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Publié le 10 Juin 2020

Zebraska, littérature, roman, autisme, HP, HPI, HQI, THQI, avis, blog, chronique, zèbre, enfant zèbre

Roman - Editions J'ai Lu - 313 pages - 7.10 €

Parution de cette version revue et augmentée chez J'ai Lu le 4 mars 2020

L'histoire : Nous sommes en 2055, Martin à 15 ans. Depuis longtemps, les livres n'existent plus. Et pourtant, à Noël, sans grand-mère lui en offre un. Tout d'abord réticent, Martin plonge dedans... dans une aventure extraordinaire dont le héros est son père, e père qu'il va enfin pouvoir décoder et comprendre... Et surtout, il va découvrir ce qui a mener le monde à La Grande Bascule, en 2025. Cette seule date présente dans l'Histoire, date qui a ouvert sur un monde différent... Ou, les enfants comme lui, HP, HPI, HQI, THQI ne sont plus moqués ni isolés, mais pris en charge et mené sur le meilleur chemin. Oui, ces enfants sont désormais partie intégrante de la société et leur capacités et particularités sont autant appréciées que recherchée.

Tentation : Couv et pitch

Fournisseur : Ma CB juste déconfinée !

 

 

Mon humble avis : Le "Zebraska" est le pays (imaginé par l'écrivaine Belge) où vivent enfants et adultes différents : Les Zèbres, ces personnes qui sont HPI (Haut Potentiel intellectuel), HP, HQI ou THQI (très haut quotient intellectuel qui présentent des comportements différents, "faute" d'adaptabilité à la norme.

Quel étrange (mais délicieux) roman ! Qui pourrait entrer dans tant de cases littéraires que du coup, aucune ne lui suffit. Il y a de l'anticipation, du témoignage, de l'initiatique etc... Et qui plus est, un roman dans le roman.

C'est Martin que l'on écoute, qui nous narre son histoire. Il a 15 ans et est HP, Haut Potentiel. Mais en 2055, cela n'est plus un souci puisque particularités, singularités ne sont plus écartées, ni montrées du doigt, ni moquées. Du coup, la vie est bien plus simple pour tout le monde, bien plus heureuse même. D'ailleurs, le meilleur ami de Martin est normo-pensant. Depuis 2025 et la fameuse Grande Bascule, le vivre ensemble est enfin réalité. L'époque semble idéale... Sauf que les livres n'existent plus : En effet, ceux ont la fâcheuse tendance à faire réfléchir et rêver. On est donc heureux mais sans penser vraiment, on ne rêve plus, et la première date de l'Histoire est 2025. Plus de passé, plus de racines, plus de souvenirs individuels ou collectifs qui permettraient d'éviter de refaire les mêmes erreurs, ou de courir vers les mêmes cataclysmes. Voilà l'arrière-plan du roman.

Nous vivons le quotidien serein de Martin, malgré le fait qu'il soit HP. Malgré le fait que Martin aimerait souvent débrancher le monde, et mettre son cerveau sur pause pour en finir avec toutes les questions qu'il se pose sur tout. Et un chapitre sur deux, celui-ci est interrompu par sa lecture de chapitre du fameux roman offert par sa grand-mère... Ce livre est en fait une biographie de son père, qui fut aussi enfant HPI (Haut Potentiel Intellectuelle), mais dans une toute autre époque... Une époque où les parents courraient de médecins, en psy etc pour trouver de l'aide. Une époque ou hommes et femmes débordaient de tout et supportait toutes les précisions, notamment celle de devoir tout mener de front et d'atteindre la perfection partout. Mamiléa raconte donc l'enfance de Thomas. Une période cauchemardesque pour Thomas rejeté de tous, et infernale pour Mamiléa qui vivait entre détresse, désespoir, menus espoirs, incompréhensions sociales.

Martin découvre ainsi ce que fut son père dans sa jeunesse et comprend alors ce qu'il est maintenant, le rapprochement et une certaine connivence sont désormais possible. Mais Martin s'interroge : pourquoi son père a-t-il tant souffert d'être HPI, alors que lui le vit très bien. Tout simplement parce que Martin a la chance de vivre dans une époque bienveillante, qui s'adapte à tous, et qui a compris que les singularités sont une chance, une richesse. Ceci, parce qu'il y a eu la Grande Bascule, à découvrir dans ces pages.

Evidemment, Martin et Thomas sont HPI, mais ils sont ou peuvent être aussi TSA (dans le Spectre Autistique), même si ces mots ne sont pas usités par la romancière. Certains symptômes et manifestations comportementales peuvent le laisser penser.

Ce roman est vraiment dense en sujets de réflexion. Il est autant doux qu'éprouvant à lire, puisqu'il permet de se mettre dans la peau d'une mère d'un enfant différent. A ce titre, Zebraska est très instructif. Tout cela est conté avec une grande franchise, sans langue de bois, mais aussi avec beaucoup d'amour, de tendresse et de délicatesse. 

