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Publié le 21 Avril 2012

 Roman - Livre de poche Editions - 253 pages - 6 €

 

 

Parution en poche en août 2007

 

 

 

L'histoire : Dans les années 50, Jacques, écolier de 12 ans, n'est pas comme les autres. Il est bègue. Des mots se refusent à lui, sont trop violents à prononcer... Avec son ami de coeur Bonzi, il cherche par tous les moyens à guerir. Quitte à goutter toutes les herbes des environs, à croire son père disparu, à inventer des mensonges qui le dépasseront, qui l'obligeront à se dépasser avec l'aide bienveillante d'un instituteur lui aussi, pas comme les autres.

 

 

 

Tentation : Un auteur et une histoire qui ne pouvaient que me toucher

Fournisseur : Ma CB, au salon de Rennes, avec une dédicace magnifique, mais que je garde pour moi !

 

 

 

 

 

 

 

 

 

étoile3etdemi

 

 

Mon humble avis :Parfois, quand on lit un livre, on ne visualise rien ou l'on se crée un univers de toutes pièces, mais au plus proche des descriptions données par l'auteur sur les paysages, les personnages... Dans le Petit Bonzi, celles ci n'affluent pas, où restent discrètes. Mais dans mes yeux, je voyais des clichés de Doisneau et dans mon coeur, il régnait une atmosphère "à la guerre des boutons".

Le Petit Bonzi est le premier roman de Sorj Chalandon, un premier roman qui annonce déjà le sublime de la suite. Une histoire qui raconte déjà de l'homme lui même, celui qui s'est dissimulé dans Retour à Killibegs, pas là où il s'y est posé officiellement. L'auteur s'est inspiré de sa jeunesse : le bègue, c'est lui. Le père violent, c'est le sien. Le reste est littérature. Et quelle littérature ! Pas comme les autres. Poétique déjà ! Une littérature où les mots ont une importance capitale, où le style mêle adroitement les pensées et les ressentis d'un enfant et le talent d'un adulte pour rendre ce récit cohérent, rythmé. L'auteur est là pour montrer ce que l'enfant ne voit pas, pour aider le lecteur à déduire sans forcément prendre la parole et sans trahir l'enfant qu'il était. Oui, une écriture singulière où il m'a fallu prendre mes marques : ce n'est pas l'enfant qui parle et pourtant l'auteur homme semble tout de même s'effacer devant l'enfant... En fait, ça y'est, j'ai les mots de mon impression. L'auteur met en scène (il ouvrit la porte etc...) et l'enfant parle à travers le stylo de Sorj Chalandon quand il pense, regarde, craint, espère. Suis-je plus claire ? Si non, lisez le livre, si oui, lisez le aussi !

Le sujet maintenant.... Jacques est bègue. Les mots ne veulent pas sortir. Il n'y a qu'avec son copain Bonzi qu'il ne bégaie pas. Ces parents ne semblent pas s'en préoccuper plus que ça. Alors, on suit Jacques et Bonzi dans leurs rêves, leur quête de l'herbe qui guérit. Et l'on découvre avec émotions les efforts secrets que réalise ce petit gamin. Il s'exerce devant la glace à prononcer des mots compliqués. Il tient un cahier qu'il complète avec des mots de rechange qui contiennent moins de Pppp, bbll, ttttrrrr. Moi, ça m'a remuée tout au fond. Car il y a 3 ans, j'ai souffert soudainement de gros troubles de langage et parfois, ou systématiquement suivant les situations, ceux ci me reprennent, avec moins d'intensité bien sûr, mais tout de même. Et je sais quand ils vont venir pour dire sans doute "fragile, à manier avec délicatesse", ou " A peur", ou "n'en peut plus, panique à bord".

Autre intérêt de ce roman : une plongée dans les années 50, dans le monde de l'enfance (ses rêves, ses rivalités, ses bêtises, ses mensonges, son imagination), et de l'école d'alors. Une école de garçon. Et un instituteur qui aime tout ses élèves, ne montre aucune préférence, mais garde un oeil prévenant et protecteur sur les plus faibles, sur Jacques, entre autres. Et son salut, Jacques finira par lui devoir dans un final haletant, qui noue le coeur, tant on craint pour l'un, tant l'autre nous éblouit par sa hardiesse et altruisme, sa bonté, son sens du devoir...

Un livre qui vient du coeur, qui dit sans doute tout ce que l'enfant n'a pu dire à l'époque, mais avec pudeur et délicatesse. Un ancien bègue qui a sans doute appris de ce fait à dire l'essentiel, à ne pas dire les mots de trop, à ne pas mettre de mots sur ce qui se devine. Alors faisons comme lui, n'en disons pas plus...

Un livre très encourageant aussi. L'auteur était cet enfant bègue. Quand on voit l'homme, le journaliste et l'auteur qu'il est devenu, il peut être un exemple très convaincant de victoire contre les troubles du langage qui emprisonnent tant d'enfants et leur famille.

