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Publié le 9 Mai 2012

Roman - Editions J.C Lattès - 186 pages - 16 €

 

 

Parution le 1er février 2012

 

 

L'histoire : Jocelyne est une femme simple qui mène une vie modeste à Arras. Elle est mercière, tient un blog de couture, son mari travail à l'usine, ses deux grands enfants ont quitté le nids familial. Et il y a les jumelles, ses deux copines coiffeuses qui la tannent pour qu'elle joue, comme elles, au loto.  Jocelyne cède... Et la voici à la tête d'une fortune de 18 millions d'Euros. Jocelyne garde la tête froide, fait la liste de ses besoins, de ses envies, de ce qu'elle a à gagner, de ce qu'elle a à perdre...

 

 

Tentation : La blogo

Fournisseur : La bib

 

 

 

 

 

 

 

 

  

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Mon humble avis : Un véritable coup de coeur ! Comme j'aime ces livres très bien écrits, assez courts, qui pourraient presque nous parler de nous et nous faire changer d'avis sur nos certitudes !

Au début, l'histoire semble légère et Jocelyne nous est tout de suite sympathique. Son mari, Jocelyn, n'a pas toujours l'art et la manière, mais tous deux sont amoureux, même si la vie ne les a pas épargnés.

Et puis arrive les fameux 18 millions d'Euros gagné au loto. Et là, quelle intelligence de la part de l'auteur, car rien ne se déroule comme la logique le laissait deviner, même si un drame est difficilement évitable. Mais Jocelyne est une femme si intelligente, si sensée, si aimante, heureuse de ce qu'elle a. Une femme normale direz vous ? Je ne sais pas, en tous cas, une héroïne à priori banale de roman qui se déroule dans le Pas de Calais... C'est en fait une femme bien plus fine que la majeure partie d'entre nous, une femme d'esprit, mais une femme discrète et modeste.

Elle dresse tout d'abord la liste de ses besoins : un tapis de douche, deux poêles Tefal, un couteau économe, bref, que des petites choses dérisoires quand on est millionnaire sans y être habitué. Puis la liste des envies : une nouvelle couette, un billet pour aller voir sa fille à Londres, un petit poste radio.... Des petites choses toutes aussi dérisoires devant une telle fortune.

Que fera Jocelyne de cet argent, et que fera l'entourage de Jocelyne pourtant très discrète sur son gain ? Tout cela, vous le saurez en lisant ce livre magnifique qui rappelle que le plus important dans la viene s'achète pas : la santé, l'Amour.

Ce livre prévient des dangers de la richesse inattendue, du changement dans la vie, remet l'argent à sa place et les valeurs humaines au centre. Bien sûr, il n'empêche pas d'ouvrir la porte au rêve car quiconque lira ce livre dressera ses listes pourtant mille fois dressées dans des songes ou des conversations entre copines. Mais peut-être que ce livre modifiera un peu la teneur de la liste de chacun. En tout cas, ce qui est sûr, c'est que l'argent, même s'il peut soulager les épaules, il ne remplit pas le coeur.

La liste de mes envies : un livre intelligent, parsemé d'humour et de drames, touchant, subtil et écrit d'une très belle écriture. Etonnant d'ailleurs qu'un homme ait pu se glisser autant dans le corps d'une femme rondelette qui se regarde dans le miroir... Une lecture bien plus qu'agréable, un petit bijoux d'émotions pour moi ! Et Jocelyne, un personnage qui restera en moi très très longtemps  !

 

 

 « Être riche, c'est voir tout ce qui est laid puisqu'on a l'arrogance de penser qu'on peut changer les choses. Qu'il suffit de payer pour ça."

 

"Détruire la liste des besoins et se dire ça y'est, je n'ai plus que des envies maintenant. Que des envies. Mais ça n'arrivera jamais. Car nos besoins sont nos petits rêves quotidiens"

 

"J'ai rêvé d'une histoire d'amour absolu, j'ai rêvé d'innocence, j'ai rêvé que j'avais des ailes, j'ai rêvé d'être aimée pour moi sans que j'aie besoin d'être bienveillante"

 

"Réaliser les rêves des autres, c'est prendre le risques de les détruire".

 

"Je possédais ce que l'argent ne pouvait pas acheter mais juste détruire"

 

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Rédigé par Géraldine

Publié dans #Littérature française

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Publié le 3 Mai 2012

 

 

Roman - Editions Gallimard - 219 pages - 16.90 €

 

  

Parution en septembre 2011. Rrentrée littéraire

 

  

L'histoire : Fadila fait le ménage quelques heures par semaine chez Edith, dans le Paris huppé. Edith réalise que Fadila ne se sait ni lire ni écrire et entrevoit à quel point le quotidien de Fadila est compliqué dans ces conditions. Comment prendre le métro quand on ne lit pas le nom des stations, comment connaître le prix d'un aliment au marché, et comment remplir les papiers administratifs.... Alors Edith entreprend d'apprendre la lecture et l'écriture à la vieille marocaine. Elle s'arme de courage et de patience mais n'imagine pas un instant l'ampleur de la tâche qui l'attend. Et entre les deux femmes, c'est une toute autre relation qui va naitre, un relation où chacun rencontre l'autre et apprend à la connaitre, voire à la comprendre jusque dans un système de pensée on ne peut plus opposé.

 

   

Tentation : la blogo

Fournisseur : La bib

 

 

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 Mon humble avis : A force de lire, on en oublie que l'on sait lire. Et que ce n'est pas le cas pour tout le monde. Nous avons la chance de pouvoir lire pour le plaisir, quand d'autres n'ont pas ce don qui permet la liberté, l'indépendance et une vie quotidienne qui ne s'arrête pas au premier panneau routier incompréhensible. Le personnage du livre, Fadila, ne peut prendre le métro : elle ne sait lire ni les directions, ni le nom des stations. "Avec le bus, c'est mieux, j'reconnais mieux les chiffres"

Les amandes amères m'ont passionnée, captivée, touchée et interrogée sur par mal de choses.