De nombreux sujets ont fait écho par rapport à la période que nous traversons, ou le monde semple prêt à imploser et ou circule un fichus virus qui met tout à terre ou presque... Depuis le début du confinement, on a parlé du jour d'après, de la vie d'après enrichie par ce traumatisme mondial... Le monde doit changer, et la Grande Bascule imaginée par la romancière a eu lieu en 2025.... Autant dire demain ! 

Certes, Isabelle Bary décrit les années 2050 comme idyllique, mais comme elle le précise, il y manque les livres, la mémoire, l'Histoire et le rêve... Donc l'équilibre n'est pas encore parfait... Reste à trouver le juste milieu, ou plutôt la voie du milieu pour parvenir à une ère harmonieuse et intelligente. Un roman plein d'espoir !

 

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Rédigé par Géraldine

Publié dans #Littérature française

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Publié le 27 Mai 2020

Guillaume Musso, Musso, littérature, avis, blog, la vie secrète des écrivains

Roman - Editions Livre de Poche - 369 pages - 8.40 €

Parution d'origine chez Calman Levy en avril 2019

L'histoire :  Depuis 1999, après avoir publié trois romans  devenus cultes, le célèbre écrivain Nathan  Fawles s'est retiré  à Beaumont, une île sauvage et sublime au  large des côtes de la Méditerranée... et n'a plus écrit une ligne ni donné une interview, même si ses romans restent une référence.
Automne 2018. Mathilde Monney, une jeune journaliste  suisse, débarque sur l’île, bien décidée à percer  son secret. Débarque aussi Raphaël, jeune homme ravi d'être embauché quelques mois dans la librairie locale, avec bien sûr, l'espoir d'approcher son auteur favori.
Mais un corps de femme est  découvert sur une plage et l’île est bouclée par  les autorités. La quiétude du lieu est mise à rude épreuve.

Tentation : Titre, pitch

Fournisseur : Ma CB

 

Mon humble avis : Durant le confinement, j'ai eu des lectures soit très lourdes dans le sujet, soit râtées... Aussi, quand en allant faire mes courses j'ai vu ce roman enfin dans sa version poche, je m'en suis saisi, avec la promesse de quelques heures sympa, sans prise de tête, bien divertissantes, avec un brin de légèreté.

Objectif atteint, et la mission que j'avais donnée à ce roman est remplie haut la main. Je ne suis pas une fidèle de Musso, mais de temps en temps, j'apprécie, tout en sachant très bien à quoi m'attendre. Là, j'ai eu bien plus, ce roman étant différent de ceux que j'ai lus de l'auteur.

Déjà, nous sommes de retour en France et non plus dans un roman américanisé. Les personnages sont français et cela se ressent. Pas de course poursuite ou de course contre la montre etc... Non, au début, c'est une véritable quiétude que Guillaume Musso nous fait vivre sur cette petite île méditerranéenne qui ne donne qu'une envie : faire ses bagages et aller s'y installer. Evidemment, cette sérénité ne va pas durer... Puisqu'un cadavre mutilé va être découvert, et que celui-ci va être relié à d'autres histoires plus anciennes... Mais pourquoi celles-ci remontent elles à la surface ? Et de zénitude, nous passons évidemment à l'atmosphère thriller... et Guillaume Musso sort plusieurs cadavres des placards...

Cette histoire est parfaitement menée et construite. Elle est captivante et haletante en suspense sans qu'il n'y ait de super héros pour découvrir la vérité. La vie secrète des écrivains est un roman à multiple tiroirs, un roman qui cache potentiellement plusieurs romans à l'intérieur, mais qui en est l'auteur. Dans ces pages, Guillaume Musso développe aussi les sujets de l'écriture, de l'édition, du rapport des lecteurs avec les auteurs, de la pérennité des oeuvres etc... Ce qui est aussi l'un des intérêts nombreux de cet opus.

Quand on débarque avec Raphaël sur l'île de Beaumont, on est très loin d'imaginer que Guillaume Musso va nous emmener dans une enquête si profonde et secrète. Et surtout, sans vraiment spoiler, on ne pense pas que celle-ci va nous conduire dans l'Histoire, pendant la guerre de l'ex Yougoslavie. Des surprises nous attendent jusqu'à la toute fin et même après, dans l'épilogue et la post-face !

Un vrai plaisir de lecture, qui allie divertissement, mystère, suspenses à la grande Histoire, le tout sans prise de tête. Chapeau ! Et merci pour ce page-turner ! Ca fait du bien !

 

 

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Rédigé par Géraldine

Publié dans #Littérature française

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Publié le 15 Mai 2020

Claudine à Paris, Colette, Littérature Française, avis, chronique, blog, édition thélème, Isabelle Carré, livre audio

Roman - Editions Thélème - 4h55 d'écoute - 19 €

Parution d'origine en 1901

L'histoire : Claudine et son père viennent de quitter la province de Montigny pour s'installer à Paris. La jeune fille de 17 ans, tout d'abord nostalgique de sa campagne s'habitue pas du tout à la vie de la capitale. Puis, avec son neveu Marcel et Renaud, le père de celui-ci, donc son oncle, elle va se créer un nouvel univers et quitter au fur et à mesure l'insouciance de l'adolescence.