 

 

 

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Rédigé par Géraldine

Publié dans #Littérature française

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Publié le 17 Avril 2012

Roman - Editions Arléa - 189 pages - 18 €

 

 

Parution le 5 avril 2012 - Nouveauté.

 

 

 

L'histoire : Clarisse se retrouve dans un avion, direction Houston puis Tucson en Arizona. C'est la première fois qu'elle s'éloigne de son mari et de son fils pour des raisons autres que professionnelles. Elle doit régler, pour son père, une histoire d'héritage d'un membre lointain de la famille. Pour tromper sa peur et son ennui, Clarisse parle de tout, de rien, à son voisin : Léonard. A l'arrivée à Tucson, il fait si chaud, tout lui est inconnu, il fait si chaud, et tout autour, ce désert....Ailleurs, on est autre. Va-t-elle rester debout et solide ou fondre et devenir poussière.

 

 

 

Tentatrice : L'auteure (Auteure également de Manhattan)

Fournisseur : L'auteure et les éditions Arléa, merci pour l'envoi

 

 

 

 

 

étoile3etdemi

 

Mon humble avis :Cette fois ci, Anne Révah raconte une histoire à la 3ème personne du singulier. Elle n'est plus la narratrice qui ressent, mais l'oeil extérieur qui observe, déduit, décrit. De ce fait, ce roman est moins intimiste que son précédent (Manhattan).  D'ailleurs, je dirais que l'histoire en elle même est relativement secondaire et assez fréquente dans le fond. Elle est en fait prétexte à étudier minutieusement l'intime, donc l'unique, de personnages ordinaires. Et comme dans Manhattan, Anne Révah s'intéresse à la fragilité derrière la force apparente. Est-ce son sujet de prédilection ??? Nous verrons, deux romans, c'est trop peu pour encore pour qualifier et "classifier" oeuvre et sujets chez un auteur.

Clarisse est dans l'avion lorsqu'elle réalise qu'elle a perdu (comme à son habitude) son téléphone portable, son cordon ombilical avec son fils et son mari. Son mari qui est son tout, son repère, son assurance, son miroir, son rocher... Alors pour combler ce vide soudain et ce vide aérien de 10 km sous ses pieds et qui l'angoisse, Clarisse fait tout pour entrer en contact avec son voisin de siège, Léonard. Comme moi, sauf que quand je prends l'avion, c'est par curiosité, pour savoir qui j'ai à côté de moi et quel enrichissement je peux en espérer. Et j'avoue que dans les premiers temps, Clarisse m'a plutôt exaspérée à toujours se plaindre d'être loin des siens, de la chaleur, de ne pas pardonner à son mari de ne pas être frais comme un gardon quand elle l'appelle à 1h du matin heure de Paris. Je l'ai trouvé plutôt capricieuse. Et puis.... Et puis il y a l'Arizona, le bout du monde, la chaleur, le décalage horaire, l'ailleurs, le bouleversement climatique qui vous change autant un homme qu'une femme....

Anne Révah développe alors tous ses talents et force est de constatée que son héroïne me ressemble de plus en plus dans ses angoisses, ses interrogations, ses craintes, ses réflexions. En fait, on a l'impression que Anne Révah s'est saisi d'une loupe et étudie un grain de sable du désert, deux ou trois même. Elle décrit admirablement l'infiniment petit, le minuscule, l'invisible mais qui pourtant est, qui pourtant nait. L'attraction entre deux êtres qui n'en sont pas conscients. La genèse, le primitif d'une évidence. Et pour qu'il y ait naissance et épanouissement d'une évidence, et bien ici, c'est au détriment d'une autre certitude, abîmée par la distance, par un autre regard... Clarisse en veut à son mari... C'est ainsi que l'auteur commence son analyse de la fin d'un tout, de l'immense : L'amour. Anne Révah relève les premières fissures de la forteresse qui vont peu à peu mener à l'écroulement de l'édifice. Et pour cet aspect là du livre, Anne Révah utilise de nouveau l'écrit... Pas le livre ! Mais l'écrit que Léornard, écrivain à ses heures libres, a tendu à Clarisse en quittant l'avion. Presqu'une lettre en fait (point commun avec Mahattan)Dans ce texte, Léonard y écrit une histoire d'amour ou plutôt le détricotage d'un amour, dès son premier indice.

Ce n'est pas tant l'histoire qui m'a touchée dans ce roman, mais  l'exploration de l'infiniment petit en amour comme en désamour et finalement, le personnage de Clarisse qui s'était attaché à son mari comme à un rocher, pour ne pas dériver. L'écriture est sublime et soignée, pas si éloignée m'a-t-il semblé de celle de Régine Détambel ou Carole Martinez. On y sent en tout cas la même qualité de travail, le même soin, la même obsession de ce mot et pas un autre malgré moult essais. La justesse des émotions et les détails dans leurs descritptions sont admirables. Je suis très peu douée pour décrire et détailler le ressenti d'un personnage et ses interprétations, aussi, j'aime ce don trouvé chez les auteurs que je lis.