Edith entreprend d'apprendre la lecture et l'écriture à Fadila, sa femme de ménage marocaine de 65 ans, dont le français est déjà parfois à peine compréhensible. Les démarches entreprises par Edith sont extrémement bien décrites et expliquées et son investissement force le respect. Elle recherche la bonne méthode, se renseigne, tente de trouver des cours d'alphabétisation. Finalement, c'est chez elle et entre elles deux que l'apprentissage se fera. Il sera long, laborieux, et même décourageant. Le résultat au bout de 18 mois est hallucinant. Et pourtant, Edith ne se décourage pas, ne perd pas patience. Car Edith découvre surtout Fadila et son histoire. Mariée de force à 14 ans au Maroc, battue, puis vendue à un autre mari etc... Et une vie en France dans une chambre de 4m² où tout est si étroit que Fadila a des crises d'angoisse. Edith apprend aussi les us et coutumes des relations familiales dans les familles maghrébines. Car Fadila n'est pas seule, elle a 3 enfants en France avec elle. Et pourtant, elle souffre d'une solitude effroyable. Fadila en vient même à surprendre Edith par des propos butés, extrémiste, intolérants qui la poseraient plus dans les rangs de la droite très à droite quand dans les rangs de gauche. Et pourtant, beaucoup de clairvoyance aussi de la part de Fadila sur "l'eden" que représente la France pour les prétendants à l'immigration. Les Amandes amères offrent donc un oeil et la parole à une de ces femmes émigrées, un regard sans complaisance mais très surprenant. La relation entre les deux femmes est donc très intéressante, même si je ne la qualifierais pas d'amicale comme le fait la 4ème de couv. Elle est faite de respect, d'attachement, de curiosité, d'apport mutuel.

Mais revenons en au sujet principal du livre : l'apprentissage de la lecture et de l'écriture. Fadila est très peu réceptive car elle n'a jamais été à l'école de sa vie, donc ne s'est jamais trouvée en situation de répétition, d'apprentissage, de récitation, de recopier. Alors d'une semaine sur l'autre, Fadila oublie ce qu'elle a appris. Elle ne reconnait pas les lettres. Ecrire son prénom lui prend des semaines. Alors oui, dans le livres les situations se répètent beaucoup. Certains pourraient y voir des longueurs. Et bien non, ces répétitions sont juste du réalisme nécessaire, pour faire comprendre au lecteur le temps, les semaines, les mois nécessaires pour apprendre quelques mots à quelqu'un.

Je suis sortie de ce livre bien sûr bouleversée et bien remuée mais surtout, admirative pour 4 personnes.... L'auteur pour son talent.... Edith pour sa patience.... Fadila pour son courage tout au long de sa vie difficile.... Et pour mon petit cerveau qui, il y a longtemps, a réussi a apprendre à lire et à écrire et qui me permet de partager tout cela avec vous !

 

 

 

L'avis de Gambadou, Clara, Antigone

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Rédigé par Géraldine

Publié dans #Littérature française

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Publié le 21 Avril 2012

 Roman - Livre de poche Editions - 253 pages - 6 €

 

 

Parution en poche en août 2007

 

 

 

L'histoire : Dans les années 50, Jacques, écolier de 12 ans, n'est pas comme les autres. Il est bègue. Des mots se refusent à lui, sont trop violents à prononcer... Avec son ami de coeur Bonzi, il cherche par tous les moyens à guerir. Quitte à goutter toutes les herbes des environs, à croire son père disparu, à inventer des mensonges qui le dépasseront, qui l'obligeront à se dépasser avec l'aide bienveillante d'un instituteur lui aussi, pas comme les autres.

 

 

 

Tentation : Un auteur et une histoire qui ne pouvaient que me toucher

Fournisseur : Ma CB, au salon de Rennes, avec une dédicace magnifique, mais que je garde pour moi !

 

 

 

 

 

 

 

 

 

étoile3etdemi

 

 

Mon humble avis :Parfois, quand on lit un livre, on ne visualise rien ou l'on se crée un univers de toutes pièces, mais au plus proche des descriptions données par l'auteur sur les paysages, les personnages... Dans le Petit Bonzi, celles ci n'affluent pas, où restent discrètes. Mais dans mes yeux, je voyais des clichés de Doisneau et dans mon coeur, il régnait une atmosphère "à la guerre des boutons".

Le Petit Bonzi est le premier roman de Sorj Chalandon, un premier roman qui annonce déjà le sublime de la suite. Une histoire qui raconte déjà de l'homme lui même, celui qui s'est dissimulé dans Retour à Killibegs, pas là où il s'y est posé officiellement. L'auteur s'est inspiré de sa jeunesse : le bègue, c'est lui. Le père violent, c'est le sien. Le reste est littérature. Et quelle littérature ! Pas comme les autres. Poétique déjà ! Une littérature où les mots ont une importance capitale, où le style mêle adroitement les pensées et les ressentis d'un enfant et le talent d'un adulte pour rendre ce récit cohérent, rythmé. L'auteur est là pour montrer ce que l'enfant ne voit pas, pour aider le lecteur à déduire sans forcément prendre la parole et sans trahir l'enfant qu'il était. Oui, une écriture singulière où il m'a fallu prendre mes marques : ce n'est pas l'enfant qui parle et pourtant l'auteur homme semble tout de même s'effacer devant l'enfant... En fait, ça y'est, j'ai les mots de mon impression. L'auteur met en scène (il ouvrit la porte etc...) et l'enfant parle à travers le stylo de Sorj Chalandon quand il pense, regarde, craint, espère. Suis-je plus claire ? Si non, lisez le livre, si oui, lisez le aussi !

Le sujet maintenant.... Jacques est bègue. Les mots ne veulent pas sortir. Il n'y a qu'avec son copain Bonzi qu'il ne bégaie pas. Ces parents ne semblent pas s'en préoccuper plus que ça. Alors, on suit Jacques et Bonzi dans leurs rêves, leur quête de l'herbe qui guérit. Et l'on découvre avec émotions les efforts secrets que réalise ce petit gamin. Il s'exerce devant la glace à prononcer des mots compliqués. Il tient un cahier qu'il complète avec des mots de rechange qui contiennent moins de Pppp, bbll, ttttrrrr. Moi, ça m'a remuée tout au fond. Car il y a 3 ans, j'ai souffert soudainement de gros troubles de langage et parfois, ou systématiquement suivant les situations, ceux ci me reprennent, avec moins d'intensité bien sûr, mais tout de même. Et je sais quand ils vont venir pour dire sans doute "fragile, à manier avec délicatesse", ou " A peur", ou "n'en peut plus, panique à bord".

