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Publié le 26 Avril 2019

Littérature, roman, Emmanuel Carrère, la classe de neige, prix fémina 1995

Roman - Editions Folio - 148 pages - 6.80 €

 

Parution d'origine chez Gallimard en 1995

 

L'histoire : Dès le début de cette classe de neige, Nicolas est différent des autres enfants... Son père craignant un accident de car scolaire, conduit lui-même Nicolas jusqu'au chalet... Nicolas arrive donc un jour en retard, alors que l'ambiance est déjà installée et les groupes formés. Qui plus est, la valise de Nicolas est resté dans la voiture du père reparti... Tout commence mal pour Nicolas... L'ombre d'un danger semble planer sur l'enfant...qui imagine tant d'histoires... Mais les histoires qu'il imagine, où qu'il entend chez lui, son aussi proche de la réalité mais si loin de la vérité qui modifiera à jamais la jamais la vie de Nicolas. Pour lui, il y aura toujours une vie d'avant la classe de neige... et une autre, celle d'après.

Tentation : Ma PAL

Fournisseur : Ma PAL

Mon humble avis : Ce roman, qui a reçu le Prix Fémina en 1995, est resté au moins 7 ou 8 ans dans ma PAL. Il faut dire que mon exemplaire comporte une dédicace de l'auteur, rencontré lors d'une conférence. Celle-ci dit :" A Géraldine, en espérant qu'elle lise avec plaisir cette lecture pas vraiment plaisante". Curieuse dédicace, qui m'a donc refroidie un bon bout de temps... A tort !

C'est une histoire d'enfants... mais évidemment pour adultes tant elle est, mine de rien, sordide. Et pourtant, l'auteur nous épargne les détails, l'horreur est plus suggérée, et ce en quelques lignes. Au lecteur "d'imaginer" le reste.

Les lecteurs rapides dévoreront ce roman en une fois, tant il est captivant... Le mot captivité partage évidemment la même racine... Nous sommes presque dans un huit clos (entre le chalet et les montagnes enneigées) où, dès le début, nous devinons que quelque chose ne tourne pas rond. La tension augmente, sans jamais que le lecteur puisse deviner d'où viendra la catastrophe... D'autant que Nicolas est le premier à échafauder des histoires glaçantes pour impressionner un camarade de classe, d'autant aussi que les enfants ne sont point tendres entre eux... Et puis il semble que Nicolas soit un angoissé "de nature"

Bref, la menace semble partout, tout près... Elle éclatera finalement si loin, et si près aussi.

Dans ce roman, Emmanuel Carrère se penche sur le sujet du mensonge comme naissance du mal... Sujet qui sera développé quelque temps plus tard par l'auteur dans "L'adversaire". Autre thème dans ce roman : la peur, celle de tous les jours, des enfants qui se sentent différents, qui ont du mal à s'intégrer. Alors, plutôt que d'être victime, autant devenir martyr... 

En tout cas, aussi glauque et glaçante puisse être l'atmosphère (qui tient presque du thriller psychologique) de ce court roman, cette lecture est en fait bien plaisante et saisissante, car le sujet parfaitement maîtrisé. Bref, de la bonne littérature !

 

 

 

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Rédigé par Géraldine

Publié dans #Littérature française

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Publié le 18 Avril 2019

Roman - Editions Livre de Poche - 285 pages - 4.90 €

Parution d'origine en 1952

4ème de couv' :  En Nouvelle-Guinée, une équipe de savants auxquels s'est joint le journaliste Douglas Templemore cherche le fameux " chaînon manquant " dans l'évolution du singe à l'homme. En fait de fossile, ils trouvent une colonie, bien vivante, de quadrumanes, donc de singes. Mais a-t-on jamais vu des singes troglodytes et enterrant leurs morts ? Tandis que les hommes de science s'interrogent sur la nature de leurs " tropis ", un homme d'affaires voit en eux une potentielle main-d'oeuvre à bon marché. La seule parade aux noirs desseins du sieur Vancruysen est de prouver l'humanité des tropis. Pour obtenir la preuve nécessaire, Doug risquera sa tête d'une façon surprenante qui conduira à de longs débats !

Tentation : Ma PAL

Fournisseur : Ma PAL

 

Mon humble avis : Celui-ci n'arrivera jamais à la cheville de ce roman et ne pourra ni le résumer, tant cette histoire est dense en sujets, ni lui rendre l'hommage qu'il mérite... Parce que je ne n'ai ni le style ni la culture pour cela... juste des sensations, de la réflexion, de la curiosité.

Les animaux dénaturés... Un livre qui a rejoint ma PAL il y a deux ans... Suite au choc littéraire reçu lors de la lecture de La planète des singes, de Pierre Boulle et quelques recherche sur la toile, j'ai appris que Pierre Boulle s'était (entre autre) inspiré de ce roman de Vercors. Vercors, pour moi, c'était la résistance et Le silence de la mer.