Pour le reste, je ne vous en dit pas plus, sinon, je raconterai le livre. Par contre, je peux dire la fin, puisqu'elle vous appartient. Oui, Anne Révah tend la plume au lecteur qui choisira la direction !

En tout cas, si Anne Révah garde le même cap et la même qualité d'écriture, nul doute que son nom se faufilera de plus en plus dans vos lectures (livres, magazines, articles). Je pense qu'Anne Revah est un pôle magnétique pour celles et ceux qui aiment la belle littérature.

 

 

"Gabriel devait tout entendre. S'il lui prenait de faire remarquer à Clarisse, même affectueusement, qu'elle était en train de se plaindre, elle ne comprenait pas ce qu'il voulait dire, ce n'étaient pas des plaintes. C'était son état, la vie en elle, ses détours, et toutes ses sensations dont elle ne savait que faire..."

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Rédigé par Géraldine

Publié dans #Littérature française

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Publié le 12 Avril 2012

Autofiction ? - Editions du Seuil - 140 pages - 15 €

 

 

 

Parution en janvier 2012

 

 

L'histoire : Point de départ... Une lectrice se suicide. Au téléphone, la mère de celle ci accuse Chloé Delaume d'être responsable de cette mort. "Pourquoi est elle morte et pas vous" ?

Parce qu'un auteure qui devient l'héroïne et la narratrice de ses livres serait un corps vide, avec personne dedans, une place à prendre.... Jusqu'où va l'identification, le danger de l'autofiction et la liberté de chacun de mener sa propre vie, voire de la choisir...

 

 

Tentation : Curiosité

Fournisseur : La bib

 

 

 

 

 

 

 

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Mon humble avis :Chloé Delaume est passée récemment à La Grande Librairie. Je ne la connaissais pas, même de nom. Et voilà que sa venue pour une conférence à Rennes est annoncée... Alors lisons !

Et bien voici un billet qui ne va pas être facile car je ne saurais dire si j'ai vraiment aimé ce livre, même si je l'ai lu d'une traite.

Disons que ce fut une lecture très expérimentale, déconcertante, déroutante...

Au premier abord, le style m'est apparu comme impénétrable. Syntaxe particulière, phrases très courtes, ponctuation plus que généreuse, rythme saccadé... Puis parfois, des envolées presque lyriques. Et là j'ai ouvert les vannes pour me laisser pénétrer par le texte et je me suis pris sa poésie en pleine figure. Ce texte est en fait hautement poétique, alors je pense que chacun peut par moments l'interpréter à sa façon, le survoler, le saisir dans le creux de ses mains, même si, comme du sable, il s'enfuit l'instant d'après et redevient insaisissable. J'ai trouvé des passages incompréhensibles pour l'instant d'après jubiler devant l'humour, l'ironie et le cynisme dont ne manque pas l'auteure.

Quand est il du sujet... Traité de façon... je dirais décousue dans l'ensemble. Le sujet qui ouvre le livre ne semble qu'être qu'un prétexte pour annoncer l'apocalypse personnelle de Chloé Delaume et donc, pour ne pas échapper au cliché de l'autofiction il en ressort plutôt un aspect nombriliste, que j'appelle "'automasturbation cérébrale". C'est souvent gloque, macabre, sanglant dans les métaphores et les obsessions morbides, inconvenant. Un livre pour répondre à une question : qui suis-je ? Chloé Delaume n'est manifestement pas en paix avec elle même ni avec son identité...Bref, nous partageons nombre de ses tourments. Voici une réponse à celle qui s'est tuée parce qu'elle voulait devenir " à son tour" Chloé Delaume.

Et puis surprise, l'auteure nous propose de répondre à un QCM de 12 questions sur la vie, son livre, notre lecture, elle, afin de choisir, en quelque sorte, la fin du livre selon le nombre de A, B ou C obtenus. Cela m'a franchement amusée car on ne peut plus indédit ! (pour info, j'ai eu autant de A que de B et peu de C)

J'ai tout de même mis quelques post it au fil des pages, car j'y ai retrouvé des affirmations, des ressentis qui font partie de ma vérité et me permettnt une certaine identification à l'auteure / héroïne/ narratrice. Car il y a en Chloé Delaume une lucidité certaine, notamment dans son rapport à l'écriture et le rôle de celle ci qui ne peut jamais être thérapeutique selon ses propres mots.

