LA SENTINELLE QU'ON NE RELEVE JAMAIS, de Dalie FARAH
Publié le 21 Mai 2026
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Témoignage - Editions L'Iconoclaste - 256 pages - 20.90 €
Parution le 2 avril 2026
Le sujet : Dalie Farah est autrice et professeur de lettres... En 2023, elle a cinquante ans, est épuisée et ne supporte plus grand chose. C'est la chute... Après un long chemin, le diagnostic tombe : Dalie Farah est porteuse d'autisme et est en plein burn out autistique. Cette révélation est un choc. Au point que les symptômes explosent et s'intensifient. A travers cette nouvelle lumière, elle relit sa vie et son histoire. Cette quête personnelle devient collective.
Tentation : Le sujet
Fournisseur : Ma CB
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Mon humble avis : Point commun entre l'autrice et moi : diagnostiquée toutes les deux autistes à 50 ans (49 pour moi) après une vie des plus "normales" vue de l'extérieur. Le diagnostic médical oui, mais ensuite, aucun suivi, aucune aide psychologique dans un pays où sur ce syndrome (et sa connaissance et son acceptation par l'univers médical), on est en retard d'au moins deux décennies. Différence entre elle t moi : les origines raciales et sociales qui font qu'une vie est différente, qu'elle n'est pas le même combat pour tous, que l'une part avec plus de différences que l'autre. Dalie Farah est d'origine sociale très modeste, de culture et d'apparence maghrébine, et sa jeunesse ne fut que violence physique... Moi, je suis blanche depuis des générations, et j'ai grandi dans un lotissement de banlieue tranquille.
Dans ce livre, Dalie Farah met le ressenti de sa condition particulière, le masking (camouflage social, imitation) et la sur adaptation durant tout une vie, ce qui mène à l'épuisement. Il y a une vision du monde et surtout, une main qui écrit la douleur, la souffrances, les regards suspicieux, les non aménagements, l'incompréhension, le rejet, la méconnaissance, l'intolérance à la différence et à ceux qui représentent 80% des personnes reconnues comme handicapées : celles porteuses de handicap "invisible". Invisible à qui ne veut voir, ne sait pas voir, dont les difficultés sont reniées ou mises sous le tapis par l'individu, le collectif ou la cellule familiale. Des handicap reconnus administrativement mais méconnus dans la conscience et la perception collective. Des porteurs de handicap invisible qui ne cessent d'avoir à argumenter et prouver, alors qu'ils sont.
Il y a l'effondrement qui mène au diagnostic TSA et la suite... Comme lors d'un déni de grossesse, il est courant que les symptômes se manifestent beaucoup plus et rendent encore plus difficile, ou impossible, ce qui l'était avant. D'autant que la cinquantaine, c'est aussi la période de la ménopause et que cette crise hormonale intensifie aussi les manifestations autistiques... Mais cela, personne ne vous le dit...
Bref, sur le fond, je me suis beaucoup retrouvée dans cette sentinelle que personne ne relève (titre très bien choisi par ailleurs). Mais sur la forme, je suis plus mitigée.
L'écriture de Dalie Farah est très soignée, très littéraire, et peut-être trop pour moi et pour un tel sujet. Les autistes ont du mal à comprendre l'implicite et ces pages n'en manque pas, que ce soit sous forme poétique ou métaphorique. Ce qui a nui à la fluidité de ma lecture, à mon empathie envers la narratrice, à la compréhension de certaines sentences. J'aurais eu besoin de plus de limpidité dans le récit, si toutefois c'était possible par rapport au mode de fonctionnement de Dalie Farah.
Certes, l'autisme est compliqué car aussi diverse qu'il y a d'autistes, mais j'espérais trouver dans ces pages un soutien pour expliquer à mon entourage ma réalité quotidienne sans m'entendre dire, dès que j'explique un détail "oh tu sais, on est tous un peu autiste"... Mais si je peux conseiller ce livre pour sa puissance et sa qualité littéraire, je ne peux le faire en tant qu'outils d'éclairage limpide du Trouble du Spectre autistique sans déficience intellectuelle. Certes, je me sens moins seule dans le diagnostic tardif (assez courant pourtant parce que féminin donc différent), mais ne me sens pas plus armée pour affronter efficacement et sans me perdre les sceptiques. Même si le livre montre parfaitement l'errance et la solitude médicale, un passé qui s'éclaire mais un présent et un avenir des plus confus, j'aurai eu besoin d'un peu plus d'ordre. D'ailleurs, Dalie Farah s'interroge (p204) "Ai-je écrit des livres qui ne peuvent accéder à leur pleine force que s'ils sont lus par ceux qui sont câblés comme moi ou qui ont une hypersensibilité atypique"?
Ma réponse est non... Puisque par diagnostic, je suis câblée comme elle. Et l'hypersensibilité atypique est des plus multiples. Si ça se trouve, cet ouvrage sera plus apprécié dans son entièreté par un lectorat neurotypique qui y verra un très bel ouvrage littéraire, parce qu'il n'y cherchait pas outil d'information, de sensibilisatio et d'explication pour son entourage.
« Je suis une de ces femmes diagnostiquées tardivement, une de ces femmes qui a fait avec ce qu'elle était sans savoir comment faire, je suis une de ces rescapées qui doit de nouveau apprendre à vivre après plus de 50 ans. Je suis une sentinelle qu'on ne relève jamais et je voudrais écrire ici pour toutes les sentinelles. Celles qui, depuis l'enfance, apprennent à être dans un monde hostile et inadapté. Celles qui portent en elles une vigilance ancienne, une sentinelle intérieure qui ne dort pas, qui observe, qui ressent, qui souffre de ressentir et de ne pas comprendre qui elle est. »
"L'autiste a un monde en lui. Ne pas y accéder ne veut pas dire qu'il n'existe pas."
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