Tentation : Curiosité culturelle et littéraire

Fournisseur : Bib N°3

 

Mon humble avis : Une audiolecture plus par curiosité littéraire que par réelle envie... Mais je n'avais pas lu de "Colette" depuis le collège me semble-t-il, il me fallait donc remédier à cette lacune. Donc pourquoi pas "Claudine à Paris" pioché à la bib... Ce roman a d'abord paru signé par "Willy", l'époux d'alors de Colette, qui l'utilisait comme "nègre".

L'excellente interprétation qu'Isabelle Carré donne du texte de Colette m'a vraiment enchantée. Quelle vie et quelle énergie dans ces mots. Le style de Colette m'a plus qu'enthousiasmée : je me suis délectée de sa finesse, de ses facéties, de sa richesse, de sa musicalité, de son insolence qui n'empêche pas une subtile élégance. Pour ces raisons-là, je ne regrette pas mon excursion dans l'univers de Colette.

Claudine à Paris est la suite de Claudine à l'école, roman que je n'ai pas lu... puisque je ne savais pas. Dommage, mais tant pis ! Mais pour être honnête le contenu même de l'histoire ne m'a pas passionnée, parce qu'il n'est pas du genre de ceux qui m'extasient.  Mais il faut reconnaître que la description du Paris de 1900, de ses us, coutumes et moeurs reste intéressante comme cadre de fond. J'ai été étonnée que Colette évoque l'homosexualité si tôt dans son oeuvre et à cette époque.  Une audio lecture qui enrichit donc un peu culturellement mais qui pour moi, n'a rien eu de passionnant, ni d'émouvant ! Oui,  l'histoire Claudine à Paris m'a laissée tout à fait neutre émotionnellement.

La suite de la vie de Claudine est contée par d'autres romans. 

 

 

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Rédigé par Géraldine

Publié dans #Littérature française, #Livres audio, lectures audio

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Publié le 9 Mai 2020

Roman - Editions Audiolib - 9h02 d'écoute - 22.90 €

Parution d'origine chez J.C Lattès en 2017

 

L'histoire : Le Havre, 1940... La dêbacle, l'Exode, puis le retour au Havre, pour deux soeurs Emilie et Muguette, leurs enfants alors que leurs époux sont au front. L'occupation allemande et les bombardements des alliés. A travers ce roman, c'est l'histoire de deux familles, leur quotidien fait de privation et de peur, que l'on suit durant les cinq ans de la Grande Histoire.

 

Tentation : Ma récente lecture "Les guerres intérieures" de la même auteur

Fournisseur : Bib N°4

 

Mon humble avis : Effectivement, mes copines blogueuses ne m'ont pas trompée. Quel roman ! Quelle force et puissance dégage-t-il ! Bien sûr, il prend aux tripes et noue la gorge devant l'horreur du quotidien vécu pendant 4 ans par les Havrais durant la Seconde Guerre Mondiale.

Je savais que la ville du Havre avait particulièrement souffert pendant cette guerre et qu'elle avait été complètement démolie à coup de largages de bombes. Mais j'ignorais le reste, le comment, le pourquoi, le par qui... et ce l'enfer que cela représentait pour ses habitants. 

De sa plume si juste et délicate, Valérie Tong Cuong laisse chacun des protagonistes s'exprimer au fil de chapitres qui leurs sont dévolus. Joffre, le mari d'Emilie, revenu traumatisé du front, et qui semble s'adapter aux occupants sans rébellion. Emilie qui ne reconnait plus son époux et qui se bat pour maintenir toute la grande famille, la sienne et celle de sa soeur, à flots : c'est à dire en sécurité et avec une assiette rationnée. Muguette, atteint de la tuberculose qui, du fond de son sanatorium, accepte que ses deux enfants, Joseph et Marlyne, soient envoyés en Algérie pour y être protégés. Jean et Lucie, les enfants d'Emilie et Joffre, qui quittent l'enfance bien trop vite et prennent des risques pour améliorer le quotidien familial.

A travers cette saga bouleversante, Valérie Tong Cuong montre tout ce que l'on peut faire par amour : se dépasser soi-même, se séparer de ses enfants, se taire, ne pas paraître tel que l'on est au fond de soi, mentir... Oui, par amour, quitte à renoncer à l'amour de ses proches, il faut apprendre à mentir.

Je conseille chaleureusement ce roman qui certes vous malmènera, mais vous remettra en mémoire une page d'Histoire et le destin d'une ville, Le Havre rarement développé à ce point dans les manuels. Et pour celles et ceux qui ne manquent de rien d'essentiels dans cette étrange époque que nous vivons, "Par amour" permet vraiment de relativiser sur nos difficultés et restrictions actuelles. Un beau et grand roman, vraiment !