Il m'a fallu du temps pour lire Les animaux dénaturés. Pas par manque d'intérêt bien au contraire, mais pour analyser et digérer tout ce que j'y lisais, et comparer tout cela avec mon propre système de pensée, mes observations, mes expériences etc... Aussi, si vous cherchez un roman à dévorer, changez d'adresse. Celui-ci se déguste, et chaque ingrédient mérite toute l'attention et la concentration pour ruminer, être d'accord, pas du tout d'accord, changer d'avis, retrouver le sien, douter, hésiter, bref, être emmené dans une débat kafkaïen sur ce qui différencie l'homme de l'animal. Une question que finalement, on  se pose rarement dans notre quotidien.

J'ignore si c'est vrai, mais Vercors part du principe qu'à l'époque de son roman, l'Humain n'était pas défini... Hors comment décider si une nouvelle espèce est humaine ou animal si l'Homme n'a pas de définition précise.

La mise en bouche des animaux dénaturés ressemble à une petite bluette charmante dans les environs de Londres. Puis, vient l'expédition en Nouvelle Guinée et la découverte de ces fameux tropis... Les questions commencent, avec quelques expériences éducatives, découvertes... qui se répandent bien vite, jusqu'aux oreilles d'industriels peu scrupuleux... Doug souhaite protéger ces êtres de tous projets qui les exploiteraient... Alors, pour savoir si Homme ou Animal, Doug expérimentera l'impensable et réalisera l'inimaginable... (Je ne dis rien, sinon, ce serait spoiler).

Le débat Kafkaïen débute lors de son procès tout aussi Kafkaïen ou divers scientifiques témoignent à la barre, se contredisent les uns les autres, laissant les membres du jury déconcertés... Si les tropis sont des hommes, alors il y a meurtres. Mais si les tropis sont des animaux, alors, il n'y a point de meurtres. Mais personne dans la cour n'est capable de définir l'humain. Alors, une cession de scientifiques est créée pour aboutir à une définition... et ceci se poursuivra jusqu'à la Chambre des Communes...pour revenir à la cour et achever le procès de Doug...

Discrètement usant de cynisme et d'humour, Vercors profite de son sujet pour se moquer de la justice et de ses limites, mais aussi des politiques et de leurs contradictions évidentes. ("En théorie, vous avez mille fois raison peut-être. mais vous savez bien qu'en politique, avoir raison ne sert à rien") Bien sûr, il démontre que l'Homme croit tout savoir et qu'il se sent supérieur en tout. Autre question qui ressort : Naissons nous hommes ou le devenons nous ?

Et les animaux dénaturés dans tout cela ? Vous le devinerez bien... C'est nous, les Hommes. Dénaturés par les lois, par la civilisation, par les croyances, par les religions, la métaphysique, l'éducation qui font de nous des êtres avares, égoïstes, menteurs etc... "L'animal fait un avec la nature, l'homme fait deux. Pour passer de l'inconscience passive à la conscience interrogative, il a fallu ce schisme, ce divorce, il a fallu cet arrachement. N'est-ce point là la frontière justement ? Animal avant l'arrachement, homme après lui ? Des animaux dénaturés, voilà ce que nous sommes....... Ne traitez-vous pas la nature en étrangère, sinon même en ennemie ? Or que ferions nous sans elle ?.... Il y a longtemps que Marx et Engels se sont employés à prouver que l'homme se définit par les transformations qu'il impose à la nature..."

Honnêtement, j'espère que mon billet vous incitera à lire ce roman presque philosophique passionnant, même si ardu tout de même, si on veut le lire autrement que comme un pur divertissement. D'ailleurs, si vous le lisez comme tel, vous serez sans doute déçus et y trouverez des longueurs dans les dialogues et débats. Mais dites vous bien que mon billet ne peut évoquer et louer qu'une partie infime des animaux dénaturés, qu'il faut déguster, digérer, méditer, méditer, méditer.

Tout au long de ma lecture, je n'ai cessé de me demander... Et si Vercors vivait encore et se lancer demain dans l'écriture de ce roman... Qu'y dirait-il ? Quelles questions poserait-il ? Puisqu'en 60 ans, le monde a évolué, les lois également, et surtout, la condition et la protection animale est de plus en plus au coeur des débats... Depuis quelques années, l'animal est reconnu comme un être doté de sentiments et de sensibilité... La maltraitance animale est légalement sensée être devenue un délit... mais pas encore un crime... beaucoup de progrès restent à faire...

Enfin, il y a quelques jours, une nouvelle espèce humaine a été découverte aux Philippines...

Quand une lecture d'un livre vieux de plus de 60 ans est rejointe par l'actualité !

Comme animaux dénaturés, la chance que nous avons, est de savoir et de pouvoir lire ! Alors, amis animaux dénaturés, lisez ce roman si passionnant et enrichissant !

 

 

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Rédigé par Géraldine

Publié dans #Littérature française

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Publié le 12 Avril 2019

Roman - livre audio - amitié - deuil
Les témoins de la mariée, de Didier van Cauwelaert

Roman - Editions Audiolib - 4h58 d'écoute - 18 €

Parution d'origine chez Albin Michel en 2010.

L'histoire : Roissy. Ils sont les les 4 meilleurs amis du futur marié et donc ses témoins... Sauf que le futur marié est décédé la veille dans accident de voiture... Et que, dans quelques instants, descendra d'un avion en provenance de Chine la promise, dont ils ne connaissent rien et à vrai dire... ne savent pas bien trop quoi faire. Que lui dire, que lui avouer, que lui cacher, elle qui ignore encore qu'elle est veuve avant d'être devenue épouse ?