Autre intérêt de ce roman : une plongée dans les années 50, dans le monde de l'enfance (ses rêves, ses rivalités, ses bêtises, ses mensonges, son imagination), et de l'école d'alors. Une école de garçon. Et un instituteur qui aime tout ses élèves, ne montre aucune préférence, mais garde un oeil prévenant et protecteur sur les plus faibles, sur Jacques, entre autres. Et son salut, Jacques finira par lui devoir dans un final haletant, qui noue le coeur, tant on craint pour l'un, tant l'autre nous éblouit par sa hardiesse et altruisme, sa bonté, son sens du devoir...

Un livre qui vient du coeur, qui dit sans doute tout ce que l'enfant n'a pu dire à l'époque, mais avec pudeur et délicatesse. Un ancien bègue qui a sans doute appris de ce fait à dire l'essentiel, à ne pas dire les mots de trop, à ne pas mettre de mots sur ce qui se devine. Alors faisons comme lui, n'en disons pas plus...

Un livre très encourageant aussi. L'auteur était cet enfant bègue. Quand on voit l'homme, le journaliste et l'auteur qu'il est devenu, il peut être un exemple très convaincant de victoire contre les troubles du langage qui emprisonnent tant d'enfants et leur famille.

 

 

 

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Rédigé par Géraldine

Publié dans #Littérature française

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Publié le 17 Avril 2012

Roman - Editions Arléa - 189 pages - 18 €

 

 

Parution le 5 avril 2012 - Nouveauté.

 

 

 

L'histoire : Clarisse se retrouve dans un avion, direction Houston puis Tucson en Arizona. C'est la première fois qu'elle s'éloigne de son mari et de son fils pour des raisons autres que professionnelles. Elle doit régler, pour son père, une histoire d'héritage d'un membre lointain de la famille. Pour tromper sa peur et son ennui, Clarisse parle de tout, de rien, à son voisin : Léonard. A l'arrivée à Tucson, il fait si chaud, tout lui est inconnu, il fait si chaud, et tout autour, ce désert....Ailleurs, on est autre. Va-t-elle rester debout et solide ou fondre et devenir poussière.

 

 

 

Tentatrice : L'auteure (Auteure également de Manhattan)

Fournisseur : L'auteure et les éditions Arléa, merci pour l'envoi

 

 

 

 

 

étoile3etdemi

 

Mon humble avis :Cette fois ci, Anne Révah raconte une histoire à la 3ème personne du singulier. Elle n'est plus la narratrice qui ressent, mais l'oeil extérieur qui observe, déduit, décrit. De ce fait, ce roman est moins intimiste que son précédent (Manhattan).  D'ailleurs, je dirais que l'histoire en elle même est relativement secondaire et assez fréquente dans le fond. Elle est en fait prétexte à étudier minutieusement l'intime, donc l'unique, de personnages ordinaires. Et comme dans Manhattan, Anne Révah s'intéresse à la fragilité derrière la force apparente. Est-ce son sujet de prédilection ??? Nous verrons, deux romans, c'est trop peu pour encore pour qualifier et "classifier" oeuvre et sujets chez un auteur.

Clarisse est dans l'avion lorsqu'elle réalise qu'elle a perdu (comme à son habitude) son téléphone portable, son cordon ombilical avec son fils et son mari. Son mari qui est son tout, son repère, son assurance, son miroir, son rocher... Alors pour combler ce vide soudain et ce vide aérien de 10 km sous ses pieds et qui l'angoisse, Clarisse fait tout pour entrer en contact avec son voisin de siège, Léonard. Comme moi, sauf que quand je prends l'avion, c'est par curiosité, pour savoir qui j'ai à côté de moi et quel enrichissement je peux en espérer. Et j'avoue que dans les premiers temps, Clarisse m'a plutôt exaspérée à toujours se plaindre d'être loin des siens, de la chaleur, de ne pas pardonner à son mari de ne pas être frais comme un gardon quand elle l'appelle à 1h du matin heure de Paris. Je l'ai trouvé plutôt capricieuse. Et puis.... Et puis il y a l'Arizona, le bout du monde, la chaleur, le décalage horaire, l'ailleurs, le bouleversement climatique qui vous change autant un homme qu'une femme....

Anne Révah développe alors tous ses talents et force est de constatée que son héroïne me ressemble de plus en plus dans ses angoisses, ses interrogations, ses craintes, ses réflexions. En fait, on a l'impression que Anne Révah s'est saisi d'une loupe et étudie un grain de sable du désert, deux ou trois même. Elle décrit admirablement l'infiniment petit, le minuscule, l'invisible mais qui pourtant est, qui pourtant nait. L'attraction entre deux êtres qui n'en sont pas conscients. La genèse, le primitif d'une évidence. Et pour qu'il y ait naissance et épanouissement d'une évidence, et bien ici, c'est au détriment d'une autre certitude, abîmée par la distance, par un autre regard... Clarisse en veut à son mari... C'est ainsi que l'auteur commence son analyse de la fin d'un tout, de l'immense : L'amour. Anne Révah relève les premières fissures de la forteresse qui vont peu à peu mener à l'écroulement de l'édifice. Et pour cet aspect là du livre, Anne Révah utilise de nouveau l'écrit... Pas le livre ! Mais l'écrit que Léornard, écrivain à ses heures libres, a tendu à Clarisse en quittant l'avion. Presqu'une lettre en fait (point commun avec Mahattan)Dans ce texte, Léonard y écrit une histoire d'amour ou plutôt le détricotage d'un amour, dès son premier indice.

