LA PETITE FILLE DE MONSIEUR LINH, de Philippe CLAUDEL

Publié le 4 Avril 2012

Roman - Editions Livre de Poche - 184 pages - 5.50 €

 

 

Parution en poche en 2007 (sinon, 2005 chez Stock)

 

 

 

L'histoire : Monsieur Linh est un vieille homme qui débarque en France après un long périple en bateau. Il n'a qu'une simple valise et il sert très fort, dans ses  bras, sa petite fille, seule survivante du bombardement qui a décimé son village à l'autre bout du monde. Il est alors recueilli dans un dortoir pour réfugiers... Il ne parle pas un mot de Français quand il s'aventure, avec sa petite fille, dans les rues où rien ne ressemble ni ne sent comme dans son village. Il s'assoit sur un banc. Un grand et gros homme vient s'assoir prêt de lui. Avec deux mots qu'ils ne comprennent même pas de la même façon, les deux hommes font, au fil du temps, tisser une amitié très forte. Une amitié où les mots sont superflus.

 

 

Tentation : La blogo et la réputation du livre

Fournisseur : Ma PAL !

 

 

 

 

  Billet spécial dédicace for... Viviane !

 

étoile3etdemi

 

 

Mon humble avis : Dans la série bluff total, j'avais cité récemment Tuer le père de Nothomb, le Scriptorium d'Auster, La double vie d'Anna Song de Minh Tran Hui. Et bien ajoutons sans hésitation "La petite fille de Monsieur Linh" à cette liste méritante. Bien sûr, tout au long du livre, on trouve nombre d'anormalités, on se doute bien que quelque chose nous échappe mais jamais ô grand jamais, on imagine cette vérité. Une vérité, une fin qui ne laisse pas de marbre, qui bouleverse, qui peut paraître abrupte et peu développée, mais qui laisse surtout je pense au lecteur la possibilité d'y trouver sa propre interprétation. Et de se poser les bonnes questions. En effet, on s'accorde à dire que la littérature n'est pas là pour donner des réponses mais pour conduire à s'interroger sur d'autres chemins. En tout cas, cette fin m'a estomaquée et je ne saurais dire s'il elle m'a "convenue" ou non. Mais elle m'a bien chamboulée.

Mais avant la fin, il y a le roman entier... Prenant, mélancolique, juste, très juste et qui ne se perd pas dans des détails. Même le pays d'origine de Mr Linh et sa ville d'accueil ne sont pas nommés, donnant ainsi une universalité à cette histoire. Moi j'y ai mis les noms Vietnam et Marseille, vous choisirez les vôtres.

On s'attache terriblement à ce vieillard qu'est Monsieur Linh, qui, pour que survive sa petit fille, a entrepris la grande traversée, pour lui assurer un avenir meilleur, sur une terre moins hostile... où tout lui est hostile à lui. Car il ne reconnaît rien, pas une odeur, pas un paysage, pas un mot. Et là, on peut entrer dans la peau de ses hommes et femmes qui, fuyant leurs pays pour X raisons, se retrouvent dans un univers et une culture qui leur sont étrangers, pour lesquels ils n"ont même pas été préparés. Un pays où ils dépendent des quelques mots qu'on veut bien leur traduire et qui sont insuffisants pour leur permettre de comprendre ce qui se passe autour d'eux, ce qu'ils deviennent eux mêmes.

Mais heureusement, dans cette âpreté environnante, il y a l'amitié que crée Monsieur Linh avec Monsieur Bark, le gros homme. Ils se rencontrent sur un banc de parc. L'un parle, l'autre écoute sans comprendre. Une amitié faite de présence, de regards, d'attentions, d'intonations dans la voix. Une amitié qui brise toute les barrières et qui reporte au second plan l'importance de la compréhension linguistique. L'amitié est donc au delà de ça. Et cela m'a fait penser à mon père qui, il y a 25 ans, avait des conversations à bâtons rompus avec un ami espagnol. Aucun ne parlait la langue de l'autre, mais à force de geste et quelques similitudes phonétiques entre deux langues latines, ils parvenaient à refaire le monde. Monsieur Bark et Monsieur Linh ne refont pas le monde, mais à eux seuls ils comblent celui de l'autre. Et tout cela est dit, écrit, décrit magistralement, avec une justesse remarquable. Une très belle histoire, mais bien plus que cela, étant donné la fin qui vous attend !