 

 

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Rédigé par Géraldine

Publié dans #Littérature française, #Livres audio, lectures audio

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Publié le 7 Mai 2020

littérature, lecture, roman, L'archipel d'une autre vie, Andreï Makine, avis, blog, chronique, URSS, stalinisme, liberté

Roman - Editions Points - 235 pages - 7.40 €

Parution d'origine aux Editions du Seuil en 2016

L'histoire : En Sibérie extrême orientale, un prisonnier vient de s'évader d'un camp. Quatre militaires de grades différents et un responsable de service de lutte anti soviétique sont chargés de poursuivre et de capturer le fugitif. Ils ne savent rien de lui, mais vont sans relâche poursuivre leur mission au coeur d'une taïga peu accueillante. Parmi eux, Pavel, le narrateur, qui conte cette histoire de chasse à l'homme des années plus tard, à un jeune qui pensait le suivre discrètement dans cette même taïga.

 

 

Tentation : Ma PAL

Fournisseur : Ma PAL

 

 

Mon humble avis : Les livres sont parfois comme des personnes. Dans la vie, il y a des livres que l'on croise, avec qui l'on passe un bon moment avant de reprendre la route. Et puis il y a ceux que l'on rencontre et avec qui on poursuit le chemin, que l'on garde avec et en soi parce  qu'il participe à la construction de l'être que nous devenons, et vous cueille au bon moment. L'archipel d'une autre vie est de ceux-là !

Il est aussi de ceux qui nous murmure à l'oreille ou qui nous hurle dessus, qui nous malmène mais nous fait avancer. C'est une odyssée à travers la rudesse de la taïga sibérienne et la brutalité infernale de l'époque soviétique stalinienne, qui mène à un archipel où une autre vie est possible. Où l'on peut sortir du "jeu"subtile imposé par l'Homme, maîtriser notre pantin intérieur, jusqu'à aboutir là : un archipel où une autre vie est possible, en accord avec soi-même, où l'on pose ses valises, juste parce que l'on se sent arrivé. C'est une histoire qui nous dit que le confort n'est pas forcément dans le luxe matériel et la facilité, mais là où l'on se sent libre. Libre d'être et de penser.

Cette histoire qui est cruellement ancrée dans la réalité historique stalinienne est pourtant magnifiquement allégorique. Chacun y lira et ressentira ce qu'il souhaite ou ce dont il a besoin. Pour ma part, l'Archipel d'une autre vie est le symbole même de l'existence, de cette chasse, de cette poursuite haletante ou hésitante, abrutie ou motivée, interminable et infinie d'un inconnu, mus que nous sommes par des raisons qui aussi possiblement dérisoires qu'inhérentes à chacun d'entre nous, en fonction de nos besoins, de nos valeurs, de nos capacités. Cette chasse, cette course poursuite qui éjecte au fur et à mesure les plus faibles, les plus inadaptés à l'environnement. Inadaptés par abus d'onirisme, inadaptés par abus d'orgueil et de fierté, inadaptés par impatience, par avidité, par l'aveuglement : celui de ne pas regarder où nous sommes sans doute arrivés. De faire même demi*tour par naïveté ou loyauté à qui ne le mérite pas. Par difficulté  à quitter son pantin intérieur, à sortir du troupeau, à renoncer, à choisir.

C'est tout cela que j'ai trouvé, et bien d'autres richesses encore dans ce roman puissant, saisissant et bien sûr captivant, car il ne manque pas ni de suspense ni de surprise. Andreï Makine maîtrise à merveille le rythme et le verbe, le verbe qui dit tout de l'humain avec ces quelques personnages et leurs variations intérieures : le pire, l'affreux même, le discret, et le meilleur, le tout en période stalinienne puis post soviétique. L'archipel d'une autre vie, presque un proche du conte philosophique est à lire absolument !

 

 

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Rédigé par Géraldine

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Publié le 27 Avril 2020

Littérature française, Jérôme Attal, Roman, Avis, blog, L'histoire de France racontée aux extra-terrestres

Roman - Editions Livres de Poche - 199 pages - 7 €

 

Parution d'origine aux Editions Stéphane Millon en 2012

L'histoire : Après une rupture amoureuse, le narrateur se retrouve projeté sur une autre planète : Zyproxia. Là-bas, les Zyproxiens l'accueillent chaleureusement. Ces extra terrestres ont une particularité : A un moment de leur vie, ils choisissent l'âge qu'ils veulent garder pour le reste de celle-ci. Zyctor, le fils de Zulator, a choisi l'âge de 8 ans... Il a donc toujours besoin "d'une histoire pour dormir"... Mais depuis le temps, Zulator est à court d'idées. Il demande donc au narrateur de raconter l'Histoire de France à cet enfant pour la vie.

 

Tentation : Ma PAL

Fournisseur : Ma PAL

 

Mon humble avis : Il y a "quelques" années, je m'étais régalée de "Le voyage près de chez moi", de Jérôme Attal. Aussi, déjà bien confinée fin mars, je me suis dit qu'une lecture légère mais pas idiote pour autant me ferait grand bien... Voilà pourquoi j'ai pioché ce roman dans les profondeurs de ma PAL...