 

Tentation : Sujet + le nom de DVC

Fournisseur : La bib N°3

 

 

Une belle histoire d'amitié, même post mortem !

Mon humble avis : Un chouette coup de coeur pour ce roman polyphonique qui surprend beaucoup, divertit pas mal, questionne souvent et émeut quand il faut, à savoir de temps en temps, tout en amusant le lecteur. Et évidemment, sans genre de pathos qui dégouline et me fait dorénavant fuir ! Non, ici, il y a du rythme, et l'auteur part d'un drame pour nous emmener dans une drôle d'aventure, toujours entre un genre qui frôle le burlesque, le comique et le profond... Car bien sûr, Les témoins de la mariée peut conduire à deux niveaux de lectures, suivant les envies du lecteur.

En fait, mon coup de coeur pour Les témoins de la mariée vient surtout du fait que, comme les personnages, j'ai été complètement menée par le bout du nez par Didier Van Cauwelaert. Tout un labyrinthe d'indices, de retournements de situations et un final des plus inattendus, surprenant, inédit et en fait, véritablement bouleversant, qui remet les compteurs à zéro, qui encouragerait presque à relire le livre, différemment, éclairé par cette finale.

Le roman s'ouvre sur la voix de l'auteur... qui met en place l'histoire et les personnages. Ensuite, chacun des personnages s'exprimera à son tour, et nous aurons ainsi différentes perceptions de mêmes événements. Nous pénétrons dans l'esprit et l'âme de chacun.

Le défunt, Marc, photographe célèbre était un homme à femmes.... Qui avait subitement annoncé son mariage avec une chinoise inconnue de tous et surtout de ses 4 meilleurs amis. Ces meilleurs amis, si proches de Marc et des un des autres, vivaient presque grâce et sous la protection de Marc, qui fournissait emplois, gites etc... Et tout au long de cette longue journée (c'est d'ailleurs mon seul mini bémol...c'est fou tout ce que ces personnages parviennent à faire en une seule journée, parisienne qui plus est....), chacun se demandera s'il est manipulé par l'autres, ou les autres... Qui peut-être voudrait prendre sa place ? Est-ce que la fiancée voudrait les voir se quereller pour mieux régner... Et pourtant, les témoins, par instinct de protection, se trouvent obligés de manipuler la fiancée... Derrière tout cela, il y a le frère du défunt... qui déteste cette bande d'amis parasites...

Et avec ce dénouement des plus inattendus, qui donne toute son originalité au roman, nous réalisons que nous venons de lire une magnifique histoire d'amitié, bouleversante en fait, qui commence dans le vivant et se prolonge bien après la mort. Bref, j'ai adoré ! Une histoire qui fait du bien et qui manipule en même temps, c'est chouette non ?!

 

 

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Rédigé par Géraldine

Publié dans #Littérature française, #Livres audio, lectures audio

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Publié le 6 Avril 2019

Littérature, lecture, avis, Sucre Noir, Miguel Bonnefoy, roman

Roman - Editions Rivage livre audio - 4h29 d'écoute - 19.60 €

 

Parution d'origine chez Acte Sud en août 2017

L'histoire : Dans les Caraïbes... Quelque part au Venezuela... Au 18ème siècle, un navire de pirate fait naufrage... après une mutinerie, mais surtout, après avoir caché et protégé un inestimable trésor. Depuis, les légendes vont bon train sur ce trésor. Au début du 20ème siècle, la famille Otéro est rattrapée par cette légende. Et, sur plusieurs générations, il y aura ceux qui cherchent le trésor, et ceux qui ne le cherchent pas. Qui le trouvera ?

Tentation : La renommée du roman lors de sa sortie

Fournisseur : Bib N°3

 

Mon humble avis : Le premier chapitre m'a fait peur, comme si ce choix de lecture ne me correspondait pas... L'impression d'être sur le Black Pearl de Pirates des Caraïbes. Et puis, toute réticence s'est envolée et je me suis laissé happée par cette chasse au trésor, qui est en fait assez secondaire dans cette histoire, mais qui permet une passionnante et intéressante observation de l'Humain dans ce qu'il a de pire, comme de meilleur.

Le ton du roman, tout à fait maîtrisé, est assez suranné.... Comme si cette histoire émanait des profondeurs d'une mémoire collective, et d'une transmission trans-générationnelle orale. La lecture assez neutre qui en est faite m'a dérangée au début, puis plus du tout, tant elle était adéquate par rapport au texte.

Roman vous avez dit ? Oui, mais bien plus ou tout autre.... Récit d'une légende, saga, fable, conte, héritage familial, récit biblique genre premier testament, parabole ? Un peu tout à la fois mais sans jamais désordonné.

