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Publié le 2 Août 2019

Livre audio, Catherine Cusset, L'autre qu'on adorait, critique, chronique, avis de lecture

Roman - Editions Gallimard - 7h31 d'écoute - 14.13 €

Parution d'origine chez Gallimard en août 2016

L'histoire : Catherine, la narratrice, fait revivre Thomas en déroulant son histoire. Thomas fut son amant, puis son proche amis. Entre la France et les Etats-Unis, cet homme d'une vitalité exubérante, des projets plein la tête, survécu d'échec en espoir de réussite dans le monde universitaire américain jusqu'à mettre fin à ses jours à l'aube de ses quarante ans.

Tentation : Le sujet

Fournisseur : Bib N°3

 

Mon humble avis : Cette lecture me laisse un peu mitigée malgré la qualité certaine de l'oeuvre et de style. 

Le roman de Catherine Cusset, qui parle évidemment d'un personnage réel est donc partiellement autobiographique. Catherine Cusset raconte la vie de Thomas, telle qu'elle l'a perçue, telle que sans doute les témoignages de l'entourage l'ont décrite. Mais parler à la place d'un mort n'est pas aisé, surtout quand il s'agit d'un suicidé et que l'issue fatale est liée à une pathologie. Ici la bipolarité. Car il est impossible de se mettre dans la tête d'un bipolaire et de saisir pleinement ses souffrances, ses doutes, ses angoisses, ses excès d'énergie, d'enthousiasme débordant suivant des angoisses les plus profondes, de procrastination, des périodes de lassitude et d'inactivité, tout ceci prenant racine dans l'invisible et l'impalpable. Déjà un bipolaire a beaucoup de mal à expliquer cela, alors pour une plume extérieure, l'exercice est périlleux. Et je parle en connaissance de cause car bipolaire, je le suis. Et c'est là que le bât blesse dans ce roman... Il y manque l'émotion, la puissance dévastatrice de la douleur, l'intériorité. Thomas est décrit de l'extérieur, malgré ses confidences à la narratrice.

D'autant que le mot bipolarité et le diagnostic n'interviennent qu'aux trois quart de l'histoire, voire plus loin encore. Et c'est à ce moment que la lecture devient plus prenante et émouvante, quand on sent que la descente aux enfers de Thomas n'en finira jamais.

Nous suivons Thomas sur plus de vingt ans... Depuis globalement sa première crise maniaco-dépressive lors de vacances entre copains à l'étranger. Nous suivons toutes ses études, parsemées d'échecs et de petites réussites, et toute sa vie professionnelle sur le modèle de ses études. Au début, j'ai trouvé cela intéressant de découvrir le fonctionnement du système universitaire américain (thèse, doctorat, publication etc... )Mais comme cela se poursuit sur plus d'une décennie, j'ai fini par avoir l'impression d'écouter une longue litanie... Candidature, rentrée universitaire, cours, rédaction de thèse etc... Le tout couplé aux émois amoureux régulièrement enthousiastes puis désespérés de Thomas.

J'imagine que peut-être, les lecteurs qui méconnaissent les maladies bipolaires peuvent être déconcertés par cette lecture très chronologique et donc répétitive, où les indices de la pathologie peuvent presque paraître invisibles si l'on n'est pas un minimum informé sur la maladie... Et de ce fait, le personnage de Thomas peut paraître bien souvent fainéant, prétentieux, orgueilleux, irresponsable, bref, pas forcément attachant pour le lecteur, même si dans sa vie, Thomas est aimé et ne manque ni d'amis ni de connaissances. Alors que lorsque le diagnostic tombe, on souffre avec lui. Si j'avais été Catherine Cusset, j'aurais ouvert le roman sur le diagnostic, pour ensuite dérouler la vie de Thomas qui aurait été ainsi éclaircie et expliquée par cette maladie qui est, rappelons-le, classée par l'O.M.S comme l'une des 10 maladies les plus invalidantes du monde. Et là, et alors seulement là, "l'autre qu'on adorait" aurait été un roman utile pour que les maladies bipolaires soient mieux connues et mieux comprises par un plus grand nombre.

Je n'ai pas les mots exactes de Catherine Cusset, mais sur la fin, elle dit : "Lorsqu'un bipolaire meurt, c'est un rire qui disparaît de la terre". Et oui, en public, les bipolaires sont souvent très drôles, bout en train, débordants d'énergie. Ils apprennent à s'imiter eux-mêmes lors des moments difficiles, pour donner ce que l'on attend d'eux : humour et énergie.