Et bien mauvaise pioche, ou en tous cas, pioche décevante... Certes, l'onirisme régnant sur cette étrange planète Zyproxia m'a un temps bien réconfortée, déconfinée psychologiquement et l'idée globale du roman m'amusait... Mais en fait rien, à mes yeux, n'est abouti.

Les rapports entre le narrateur et Zycktor sont quasi inexistants, alors qu'ils auraient pu être intéressants et l'occasion de joyeux quiproquos ou d'échanges enrichissants tant pour les personnages, que pour le lecteur.

J'espérais réviser un peu mon Histoire de France... Et bien non, car nombre d'événements relatés ici le sont de façon beaucoup trop implicite pour que je les reconnaisse et en tire profit "culturel" ou rire à bon escient. En fait, il est fort possible que seules les personnes très calées en Histoire apprécier les sous-entendus et autres subterfuges de l'auteur, et sans doute leur relative finesse... Quoique !  Je dis "relative" car même s'il y a d'excellentes trouvailles et de bonnes tranches de rigolades, l'humour m'a semblé parfois très graveleux ou très sur le plancher des vaches, pas toujours de bon goût. Mais oui, certains passages sont délicieux (notamment ceux avec Robespierre et ses comparses) mais ils sont souvent noyés dans des digressions et trop de mélanges temporels... Les anachronismes passé/présent sont parfois sympas mais tombent le plus souvent à plat. Bref, ce roman est trop irrégulier, comme si je lisais une ébauche d'un projet, comme restent au niveau d'ébauche les quelques réflexions intéressantes sur l'Histoire de France. Aussi, j'ai eu l'impression de lire un "pot-pourri" ou un "four tout", le tout en mode "amphétaminé". Déçue je suis.

 

 

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Rédigé par Géraldine

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Publié le 11 Avril 2020

Roman - Editions Audiolib - 3h49 d'écoute - 17 €

Parution d'origine aux éditions du Seuil en août 2017

L'histoire :  En 1935, Edmond Charlot, 20 ans, ouvre une librairie à Alger avec la volonté de promouvoir de jeunes écrivains de la Méditerranée sans distinction de langue ou de religion.
En 2017, Ryad, 20 ans, étudiant à Paris, n'éprouve qu'indifférence pour la littérature. De passage à Alger, il doit vider de ses livres un local, tâche qui est étrangement compliquée par la surveillance du vieil Abdallah.

 

Tentation : La blogo à l'époque de sa sortie

Fournisseur : Bib N°3

 

 

Mon humble avis : Aie, j'attendais beaucoup de ce roman... Et finalement, je n'ai pas accroché, il ne m'a pas captée et donc pas captivée non plus.

Pourtant, "Nos richesses" a vraiment trouvé un lectorat charmé et ému par ses pages et éblouis par le style de l'auteure lors de sa sortie il y a un peu plus de deux ans. Ce livre doit être bien, mais pas pour moi, pas en ce moment, ou pas en format audio. Je n'ai pas la réponse.

Nos richesses revient dans l'Histoire, à l'époque ou Edmond Charlot, petit libraire éditeur d'Alger, publie les premiers textes de celui qui deviendra si grand que presque mythique : Albert Camus. Alors oui, j'ai apprécié que mes oreilles soient caressées à l'évocation de telles pointures : Camus, Giono, Gide, Vercors etc. Ce furent-là mes seules émotions de lectrice. Il y avait aussi des noms qui ne m'évoquaient rien.

Certains passages m'ont intéressée et parvenaient à contenir mon attention. Comme les conditions de vie et de l'édition à Alger durant la deuxième Guerre Mondiale, la montée de la gronde, puis la guerre d'indépendance de l'Algérie.Le tout, via le journal imaginaire de Charlot. Mais problème pour moi, j'ai souvent eu l'impression d'écouter une longue liste de dates et d'événements locaux ou internationaux, donnés dans le désordre, entrecoupés par le roman mais qui, au final, me semblait ressemblait à une longue litanie. Je n'ai pas saisi l'utilité ni le rôle réel de certains personnages. L'aspect romanesque de ce livre n'est pas assez approfondi. Ce roman est certainement un bel hommage aux pionniers de l'édition à certaines époques et à ces hommes liés à la résistance. Mais je me suis ennuyée, je ne suis pas le bon public pour ce style littéraire. Bon j'avoue, la toute fin, voire la dernière phrase, m'a surprise en bien et m'a marquée. Une belle pirouette de l'écrivaine.