Outre le dépaysement exotique et temporel, voire atemporel, Sucre Noir déploie une force symbolique d'une puissance rare... Oui, tout y est symbole, depuis le caractère des personnages et leur évolution, jusqu'à évidemment, cette cherche de trésor. Le trésor... Ce peut -être un simple rêve inaccessible ou une richesse inestimable. On peut parcourir la planète à sa recherche sans se rendre compte qu'il est à nos côtés. Il est espéré grandiloquent et prendre en fait une forme toute simple... Comme le bonheur. Souvent sans le savoir, on vit tous sur un trésor, nous même... A nous de le faire grandir, de l'aimer, et surtout, de le partager. Un trésor, le nôtre comme celui que dame nature nous offre, non partagé ne mène à rien qu'à la perte, à la folie, à l'obsession, à l'exclusivité dangereuse. Tout cela est au niveau personnel... Mais l'auteur développe aussi ce sujet à la dimension sociétale (avec la découverte du pétrole au Venezuela etc).

Bref, un texte puissant et simple et divertissant à la fois, comme déterre d'une autre époque (comme un trésor, on y revient !) et qui dit tant sur l'humanité en 200 pages. Une belle leçon de vie et d'amour.  Et qui dit aussi que l'Histoire est un éternel recommencement ! A lire sans hésiter !

 

 

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Rédigé par Géraldine

Publié dans #Littérature française, #Livres audio, lectures audio

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Publié le 2 Avril 2019

Roman - Editions J.C Lattès - 192 pages - 17 €

Parution le 6 mars 2019

 

L'histoire : Les gratitudes, ce sont les vrais mercis, ceux qui dépassent les mercis de courtoisie, de politesse, d'habitude. Ce sont ces mercis que l'on devrait dire à celles et ceux qui, par leur rencontre et leur action, au delà du "petit" service, ont vraiment changé notre vie. Ces mercis que l'on tait parfois par gêne, où que l'on aimerait dire alors qu'il est trop tard.

Michka vient de décéder en EPADH. Marie, sa jeune voisine, raconte Michka, leur relation, sa vieillesse avec les mots qui disparaissent, la perte de repaires, et la gratitude urgente qui ronge Michka.

 

Tentation : Ben, un de Vigan, c'est incontournable !

Fournisseur : Kdo de ma Maman.

 

 

Que reste-t-il lorsque les mots s'envolent ?

Mon humble avis : Une fois de plus, Delphine de Vigan m'a touchée en plein coeur, avec simplicité, justesse, pudeur, finesse et beaucoup de tendresse sur un sujet douloureux, qui nous a tous concerné (via la perte d'un être cher) ou nous concernera tous un jour où l'autre, lorsque viendra notre tour... Celui de la fin de vie... Mais avant cette fin redoutée puis salvatrice, il y a l'amoindrissement des capacités, la vieillesse, le cerveau qui fonctionne moins vite ou plus très bien, la dépendance et ici, le sujet central... Les mots qui s'envolent, qui disparaissent, qui se confondent... Ce que l'on nomme l'aphasie. Que reste-t-il sans les mots ? Comment échanger, comment se faire comprendre, comment communiquer ? La mise en mots de cette disparation est magistralement décrite par Delphine de Vigan à travers le personnage si attachant de Michka.... mais aussi à travers celui de Jérôme, son orthophoniste et de Marie, jeune voisine de Michka qui vient souvent lui rendre visite. Dans Marie, on peut aisément retrouver des pans de vie de l'auteure elle-même. Aussi, peut-être Michka a-t-elle réellement existé, et ce roman, l'expression d'une réelle gratitude que la fuite du temps n'a pas rendu possible au bon moment. Ce sont Marie et Jérôme qui racontent chacun leur tour Michka, la Michka qu'ils connaissent.

Mais cette fin de vie n'est point l'unique sujet de ce roman magnifique... Il y a évidemment ces gratitudes que l'on manifeste, et celle qui sont restées enfouies et tues, avec l'urgence de les partager...

Michka est hantée par une gratitude qu'elle n'a pas pu exprimer. Enfant juive, durant la deuxième Guerre Mondiale, elle a été cachée par deux paysans durant plusieurs années. D'eux, elle n'a que deux prénoms, deux prénoms qui lui ont sauvé la vie et qu'elle n'a jamais pu remercier.

Marie éprouve tendresse et gratitude envers Michka qui a agrémenté et allégé son enfance lorsque sa propre mère se faisait défaillante.

Et puis il y a Jérôme, l'orthophoniste, qui travaille avec les mots et les silences, et qui se prend réellement d'affection pour Michka.

Ces trois personnages ont un point commun... une blessure de l'enfance. De celles qui marquent à jamais...

Bon, je réalise en relisant mes mots que je patauge pour exprimer à quel point j'ai aimé ce roman qui est tout en dignité, émotion, poésie mais sans pathos. Et, surtout, en toute simplicité, ce qui pour moi est un point positif par rapport aux deux ouvrages précédents de l'auteure... Simplicité et humanité, voilà ce qui définit ce court roman.

Quant à nos propres gratitudes... Forcément, on y réfléchit au cours de notre lecture... Je pense, j'espère avoir exprimé les miennes au bon moment... Ces bras et mains ouvertes qui changent votre vie, ou qui permettent de la maintenir telle qu'elle était malgré les accidents... Je pense souvent à Ludo et Laurence, mes chefs chez Nouvelles Frontières, qui ont tout fait pour que je garde mon poste après mon AVC... Jusqu'à me dire, à certains moments : "si tu ne te sens pas venir travailler, tu ne viens pas mais tu nous préviens pour qu'on ne s'inquiète pas de ton absence". Vous en connaissez beaucoup vous, des chefs comme ça ?