Ce n'est pas tant l'histoire qui m'a touchée dans ce roman, mais  l'exploration de l'infiniment petit en amour comme en désamour et finalement, le personnage de Clarisse qui s'était attaché à son mari comme à un rocher, pour ne pas dériver. L'écriture est sublime et soignée, pas si éloignée m'a-t-il semblé de celle de Régine Détambel ou Carole Martinez. On y sent en tout cas la même qualité de travail, le même soin, la même obsession de ce mot et pas un autre malgré moult essais. La justesse des émotions et les détails dans leurs descritptions sont admirables. Je suis très peu douée pour décrire et détailler le ressenti d'un personnage et ses interprétations, aussi, j'aime ce don trouvé chez les auteurs que je lis.

Pour le reste, je ne vous en dit pas plus, sinon, je raconterai le livre. Par contre, je peux dire la fin, puisqu'elle vous appartient. Oui, Anne Révah tend la plume au lecteur qui choisira la direction !

En tout cas, si Anne Révah garde le même cap et la même qualité d'écriture, nul doute que son nom se faufilera de plus en plus dans vos lectures (livres, magazines, articles). Je pense qu'Anne Revah est un pôle magnétique pour celles et ceux qui aiment la belle littérature.

 

 

"Gabriel devait tout entendre. S'il lui prenait de faire remarquer à Clarisse, même affectueusement, qu'elle était en train de se plaindre, elle ne comprenait pas ce qu'il voulait dire, ce n'étaient pas des plaintes. C'était son état, la vie en elle, ses détours, et toutes ses sensations dont elle ne savait que faire..."

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Rédigé par Géraldine

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Publié le 12 Avril 2012

Autofiction ? - Editions du Seuil - 140 pages - 15 €

 

 

 

Parution en janvier 2012

 

 

L'histoire : Point de départ... Une lectrice se suicide. Au téléphone, la mère de celle ci accuse Chloé Delaume d'être responsable de cette mort. "Pourquoi est elle morte et pas vous" ?

Parce qu'un auteure qui devient l'héroïne et la narratrice de ses livres serait un corps vide, avec personne dedans, une place à prendre.... Jusqu'où va l'identification, le danger de l'autofiction et la liberté de chacun de mener sa propre vie, voire de la choisir...

 

 

Tentation : Curiosité

Fournisseur : La bib

 

 

 

 

 

 

 

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Mon humble avis :Chloé Delaume est passée récemment à La Grande Librairie. Je ne la connaissais pas, même de nom. Et voilà que sa venue pour une conférence à Rennes est annoncée... Alors lisons !

Et bien voici un billet qui ne va pas être facile car je ne saurais dire si j'ai vraiment aimé ce livre, même si je l'ai lu d'une traite.

Disons que ce fut une lecture très expérimentale, déconcertante, déroutante...

Au premier abord, le style m'est apparu comme impénétrable. Syntaxe particulière, phrases très courtes, ponctuation plus que généreuse, rythme saccadé... Puis parfois, des envolées presque lyriques. Et là j'ai ouvert les vannes pour me laisser pénétrer par le texte et je me suis pris sa poésie en pleine figure. Ce texte est en fait hautement poétique, alors je pense que chacun peut par moments l'interpréter à sa façon, le survoler, le saisir dans le creux de ses mains, même si, comme du sable, il s'enfuit l'instant d'après et redevient insaisissable. J'ai trouvé des passages incompréhensibles pour l'instant d'après jubiler devant l'humour, l'ironie et le cynisme dont ne manque pas l'auteure.

Quand est il du sujet... Traité de façon... je dirais décousue dans l'ensemble. Le sujet qui ouvre le livre ne semble qu'être qu'un prétexte pour annoncer l'apocalypse personnelle de Chloé Delaume et donc, pour ne pas échapper au cliché de l'autofiction il en ressort plutôt un aspect nombriliste, que j'appelle "'automasturbation cérébrale". C'est souvent gloque, macabre, sanglant dans les métaphores et les obsessions morbides, inconvenant. Un livre pour répondre à une question : qui suis-je ? Chloé Delaume n'est manifestement pas en paix avec elle même ni avec son identité...Bref, nous partageons nombre de ses tourments. Voici une réponse à celle qui s'est tuée parce qu'elle voulait devenir " à son tour" Chloé Delaume.

Et puis surprise, l'auteure nous propose de répondre à un QCM de 12 questions sur la vie, son livre, notre lecture, elle, afin de choisir, en quelque sorte, la fin du livre selon le nombre de A, B ou C obtenus. Cela m'a franchement amusée car on ne peut plus indédit ! (pour info, j'ai eu autant de A que de B et peu de C)

J'ai tout de même mis quelques post it au fil des pages, car j'y ai retrouvé des affirmations, des ressentis qui font partie de ma vérité et me permettnt une certaine identification à l'auteure / héroïne/ narratrice. Car il y a en Chloé Delaume une lucidité certaine, notamment dans son rapport à l'écriture et le rôle de celle ci qui ne peut jamais être thérapeutique selon ses propres mots.

Ce n'est pas un livre que je conseillerai, à moins qu'être dérangé et remué dans votre confort de vie bien équilibrée d'où transpire le bonheur ne vous déplait pas. Si vous êtes une jeune maman épanouie, une grand mère heureuse de l'être, que pour vous le couple est la plus belle des réussites, que vous êtes sûre que jamais dans votre vie vous n'avalerez d'anxiolitiques, je ne penses pas que ce livre vous plaise un temps soit peu.

Pour ma part, j'ai été surprise, dérangée, je me serai passée de certains détails, mais j'ai retrouvé quelques parties de moi et surtout, malgré mes rétissences du début, j'ai apprécié la poésie de cette plume et me suis amusée du culot de Chloé Delaume. Lecture expérimentale donc, tortueuse à souhait, pas adoré, pas détesté, disons que je n'en ferais pas mon pain quotidien, ni même occasionnel.