 

l'avis de Sylire

 

 

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Rédigé par Géraldine

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Publié le 3 Avril 2020

La disparition de Stéphanie Mailer, roman, Joël Dicker, avis, blog, chronique

Roman - Editions Audiolib - 18h21 d'écoute - 25.90 €

Parution d'origine aux Editions de Fallois en juin 2018

L'histoire : 2014, dans les Hamptons, Jesse, policier surnommé "100%" (d'affaires résolues), se prépare à une retraite anticipée, pour vaquer à d'autres projets. Sauf qu'une journaliste, Stéphanie Mailer, lui dit qu'il n'est que 99%. Celle-ci enquête en effet sur le quadruple meurtre qui eut lieu 20 ans plus tôt dans la station balnéaire tranquille Orphéa. A l'époque, le maire de la ville, son épouse, son fils et une joggueuse qui passait par là ont été froidement assassinés. L'enquête avait alors été bouclée par Jesse et son collègue Derek. Le lendemain, Stéphanie Mailer est portée disparu... Son corps retrouvé noyé dans un lac quelques jours plus tard. Jesse reporte sa retraite, et avec Derek et Anna, nouvelle recrue policière de la commune, rouvre le dossier empoussiéré... Il y a 20 ans, ils n'auraient pas vu ce qui étaient devant eux, assurait Stéphanie Mailer. Le trio d'enquêteur n'est pas au bout de ses surprises dans cette enquête si mystérieuse qui n'est pas sans danger.

 

Tentation : J'aime beaucoup cet auteur

Fournisseur : Bib N°3

 

 

Mon humble avis : Depuis son premier roman (couronné Goncourt), La vérité sur l'affaire Harry Quebert, le succès de Joël Dicker ne se dément pas et chacun de ses nouveaux ouvrages sont des phénomènes éditoriaux (le dernier en date devait sortit le 25 mars dernier (mais vu les circonstances.... on ne sait plus quand), oui, j'ai toujours un livre de retard avec Dicker !)

Je ne suis pas du fan des romans pavés, mais pour Dicker, je fais une exception toujours en format audio... parce qu'il le vaut bien.

Une fois de plus, l'histoire que nous raconte Joël Dicker est passionnante, captivante, addictive. Diablement efficace et magistralement construite et bien pensée. Les personnages sont très nombreux, mais ne conduisent à aucune confusion. Très différents les uns des autres, on ne peine ni à les reconnaître ni à les situer dans le déroulement des faits, d'autant que l'auteur n'hésite pas à faire de courts rappels de temps en temps. Très bon point pour Dicker, le lecteur n'est jamais perdu dans les méandres de l'investigation ! Les pistes foisonnent, parfois n'aboutissant nulle part, se contredisant ou se recoupant à d'autres pour aboutir à la vérité après une enquête tortueuse que l'on suit avec grand intérêt. A de multiples reprises, je me suis envisagée "plus intelligente" ou plus "intuitive" que notre trio d'enquêteurs bien attachant, mais en fait, non. De toutes les solutions que j'avais envisagées, aucune n'était la bonne ! Bref, sur le fond, cette audio lecture m'a enchantée. Oui, mais alors pourquoi pas un coup de coeur ?

Parce qu'avec ce roman ci, j'ai vraiment senti des longueurs inutiles et quelque part lassantes, au point que dans la dernière ligne droite, j'avais hâte d'en finir avec cette disparition de Stéphanie Mailer... Certes, pour en connaître l'issue, mais aussi pour passer à autre chose. Joël Dicker recourt beaucoup aux digressions. D'accord, celles-ci permettent d'étoffer les personnages, en leur donnant véritable passé et destin personnels (etc.), mais est-ce vraiment utile dans cette enquête ? Non. De même, des descriptions comme "elle ferma la portière de sa voiture de la main droite, car dans la gauche, elle portait son gobelet de café encore fumant", m'ont un peu saoulée. 

Revenons sur la profusion des personnages et le style littéraire de l'auteur... Sujets sur lesquels je me suis "interrogée". Les romans de Dicker, tous aussi événementiels les uns que les autres, sont des enquêtes... Et pourtant, ils ne sont pas rangés dans les rayons polars/thrillers des librairies ? Je me demande pourquoi ? Parce que les thrillers sont un genre moins reconnu du monde littéraire, qui attire donc moins l'attention des médias, des Prix ? Ou est-ce la présence de nombreux protagonistes (et leurs histoires personnelles) qui ne sont pas liés à l'enquête qui permet à Dicker de placer son oeuvre au milieu de celles de ses confrères de littérature générale ? Si vous avez votre idée sur la question, je la veux bien.

Quoiqu'il en soit, malgré mes petites réserves sur des longueurs et digressions inutiles, La disparition de Stéphanie Mailer reste un grand roman, excellent... A lire ou à écouter, au choix !

 

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Rédigé par Géraldine

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Publié le 30 Mars 2020

La femme qui tuait les hommes, livre, littérature française, avis, blog, chronique, Eve de Castro

Roman - Editions Pocket - 267 pages - 7.20 €

Parution d'origine aux Editions Robert Laffont en janvier 2018

 

L'histoire : En 1909, dans une geôle russe, celle qui se fait appeler Lena Popova attend son exécution, suite aux meurtres de 272 hommes... qui le méritaient, c'est ce qu'elle explique dans une lettre adressée à Vladimir Illitch, le seul qu'elle ait jamais aimé et admiré. Elle a tué pour sauver et libérer des femmes.