Ce n'est pas un livre que je conseillerai, à moins qu'être dérangé et remué dans votre confort de vie bien équilibrée d'où transpire le bonheur ne vous déplait pas. Si vous êtes une jeune maman épanouie, une grand mère heureuse de l'être, que pour vous le couple est la plus belle des réussites, que vous êtes sûre que jamais dans votre vie vous n'avalerez d'anxiolitiques, je ne penses pas que ce livre vous plaise un temps soit peu.

Pour ma part, j'ai été surprise, dérangée, je me serai passée de certains détails, mais j'ai retrouvé quelques parties de moi et surtout, malgré mes rétissences du début, j'ai apprécié la poésie de cette plume et me suis amusée du culot de Chloé Delaume. Lecture expérimentale donc, tortueuse à souhait, pas adoré, pas détesté, disons que je n'en ferais pas mon pain quotidien, ni même occasionnel.

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Rédigé par Géraldine

Publié dans #Littérature française

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Publié le 4 Avril 2012

Roman - Editions Livre de Poche - 184 pages - 5.50 €

 

 

Parution en poche en 2007 (sinon, 2005 chez Stock)

 

 

 

L'histoire : Monsieur Linh est un vieille homme qui débarque en France après un long périple en bateau. Il n'a qu'une simple valise et il sert très fort, dans ses  bras, sa petite fille, seule survivante du bombardement qui a décimé son village à l'autre bout du monde. Il est alors recueilli dans un dortoir pour réfugiers... Il ne parle pas un mot de Français quand il s'aventure, avec sa petite fille, dans les rues où rien ne ressemble ni ne sent comme dans son village. Il s'assoit sur un banc. Un grand et gros homme vient s'assoir prêt de lui. Avec deux mots qu'ils ne comprennent même pas de la même façon, les deux hommes font, au fil du temps, tisser une amitié très forte. Une amitié où les mots sont superflus.

 

 

Tentation : La blogo et la réputation du livre

Fournisseur : Ma PAL !

 

 

 

 

  Billet spécial dédicace for... Viviane !

 

étoile3etdemi

 

 

Mon humble avis : Dans la série bluff total, j'avais cité récemment Tuer le père de Nothomb, le Scriptorium d'Auster, La double vie d'Anna Song de Minh Tran Hui. Et bien ajoutons sans hésitation "La petite fille de Monsieur Linh" à cette liste méritante. Bien sûr, tout au long du livre, on trouve nombre d'anormalités, on se doute bien que quelque chose nous échappe mais jamais ô grand jamais, on imagine cette vérité. Une vérité, une fin qui ne laisse pas de marbre, qui bouleverse, qui peut paraître abrupte et peu développée, mais qui laisse surtout je pense au lecteur la possibilité d'y trouver sa propre interprétation. Et de se poser les bonnes questions. En effet, on s'accorde à dire que la littérature n'est pas là pour donner des réponses mais pour conduire à s'interroger sur d'autres chemins. En tout cas, cette fin m'a estomaquée et je ne saurais dire s'il elle m'a "convenue" ou non. Mais elle m'a bien chamboulée.

Mais avant la fin, il y a le roman entier... Prenant, mélancolique, juste, très juste et qui ne se perd pas dans des détails. Même le pays d'origine de Mr Linh et sa ville d'accueil ne sont pas nommés, donnant ainsi une universalité à cette histoire. Moi j'y ai mis les noms Vietnam et Marseille, vous choisirez les vôtres.

On s'attache terriblement à ce vieillard qu'est Monsieur Linh, qui, pour que survive sa petit fille, a entrepris la grande traversée, pour lui assurer un avenir meilleur, sur une terre moins hostile... où tout lui est hostile à lui. Car il ne reconnaît rien, pas une odeur, pas un paysage, pas un mot. Et là, on peut entrer dans la peau de ses hommes et femmes qui, fuyant leurs pays pour X raisons, se retrouvent dans un univers et une culture qui leur sont étrangers, pour lesquels ils n"ont même pas été préparés. Un pays où ils dépendent des quelques mots qu'on veut bien leur traduire et qui sont insuffisants pour leur permettre de comprendre ce qui se passe autour d'eux, ce qu'ils deviennent eux mêmes.

Mais heureusement, dans cette âpreté environnante, il y a l'amitié que crée Monsieur Linh avec Monsieur Bark, le gros homme. Ils se rencontrent sur un banc de parc. L'un parle, l'autre écoute sans comprendre. Une amitié faite de présence, de regards, d'attentions, d'intonations dans la voix. Une amitié qui brise toute les barrières et qui reporte au second plan l'importance de la compréhension linguistique. L'amitié est donc au delà de ça. Et cela m'a fait penser à mon père qui, il y a 25 ans, avait des conversations à bâtons rompus avec un ami espagnol. Aucun ne parlait la langue de l'autre, mais à force de geste et quelques similitudes phonétiques entre deux langues latines, ils parvenaient à refaire le monde. Monsieur Bark et Monsieur Linh ne refont pas le monde, mais à eux seuls ils comblent celui de l'autre. Et tout cela est dit, écrit, décrit magistralement, avec une justesse remarquable. Une très belle histoire, mais bien plus que cela, étant donné la fin qui vous attend !