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Rédigé par Géraldine

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Publié le 4 Avril 2012

Roman - Editions Livre de Poche - 184 pages - 5.50 €

 

 

Parution en poche en 2007 (sinon, 2005 chez Stock)

 

 

 

L'histoire : Monsieur Linh est un vieille homme qui débarque en France après un long périple en bateau. Il n'a qu'une simple valise et il sert très fort, dans ses  bras, sa petite fille, seule survivante du bombardement qui a décimé son village à l'autre bout du monde. Il est alors recueilli dans un dortoir pour réfugiers... Il ne parle pas un mot de Français quand il s'aventure, avec sa petite fille, dans les rues où rien ne ressemble ni ne sent comme dans son village. Il s'assoit sur un banc. Un grand et gros homme vient s'assoir prêt de lui. Avec deux mots qu'ils ne comprennent même pas de la même façon, les deux hommes font, au fil du temps, tisser une amitié très forte. Une amitié où les mots sont superflus.

 

 

Tentation : La blogo et la réputation du livre

Fournisseur : Ma PAL !

 

 

 

 

  Billet spécial dédicace for... Viviane !

 

étoile3etdemi

 

 

Mon humble avis : Dans la série bluff total, j'avais cité récemment Tuer le père de Nothomb, le Scriptorium d'Auster, La double vie d'Anna Song de Minh Tran Hui. Et bien ajoutons sans hésitation "La petite fille de Monsieur Linh" à cette liste méritante. Bien sûr, tout au long du livre, on trouve nombre d'anormalités, on se doute bien que quelque chose nous échappe mais jamais ô grand jamais, on imagine cette vérité. Une vérité, une fin qui ne laisse pas de marbre, qui bouleverse, qui peut paraître abrupte et peu développée, mais qui laisse surtout je pense au lecteur la possibilité d'y trouver sa propre interprétation. Et de se poser les bonnes questions. En effet, on s'accorde à dire que la littérature n'est pas là pour donner des réponses mais pour conduire à s'interroger sur d'autres chemins. En tout cas, cette fin m'a estomaquée et je ne saurais dire s'il elle m'a "convenue" ou non. Mais elle m'a bien chamboulée.

Mais avant la fin, il y a le roman entier... Prenant, mélancolique, juste, très juste et qui ne se perd pas dans des détails. Même le pays d'origine de Mr Linh et sa ville d'accueil ne sont pas nommés, donnant ainsi une universalité à cette histoire. Moi j'y ai mis les noms Vietnam et Marseille, vous choisirez les vôtres.

On s'attache terriblement à ce vieillard qu'est Monsieur Linh, qui, pour que survive sa petit fille, a entrepris la grande traversée, pour lui assurer un avenir meilleur, sur une terre moins hostile... où tout lui est hostile à lui. Car il ne reconnaît rien, pas une odeur, pas un paysage, pas un mot. Et là, on peut entrer dans la peau de ses hommes et femmes qui, fuyant leurs pays pour X raisons, se retrouvent dans un univers et une culture qui leur sont étrangers, pour lesquels ils n"ont même pas été préparés. Un pays où ils dépendent des quelques mots qu'on veut bien leur traduire et qui sont insuffisants pour leur permettre de comprendre ce qui se passe autour d'eux, ce qu'ils deviennent eux mêmes.

Mais heureusement, dans cette âpreté environnante, il y a l'amitié que crée Monsieur Linh avec Monsieur Bark, le gros homme. Ils se rencontrent sur un banc de parc. L'un parle, l'autre écoute sans comprendre. Une amitié faite de présence, de regards, d'attentions, d'intonations dans la voix. Une amitié qui brise toute les barrières et qui reporte au second plan l'importance de la compréhension linguistique. L'amitié est donc au delà de ça. Et cela m'a fait penser à mon père qui, il y a 25 ans, avait des conversations à bâtons rompus avec un ami espagnol. Aucun ne parlait la langue de l'autre, mais à force de geste et quelques similitudes phonétiques entre deux langues latines, ils parvenaient à refaire le monde. Monsieur Bark et Monsieur Linh ne refont pas le monde, mais à eux seuls ils comblent celui de l'autre. Et tout cela est dit, écrit, décrit magistralement, avec une justesse remarquable. Une très belle histoire, mais bien plus que cela, étant donné la fin qui vous attend !

 

 

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Rédigé par Géraldine

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Publié le 18 Mars 2012

 

Roman - Editions J'ai Lu - 158 pages - 5.60 €

 

 

Parution chez J'ai Lu en août 2011 ( sinon 2009)

 

 

 

L'histoire : Laura, 17 ans, arrive pour 6 mois dans un coin perdu d'Allemagne. Elle sera jeune fille au pair chez les Bregen. Ceci pour fuire une situation familiale délicate et / ou se retrouver elle même. Mais dans une autre langue, dans une famille dont on ne comprend pas les codes, comment faire pour exister, ne pas disparaitre, s'adapter, s'intégrer et justement, ne pas se perdre, quand on réalise qu'il se passe quelque chose d'anormal dans cette famille, quelque chose qui vous dépasse, mais que vous finirez sans doute par comprendre...

Bref, une année pendant laquelle Laura sera étrangère aux autres et à elle même.

   

 

Tentation : La blogo et la réputation de l'auteure

Fournisseur : Silvana des éditions J'ai Lu. Merci !

 

 

 

 

 

     

 

étoile3etdemi

 

 

Mon humble avis :Mes respects Madame Giraud ! Quelle plume, quel talent. J'étais prévenue par les multiples billets élogieux sur ce livre (et les autres de l'auteure) qui saluent à chaque fois la justesse de l'écriture, des mots. Mais à ce point, j'en suis encore sidérée.

Je suis entrée dans ce livre comme dans du beurre, sans réaliser à quel rythme mes pages se tournaient d'elles mêmes. Le style est fluide, délicieux, limpide, aucun mot ne freine. Et pourtant, Brigitte Giraud instaure un climat très lourd dans ce livre, limite du suspens. En fait, la description des décors, des personnages et de l'atmosphère pourrait presque annoncer un thriller psychologique. On sent le drame imminent, presque derrière chaque prochaine page. Et pourtant, la vie continue.