 

 

Rédigé par Géraldine

Publié dans #Littérature française

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S

J'aime l'écriture de Claudel.


Contrairement à vous, j'ai assez vite deviné l'origine de ces "anomalies" dont vous parlez. Mais cela a peu d'importance.


Le sujet est grave...le roman est lumineux, porteur d'espoir.


Un très joli roman.


Bien à vous


Stéphanie
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G


@ stéphanie : Je trouvais le comportement bizarre par moment, mais n'en n'ai jamais imaginé une telle raison !



V

J'ai vraiment beaucoup aimé ce roman et je n'ai pas vu venir la chute.
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G


@ Valérie : Oui, une chute qui nous ferait bien chute de notre siège !



L

J'étais restée sur ma fin avec ce roman car j'ai compris dès le début cette petite diffiérence avec cette petite fille. Chose qui m'arrive quasiment pas d'habitude Comme j'entendais dire de tout
le monde que ce livre était surprenant, j'ai attendu jusqu'à la fin pour la surprise.


J'en suis bien navrée car visiblement beaucoup on aimait sa lecture.
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G


@ Loo : hé ça peut arriver. Moi, j'attendais un livre profond et bouleversant, mais je n'attendais pas de coup de théâtre particulier qui te faire revoir le roman tout à fait différemment. j'ai
donc vraiment adoré !



V

Merci Géraldine pour la dédicace  (je sais pourquoi je ne l'avais pas remarqué). Je n'ai pas lu "la petite fille
de M.Linh" et tu me donnes bien envie de le lire. J'avais vraiment beaucoup aimé "le bruit des trousseaux", "les âmes grises"... et "le rapport de Brodeck"(exemplaire dédicacé par Claudel
 ), dont je viens de relire le billet que tu lui as consacré et que je trouve vraiment très dur. Mais comme j'ai
moi-même bien moins aimé "l'enquête", je comprends qu'on ne se laisse pas toujours prendre par ses récits. Au moins bénéficie-t-il désormais d'une opinion majoritairement favorable dans ton blog

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G


@ Vivianne : Et ce n'est que le début, puisqu'une autre chronique est déjà programmée et que Mr Claudel m'a donné son accord pour une interview vers les mi juin



P

Un de mes coups de coeur de l'année dernière qui m'a donné envie de mieux connaitre l'auteur. J'avais pourtant hésité à lire ce livre.


Bonne fin de semaine.
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G


@ Philippe : Oui, je me souviens l'avoir vu son ton blog, ce qui m'avait incité à remettre ce livre en haut de PAL !



E

J'ai vraiment adoré ce roman!
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G


@ Edelwe : A une execption, tous les commentaires sur ce billet vont dans ce sens !



C

c'est un roman que j'ai lu il y a déjà plusieurs années. j'avais trouvé que l'universalité était fausse, car des indices nous font inéviatablement pensé à Marseille et le Vietnam.


je n'avais pas fait le rapprochement avec La Double Vie d'Anna Song, qui est pourtant évident. j'ai lu ce livre récemment. sans être totalement convaincue, il y a quelque chose de très beau dans
ce coup de bluff magistral (on ne sait plus s'il est un, double, triple ou quadruple entre celui de l'auteur qui invente la fiction à partir d'un fait réel mais en le transformant et ceux du
personnage auquel on accorde tout de même sa confiance, pour finir par être berné jusqu'à la dernière page, sans jamais lui en vouloir), peut-être parce que la mise en abyme est bien menée, mais
aussi parce que le bluff sert une intrigue très humaine de part les sentiments qui en surgissent, les motivations et les réactions sont très belles je trouve.


il y a cette douceur dans La Petite Fille de Mr Linh, qui sert le mensonge, le bluff, de l'auteur. Arrivé à la dernière page, on ne peut pas lui en vouloir de nous avoir trompé depuis le début,
car on en arrive à comprendre le personnage réfugié dans ses rêves et son refus d'en sortir malgré qu'ils se transforment en cauchemar. on en ressent d'autant mieux sa douleur, et la sensibilité
presque enfantine de Claudel capable de partager cela en quelques pages d'une grande simplicité.
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G


@ Constance :Effectivement, on ne peux que penser au Vietnam et Marseilles. mais si l'Histoire était autre, l'histoire du livre aurait pu être la même.... Mr Linh aurait pu s'appeler Mr Ahmed ou
Mr Sanchez, le livre aurait garder sa force.