Je pense aussi à Magali, qui sans me connaitre, a proposé de m'accueillir chez elle en Guadeloupe pour que je puisse chercher du travail sur place.

Je pense aussi à Hannelore et José, mes amis de Guadeloupe aussi, qui m'ont invité à squatter chez eux 3 mois, le temps que je m'organise etc...

Je pense à l'équipe médicale de St Philibert à Lille qui m'a sauvé la vie

Je pense aux personnes qui spontanément, m'ont aidé à retrouver mon Praslin il y a quelques années.

La liste est longue en fait... Mais honnêtement, je pense être en paix avec moi-même car ces gratitudes, je n'ai jamais eu la pudeur de les taire. Au contraire... Et souvent à l'étonnement des bénéficiaires, qui ne comprennent pas toujours ces reconnaissances de gratitudes, tant ce qu'ils ont fait pour moi leur semble normal.

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Rédigé par Géraldine

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Publié le 30 Mars 2019

La vie en mieux, d'Anna Gavalda

Roman - Editions Audiolib - 4h52 d'écoute - 19.50 €

Parution d'origine à La Dilletante en mars 2014

 

L'histoire : Mathilde a 24 ans et Yann 26. Deux jeunes qui, séparément, vive une vie qu'ils trouvent terne et loin de leur inspiration sans toutefois se remettre en question. Jusqu'à ce qu'un jour, ils fassent chacun une rencontre qui va changer le cour de leur vie en leur donnant enfin des ailes.

 

Tentation ; Envie de facile et de légèreté

Fournisseur : Bib N°3

 

Mon humble avis : En fait il ne s'agit pas ici d'un roman mais de deux longues nouvelles avec un thème commun... Une vie qui ne ressemble pas à ceux qui la vivent...

Je suis très partagée par ce livre. Si je m'étais arrêtée à la première histoire, celle de Mathilde, j'aurais été assez féroce je pense... Pas pour le fond, qui reste agréable et pas dénué d'intérêt, mais pour la forme...

Un soir, Mathilde oublie son sac à main dans un bar... Dans ce sac, une belle petite fortune en espèce pour payer des gros travaux dans l'appart qu'elle partage avec deux colloc dans le genre "saintes ni touches" . Bien diplômée, le métier de Mathilde n'est pourtant que de poster de faux avis dithyrambiques sur des sites de vente internet. Quelques jours plus tard, un appel... Surprise, celui qui a trouvé son sac souhaite lui rendre dans le même bar... Et il lui rend dans son intégralité, la belle petite fortune incluse... Fait assez rare à notre époque pour être souligné et qui, effectivement, pouvait être un bon postulat de départ pour une chouette histoire. Oui mais voilà, il est moche, bizarre etc... Malgré des formules bien trouvées, vous savez, ce genre de formules qui vous fait briller en soirée, ou du moins qui fait rire la cantonade, Mathilde m'a déplu. Déjà, ces fameuses formules sont trop systématiques, comme les antibiotiques... Et donc cela finit par lasser et par passer pour un exercice obligatoire. Et puis, cette jeune fille utilise certes un langage populaire et plutôt oral, mais le pire est que sa vulgarité devient insupportable. Et dommage, cette nouvelle s'achève là où il serait intéressant qu'elle se développe.

L'histoire de Yann m'a plus touchée. Lui aussi sur- diplômé, le voici vendeur chez "Darty". Il vit avec sa copine... Mouais, rien de transcendant, jusqu'à ce qu'il fasse la connaissance d'un couple de voisin, un couple haut en couleur, avec qui il passe une soirée, suite à une histoire de meuble qu'il a aidé à monter de quelques étages... Cette soirée le changera à jamais et lui fera réaliser que rien de sa vie ne lui ressemble... Ni sa copine, ni son boulot, ni son appart. Les choses de la vie, les conseils de l'aîné à son cadet sont bien plus profonds et intéressants, même si émanent de la vapeur des bons vins de cette soirée. Bon, certes, une certaine vulgarité linguistique est toujours là (genre bite zob couilles) et pas nécessaires, mais les sentiments et les idées font leur bout de chemin dans l'esprit de lecture. Une nouvelle direction, un axe de vie va prendre forme pour ce Yann un peu paumé et qui mérite mieux. Et ce Yann, dans sa façon de réagir et de s'envoler, m'a beaucoup plus. Il a résonnait en moi... A une époque, j'étais un peu lui et j'ai solutionné la problématique d'une façon similaire.

Donc au final, deux textes très inégaux, au style qui s'efforce d'être trop "djeuns" pour Mathilde. On est loin des premiers livres de l'auteure qui saisissait les tripes et le coeur il y a une bonne quinzaine d'année.

En fait, l'histoire de Yann aurait mérité un roman, plus long, à elle seule et Mathilde aurait dû rester dans le tiroir. Le roman aurait alors eu un tout autre goût, proche du délice.