Dans cette année étrangère, il y a une grande part d'initiatique. Normal, ce genre d'expérience est en générale enrichissante, on apprend toujours beaucoup sur soit même et sur les autres. Brigitte Giraud fut jeune fille au pair en Allemagne, alors on peut imaginer qu'il y a une grande part d'autobiographie dans les ressentis. Néanmoins, l'analyse des faits et gestes de chacun me font demander si les auteurs ne sont pas quelquepart de grands ethnologues. Les difficultés à trouver sa place dans une famille, à se contenter des quelques mots que l'on comprend, les liens qui se nouent d'un regard et se dénouent d'une parole mal comprise, les mensonges qui arrangent tout le monde, la pudeur et l'impudeur, tout, tout ce qui se passe dans la tête d'une jeune fille au pair est décrit parfaitement, avec une vérité, une lucidité et un réalisme incroyable. Au point que j'en suis venue à me souvenir de ma propre expérience dans le domaine (très courte, 10 jours qui m'ont suffit chez des richissimes américains) et, avec du recul, à mieux la comprendre, à en saisir des subtilités qui m'avaient échappées à l'époque. Comme quoi, la littérature peut éclairer le passer de chacun.

Laura évolue énormément au fil du roman. Elle s'interroge, se découvre, se perd, s'affole, se surprend, se retrouve. La situation est d'autant plus intéressante qu'elle approche les dix huit ans et aussi... l'âge adulte. D'ailleurs, dans cette famille, sa place sera tantôt du côté des enfants, tantôt du côté des adultes.

Je n'ai pas lu la 4ème de couv, aussi, j'ai eu la surprise de découvrir les motivations réelles de Laura dans cet exil volontaire. Là aussi, ce roman m'a parlé de mon passé, moi qui, pour de multiples raisons (sauf fiscales), me suis exilée à plusieurs reprises. On fuit, on cherche, on trouve... ou pas. Mais on change.

J'en viens à mon petit bémol qui ampute une de mes étoiles.... Sur la fin, j'ai trouvé le temps un peu long et quelques redondances. Même si ces effets de longueurs sont justifié pour traduire la lenteur de la vie de Laura, j'avais envie que le livre se termine, sans doute aussi pour en avoir le coeur net sur l'issue de cette tension palpable. J'aurais aussi aimé en savoir plus sur l'étrange comportement de la petite Suzanne.

Je garde le meilleur pour la fin.... La langue, qui est finalement le personnage principal de cette histoire, celle qui fait tout, les non dits comme les incompris. Brigitte Giraud met en exergue l'importance de la langue que nous parlons et qui, sans que nous en nous en rendions forcément compte, nous façonne et nous libère. Cette histoire est très adéquat pour montrer qu'une langue que l'on ne maitrise pas nous rétrécit et peut nous rendre méconnaissable à nous même. C'est cet aspect de ce roman aussi intelligent que sensible que j'ai trouvé le plus brillant. On sait déjà qu'une langue peut nous rendre étranger face aux autres. Mais face à nous même, en sommes nous conscient ??

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Rédigé par Géraldine

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Publié le 14 Mars 2012

Roman - Editions Flammarion - 211 pages - 18 €

 

 

 

Parution en janvier 2012

 

 

 

L'histoire : Dans les années 80.  Daniel dine seul dans une brasserie. Trois hommes s'assoient à la table d'à côté, et parmi eux, François Mitterand, le président. Ce dernier, en partant, oublie son chapeau, un feutre noir. Lorsque Daniel réalise cette infortune, il est trop tard pour courir après le président. Alors, il garde le chapeau, et le revêt. Sa vie change alors brutalement... Hélas, le lendemain, il l'oublie lui même dans un train. Le chapeau est alors récupéré par une jeune fille, dont la vie va également changer et ainsi de suite.... Ce roman est les histoires d'une histoire : celle d'un chapeau !

 

 

Tentation : Le pitch

Fournisseur : La bib

 

 

 

 

 

 

 

étoile3etdemi

 

 

Mon humble avis :Le chapeau de Mitterand... Quel savoureux divertissement ! Ma pioche fut bien bonne le jour où je m'en saisis à la bibliothèque !

Ce chapeau qui passe de tête en tête et influence, de différentes manières, la vie de celui ou celle qui le porte. Oh, il n'y a guère de grands effets fantastiques, cela pourrait presque être vrai. Effectivement, on ignore souvent à quel point un objet peut modifier notre allure, donc le regard que les autres nous portent et ainsi, notre façon d'être, notre caractère, notre force. Par exemple, une nouvelle coupe de cheveux ne suffit elle pas à ce que les gens se retournent sur votre passage, et ainsi, à accroître votre confiance personnelle ? C'est donc plutôt comme cela que j'ai perçu les effets parfois dits magiques de ce chapeau.... Enfin, mon explication est valable pour les 3 premiers personnages qui arborent ce chapeau en sachant très bien qu'il ne leur appartient pas ! Le 4ème personnage m'a moins touchée t son histoire tire un peu en longueur.  Quand aux bouleversements dans la vie.... C'est plus dans l'attitude des personnages. Non, des petits hommes verts ne débarquent pas dans leur vie, pas plus que les plus jolies filles du monde. C'est plus le meilleur d'eux même qui ressort ou leur face cachée. Et comme le montre l'auteur, une fois que l'on a découvert cette face, une fois que l'on a regardé au delà des oeillères auxquelles nous sommes confortablement habituéssans s'interroger sur leur bien fondé, difficile de faire marche arrière et d'ignorer son moi profond. Dans ma manière de l'exprimer, cela peut paraitre limite philosophique, ça ne l'est pas, en tout cas, pas au premier abord. Tout dépend du degré que vous mettrez dans votre lecture. Mais de toute façon, derrière chaque diverstissement ou chaque comédie, se faufile une vérité profonde.

Ajoutez à tout ces arguments une savoureuse plongée dans l'atmosphère des années 80, à l'époque ou l'Arche de la  Défense et la Pyramide du Louvre n'étaient pas achevés et où les réseaux sociaux se limitaient au minitel, vous obtenez une lecture très originale, drôle, bien conçue, très agréable !

Et puis, j'oubliais, l'épilogue ! Quelle surprise ! Jubilatoire, un délice à lui seul !

 

 

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Rédigé par Géraldine

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Publié le 10 Mars 2012

Roman - Editions Gallimard - 370 pages - 21 €

 

 

Parution en août 2008. Existe aussi en Folio

 

 

L'histoire : La vie d'Elena la jeune roumaine, d'Helen l'américaine, de Lanoush pour ses intimes.