L'avis de Sylire

 

 

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Rédigé par Géraldine

Publié dans #Littérature française, #Livres audio, lectures audio

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Publié le 29 Juillet 2019

Roman - Editions J'ai Lu - 284 pages - 7.10 €

Parution d'origine chez Eyrolles en 2017

L'histoire : Nathan et Nathalie sont parisiens et fatigués de l'être. Leurs enfants ayant quitté le nid familial, ils décident de changer de vie. Direction Uzès, dans le Gard... Et sur la place aux Herbes de cette petite commune, la librairie est à vendre. Nathalie quitte donc son métier de professeur de français et acquiert cette librairie. 

Au fil de ces pages, Nathalie partage avec nous les rencontres marquantes avec certains de ses clients lecteurs, tous différents comme il se doit, tous touchants, tous à un carrefour de leur vie.

Tentation : Titre, couv et pitch !

Fournisseur : Ma CB

 

 

"Dis moi ce que tu lis, je te dirai qui tu es".

Mon humble avis : Ce roman est un délice ! Les mots qui le qualifieraient le mieux sont : bienveillance, curiosité, partage, rencontre, lecture, livre, sagesse.

Il y a un côté initiatique et bien-être dans cette histoire mais se limiter à ces expression serait très réducteur.

En fait, tout n'y est que douceur, même si certains personnages sont un peu cabossés par la vie.

Le style est fluide, soigné mais guère trop, il convient tout à fait à ce style de lecture, faussement légère, et pas du tout plombante. En fait, j'ai comme l'impression que "La librairie de la place aux Herbes" ne s'éloignera jamais vraiment de moi, tant j'aurais sans doute besoin d'en relire certains passages, ou d'y retrouver certaines références littéraire. A ce propos, ça tombe bien, inutile de prendre des notes durant votre lecture car en fin de roman, l'auteur liste chaque titre et auteurs cités et le personnage à qui Nathalie a conseillé ces ouvrages, toujours pour des raisons bien précises.

Car Nathalie partage une réelle relation, toujours pudique, mais toujours à l'écoute, avec ses clients. Grâce aux livres qu'elle leur suggère, elle aide certain à retrouver l'apaisement, le bon chemin, à prendre une décision refoulée, à patienter lorsque le corps est en panne, à oser exprimer leur besoin... Tout cela grâce à la littérature, excellent antidépresseur.

Chaque client/lecteur a droit à son chapitre. Et dans ces échanges avec eux, Nathalie trouve un écho dans sa propre vie, ce qui lui permet de se confier ou de réfléchir sur la notion de couple, de parentalité, de zone de confort.

Nous rencontrons donc Chloé, jeune adolescente de bonne famille, qui ose s'affranchir des lectures classiques imposées par sa mère comme un bagage soit disant nécessaires. Vient ensuite Jacques, pèlerin, qu'une jambe fatiguée oblige à interrompre momentanément son long voyage pédestre. Philippe, l'infatigable voyageur et peintre qui nous réserve une belle surprise en chute, démontrant s'il en est besoin le pouvoir d'évasion et de connaissance que sont les livres. Nathalie apprendra à lire à Leïla, mais aussi à reconnaitre la grossesse dont elle fait un dénie. Bastien envoie régulièrement un livre par la poste à un "inconnu", jusqu'au jour où ceux-ci reviennent avec la mention : n'habite plus à l'adresse indiquée. Tarik est un grand traumatisé de guerre. La lecture que lui fait Nathalie l'amènera à enfin retrouver l'usage de la parole. Et ainsi de suite, les lecteurs se suivent mais ne se ressemblent pas.

Bref, "La librairie de la place aux herbes" est une véritable ode aux livres et à l'entendue de leurs pouvoirs, et au delà, la rencontre humaine et le partage. C'est un roman qui célèbre l'auteur, le libraire et le lecteur. Une véritable invitation à la lecture, au plaisir que cela procure, quel que soit le livre lu. "Mais lire à tort et à travers, sans règle ni mesure, avec comme seule obligation le plaisir de lire". ¨Peu importe la littérature, seul compte le plaisir de lire. Et je suis bien d'accord avec cela, moi qui me mets en colère dès que certains mitraillent des auteurs de best sellers sous prétexte qu'ils ne font pas de la littérature. Et alors, qu'est-ce qu'on s'en fiche non ? N'importe quel livre peut être le passe-frontière dont chacun peut avoir besoin à un moment où à un autre. Alors, pourquoi s'en priver ? 

Lisez donc les amies, et pourquoi pas "La librairie de la place aux herbes", qui ne peut que vous faire du bien !

