je ne comptais pas le lire, mais j'ai lu plusieurs bonnes critiques à son sujet, je pourrais donc changer d'avis.
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S
Je note plutôt tes coups de coeur que celui-ci. Le genre autofictionnel me lassant vite, il faut que je sois sélective :-)
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M
Il faudrait que je le lise, j'aime beaucoup ce que tu en dis et la manière dont tu le décris. Je vois que ce roman t'a touchée. Merci pour ta chronique.
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