Elena est une jeune fille qui vient de Bessarabie. Le destin la mènera en Roumanie, en Israël et enfin, aux Etats Unis. C'est le portrait d'une femme décidée, de caractère, qui sait ce qu'elle veut et qui sait d'où elle vient. Une femme qui, exilée de la Roumanie de Causescu, connaît le prix de la liberté et les pièges de ses apparences.

Un portrait de femme qui traverse plus d'un demi siècle, en passant du communisme totalitaire à l'ultra libéralisme américain, d'une éducation très stricte à une époque où les moeurs la dépassent. Mais au cours des années, une constante : sa famille, son mari, son fils, qu'elle protège contre tout danger, contre toute invasion... notamment, celle de sa brue...

 

 

Tentation : L'occasion d'une lecture commune avec Tiphanie

Fournisseur : Ma PAL, où se livre hibernait depuis 3 ans...

 

 

 

 

 

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Mon humble avis : Et dire que ce roman dormait depuis 3 ans dans ma PAL, depuis le soir où, assistant à Rennes à la conférence "Rencontre des Goncourt", j'ai acheté et fait dédicacer ce livre. Pourquoi ne l'ai-je pas lu plus tôt ? (réponse : parce que j'ai lu d'autres livres ).

Un brillant Avenir est une histoire si riche qu'il sera impossible ici d'évoquer les multiples sujets qu'il traite ou qu'il effleure. Mais ce qui m'a surtout fascinée, c'est sa subtilité, ou celle de l'auteur, à dire les choses en silence. Catherine Cusset laisse une grande liberté au lecteur dans leur appréciation des personnages et des situations qu'ils vivent. Bien sûr, tout le monde se révoltera des ignominies infligées par le communisme totalitaire roumain de Nicolae Ceaușescu et chacun prendra la mesure de ce que représente l'absence de liberté et le rêve, parfois chimérique, de celle ci. Mais face à Elena, alias Helen, j'ai l'impression que l'auteur nous laisse le choix de l'aimer et de l'admirer pour son courage et sa tenacité ou de la trouver à son tour" tyranique" et capricieuse. A moins que, comme moi, vous oscilliez dans vos sentiments à son égard.  Je n'ai pas su la cerner vraiment car, à l'image du roman entier, Helen est un exemple de la complexité humaine, et mondiale... Il y a dans ce livre ce dont l'Homme est capable de meilleur, comme de pire. Attention, ce que je viens de dire n'évoque pas de violence physique et insupportable. Il s'agit plus de la domination et de la manipulation, que cela soit au niveau d'un Etat ou au sein d'une famille. Comme des contradictions humaines. Elena veut devenir américaine, mais ne fait pas grand chose pour se créer des liens amicaux...

L'écriture est soignée, agréable et très fluide.(Seule une phrase d'un dialogue semble très inapropos, elle a sans doute échappée à la correction). Pas d'aphorisme à droite et à gauche, mais une rivière qui coule des jours heureux sans heurts. Le livre commence en 2003, puis à chaque chapitre, change d'époque. On remonte jusqu'à 1958 au fin fond de l'Europe de l'Est pour terminer en 2006, dans le Metropolitan Muséum à New York. J'avoue qu'au tout début, ces voyages dans le temps m'ont un peu perturbée et puis... Catherine Cusset a su m'emmener avec elle dans la vie d'Elena en Roumanie, pour me ramener régulièrement dans celle d'Helen sur sa terrasse à Manhattan ! Deux histoires d'un même personnage qui se rejoignent. Et Jacob qui épouse Eléna, vient ensuite leur fils Alexandru. Puis débarque Marie, prétendante d'Alexandru. Et là, une tension monte, devient palpable à chaque page au point de mettre dans ce roman un agréable suspens... La situation va forcément exploser...

Mais attachons nous tout de même aux sujets qui m'ont bien plu et qui m'ont amenée à méditer...

L'égocentrisme qui prend au autre visage, une autre identité suivant le prisme de celui qui l'observe et l'étudie.

Les difficultés de communication au sein même d'une famille, l'effet devastateur des non-dits

L'antinomie d'une femme qui a toujours rêvé d'émigrer (donc d'être acceptée ailleurs) et qui refuse à Marie, la fiancée de son fils, la bienvenue dans sa famille...

Les sacrifices parentaux pour l'avenir (rêvé) de leurs enfants leur donnent ils le droit  de s'immiscer dans les choix de ces derniers concernant leur vie (professionnelle ou personnelle) ?

Un homme doit il obligatoirement porter sur ses épaules le poids des sacrifices effectués par ses parents pour qu'il parvienne à la meilleur éducation possible (Havard, dans le cas présent)...

Finalement, chaque génération ne reproduit elle pas les erreurs des générations précédentes, sous prétexte que c'est pour le bien de sa progéniture...

Comment refuser une différence en 1990 que l'on a eu tant de mal à faire accepter en 1960 par ses propres parents ?

Comment vit on dans sous un régime totalitaire, communiste, sans connaître avec certitude l'identité de ses parents ?

Suffit il de devenir Américain civiquement pour le devenir dans l'âme ? Comment effacer de ses habitudes des années de dictatures ?

La vie des émigrés et des émigrants, les difficultés à s'intégrer, l'énergie de "Tout recommencer".

La différence de mentalité entre les exilés (plus ou moins volontaires, voire pas volontaires du tout, par rapports aux habitants des pays occidentaux... Ces familles peuvent rester des années sans se voir, ne pas assister aux événements essentiels de la vie des siens (genre les funérailles), pour cause de visa et de frontières fermées. La relation à la famille est tout autre que dans notre douce France où, lorsque j'étais adolescente, un dimanche n'était pas envisageable sans la présence de mes grand-mères, où l'on s'envoie des texto pour un oui pour un non etc...

 

Une histoire, des personnages, une écriture, un livre qui m'ont portée et m'ont procuré une très brillante lecture ! Une Elena mystérieuse, souvent insaisissable. Que je n'ai pas particulièrement aimé mais dont j'ai suivi le destin avec passion. Une femme qui, à son insu,  me fait dire qu'avant de juger, il faut s'interroger...