Une lecture pas nécessaire... Si vous n'avez rien d'autre à lire.... C'est toujours mieux qui "Voici" ou "Closer". Ou alors, zappez la première nouvelle !

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Rédigé par Géraldine

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Publié le 14 Mars 2019

Roman - Algérie - Albert Camus - L'étranger - Meursault
Meursault, contre enquête, de Kamel Daoud

Roman - Editions Babel - 152 pages - 6.80 €

 

Parution d'origine chez Acte Sud en mai 2014

 

L'histoire : En 1942, à 14h00 sur une plage d'Alger, "L'arabe" était assassiné par Meursault. Cet arabe, mondialement connu, n'a jamais eu de prénom. Il a toujours était juste "l"arabe". En tout cas, Albert Camus ne lui en n'a pas donné dans son roman l'étranger. Soixante dix ans plus tard, Haroun, le frère de l'Arabe, révèle son prénom et son histoire...

 

Tentation : Le pitch + curiosité

Fournisseur : CB puis PAL

 

 

Mon humble avis : Cette lecture fut assez ardue pour moi. Elle nécessite une certaine concentration et sans doute, une bonne connaissance du roman de Camus, "L'étranger". Hélas pour moi, ma lecture de ce dernier remonte déjà à quelques années et ma mémoire n'en a gardé qu'un souvenir flou... Aussi, j'ai parfois peiné, d'autant que j'ai perçu quelques longueurs et il m'a fallu quelque temps pour venir à bout de ces 152 pages, mais qui en valent bien la peine !

Car ce roman est une véritable prouesse littéraire, un exercice de style d'une audace rarement atteinte, d'une originalité irréfutable !

Kamel Daoud donne une vie et un nom à "l'arabe", de "L'étranger" de Camus. D'un personnage anonyme de fiction, il fait un personnage central d'un autre roman, même si ce personnage est défunt. Même si le crime de Meursault se déroule en 1942, que l'action du roman de Daoud se poursuit jusqu'en 1963 et plus tard encore, cette histoire est atemporelle... Elle est celle de toute ces victimes anonymes, victimes de guerres ou de faits divers, qui aux yeux du monde, ne seront jamais plus qu'une victime sans nom, comme l'arabe. Kamel Daoud donne donc prénom à l'Arabe : Moussa. ll lui rend ainsi son identité, ainsi qu'une famille, une vie... Une vie avant... Et les conséquences de la mort de Moussa sur la famille ensuite. Daoud rend ainsi hommage à toutes les victimes qui provoquent moins d'intérêt collectif que leurs assassins qui sont disséqués sous toutes les coutures.

Et puis, dans ce livre, au fil des années, il y a la guerre d'indépendance de l'Algérie, puis la liesse de cette indépendance acquise, et l'évolution des mentalités et des droits en Algérie, avec une religion de plus en plus vigoureuse. Des réflexions très intéressantes sur la mort et l'acte de donner la mort, sur l'identité dans le multiculturel

Tout au long de ce roman, nous retrouvons Haroun dans un bar, et Haroun compte son histoire, la sienne, avec l'ombre et le poids du mort Moussa, et de la mère à moitié morte depuis 1942. Daoud laisse comme planer un mystère, que chacun résoudra suivant sa propre perception, sa propre sensibilité... Je ne pense pas qu'il existe de réponse claire et nette, malgré ce qu'en disent certaines critiques. A qui s'adresse Haroun ? A un étudiant thésard, à un journaliste, à lui-même, à l'ombre de Camus, ou à chacun des lecteurs qui plongent dans ses pages et l'écoutent ?

A noter que "Meursault, contre-enquête" a reçu le prix Goncourt du premier roman.

 

" La religion pour moi est un transport collectif que je ne prends pas. J'aime aller vers ce Dieu à pied s'il le faut, mais pas en voyage organisé."

"Un certain goût pour la paresse s'installe chez le meurtrier impuni. Mais quelque chose d'irréparable aussi : le crime compromet pour toujours l'amour et la possibilité d'aimer. J'ai tué et, depuis, la vie n'est plus sacrée à mes yeux"

 

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Rédigé par Géraldine

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Publié le 10 Mars 2019

Roman - littérature française - Bretagne
Article 353 du code pénal, de Tanguy Viel

Roman - Editions Audiolib - 4 h d'écoute - 19 €

 

Parution d'origine aux Editions de Minuit en janvier 2017

L'histoire : Martial Kermeur est déféré devant le juge, pour avoir jeté l'agent immobilier Antoine Lazenec à la mer... Geste qui a provoqué la mort de ce dernier.

Face au juge, Martial évoque tous les éléments qui l'ont conduit jusque dans son fauteuil... Depuis, son licenciement, son divorce, la garde de son fils, jusqu'à sa prime de licenciement investira dans un projet immobilier qui ne verra jamais le jour...

 

Tentation : La blogo

Fournisseur : Bib N°3

 

 

Mon humble avis : Voici un très bon roman, étonnant, original et à la fin... bouleversante et on ne peut plus inattendue si l'on ignore le contenu de ce fameux article 353 du code pénale. Oui, l'issue remue vraiment. Elle rassure comme elle inquiète sur un certain fonctionnement possible de la justice française. Oui, elle peut vraiment tranquilliser si nous sommes en face de la bonne personne. Même si la vengeance n'est jamais une bonne justice et que nul n'est censé ignorer la loi.

