LES STRIPTEASEUSES ONT TOUJOURS BESOIN DE CONSEILS JURIDIQUES, de Iain LEVISON
Publié le 22 Janvier 2026
Roman - Edition Liana Lévi - 239 pages - 22 €
Parution en août 2024
Mon pitch : Avocat et ancien lanceur d'alerte, Justin vit maintenant sa vie tranquille, en accord avec ses idéaux, en étant avocat commis d'office mais surbooké défendant des petits malfaiteurs sans grande envergure.
Un jour, on lui propose, pour mille dollars de l'heure, une fois par semaine, de donner des conseils juridiques à des danseuses dans un striptease proche de Philadelphie. Pour toucher ces mille dollars, il doit aussi passer la nuit dans le motel juste en face.
Justin accepte sans trop se poser de question, mais au bout de quelques semaines, sa vie , où tout semble liée, devient bien compliquée...
Tentation : La blogo
Fournisseur : La bib de St Lunaire
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Mon humble avis : Depuis plus d'un an, ce roman est souvent évoqué sur la blogo, et j'ai enfin pu le "caser" dans mes lectures. Et sans regret, car le temps passé dans ces pages est vraiment bon, savoureux De Iain Levison, j'ai déjà lu Un petit boulot. Un petit boulot dénonçait la violence du système économique.
Un bien l'on trouve pas mal de point commun avec ce nouvel opus... Iain Levison use d'un personnage un peu lassé par un morne quotidien qui accepte une mission des plus inhabituelles, ce qui permet à l'auteur de dénoncer certains vices (parfois de procédure) de nos sociétés.
Le style de Levison est toujours cynique et ironique, le tout "mine de rien", avec une certaine nonchalance qui amuse et donne un aspect un peu de "décalé". Surtout que le lecteur semble se poser plus de question que les personnages sur cette étrange mission, et comprendre bien plus vite qu'eux de quoi il en retourne. C'est un peu comme si rien ne les étonnait, dans un pays où tout est possible, et où l'on a tout vu. Et même lorsque les personnages découvrent le pot aux roses, leur flegme étonne toujours, et détonnant du contexte... Ce qui donne un humour satirique, presque "british", dans le sens bien senti, qui n'en fait pas des tonnes.
Revenu de sa carrière d'avocat payé à 6 chiffres, Justin travaille maintenant pour le ministère public en tant qu'avocat commis d'office... Il ne défend pas vraiment la veuve et l'orphelin mais plutôt le pauvre alcoolique SDF qui finalement n'est pas si mal en prison, puisqu'il a un toit et à manger... mais pas d'alcool.... ou le petit cambrioleur qui s'est fait prendre... Mais là aussi, on sent chez Justin la désillusion... Parce que sitôt son client sorti de prison, celui-ci recommencera puisqu'il n'y a, à côté de la peine, aucun accompagnement social. Et surtout, que la peine de son client dépend de tellement de chose... De l'humeur du juge, du choix des jurés, de la couleur de peau du prévenu, des prétentions politiques de du substitut du procureur, des moyens financiers dont dispose l'avocat pour enquêter, du charisme de l'avocat, du choix du costume pour l'audience, bref "d'un système bordélique mais parfois, on trouve quand même une solution", parce que "le droit consiste surtout à savoir vendre son client".
Bref, Iain Levison passe au vitriol les aberrations du système judiciaire américain qu'il décortique (cinquante états, cinquante façons de gérer la justice), où ce ne sont pas les actes qui caractérisent le crime mais l'endroit où vous vous trouvez... Puisque d'une rive à l'autre d'un fleuve, les lois changent... Un système où même le plus intègre des hommes est parfois obligé de s'adapter et pourquoi pas de tester, comme tout le monde, un certain moyen de pression pour sauver son client, là où la logique et l'application réelle du droit et des lois devraient suffire. Et quelque part ça fait froid dans le dos, là où les mésaventures de Justin prêtent plutôt à rire. La tension monte de chapitre en chapitre que ce soit dans la vie de Justin où dans les couloirs du palais de justice, où est bien plus question de pouvoir que d'équité. Ce roman peut aussi être lu comme un polar, notamment par son rythme et son sujet, mais reste avant tout délicieusement cynique... Bref, une lecture plutôt jubilatoire.
Je m'étonne juste des titres (Le lanceur d'alerte version V.O qui ne représente pas vraiment le contenu du roman et peut désappointer) et ce titre français que je trouve laid et trop long... Et qui peut faire croire à une histoire grotesque où à un essai docu...
En tout cas, roman franchement bien mené à ne pas bouder du tout !
"Quand on décrit ses propres méfaits, si on raconte suffisamment de fois l’histoire, on finit par en devenir un innocent témoin".
"Les pauvres sont beaux aussi ; ça dure moins longtemps, c'est tout".
"Quand vous faites quelque chose qui vous donne envie d'acheter un flingue, c'est peut-être le moment d'arrêter de faire cette chose. je pense que c'est une bonne règle de vie."
"Quand les gens vous paient un quart de millions de dollars par an, ce n'est pas pour ce que vous faites. C'est pour que vous la fermiez sur ce qu'ils font."
"Je ne dis pas que le système raciste, mais qu'il vaut mieux être riche et noir que pauvre et blanc. Le système aime plus l'argent qu'il ne hait les noirs, ce qui est certainement ce que je peux dire de mieux à ce sujet"
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