 

 

Lecture commune avec Tiphanie, allons donc lire son avis ! Et celui d'Enna aussi !

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Rédigé par Géraldine

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Publié le 6 Mars 2012

Roman - Editions Don Quichotte - 248 pages - 18 €

 

 

Parution en janvier 2012 - Nouveauté !

 

 

L'histoire : Simon a 9 ans et habite le beau Paris. Il lui semble que sa maman ne l'aime pas très fort. En plus, pour son travail, elle est toujours en voyage au pays des Kangourous et son retour est sans cesse reporté. Heureusement, Simon a son papa. Sauf qu'un matin, il le trouve dans le lave vaisselle. Paul est tombé en pleine dépression... Arrive alors Lola, la grand mère fantasque, qui gère le tout, en avouant comme elle peutce qu'elle peut. Et puis, à l'hôpital, Simon rencontre Lily. Elle est mystérieuse, a des yeux violets et deviendra la confidente de confidente.

 

  

étoile3etdemiTentation : L'auteur, qui est aussi attaché de presse très connu sur ce blog !

Fournisseur : Gilles Paris, merci pour la dédicace !

 

 

 

 

 

 

 

Mon humble avis :Gilles Paris réussit le difficile exercice de s'exprimer à travers le corps, l'esprit, les joies, les angoisses, l'imagination et les mots d'un petit garçon de 9 ans : Simon. Le livre bénéficie alors de la légèreté de l'enfance. Mais que l'on ne se leurre pas, l'histoire est tout de même tragique, même si quelques personnages hors du commun la colorent sacrément. Et puis un enfant, ça pose des questions tout le temps non ? Cela n'a pas échappé à Gilles Paris qui ainsi, dans le fond plus que dans la forme, n'hésite pas à questionner l'adulte que nous sommes sur mille et un sujets : des graves et des futiles, mais tout aussi mystérieux ou délicats. Toute réponse, toute vérité est elle bonne à dire, notamment à un enfant ? N'oublions pas que les enfants sont loins d'être idiots, qu'ils développent une certaine intuition même s'ils semblent ne pas vraiment saisir ce qui ce passe autour d'eux. Et surtout.... surtout... la vérité sort de la bouche des enfants. Alors "Au pays des kangourous" est empli de petites et de grandes vérités. On s'amuse des étonnements de Simon, on s'émeut lorsque celui ci se demande si sa Maman l'aime tout de même et on opine du chef lorsqu'il trouve les adultes vraiment trop bizarres. Et surtout, quand Simon ferme les yeux et part dans des rêveries sans limite, on s'envole avec lui. Car Simon se crée son monde intérieur en quelque sorte. En cela et pour bien d'autres choses aussi, Au Pays des Kangourous m'a fait penser à Oscar et la Dame Rose, d'E.E. Schmitt. La maladie, mais pas de pathos.

Car la maladie est bien présente dans ces pages. C'est en général une maladie dont on ne dit pas le nom. Ici, elle est nommée, mais pas tout de suite : la dépression. Cette maladie qui ronge de l'intérieur, qui apporte d'atroces souffrances qu'aucune échelle ne peut quantifier, cette maladie qui peut tuer, on en parle pas ou très peu... Et pourtant, un récente conférence m'a appris que les dépressifs sont  (logiquement) prédisposés au suicide, qu'il y a 180 000 tentatives de suicide par an en France et 12 000 morts par suicide, soit 3 fois plus que par accidents de la route. Et on en parle pas. Le budget du gouvernement pour lutter contre cela flirte avec le zéro.... Alors que la France a le sixième taux de suicide le plus elévé des 27 pays d'Europe...

Alors Au Pays des Kagourous est là pour en parler, de l'intérieur, de l'extérieur, à travers les yeux d'enfants, à travers les yeux de parents ou de grands parents. Ce livre montre que cette maladie n'est pas systématiquement une fatalité mais que chacun peut la cotoyer de près ou de loin. Elle me fréquente depuis 4 ans, avec des hauts et des bas, depuis mon AVC. Alors, je sais le mal que ça fait, même si je suis bien plus dans le stress et les angoisses que dans la déprime réelle. Gilles Paris crée alors le personnage de Lily, cette fillette aux yeux violets, que Simon rencontre à chaque fois qu'il rend visite à son père dans les cliniques et les hôpitaux psy. Lily connait bien les malades, elle même n'est pas comme les autres. Elle perçoit quand on ne la voit pas. Et avec ses mots, que l'on peut comprendre de 7 à 99 ans, elle explique la maladie à Simon, elle lui dit ce que vit son Papa, ce dont il a besoin pour guerir...

Gilles Paris a aussi eu l'intelligence d'écrire un livre qui s'adresse autant aux adultes qu'aux adolescents et qui, je trouve devrait être élevé au rang d'utilité publique. Que chacun n'hésite pas à s'en servir pour comprendre cette maladie, ou pour converser avec son entourage sur ce sujet trop souvent tabou : en famille, entre ami, à l'école, au collège, au lycée, au travail, ce livre a sa place.

Mon seul bémol se porte sur une question dont je n'ai pas trouvé la réponse, et cette réponse me manque... Pourquoi Carole a-t-elle cessé d'aimer son petit garçon "normalement, comme toutes les mamans"... Très indélicat de ma part de placer ce bémol en fin de billet, mais j'ai beau me relire, je ne lui vois pas d'autre place. Alors, je vous propose pour conclure de relire le paragraphe précédent, de vous procurer le livre, et d'en parler autour de vous !

 

 

-"Ton Papa souffre d'une maladie difficile à comprendre pour les grandes personnes"?

- " Pourquoi Lily ?"

- "Par ce que c'est un peu comme miroir devant lequel personne n'a envie de s'arrêter. Tous les gens ont leurs petites faiblesses, leurs moments de fatigue, de stress et n'importe qui pêut en arriver par là. Souvent, les gens pensent que quand que celle ou celui qui en vient à se rendre à l'hôpital pour se faire soigner à baisser les bras.Or c'est tout le contraire. Le malade qui se fait soigner sait au moins qu'il est malade".

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Rédigé par Géraldine

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