 

PS : Ce roman me donnerait bien envie de partir m'installer à Uzès, tant les descriptions et le bonheur de vivre qui émanent de ce roman donne envie. Mais, ne supportant déjà pas la canicule bretonne, je pense que je ne descendrais pas plus au sud !

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Rédigé par Géraldine

Publié dans #Littérature française

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Publié le 25 Juillet 2019

Roman - Editions Audiolib - 5h42 d'écoute - 19.90 €

Parution d'origine aux éditions Le dilettante en mars 2014

L'histoire : Un fakir indien débarque à Roissy et prend directement un taxi pour Ikéa. L'objectif de son voyage payé chèrement par les gens de son village, acheter le dernier lit à clous du géant Suédois. Dès lors, commence alors pour lui un périple rocambolesque, qui le mènera en Angleterre, en Espagne, en Italie, en Libye. Le tout par des moyens de transport étonnants, dont cette fameuse armoire... En chemin, il fera des rencontres enrichissantes, amicales ou très menaçantes qui le changeront à jamais.

Tentation : La renommée de ce roman... Curiosité

Fournisseur : Bib N° 3

 

 

Mon humble avis : Je devais être l'une des dernières lectrices à avoir fait l'impasse sur ce fameux bestseller au titre intriguant, paru il y a quelques années, et qui a déjà été transposé au cinéma (Pas vu).

Ce roman est vraiment agréable à découvrir car très innovent. Le rythme y est trépident, rien ne s'arrête jamais. Pour le fakir comme pour le lecteur, point de repos, une péripétie suit une autre. On est toujours souvent dans le burlesques, une fait même des incursions dans l'ubuesque et puis soudain, l'auteur nous ramène à la triste réalité du monde... Car certes, notre fakir indien, aussi naïf qu'arnaqueur de métier, découvre un monde qui lui était tout à fait inconnu dans son désert des Tartares... Mais il croise la route de ces hommes et femmes qui fuient leur pays dans l'espoir d'un monde meilleur... Qu'ils fuient une famine, un régime totalitaire... Ils sont déterminés et sont en fait les nouveaux aventuriers du XXIème siècle... Ce qu'en dit Romain Puértolas est vraiment touchant.

Aussi, au delà de l'aspect comédie XXL, l'auteur nous touche avec le destin de ses migrants, via notamment le personnage de Virage. Il y a donc du sérieux et le sujet de l'exil, des sensations des exilés est justement développé. Et la morale de l'histoire est qu'il n'y a pas de bonheur plus intense que de donner, d'offrir, d'aider l'autre. Ce qui fait que ce roman est très proche du conte.

J'ai beaucoup aimé l'apparition de personnages réels dont l'identité est à peine camouflée par un pseudonyme (ex : Sophie Morceaux) et franchement, j'ai trouvé jouissive l'imagination débordante et débridée de l'auteur. Romain Puértolas joue énormément avec les mots et donc les jeux de mots. Au début, je m'en suis beaucoup amusée, pour finir par m'en lasser, cela apportant quelques longueurs inutiles au texte.

Pour conclure, ce roman est effectivement à découvrir si ce n'est déjà fait, c'est une lecture parfaite pour l'époque estivale. Une lecture plaisante et originale, qui détend le cerveau et change les idées, sans vous faire oublier les oubliés du monde pour autant.

 

PS : Une suite de ce roman est paru... je l'ai dans ma PAL audio, aussi, je vous en dirai plus dans quelque temps !

 

 

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Rédigé par Géraldine

Publié dans #Livres audio, lectures audio, #Littérature française

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Publié le 11 Juillet 2019

Yasmina Khadra, Roman, Khalil, terrorisme, littérature

Roman - Edition Lizzie - 6h d'écoute - 19 €

 

Parution d'origine chez Julliard en août 2018

L'histoire : 13 novembre 2015. Des hommes venant de Belgique approchent en voiture de Paris. Dotés d'une ceinture d'explosifs, certains sont déposés  au stade de France et un autre près d'une station RER au centre de la capitale. Lui c'est Khalil. A l'instant fatidique, sa ceinture ne fonctionne pas. La voilà vivant malgré lui, seul etc... Ce roman se penche sur ce personnage. Qui est- il, d'où vient-il ? Comment en est-il arrivé là ?

Tentation : J'aime bien Khadra

Fournisseur : Bib N°3

 

Mon humble avis : Un sujet très difficile, et si proche de la réalité... Tant de façon temporelle que dans le déroulé. 2015, c'est encore comme si c'était hier dans la mémoire collective. Aussi dans un premier temps, je me suis demandé si l'écriture d'un tel livre était adéquate, acceptable même au nom de la littérature. Et puis oui, tout à fait, même si cette lecture met vraiment à mal le lecteur, en le replongeant dans l'horreur de 2015, même si j'ai eu la chance d'en être géographiquement éloignée. Je me demandais même si j'avais envie d'en savoir plus sur mon pire ennemis, mon plus insidieux et lâche ennemi, quel que soit le prénom qu'il porte. Et encore une fois, oui.