A Paris, en 2017, Jeanne une vieille couturière retraitée des opéras de Paris rencontre brièvement Lucie, une jeune fille bafouée dans le métro. Cette rencontre va bousculer la vie organisée de Jeanne. Quelque temps plus tard, Jeanne fait tout pour s'incruster chez Paul, grand écrivain coureur de jupon, et pour lui devenir indispensable ? Quels liens entre tous ces personnages ? Et quel est l'objectif de Jeanne ?

 

Tentation : Titre, pitch et pourquoi pas ?

Fournisseur : Ma CB

 

Mon humble avis : Je n'attendais rien de précis de ce roman, n'en n'aillant pas entendu parler lors de mon achat. Et surprise... Quel livre ! Une merveille, qui m'a apporté tout ce que j'aime, et m'a fait apprécié ce qui parfois me rebute un peu. Bref, un vrai coup de coeur pour ce roman, que j'ai dévoré ! La femme qui tuait les hommes est très habilement structuré et narré, servi par une délicieuse plume et assaisonné de dialogues ô combien savoureux.

Plusieurs histoires indépendantes dans ce texte, qui mériteraient presque un roman chacune. Celle de Lena, qui nous plonge dans la Russie de la fin du 19ème et du début du 21ème siècle. Avec Lena, héroïne hors du commun par sa force tant physique que de caractère et de détermination, nous côtoyons Vladimir Illitch dans sa jeunesse. Le portrait de Lénine dressé ici est comme d'abord alléchant, avant de devenir terrifiant et abjecte au fur et à mesure que ses idées contradictoires avec ce qu'il est et ce qu'il connait de la Russie s'affirment. Elles exploseront, des années plus lors de la révolution Russe de 1917.  Les chapitres consacrés à Lena, sa relation avec Lénine et les conditions de vie du peuple russe de l'époque sont passionnants et enrichissants et questionnent sur le militantisme.

Il y a la vie entière de Jeanne, qui apparaît au fil de roman. Quatre-vingt ans d'une vie difficile qui ont forgé la Jeanne d'aujourd'hui. Jeanne qui semble avoir toujours plus ou moins subi avec résignation, qui s'est en fait construite, dans sa solitude d'invisible, une force et une culture inébranlable...

Et puis il y a Paul, cet écrivain reconnu, sûr de lui, qui consomme les femmes qu'ils pensent consentantes au sort qu'il leur octroie dans sa vie, mais qui peine à retrouver de l'inspiration. Il reçoit une lettre d'une admiratrice qu'il consent à recevoir, pensant vite la glisser sous sa couette. Surprise, cette fan est Jeanne, qui lui propose un drôle de marché : lui devenir essentielle et lui apporter une histoire... Paul lui répond qu'il n'a pas besoin d'elle.

Et Jeanne la discrète, la silencieuse, l'invisible, va réussir. Une relation subtile va s'instaurer entre elle et son protégé et celle-ci va prendre des formes succulentes pour le lecteur. Vraiment, cette Jeanne est aussi un personnage hors du commun, ce genre de personnage que l'on n'oublie pas... Au point que l'on en n'oublie tout de même qu'elle doit bien nourrir un objectif secret et personnel... Oui, mais lequel... Mystère et suspense sont aussi présents dans cette lecture qui  s'achève autant en finesse qu'en point d'orgue.

Lena fait sa révolution dans un pays dévasté par la grande famine... Plus de cent ans après, Jeanne entame sa révolution dans un pays en colère, où les femmes violentées commencent à prendre la parole et à dénoncer... Un roman très actuel en fait... Où tel est pris qui croyait prendre...

Un régal addictif que ce roman au souffle romanesque indubitable, qui nous est offert par une vraie et talentueuse conteuse d'histoire, Eve De Castro.

 

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Rédigé par Géraldine

Publié dans #Littérature française

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Publié le 28 Mars 2020

Roman, littérature, Niels Labuzan, Ivoire, Botswana, avis, chronique, blog, exploitation animale, protection animale, braconnage conséquences

Roman - Editions JC Lattès - 349 pages - 18 €

Parution en janvier 2019

L'histoire : Au Botswana, dans le delta de l'Okavango, Erin (Européenne) dirige une concession (réserve) privée. Avec Bojosi son bras, (ancien braconnier), elle protège et surveille ainsi la faune locale et sauvage d'une main de fer. Mais dans son idéal, ce n'est pas assez. Elle veut participer pleinement à la compréhension du fonctionnement du trafic d'ivoire, à tous les stades, et remonter jusqu'à la source : le consommateur, l'acheteur, le client. Aussi, avec le soutien du ministère de la faune sauvage du Botswana, elle se lance dans un projet aussi fou que dangereux : à Paris, deux fausses défenses, dont la contrefaçon est indécelable. Au coeur de ses défenses, une puce électronique. Une fois ces deux défenses intégrées dans le réseau des braconniers, Erin suivra leur chemin... Même si c'est un chemin sans foi ni loi, qui mène à un milieu d'une violence extrême.

Tentation : Le sujet

Fournisseur : Bib N°1

 

Une immersion dans le monde du trafic d'ivoire.