 

 

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Rédigé par Géraldine

Publié dans #Littérature française

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Publié le 18 Mars 2012

 

Roman - Editions J'ai Lu - 158 pages - 5.60 €

 

 

Parution chez J'ai Lu en août 2011 ( sinon 2009)

 

 

 

L'histoire : Laura, 17 ans, arrive pour 6 mois dans un coin perdu d'Allemagne. Elle sera jeune fille au pair chez les Bregen. Ceci pour fuire une situation familiale délicate et / ou se retrouver elle même. Mais dans une autre langue, dans une famille dont on ne comprend pas les codes, comment faire pour exister, ne pas disparaitre, s'adapter, s'intégrer et justement, ne pas se perdre, quand on réalise qu'il se passe quelque chose d'anormal dans cette famille, quelque chose qui vous dépasse, mais que vous finirez sans doute par comprendre...

Bref, une année pendant laquelle Laura sera étrangère aux autres et à elle même.

   

 

Tentation : La blogo et la réputation de l'auteure

Fournisseur : Silvana des éditions J'ai Lu. Merci !

 

 

 

 

 

     

 

étoile3etdemi

 

 

Mon humble avis :Mes respects Madame Giraud ! Quelle plume, quel talent. J'étais prévenue par les multiples billets élogieux sur ce livre (et les autres de l'auteure) qui saluent à chaque fois la justesse de l'écriture, des mots. Mais à ce point, j'en suis encore sidérée.

Je suis entrée dans ce livre comme dans du beurre, sans réaliser à quel rythme mes pages se tournaient d'elles mêmes. Le style est fluide, délicieux, limpide, aucun mot ne freine. Et pourtant, Brigitte Giraud instaure un climat très lourd dans ce livre, limite du suspens. En fait, la description des décors, des personnages et de l'atmosphère pourrait presque annoncer un thriller psychologique. On sent le drame imminent, presque derrière chaque prochaine page. Et pourtant, la vie continue.

Dans cette année étrangère, il y a une grande part d'initiatique. Normal, ce genre d'expérience est en générale enrichissante, on apprend toujours beaucoup sur soit même et sur les autres. Brigitte Giraud fut jeune fille au pair en Allemagne, alors on peut imaginer qu'il y a une grande part d'autobiographie dans les ressentis. Néanmoins, l'analyse des faits et gestes de chacun me font demander si les auteurs ne sont pas quelquepart de grands ethnologues. Les difficultés à trouver sa place dans une famille, à se contenter des quelques mots que l'on comprend, les liens qui se nouent d'un regard et se dénouent d'une parole mal comprise, les mensonges qui arrangent tout le monde, la pudeur et l'impudeur, tout, tout ce qui se passe dans la tête d'une jeune fille au pair est décrit parfaitement, avec une vérité, une lucidité et un réalisme incroyable. Au point que j'en suis venue à me souvenir de ma propre expérience dans le domaine (très courte, 10 jours qui m'ont suffit chez des richissimes américains) et, avec du recul, à mieux la comprendre, à en saisir des subtilités qui m'avaient échappées à l'époque. Comme quoi, la littérature peut éclairer le passer de chacun.

Laura évolue énormément au fil du roman. Elle s'interroge, se découvre, se perd, s'affole, se surprend, se retrouve. La situation est d'autant plus intéressante qu'elle approche les dix huit ans et aussi... l'âge adulte. D'ailleurs, dans cette famille, sa place sera tantôt du côté des enfants, tantôt du côté des adultes.

Je n'ai pas lu la 4ème de couv, aussi, j'ai eu la surprise de découvrir les motivations réelles de Laura dans cet exil volontaire. Là aussi, ce roman m'a parlé de mon passé, moi qui, pour de multiples raisons (sauf fiscales), me suis exilée à plusieurs reprises. On fuit, on cherche, on trouve... ou pas. Mais on change.

J'en viens à mon petit bémol qui ampute une de mes étoiles.... Sur la fin, j'ai trouvé le temps un peu long et quelques redondances. Même si ces effets de longueurs sont justifié pour traduire la lenteur de la vie de Laura, j'avais envie que le livre se termine, sans doute aussi pour en avoir le coeur net sur l'issue de cette tension palpable. J'aurais aussi aimé en savoir plus sur l'étrange comportement de la petite Suzanne.