Car Yasmina Khadra nous plonge entièrement dans l'âme, l'esprit, la vie, les convictions d'un kamikaze et au coeur d'une organisation terroriste islamiste. Il explique ce qui parait inexplicable. Après, comprenons-nous bien, expliquer et comprendre n'ont rien à voir avec justifier, excuser et/ou pardonner. Mais comprendre pourrait peut-être permettre d'éradiquer, de tuer le mal à la racine. Comme le dit l'auteur dans ces pages, l'important n'est pas comment cela finit, mais où cela commence.

Nous suivons donc le processus de radicalisation à travers les mots de Khalil le narrateur. Radicalisation pour appartenir à un groupe, être accepté, reconnu, apprécié, admiré de ses pairs "Les frères". Jusqu'au lavage de cerveau total, l'embrigadement qui ne laisse plus une place à la liberté de pensée ni au moindre discernement. Malgré l'explication, ce Khalil reste détestable d'aveuglement et d'obstination. Il donne froid dans le dos et des envies de baffes magistrales et de seaux d'eau glaciale sur la tête. Malgré son histoire, je n'ai eu aucune empathie pour lui. Même si, au cours du livre et d'un autre attentat en Belgique, il devient une victime collatérale par la perte d'un être cher, ce qui va un peu réveiller sa conscience.

Ce roman est évidemment prenant et très intéressant car il donne une des explications possible sur l'une des guerres qui n'épargne personne. Maintenant, j'avoue que le style m'a gêné. La belle plume soignée de Yasmina Khadra est évidemment là, mais est-elle adaptée au niveau socio culturel du narrateur ? Cette question m'a taraudée tout au long de mon audio lecture (d'où mes 3 pattes et non 4)

 

 

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Rédigé par Géraldine

Publié dans #Livres audio, lectures audio, #Littérature française

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Publié le 5 Juillet 2019

Nouvelles - Editions Gallimard - 176 pages - 16.00 €

Parution le 7 février 2019 :

Le sujet : 9 nouvelles sur les lisières de l'humain... Son animalité, ses libertés, ses envies, la folie, sa solitude, sa mégalomanie au dépend de la nature... Tout ce qui l'approche du trop loin, du point de non retour, à moins que la lisière soit déjà franchis... et que l'essentiel soit en danger. Et presque dans chaque nouvelle, un animal tient un rôle primordial.

Tentation : Le billet de Clara

Fournisseur : Ma CB

 

 

Mon humble avis : J'ai lu ce recueil, prix Goncourt de la Nouvelle, il y a déjà quelques semaines et hélas, les aléas de la vie ne m'ont pas permis de rédiger de suite mon billet. Et c'est dommage, car mon plaisir de lecture fut intense mais alors que je me penche de nouveau sur ce titre, je réalise que l'histoire de certaines nouvelles m'échappe déjà.

Et pourtant oui, je me suis régalée tant des propos et de leur mise en scène, que par l'écriture magnifique de Caroline Lamarche.

Dans la plupart des nouvelles, un animal (ou une espèce animal) est présent, presque comme le miroir de l'Homme... L'homme tel qu'il aimerait être, l'Homme destructeur de la nature, l'Homme fragile. Il y a Frou Frou, une cane en convalescence d'abord dans un refuge animalier, puis chez Louis, l'un des bénévoles qui partage une relation extraordinaire avec elle. Jusqu'à ce qu'un jour, Frou Frou puisse redéployer ses ailes et reprendre sa liberté d'animal. Et le bénévole est partagé : bonheur d'avoir "réparé" l'animal, tristesse de le voir partir. C'est cette nouvelle qui m'a le plus remué et parlé... Puisque, si pas de Frou Frou dans ma vie, des chats, que je remets sur pattes et à qui, parfois, je rends la liberté.

Il y a aussi un hérisson sur une route... Une jeune femme s'arrête pour le ramasser et le déposer à l'abri dans des buissons. Cet acte l'amènera à se questionner sur sa vie, sa relation amoureuse.

Il y a des fourmis... que la bêtise humaine gratuite détourne le chemin et perturbe le quotidien, l'organisation ancestrale. Et des Hommes qui prennent la nature comme un terrain de jeu, peu importe les traces indélébiles qu'ils y laissent.