Mon humble avis : Quand un livre nous fait de l'oeil deux fois de suite à la bib', on se dit : je prends, tant pis pour ma PAL. Surtout que le sujet et le lieu de l'intrigue répondent à mon intérêt particulier qui dure depuis un an : période pré et post voyage en Afrique du Sud.

Cette lecture fut émotionnellement très dure pour moi. En effet, Niels Labuzan nous propose une immersion sans filtre au coeur des réseaux de braconnage, du trafic d'animaux sauvages, et principalement celui des défenses d'éléphants, de l'ivoire. Le lecteur n'est pas épargné, tant dans la description révoltante de certains charniers de plusieurs centaines de bêtes, que dans la violence humaine qui règne dans ce type de réseau. La prise de conscience n'est pas nouvelle pour moi, mais son ampleur, si. Ces si nombreuses ramifications sont ahurissantes et les chiffres donnés par l'auteur, qui s'élèvent à plusieurs centaines de tonnes de défenses agissent comme des électrochocs. Ce roman est extrêmement documenté. D'ailleurs, le sujet n'est mis sous forme de roman que pour toucher le plus grand nombre et immerger le lecteur. Un roman permet de dire parfois bien plus qu'un essai ou un documentaire. En lisant Ivoire, on se rend bien compte des différentes façons de penser des protagonistes sur place, que ce soit dans les défenseurs ou les tueurs d'animaux. Cela apporte donc une "humanité". Et quand il y a hommes, il y a complexités, différences culturelles, sociales, financières. Il y a vie dans l'opulence et extrême pauvreté. Ainsi, lorsqu'on lit ce roman, on se trouve presque obligée à plus d'indulgence envers le petit braconnier au fond de sa savane (cela ne veut pas dire que l'on excuse ou encense, loin de là), mais on réalise la complexité de la situation. Le petit braconnier n'a aucune conscience de la situation dramatique de certaines espèces animales, et il ne pense qu'à ce soir. Là où les défenseurs, les institutions internationales de protection et nous autres, européens dans nos canapés à regarder des reportages télés, pensons à l'avenir, dans 10 ans, dans 20 ans. 

Dans ce réseau d'exploitation animale, chaque niveau ignore ce qu'il adviendra des défenses qu'il fournit, chaque niveau ignore d'où proviennent les défenses qu'il transporte. Ce sont des véritables mafias qui règnent par la terreur sur leur sujet. Et bien sûr, à quasi chaque niveau (depuis certains rangers sous payés), jusqu'aux Etats (pas forcément directement concernés hein !), en passant par les douanes, les transports maritimes ou aériens, j'en passe et des meilleurs, il y a de la corruption.

Tout cela pour que des chinois puissent soi-disant perpétrer leur culture, à savoir posséder une défense sculptée chez eux, ou d'autres objets fabriqués avec d'ivoire... Et à savoir que nombre de ses chinois ignorent même que la défense provient d'un animal tué juste pour celle-ci, certains ne sachant même pas que les défenses ne tombent pas seules, qu'elles ne poussent pas dans la terre, ou qu'elles ne sont pas le fruit d'un arbre.   C'est un commerce particulier, en constante mutation... où c'est la demande qui fait l'offre, et non le contraire. Bref, tout cela est à pleurer. Et de là où je suis, je me trouve bien impuissante.

A savoir que l'Europe et les institutions internationales de protection des animaux sauvages ne sont pas en reste au niveau de l'hypocrisie et/ou de l'ignorance. Par exemple, dans la liste noire des pays braconniers, le Soudan ne figure pas, car il ne possède pas d'éléphant sur son territoire. Alors qu'il est une véritable plaque tournante du trafic d'ivoire. Par contre, dans cette protection et le combat contre le braconnage, le Botswana fait figure d'image.

J'ai eu parfois un peu de mal avec le style de l'auteur qui m'a semblé un peu irrégulier. Des pages et des pages se lisent toutes seules d'une écriture agréable et fluide, quand d'autres hachées, avec une ponctuation qui m'a parue aléatoire ou maladroite, des phrases qui n'en sont pas, sans verbe, sans fin, sans début. Trop implicite pour moi.

Il n'empêche que ce roman glaçant, éprouvant émotionnellement est vraiment à lire pour comprendre la complexité de ce commerce, qu'il soit licite ou illicite, et surtout saisir son étendue (géographique), son amplitude (dans le nombre effroyable d'animaux concernés) et ses conséquences : extinction prochaine de certaines espèces et mutation de quelque une... Et oui, vous l'ignoriez souvent mais les éléphants ont des défenses de moins en moins grandes... Pourquoi, la réponse est dans ce roman incontournable, même s'il vous bouscule. Car ici ce ne sont que les personnages qui sont fictifs (mais sans doutes inspirés de personnes existantes), tout le reste est hélas bien réel.

 

"Elle en a peut-être trop fait. Incapable de se rendre compte du moment où il faut accepter de perdre. Le tout est de bien choisir son engagement, et de prendre conscience de ses propres limites, elle a cru qu'elle n'en n'avait pas... Elle n'a pas suffisamment écouté." (Pensée d'Erin)

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Rédigé par Géraldine

Publié dans #Littérature française

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