Nous sommes dans le Finistère Nord, dans le bureau d'un juge pour un huis clos entre le juge et le présumé coupable Martial Kermeur, pour le meurtre d'Antoine Lasenec, un promoteur immobilier arrogant tout d'abord, puis très véreux ensuite, pour être les deux enfin. Ce huis clos est une longue confession de Kermeur, qui comme une pelote de laine, déroule tous les événements qui l'ont conduit à commettre cet acte irréparable. 

Nous pourrions tout aussi être dans le cabinet d'un psychiatre...  Martial Kermeur est presque dans un monologue... Juste entrecoupé par quelques questions du juge, ou relancé par le juge comme un encouragement à approfondir un fait. Aussi les principaux sujets de ce roman sont le pouvoir de la parole libératrice, et surtout, le pouvoir de l'écoute, qui permet l'empathie.

Mais il y a aussi le désespoir des victimes d'escrocs, qui n'ont aucun recours... Les gestes qu'amènent ce désespoir et la ruine financière... mais aussi, les sentiments... La honte... La honte d'avouer s'être fait escroquer, la honte que les autres découvrent qu'en bon partisan socialiste, vous ayez investi dans le plus pur exemple du capitalisme.

Tout cela est parfaitement développé dans cette histoire, captivante, très bien menée, qui nous cloue aux sièges de Marial et du juge. Parce que Tanguy Viel a le génie de glisser un sacré suspense dans cette histoire, alors que pourtant, l'accusation est connue dès le début et que le présumé coupable ne nie pas les faits. Et à noter, la lecture de Féodor Atkine est juste impeccable. Bref, une rencontre livresque réussie !

Un roman que je vous recommande donc chaleureusement !

 

 

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Rédigé par Géraldine

Publié dans #Littérature française, #Livres audio, lectures audio

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Publié le 8 Mars 2019

Goncourt des lycéens, roman, Burundi, rwanda
Petit pays, de Gaël Faye

Roman - Editions Livre de poche - 221 pages - 7.20 €

Parution d'origine chez Grasset le 24/08/2016

L'histoire : Gaby a 10 ans. Franco-Rwandais (français par son père, rwandais par sa mère), il vit en famille dans une impasse à Bujumbura, alors capitale du Burundi. Sa mère fuit les massacres et la tension politique du Rwanda. Dans cette impasse, avec quelques copains Gaby mène une douce enfance, relativement insouciante et protégée. Puis la guerre civile éclate, et alors, tout bascule pour Gaby.

 

 

Tentation : La réputation du livre

Fournisseur : les étagères d'Armelle

 

 

 

Mon humble avis : Ce roman a défrayé la chronique lors de sa sortie, puis lors de son couronnement par le Goncourt des Lycéens... Une fois de plus, je suis en retard par rapport à "tout le monde", et une fois de plus, je me suis prise en gifle, du genre de celle qui marque longtemps, avec ce petit pays.

Comme je comprends l'engouement général envers ce roman qui est, à mes yeux, un véritable chef d'oeuvre. Captivant, bouleversant, tendre et dur à la fois,  Petit Pays remue autant les entrailles que le coeur, il attendrit autant qu'il atterre et révulse, le tout dans une écriture très fluide, franchement agréable.

Ce roman n'est pas autobiographique, même si Gaël Faye y met ses souvenirs d'enfance africaine, depuis les copains, jusqu'à l'atmosphère, en passant par les odeurs, les saveurs, les lumières, les sons, la chaleur, les pluies, les coutumes. Gaël Faye nous emmène au Burundi, pour le meilleur d'abord, puis le pire. Mais c'est sûr, en tant que lecteur, "nous y sommes". 

La première partie conte donc cette enfance privilégiée, avec ces questionnements, malgré un contexte familial et géopolitique compliqué et déjà tendu. Au Burundi, vivent aussi des réfugiés zaïrois, mais surtout Rwandais (Les Tutsi qui fuient les massacres perpétrés par les Hutus)... Tout cela pour "une histoire de nez"... Bref, une question d'ethnies...

Puis au Burundi, viennent les premières élections libres, suivies de près par un coup d'état et le début d'une guerre civile qui durera plus de 15 ans. De façon presque simultanée, le président du Rwanda voisin est assassiné. Les massacres se transforment alors en génocide contre les Tutsis, dont les plus chanceux se réfugient au Burundi, pays alors aussi en guerre.

Yvonne, la mère de Gaby, retournera au Rwanda à la recherche de sa famille, et reviendra marquée à jamais par les charniers dont elle est témoin...

Et pendant ce temps, Gaby grandit un peu, si peu... Deux ans, c'est peu dans la vie d'un enfant... mais au milieu de toutes ces guerres et ces haines incompréhensibles, il lutte très fort, contre lui-même et le monde pour justement, rester un enfant... Il se réfugiera alors dans la lecture... avant que le monde ne le rattrape dans son antre. Cette lutte pour ne pas quitter l'enfance est le coeur de ce roman.