Il y a Fish le chat, qui tient compagnie à deux jeunes filles paumées et SDF, et qui restera le lien entre ces jeunes filles et le narrateur, un homme qui s'est pris d'affection pour elles et leur compagnon à 4 pattes...

Il y a un écureuil, un merle, un cheval... Des animaux qui nous disent tant sur nous, qui nous révèlent à nous-mêmes et qui nous éclairent sur notre monde, sur notre vie et ce que nous en faisons. L'interaction entre l'Homme et la nature, et l'animal. Quelle soit réelle ou juste ressentie, par l'un ou les deux protagonistes. C'est tout ceci que nous conte Caroline Lamarche, dans un style parfois onirique, toujours fluide, direct, et une émotion profonde, délicate, belle et réparatrice. Une magnifique puissance littéraire.

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Rédigé par Géraldine

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Publié le 3 Juillet 2019

Sophie fontanel, Grandir, roman, vieillesse

Roman - Edition J'ai Lu - 157 pages - 6.10 €

Parution d'origine chez Robert Laffont en 2010

 

L'histoire : Sophie est journaliste de presse féminine, spécialiste de la mode. Il lui faut tout gérer... Son métier et sa mère, très vieillissante. Sophie nous conte l'accompagnent de sa mère dans le dernier âge, avec toutes les questions et les découvertes que cela comportent. Tout comme les petites joies et les grandes tristesses de la fatalité.

 

 

Tentation : Ma PAL

Fournisseur : Ma PAL

Mon humble avis : Ce roman, cela fait des années qu'il traîne dans ma PAL et que j'en reporte à chaque fois la lecture... Tant j'en craignais le sujet... L'accompagnement en fin de vie n'étant pas très excitant, voire même pour moi terrifiant. Et puis, j'ai pris mon "courage" à deux mains et je ne regrette pas.

Ce texte est magnifique ! Il aurait même pu devenir un de mes coups de coeur si une légère lassitude ne s'était pas installée en moi dans mes derniers moments de lecture. Tant de pudeur et de justesse pour évoquer un tel sujet, je dis bravo. En fait, il ne s'agit pas vraiment de fin de vie, puisque ce roman ne s'achève pas par le grand voyage. Donc pas de deuil, si ce n'est celui de la jeunesse et de l'indépendance. Cette fin reste ouverte, même aucun lecteur ne se fera d'illusion, puisque nous sommes ici face à la vie, la vraie vie, à l'issue inéluctable.

Dans ce roman, qui est une autofiction, Sophie Fontanel évoque le grand âge de sa mère, celui où la mémoire s'absente et le corps glisse. Le corps est fragile, il se casse... Et tout ceci amène à la dépendance et l'organisation matérielle et humaine que cela impose pour les autres... Et l'attente, la résignation, la résilience, la patience et l'impatience, les nouvelles occupations qui semblent si dérisoires aux valides pour celui ou celle qui avance en âge. Il y a les silences et aussi ces moments où les proches parlent pour ne rien dire, juste par gène ou pour emplir l'espace silencieux. Il y a la pudeur et le respect de la pudeur nécessaire quand vient le moment de faire une toilette. Et puis, il y a des moments magiques qui prouvent que la mémoire n'est pas tout à fait partie, qu'il en reste des choses dans la tête... Ici, lorsque Sophie répond à sa mère par une scène du Misanthrope, et que celle-ci poursuit la scène avec délice et perfection. Grandir est vaste de sujets abordés autour du sujet de la vieillesse, de la vie, de la jeunesse, du miroir qu'offre le parent vieillissant etc. Les responsabilités accrues de Sophie permettent à sa mère une certaine insouciance. Mais il y est surtout question de sagesse, de tendresse et de beaucoup d'amour, quand vient le moment où les enfants prennent soin de leurs parents comme ceux-ci l'ont fait à leur naissance. La différence, c'est que les parents apprennent les gestes aux enfants pour les mener à l'indépendance. Les enfants font ces gestes parce que les parents sont désormais contraints à la dépendance.

Et c'est là vraiment que l'enfant, même s'il est adulte depuis belles lurettes, grandit réellement. En s'ouvrant différemment aux parents, en donnant sans retour, en prenant conscience de toute une réalité, en se questionnant vraiment sur un certain sens de la vie, de la parentalité. En accompagnant sa mère, Sophie va grandir et désormais vivre autrement, supprimant des carcans qu'elle s'était elle-même imposé. Et c'est en vieillissant puis en disparaissant que les parents complètent et achèvent l'éducation de leurs enfants, même devenus grands. Quand la boucle est bouclée.