Je garde le meilleur pour la fin.... La langue, qui est finalement le personnage principal de cette histoire, celle qui fait tout, les non dits comme les incompris. Brigitte Giraud met en exergue l'importance de la langue que nous parlons et qui, sans que nous en nous en rendions forcément compte, nous façonne et nous libère. Cette histoire est très adéquat pour montrer qu'une langue que l'on ne maitrise pas nous rétrécit et peut nous rendre méconnaissable à nous même. C'est cet aspect de ce roman aussi intelligent que sensible que j'ai trouvé le plus brillant. On sait déjà qu'une langue peut nous rendre étranger face aux autres. Mais face à nous même, en sommes nous conscient ??

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Rédigé par Géraldine

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Publié le 14 Mars 2012

Roman - Editions Flammarion - 211 pages - 18 €

 

 

 

Parution en janvier 2012

 

 

 

L'histoire : Dans les années 80.  Daniel dine seul dans une brasserie. Trois hommes s'assoient à la table d'à côté, et parmi eux, François Mitterand, le président. Ce dernier, en partant, oublie son chapeau, un feutre noir. Lorsque Daniel réalise cette infortune, il est trop tard pour courir après le président. Alors, il garde le chapeau, et le revêt. Sa vie change alors brutalement... Hélas, le lendemain, il l'oublie lui même dans un train. Le chapeau est alors récupéré par une jeune fille, dont la vie va également changer et ainsi de suite.... Ce roman est les histoires d'une histoire : celle d'un chapeau !

 

 

Tentation : Le pitch

Fournisseur : La bib

 

 

 

 

 

 

 

étoile3etdemi

 

 

Mon humble avis :Le chapeau de Mitterand... Quel savoureux divertissement ! Ma pioche fut bien bonne le jour où je m'en saisis à la bibliothèque !

Ce chapeau qui passe de tête en tête et influence, de différentes manières, la vie de celui ou celle qui le porte. Oh, il n'y a guère de grands effets fantastiques, cela pourrait presque être vrai. Effectivement, on ignore souvent à quel point un objet peut modifier notre allure, donc le regard que les autres nous portent et ainsi, notre façon d'être, notre caractère, notre force. Par exemple, une nouvelle coupe de cheveux ne suffit elle pas à ce que les gens se retournent sur votre passage, et ainsi, à accroître votre confiance personnelle ? C'est donc plutôt comme cela que j'ai perçu les effets parfois dits magiques de ce chapeau.... Enfin, mon explication est valable pour les 3 premiers personnages qui arborent ce chapeau en sachant très bien qu'il ne leur appartient pas ! Le 4ème personnage m'a moins touchée t son histoire tire un peu en longueur.  Quand aux bouleversements dans la vie.... C'est plus dans l'attitude des personnages. Non, des petits hommes verts ne débarquent pas dans leur vie, pas plus que les plus jolies filles du monde. C'est plus le meilleur d'eux même qui ressort ou leur face cachée. Et comme le montre l'auteur, une fois que l'on a découvert cette face, une fois que l'on a regardé au delà des oeillères auxquelles nous sommes confortablement habituéssans s'interroger sur leur bien fondé, difficile de faire marche arrière et d'ignorer son moi profond. Dans ma manière de l'exprimer, cela peut paraitre limite philosophique, ça ne l'est pas, en tout cas, pas au premier abord. Tout dépend du degré que vous mettrez dans votre lecture. Mais de toute façon, derrière chaque diverstissement ou chaque comédie, se faufile une vérité profonde.

Ajoutez à tout ces arguments une savoureuse plongée dans l'atmosphère des années 80, à l'époque ou l'Arche de la  Défense et la Pyramide du Louvre n'étaient pas achevés et où les réseaux sociaux se limitaient au minitel, vous obtenez une lecture très originale, drôle, bien conçue, très agréable !

Et puis, j'oubliais, l'épilogue ! Quelle surprise ! Jubilatoire, un délice à lui seul !

 

 

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Rédigé par Géraldine

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Publié le 10 Mars 2012

Roman - Editions Gallimard - 370 pages - 21 €

 

 

Parution en août 2008. Existe aussi en Folio

 

 

L'histoire : La vie d'Elena la jeune roumaine, d'Helen l'américaine, de Lanoush pour ses intimes.

Elena est une jeune fille qui vient de Bessarabie. Le destin la mènera en Roumanie, en Israël et enfin, aux Etats Unis. C'est le portrait d'une femme décidée, de caractère, qui sait ce qu'elle veut et qui sait d'où elle vient. Une femme qui, exilée de la Roumanie de Causescu, connaît le prix de la liberté et les pièges de ses apparences.

Un portrait de femme qui traverse plus d'un demi siècle, en passant du communisme totalitaire à l'ultra libéralisme américain, d'une éducation très stricte à une époque où les moeurs la dépassent. Mais au cours des années, une constante : sa famille, son mari, son fils, qu'elle protège contre tout danger, contre toute invasion... notamment, celle de sa brue...