A

Ouioui, même le rapport Brodeck.:)
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G


@ AGFE : Alors je m'incline !



L

Une merveille, n'est-ce pas ? Un livre à relire, et à offrir...
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G


@ Liliba : Oui, à relire pour guetter les indices et à offrir, en plus, pas ruineux !



L

Lu il y a quelques temps, et c'était un enchantement. J'adore !!
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G


@ Lilibook : Oui, il y a des livres qui sont des petits miracles.



D

merci pour ce partage dans notre communauté


un livre à découvrir
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G


@ Denis : Oui, un livre à découvrir et un auteur à approfondir pour moi !



Y

Eh oui, encore une fois je ne peux qu'acquiescer à tout ce que tu dis sur ce livre !
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G


@ Yv : Ah bon, j'ai souvent raison ??!!! Si tu pouvais le dire à mes collègues !!!



K

Véritable coup de coeur pour moi 
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G


@ Kikine : Oui, il semble que ce soit le cas pour les 9/10ème de ses lecteurs !



A

J'avais beaucoup aimé ce livre, comme tous ceux de Claudel que j'ai lus jusqu'à présent.
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G


@ AGFE : Même Le rapport de Brodeck ?



M

J'avais beaucoup aimé ce livre aussi et la fin m'avait laissée pantoise. Comme tu dis dès le départ on sent que quelchose cloche mais jamais à aucun moment j'avais envisagé cette fin !
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G


@ Mélusine : Oui, je me demande d'ailleurs si le livre aurait pu s'appeler juste : Monsieur Linh... et si cette petite fille est le début de l'idée du roman.



N

J'avais adoré ce roman, bluffant vraiment ! Je l'ai offert un nombre incalculable de fois depuis !
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G


 @ Noukette : A moi, ceux que j'ai offert sont ceux de Maud Letthielleux, puis récemment le dernier livre de Carole Martinez et enfin, en format poche... La double vie d'Anna Song ! Hélas,
mes cadeaux ne sont pas toujours bien appréciés, (en tout cas, dans leur contenu !)



L

ce petit livre m'avait bouleversée!
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G


@ Lasardine : Tu n'es manifestement pas la seule !



M

Ah, la PAL ! Parfois ça fait du bien de s'y fier ;)
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G


@ Mélopée ! A qui le dis tu ? Et puis de la vider un peu pour pouvoir en rajouter !



S

Je n'ai pas du tout aimé ce livre, sans doute parce que j'avais deviné la fin très rapidement. Je me suis ennuyée en le lisant. Un RDV raté avec Claudel que j'ai découvert un peu plus depuis !
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G


@ Saxaoul : Désolée pour toi, mais tu sembles bien être seule sur ce coup là !  Moi, mon premier RDV manquait avec
claudel fut le rapport de Brodeck. Depuis, ça va mieux ! même beaucoup mieux !



M

Je n'ai rien vu venir moi non plus...
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G


@ Midola  : Ils sont trop fort ces auteurs tout de même, à nous surprendre carrèment sur la fin même hors du schéma thriller !



V

depuis le temps que je veux lire ce livre!!!
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G


Violette : Et bien tu as devant toi un we de 3 jours ?! What else ?!!!



A

un joli billet qui donne envie de découvrir cette histoire... vilaine tentatrice que tu es :p
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G


@ Anne Sophie : Oui, je sais, c'est par pure vengeance !!!



K

Comme toi je suis "bon public", j'ai marché et j'ai été chamboulée (pour une fosi que je lis un roman français avant toi...)
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G


@ keisha :Voui, mais il me semble qu'au début de ton blog, tu lisais plus de français me trompe-je ? Sans doute ta fascination de la lecture des grands espaces est venue avec la découvertes de
certains éditeurs et quelques partenariats ?



S

J'avais ADORE et n'avais rien deviné du tout ! 
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G


@ Sandrine : Certains romanciers sont très doués pour nous bluffer sur la fin, il manie le trompe l'oeil à merveille, tout en étant loin du thriller. C'est vraiment admirable.



C

J'en garde un excellent souvenir surtout que je n'avais pas vu venir la fin!
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G


@ Clara : Oui, je trouve ça carrément bluffant. Et je me demande si c'est l'idée de départ de l'auteur !