Tout cela est écrit majestueusement, dans un style vivant et tendre (sans pour autant omettre les difficultés, les moments de découragement etc), sans jamais tomber dans le pathos. Je craignais que cette lecture soit pesante pour moi, en fait, elle fut un moment de grâce, vraiment inattendu.

 

 

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Rédigé par Géraldine

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Publié le 27 Juin 2019

Roman littérature avis de lecture, blog
Trois jours et une vie, de Pierre Lemaître

Roman - Editions Audiolib - 6h21 d'écoute - 19.40 €

Parution d'origine chez Albin Michel en mars 2016.

L'histoire : Un village de province entouré de forêts. Un jeune garçon isolé des autres. Lui aime construire des cabanes dans les bois alors que les autres sont sur leur play station. Et puis il y a la mort du chien des voisins, renversé par une voiture et que le maître achève d'un coup de fusil, sous le regard traumatisé d'Antoine.

C'est alors que l'enfant du voisin disparaît et ne réapparaîtra jamais. Stupeur dans tous le village, qui y voit l'annonce de catastrophes à venir...

Tentation : Pourquoi pas ?

Fournisseur : Partenariat avec Audible

 

Mon humble avis : Ce qui m'épate avec Pierre Lemaitre, c'est le brio avec lequel il passe d'un genre littéraire à l'autre avec ce qui semble être une facilité déconcertante.... Le thriller, c'est avec Robe de marié que j'ai découvert Lemaître. Puis le roman historique avec "Au revoir là-haut". Et ici, un roman noir sur un fait divers, mais qui n'est ni historique ni thriller. Pas de rythme haletant, ce n'est pas le but, et pourtant, nous voici prisonniers de cette atmosphère pesante, sombre, de cette histoire et de ses personnages. De l'étude que fait l'auteur de chacun des protagonistes, jusqu'à leur profondeur la plus sombre. Les protagonistes individuellement, mais aussi collectivement, puisqu'ils forment un village où certains parlent beaucoup quand d'autres se taisent pour mieux observer. De l'attente, du secret que nous connaissons... Sera ou ne sera pas dévoilé ? Est-il connu d'un autre que nous et du principal intéressé ?

En tout cas, le drame, la situation de culpabilité pesante, un coupable involontaire tellement innocent que l'on partage ses peurs, son désarroi, sur plusieurs époques et donc jusqu'à l'âge adulte. Mais évidemment vient la question de la justice.

Un drame qui dure trois jours mais qui hante toute une vie... Le tout écrit avec justesse et délicatesse par un auteur qui n'a plus à faire ses preuves.  L'émotion est là sans être sur-exploitée. Je pense qu'ouvrir un Lemaitre est une garantie de qualité, et ce, quel que soit le genre littéraire. J'aimerais être une petite souris pour voir sur quoi ce Monsieur travaille actuellement !

 

 

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Rédigé par Géraldine

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Publié le 15 Juin 2019

Nouvelles - Editions Livre de poche - 216 pages - 6.90 €

Parution d'origine chez Albin Michel en 2010

L'histoire... ou plutôt les histoires... Ont comme fil rouge Ste Rita, la sainte des causes désespérées... L'on rencontre une supposée empoisonneuse de maris qu'un prêtre mènera peut-être à la rédemption. Un marin qui apprend en pleine mer le décès de l'une de ses filles... Une première dame de France qui exècre et menace la réélection de son président de mari... Un escroc qui vend des bondieuseries en Chine et qui va retrouver son bourreau vingt ans plus tard. La question au fil des pages est : sommes nous accrochés à un destin ou libres de changer ?

Tentation : Un bon Schmitt fait toujours du bien

Fournisseur : Ma PAL !

 

Mon humble avis : Quelques jours à passer loin de chez moi et incapable de choisir un livre dans ma PAL organisée pour les mois à venir. Je prends un livre que je repose et ainsi de suite. Bref, pas inspirée. Alors, la solution, un livre d'Eric-Emmanuel Schmitt, car je sais que je vais aimer et l'aspect terrain connu me rassure. Et puis, à l'époque de sa sortie, ce recueil a reçu le prix Goncourt de la nouvelle... 

Une fois de plus, Schmitt me divertit comme j'en ai besoin et me plonge aussi dans de profonde réflexion. Ce que j'aime particulièrement chez cet auteur, c'est qu'il met la philosophie au rang du divertissement, sans prise de tête. Et toujours dans un style fluide et agréable.