 

 

Tentation : L'occasion d'une lecture commune avec Tiphanie

Fournisseur : Ma PAL, où se livre hibernait depuis 3 ans...

 

 

 

 

 

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Mon humble avis : Et dire que ce roman dormait depuis 3 ans dans ma PAL, depuis le soir où, assistant à Rennes à la conférence "Rencontre des Goncourt", j'ai acheté et fait dédicacer ce livre. Pourquoi ne l'ai-je pas lu plus tôt ? (réponse : parce que j'ai lu d'autres livres ).

Un brillant Avenir est une histoire si riche qu'il sera impossible ici d'évoquer les multiples sujets qu'il traite ou qu'il effleure. Mais ce qui m'a surtout fascinée, c'est sa subtilité, ou celle de l'auteur, à dire les choses en silence. Catherine Cusset laisse une grande liberté au lecteur dans leur appréciation des personnages et des situations qu'ils vivent. Bien sûr, tout le monde se révoltera des ignominies infligées par le communisme totalitaire roumain de Nicolae Ceaușescu et chacun prendra la mesure de ce que représente l'absence de liberté et le rêve, parfois chimérique, de celle ci. Mais face à Elena, alias Helen, j'ai l'impression que l'auteur nous laisse le choix de l'aimer et de l'admirer pour son courage et sa tenacité ou de la trouver à son tour" tyranique" et capricieuse. A moins que, comme moi, vous oscilliez dans vos sentiments à son égard.  Je n'ai pas su la cerner vraiment car, à l'image du roman entier, Helen est un exemple de la complexité humaine, et mondiale... Il y a dans ce livre ce dont l'Homme est capable de meilleur, comme de pire. Attention, ce que je viens de dire n'évoque pas de violence physique et insupportable. Il s'agit plus de la domination et de la manipulation, que cela soit au niveau d'un Etat ou au sein d'une famille. Comme des contradictions humaines. Elena veut devenir américaine, mais ne fait pas grand chose pour se créer des liens amicaux...

L'écriture est soignée, agréable et très fluide.(Seule une phrase d'un dialogue semble très inapropos, elle a sans doute échappée à la correction). Pas d'aphorisme à droite et à gauche, mais une rivière qui coule des jours heureux sans heurts. Le livre commence en 2003, puis à chaque chapitre, change d'époque. On remonte jusqu'à 1958 au fin fond de l'Europe de l'Est pour terminer en 2006, dans le Metropolitan Muséum à New York. J'avoue qu'au tout début, ces voyages dans le temps m'ont un peu perturbée et puis... Catherine Cusset a su m'emmener avec elle dans la vie d'Elena en Roumanie, pour me ramener régulièrement dans celle d'Helen sur sa terrasse à Manhattan ! Deux histoires d'un même personnage qui se rejoignent. Et Jacob qui épouse Eléna, vient ensuite leur fils Alexandru. Puis débarque Marie, prétendante d'Alexandru. Et là, une tension monte, devient palpable à chaque page au point de mettre dans ce roman un agréable suspens... La situation va forcément exploser...

Mais attachons nous tout de même aux sujets qui m'ont bien plu et qui m'ont amenée à méditer...

L'égocentrisme qui prend au autre visage, une autre identité suivant le prisme de celui qui l'observe et l'étudie.

Les difficultés de communication au sein même d'une famille, l'effet devastateur des non-dits

L'antinomie d'une femme qui a toujours rêvé d'émigrer (donc d'être acceptée ailleurs) et qui refuse à Marie, la fiancée de son fils, la bienvenue dans sa famille...

Les sacrifices parentaux pour l'avenir (rêvé) de leurs enfants leur donnent ils le droit  de s'immiscer dans les choix de ces derniers concernant leur vie (professionnelle ou personnelle) ?

Un homme doit il obligatoirement porter sur ses épaules le poids des sacrifices effectués par ses parents pour qu'il parvienne à la meilleur éducation possible (Havard, dans le cas présent)...

Finalement, chaque génération ne reproduit elle pas les erreurs des générations précédentes, sous prétexte que c'est pour le bien de sa progéniture...

Comment refuser une différence en 1990 que l'on a eu tant de mal à faire accepter en 1960 par ses propres parents ?

Comment vit on dans sous un régime totalitaire, communiste, sans connaître avec certitude l'identité de ses parents ?

Suffit il de devenir Américain civiquement pour le devenir dans l'âme ? Comment effacer de ses habitudes des années de dictatures ?

La vie des émigrés et des émigrants, les difficultés à s'intégrer, l'énergie de "Tout recommencer".

La différence de mentalité entre les exilés (plus ou moins volontaires, voire pas volontaires du tout, par rapports aux habitants des pays occidentaux... Ces familles peuvent rester des années sans se voir, ne pas assister aux événements essentiels de la vie des siens (genre les funérailles), pour cause de visa et de frontières fermées. La relation à la famille est tout autre que dans notre douce France où, lorsque j'étais adolescente, un dimanche n'était pas envisageable sans la présence de mes grand-mères, où l'on s'envoie des texto pour un oui pour un non etc...