Par certains côtés (l'impasse, la vie de quartier, des enfants avec le monde qui ne bouge pas dans le bon sens tout autour d'eux), Petit Pays m'a fait penser à "Ne tirez pas sur l'oiseau moqueur" d'Harper Lee. Il en a, de toutes façons, la même puissance, la même densité (impossible d'évoquer tous ses sujets- dont l'exil - en un seul billet). Saisissant jusqu'à la toute dernière page. A lire impérativement si ce n'est pas déjà fait !

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Rédigé par Géraldine

Publié dans #Littérature française

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Publié le 2 Mars 2019

Roman - Littérature Française - Séparation - amour - jalousie - obsession
Deux soeurs de David Foenkinos

Roman - Editions Gallimard - 173 pages - 17 €

Parution le 21 février 2019

 

L'histoire : La vie de Mathilde s'effondre en quelques semaines... Il suffit qu'Etienne la quitte après cinq ans d'amour et d'un geste déplacé à son travail pour qu'elle se retrouve sur le banc de touche et perde pied.

Sa soeur Agathe lui propose de venir s'installer chez elle histoire de se reposer pour repartir sur de bonnes bases. Son mari et sa fille Lili lui feront de la place dans leur petit appartement, et dans leur vie. L'équilibre de cette cohabitation devient très vite très précaire, surtout que Mathilde dévoile un pan de sa personnalité inconnu de tous, même d'elle même...

 

Tentation : Pour Foenkinos, je cours !

Fournisseur : Ma CB

 

 

Mon humble avis : David Foenkinos nous conte l'histoire d'une chute sans fin, tout en observant les travers de notre société contemporaine. Via Mathilde il nous fait vivre les conséquences de l'abandon amoureux, lorsque celui-ci devient obsessionnel et conduit à une sorte de folie. La désertion de l'être aimé passionnément, la blessure, le mal qui est fait et libère ainsi un pan inconnu de votre personnalité... A moins que ce soit ce mal qui le crée...

Les conséquences du malheur, la dépression, le déni, la paranoïa... 

Deux soeurs est un roman qui change complètement de direction, qui sort "des habitudes Foenkinos" que pourtant j'adore pour surprendre et entraîner le lecteur dans une histoire tout à fait inattendue de sa part... C'est pas mal non plus d'être surprise et emmenée là où l'on ne s'y attendait pas.

Pourtant, le ton, ou le style singulier de l'auteur est là... Ce ton faussement badin, qui fait souvent sourire, cette façon unique et inimitable  qu'a David Foenkinos pour dire, raconter ou démontrer les choses et les sentiments. Oui, même en lecture "à l'aveugle", on saurait parfaitement dire qui tient la plume. Mais c'est dans le registre que l'auteur fait un virage à 180 degrés. Nous sommes ici dans une histoire sombre qui détaille avec grand talent des affres de la dépression, une histoire où la tension monte, où l'auteur se joue du lecteur en émettant une hypothétique manipulation pour la démonter ensuite.

A mesure que l'on tourne tourne tourne frénétiquement les pages, on devine que l'issue risque d'être tragique, sans jamais imaginer à quel point celle-ci sera glaçante.

Le Foenkinos 2019 est donc toujours aussi agréable et fluide à lire, mais surprenant puisque éloigné de l'univers et des sujets de prédilection de l'un de mes auteurs chouchous ! Vivement 2020 !

 

Et pour une fois, je me suis fait "plaiz" avec plein de petites croix au crayon à papier dans la marge !

"Elle se rendit compte à quel point il est facile de ne pas être soi"

"Il avait fini par se dire que certaines histoires meurent d'avoir commencé trop tôt... Il passa donc à la seconde rupture : celle des réseaux sociaux, en la "bloquant" sur toutes ses pages. Elle en fit de même : la fin d'un amour moderne."

"Dire la vérité, c'est faire fuir l'autre. Mathilde n'a pas le choix, elle minimise chacune de ses pensées. Mais elle ne doit pas sembler indifférente non plus. Tout est si compliqué. Elle donnerait n'importe quoi pour avoir le mode d'emploi du geste juste."

"Est-il possible que la gentillesse soit insupportable ?... L'agressivité de Mathilde était compréhensible. On cherche toujours un bouc émissaire à ses souffrances".

"On pourrait croire que que ce moment d'égarement demeurerait l'unique image que l'on conserverait d'elle. Une erreur dans un océan de perfection, et c'est l'erreur seule que l'on regarde".

"La disponibilité permanente de toute chose avait donc conduit à la baisse de la libido curieuse. Alors, on repérait les passionnés, ici où là, comme des chevaliers d'un autre temps"

"Le vrai problème, c'était les livres. Mathilde en avait trop lu. On ne pouvait pas être heureux quand on avait trop lu. Tous les malheurs venaient de la littérature. Elle enviait le manque de culture littéraire de sa soeur."

"Peut-on devenir méchant à l'épreuve de la souffrance ? Il fallait croire que oui.

« Quand vous souffrez, tout le monde vous considère comme un produit explosif. Vos interlocuteurs s approchent de vous en espérant que le fil rouge et le fil bleu qui sont en vous ne vont pas leur faire exploser une bombe au visage. »

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Rédigé par Géraldine

Publié dans #Littérature française

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