Schmitt se penche ici sur le courant de pensée du déterminisme... Tout serait déterminé d'avance, et quoique l'on puisse faire, rien ne changera notre destin. Bien sûr, même s'il se penche sur ce sujet, on voit bien que l'auteur de l'approuve pas. Il est donc question aussi de rédemption qui n'efface pas les maux commis ou de damnation, de conscience individuelle. Mais surtout, Schmitt s'interroge sur le moment où nous devenons ce que nous sommes amené à être réellement et comment nous y parvenons.

Ces quatre nouvelles sont d'égales qualités, même si celle qui apporte son titre à ce recueil est sans doute celle qui m'a la plus touchée et embarquée, car elle prend la teinte et le rythme d'un thriller. La dernière nouvelle, "un amour à l'Elysée", montre comme les autres que la distance que l'on prend sur certains événements nous donne une autre vision, d'où émane l'essentiel... 

Cerise sur le gâteau, le livre s'achève sur le journal d'écriture d'Eric-Emmanuel Schmitt. Passionnant à lire  et à méditer ! Il y défend l'art de la nouvelle, du travail que cela demande et disserte sur la nuance de taille entre la simplicité et le simplisme, sur la plupart des romans qui n'ont pas leur juste taille.... Bien trop longs ou trop court. L'essentiel étant d'aller à l'essentiel sans prendre de détours inutiles. Et ça, mon auteur chouchou sait parfaitement le faire ! Donc, ne faites pas de détours lorsque vous croiserez ce recueil, allez à l'essentiel et lisez le !

 

 

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Rédigé par Géraldine

Publié dans #Littérature française

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Publié le 7 Juin 2019

autofiction, justine levy, livre audio, avis, critique

Roman - Editions Audiolib -4h d'écoute - 18.30 €

Parution d'origine chez Stock en février 2010

 

L'histoire : Alors qu'Alice, sa mère, se meurt à l'hôpital d'un cancer, Louise apprend qu'elle est enceinte. Une vie s'en va, une autre arrive. Et si celle-ci se nourrissait de l'autre, prenait la place de l'autre.  

 

 

Tentation : Ma PAL audio (et oui, elle existe !)

Fournisseur : Bib N°3

 

Mon humble avis : Estampillé roman, ce livre est tout de même une autofiction. A une époque, je me régalais de ce type de littérature, surtout quand elle émanait d'auteurs bien ni dans leurs têtes, ni dans leur corps... Bref, j'aimais cette littérature tendance nombriliste et auto-apitoiement. Il semble que j'ai évolué car Mauvaise fille ne m'a pas prise aux tripes et m'a par moment agacée par la répétition des propos tenus.

Il n'empêche la fragilité de Justine Levy reste touchante et l'on en comprend les racines (ou du moins en partie). Cette mère qui n'a jamais été adulte, qui l'a négligée à un point inimaginable et même irresponsable... A 5 ans, la petite Louis -Justine finissait ivre en vidant les fonds de verre lors des soirées chez sa mère, soirées au minimum alcoolisées, cannabissées voire plus, était oubliée à l'école, j'en passe et des meilleurs. Bref, c'est une enfant qui n'a pas été considérée comme telle, qui n'a reçu ni amour ni tendresse maternels... Et dont le célèbre père BHL, parcourait le monde. Et pourtant, cette Louise adulte semble adorer sa mère et l'accompagne dans sa dernière ligne droite. Mais elle pense que sa fragilité fait d'elle une mauvaise fille. Et l'on peut aisément comprendre ses peurs et angoisses face à la maternité qui s'annonce. Comment être une bonne mère quand on n'a pas vraiment été une petite fille, que l'on n'a pas reçu ce que l'on doit transmettre ?

Le chassé-croisé de la mort et de la naissance est un sujet évidemment intéressant à sonder, tout comme celui du deuil qui suit et qui se superpose avec les premiers mois de vie de l'enfant.

L'écriture est simple et enjouée, un peu comme parlée, cela s'écoute bien, d'autant que Marielle Ostrowski, l'interprète, met vraiment ce texte en valeur.

Mais voilà, comme je l'ai dit, j'ai trouvé certains propos répétitifs et je ne suis pas entrée en empathie avec cette mère agonisante, ni avec Louise /Justine en deuil et ses lamentations. C'est peut-être stupide de ma part, mais je pense que l'ensemble m'aurait plus touchée s'il était le témoignage d'une illustre inconnue, ou alors, un vrai roman. Mais là, le fait de pouvoir mettre de réels visages sur certains des protagonistes a mis à mal mon émotivité. A moins que j'aie un coeur de pierre.

