IL DESERTE, BD d'Antoine DE CAUNES & Xavier COSTE

Publié le 26 Janvier 2026

BD - Editions Dargaud - 208 pages - 30 €

Parution le 28 mars 2025

Le pitch : 1962. Antoine, 8 ans, voit son père – Georges de Caunes – tout quitter et partir sur une île déserte, Eiao, située à mille lieues du premier être humain, pour y tenir une chronique quotidienne sur la vie d’un Robinson moderne.

2025. Antoine de Caunes, 71 ans, se rappelle son choc d’enfance et s’inspire avec son coauteur des chroniques diffusées par son père et du journal intime que tenait alors ce dernier pour nous raconter une aventure hors du commun.

Tentation : Le passage de De Caunes à C à vous

Fournisseur : La bib de St Lunaire

Mon humble avis : Dans la famille De Caunes, je connais plus "le père" Antoine et la fille Emma que l'aïeul Georges... Lorsque ce dernier était à la une des magazines ou sur les écrans TV, j'étais très jeune, donc aucun souvenir.

Il n'empêche, cette BD, je voulais la lire, parce qu'entre autre elle se passe sur une île, qu'elle répond au fantasme individuel mais tellement collectif de "partir sur une île déserte" quand tout déborde.

Georges De Caunes l'a fait, même si rien ne débordait, juste par goût du challenge, de l'expérience... Il voulait vivre une robinsonnade sans naufrage. Sauf que la seule île sur laquelle il a été autorisé à mener son expérience était loin du chimérique lagon tropical ombragé de palmiers et caressé par les alizés imaginés par Daniel Defoe.

Eiao, dans les Marquises, est des plus inhospitalière... Un seul arbre, des moutons, des moustiques et autres bestioles en tous genre et un soleil de plomb.

Et voilà Georges débarqué avec quelque matériel et son chien Eder, pour un séjour solitaire d'un an, dont il devait faire le rapport chaque soir à la radio. Et même s'il est seul avec son chien, les dangers ne sont pas pour autant absents...

Antoine De Caunes (aux textes) et Xavier Coste (aux dessins, magnifiques et chatoyants) retracent cette (més)aventure, à l'aide d'archives, de carnets de bord retrouvés après la mort de Georges et des souvenirs d'enfance d'Antoine. D'ailleurs, celui-ci apparaît régulièrement en l'enfant qu'il était, imaginant son père tel un héros, mais un héros qui l'a abandonné à Paris. Ces pages-là sont en noirs et blancs, avec toujours un vêtement rouge. Les autres pages sont très colorés, qui représentent l'île déserte, la mer, les oiseaux etc...

L'humour n'est pas absent de ces pages, puisque De Caunes imagine les pensées du chien, qui se retrouve bien malgré lui dans cette galère.

Outre l'hommage à un père fantasque, cet album est aussi et surtout une belle réflexion sur la solitude, l'isolement physique, géographique, social et intellectuel. Sur le besoin qu'a l'homme de pousser toujours plus loin ses limites, de se mettre en danger pour se sentir exister. Il est aussi question de routine que l'on fuit et que l'on finit toujours par retrouver. Ce à quoi l'on veut échapper sans le dire, en prétextant l'aventure. Il est question d'aveuglement de nos propres limites, d'obstination qui mène aux portes de la folie. Sur les prisons, même à ciel ouvert, que l'homme se crée lui-même, même s'il est en quête de liberté. La liberté peut aussi devenir une prison. Et il y a aussi la part d'égo, d'égoïsme dans ces tentations d'héroïsme.

J'ai aimé le leitmotiv que Georges De Caunes ne cesse de clamer... L'essentiel n'est pas d'arriver, mais de partir. Jusqu'au jour où il réalise et accepte enfin que l'essentiel n'est pas d'arriver, mais de savoir arrêter.

J'ai aimé aussi que sur l'île, Georges constate que la présence de son chien n'est pas que réconfort, mais aussi source de soucis... Et oui, il est responsable de lui devant les dangers et son chien ne manque pas de lui flanquer plusieurs frousses.

Une BD qui rappelle qui ne faut pas croire tout ce que nous dit la littérature... Car la littérature est là pour nous évader d'un quotidien, nous faire rêver, pas forcément pour être vécue.

Bref, une bien belle BD sur une aventure et un homme hors du commun, qui incite à la réflexion, même si elle ne donne pas toutes les réponses. Georges De Caunes s'est éteint avec encore bien des mystères en lui.

Pour ma part, j'aurais préféré un format BD plus classique, fait de planches et de cases, mais qui je le reconnais aurait peut-être été "trop" classique pour cette histoire très proche d'un récit de voyage.

Des documents d'époque forment un cahier post face bien intéressant.

Rédigé par Géraldine

Publié dans #BD...

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T
Déjà repéré sur la blogosphère...<br /> Je pense que je finirai par me laisser tenter, merci!<br /> (s) ta d loi du cine, "squatter" chez dasola
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G
cette histoire !
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G
Je n'en reviens pas de cet histoire
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A
Je suis assez âgée pour me souvenir de cette aventure de Georges de Caune. J'ai noté la BD pour l'emprunter à la bibliothèque.
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F
Tout comme Manou, parce que les autofictions, les histoires de mon père, ma mère, tout ça, ça ne m'attire pas, encore moins celles de personnalités connues, mais bon, tu l'as bien vendu.^^ A voir au détour d'une bibli.
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V
Je me serais aussi laissée tenter... J'ai toujours aimé Antoine
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L
avec mes années de plus je me souviens de cet histoire, je regarderai cette BD à l'occasion.
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M
A priori je n'étais pas tentée mais tu titilles ma curiosité !
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S
Le pitch ne me tentait pas trop mais tu vends très bien cette BD ;-)
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