 

 

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Rédigé par Géraldine

Publié dans #Livres audio, lectures audio, #Littérature française

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Publié le 24 Mai 2019

Amélie Nothomb, philosophie, Marianne Chaillan

Roman - Editions Albin Michel -204 pages - 17 €

 

Parution le 27 février 2019

L'histoire : Amélie Nothomb est morte. Au paradis, elle est accueillie par Plectrude et Déodat... Comme c'est étrange, ce sont les noms de certains de ses personnages ! Déodat lui explique comment fonctionne le paradis. Il y a celui des musicien, des boulangers, des cinéastes... Bref, les défunts se retrouvent autour d'une passion commune. Amélie Nothomb se voit attribuer sa place au paradis des philosophes. Quelle imposture se dit elle, aussi, fait elle appel de cette décision. Un procès est donc organisé et à la barre, se succèdent des témoins inattendus... Une brochette de feu philosophe qui semblent tous s'accorder sur l'idée qu'Amélie Nothomb mérite sa place parmi eux... mais pour des raisons bien différentes !

 

 

Mon humble avis : Quelle idée extraordinaire que ce roman... philosophique !

Du pur Nothomb, sans être du Nothomb. Les situations incongrues, le style narratif ne sont vraiment pas sans rappeler mon auteure fétiche ! On s'y croirait vraiment, sauf que la plume et l'idée sont de Marianne Chaillan, professeure de philosophie.

Via ce roman, Marianne Chaillan offre une autre lecture possible de la bibliographie d'Amélie Nothomb. Une autre lecture pour moi en tout cas, qui lit ses romans par pur plaisir des bons mots et excellentes citations, par amusement, par comparaison des personnages avec ma petite personne, et pour les réflexions qui en émane.... Mais ma culture philosophique personnelle datant de mon âge de pierre, je n'ai jamais creusé plus loin et ne me suis jamais poser la question suivante : "Amélie Nothomb est elle une écrivaine philosophe. "

"Amélie Nothomb écrit des récits fictionnels dans la forme. Mais dans le fond, ce sont des ouvrages philosophiques" dit ici Annah Arendt. Et Nietzsche précise : "Les livres d'Amélie sont très puissants. Sous leur apparente simplicité, se cache de la dynamite philosophique".

Le roman débute sur une atmosphère bien barrée et drôle, puis l'ensemble devient plus sérieux, au fil des passages  des témoins à la barre. Ainsi, défilent des philosophes très connus, d'autres sans doute un peu moins, mais dont tous les discours et les analyses des romans de Nothomb sont passionnants. J'aime la philo, j'ai fait deux terminales littéraires (mais sans redoubler mon bac, astuce ou os médicale), avec 8 heures hebdomadaires de cette matière. Et je me suis régalée à retrouver ses réflexions. Ce roman peut être donc aussi perçu comme une bonne révision de certaines bases de la philo, et notamment des grands courants de pensée, et des différentes écoles. Les démonstrations des témoins sont assez simples au début (genre un peu la philo pour les nuls), puis le tout s'approfondit et va crescendo... Au point que certains passages sont devenus un peu ardus pour moi. Mais rassurez-vous, qui dit "passages" dit "pas longs".

Ainsi, avec Ciceron, Nietzsche, Rousseau, Heiddeger, Sartre, Spinoza, Kant, Jankélévitch, Hannah Arendt, Lévinas, nous révisons les grandes idées, sujets ou courants que sont le stoïcisme, le déterminisme, la question du langage, l'Autre, la banalisation du mal, la beauté, la laideur, la liberté, l'existence, le moi, l'épicurisme, l'existentialisme, le fatalisme etc... au grès de certains romans d'Amélie Nothomb dont est donné à chaque fois un court résumé.

Et aux détracteurs de ma chère Amélie qui reprochent le peu de pages de ses romans, et bien voici la réponse qu'Heidegger donne : "Comme Gide, Amélie Nothomb n'écrit pas seulement pour être lue, mais pour être relue. N'est-ce pas pour cette raison que ces textes sont courts ?" Et tac !

Ce roman de Marianne Chaillan me donne en tout cas bien envie de relire mes Nothombs (donc tous moins un, le premier, que je garde avoir encore du Nothomb à lire lorsqu'elle ne sera plus) et d'y trouver ce que je n'ai peut-être pas vu...  Et que je verrai éclairée par cette lecture... ou tout simplement parce qu'au fil des années, on change et l'on voit les choses différemment. Mais peu importe en même temps, la lecture est un espace de liberté, où chacun peut voir ce qu'il veut voir, ce dont il a envie ou besoin !

Et petit rappel, cet ouvrage est un roman... il finit donc par une chouette et amusante pirouette, on ne peut plus digne du personnage mis à l'honneur ici !

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Rédigé par Géraldine

Publié dans #Littérature française

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