 

Une histoire, des personnages, une écriture, un livre qui m'ont portée et m'ont procuré une très brillante lecture ! Une Elena mystérieuse, souvent insaisissable. Que je n'ai pas particulièrement aimé mais dont j'ai suivi le destin avec passion. Une femme qui, à son insu,  me fait dire qu'avant de juger, il faut s'interroger...

 

 

Lecture commune avec Tiphanie, allons donc lire son avis ! Et celui d'Enna aussi !

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Rédigé par Géraldine

Publié dans #Littérature française

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Publié le 6 Mars 2012

Roman - Editions Don Quichotte - 248 pages - 18 €

 

 

Parution en janvier 2012 - Nouveauté !

 

 

L'histoire : Simon a 9 ans et habite le beau Paris. Il lui semble que sa maman ne l'aime pas très fort. En plus, pour son travail, elle est toujours en voyage au pays des Kangourous et son retour est sans cesse reporté. Heureusement, Simon a son papa. Sauf qu'un matin, il le trouve dans le lave vaisselle. Paul est tombé en pleine dépression... Arrive alors Lola, la grand mère fantasque, qui gère le tout, en avouant comme elle peutce qu'elle peut. Et puis, à l'hôpital, Simon rencontre Lily. Elle est mystérieuse, a des yeux violets et deviendra la confidente de confidente.

 

  

étoile3etdemiTentation : L'auteur, qui est aussi attaché de presse très connu sur ce blog !

Fournisseur : Gilles Paris, merci pour la dédicace !

 

 

 

 

 

 

 

Mon humble avis :Gilles Paris réussit le difficile exercice de s'exprimer à travers le corps, l'esprit, les joies, les angoisses, l'imagination et les mots d'un petit garçon de 9 ans : Simon. Le livre bénéficie alors de la légèreté de l'enfance. Mais que l'on ne se leurre pas, l'histoire est tout de même tragique, même si quelques personnages hors du commun la colorent sacrément. Et puis un enfant, ça pose des questions tout le temps non ? Cela n'a pas échappé à Gilles Paris qui ainsi, dans le fond plus que dans la forme, n'hésite pas à questionner l'adulte que nous sommes sur mille et un sujets : des graves et des futiles, mais tout aussi mystérieux ou délicats. Toute réponse, toute vérité est elle bonne à dire, notamment à un enfant ? N'oublions pas que les enfants sont loins d'être idiots, qu'ils développent une certaine intuition même s'ils semblent ne pas vraiment saisir ce qui ce passe autour d'eux. Et surtout.... surtout... la vérité sort de la bouche des enfants. Alors "Au pays des kangourous" est empli de petites et de grandes vérités. On s'amuse des étonnements de Simon, on s'émeut lorsque celui ci se demande si sa Maman l'aime tout de même et on opine du chef lorsqu'il trouve les adultes vraiment trop bizarres. Et surtout, quand Simon ferme les yeux et part dans des rêveries sans limite, on s'envole avec lui. Car Simon se crée son monde intérieur en quelque sorte. En cela et pour bien d'autres choses aussi, Au Pays des Kangourous m'a fait penser à Oscar et la Dame Rose, d'E.E. Schmitt. La maladie, mais pas de pathos.

Car la maladie est bien présente dans ces pages. C'est en général une maladie dont on ne dit pas le nom. Ici, elle est nommée, mais pas tout de suite : la dépression. Cette maladie qui ronge de l'intérieur, qui apporte d'atroces souffrances qu'aucune échelle ne peut quantifier, cette maladie qui peut tuer, on en parle pas ou très peu... Et pourtant, un récente conférence m'a appris que les dépressifs sont  (logiquement) prédisposés au suicide, qu'il y a 180 000 tentatives de suicide par an en France et 12 000 morts par suicide, soit 3 fois plus que par accidents de la route. Et on en parle pas. Le budget du gouvernement pour lutter contre cela flirte avec le zéro.... Alors que la France a le sixième taux de suicide le plus elévé des 27 pays d'Europe...

Alors Au Pays des Kagourous est là pour en parler, de l'intérieur, de l'extérieur, à travers les yeux d'enfants, à travers les yeux de parents ou de grands parents. Ce livre montre que cette maladie n'est pas systématiquement une fatalité mais que chacun peut la cotoyer de près ou de loin. Elle me fréquente depuis 4 ans, avec des hauts et des bas, depuis mon AVC. Alors, je sais le mal que ça fait, même si je suis bien plus dans le stress et les angoisses que dans la déprime réelle. Gilles Paris crée alors le personnage de Lily, cette fillette aux yeux violets, que Simon rencontre à chaque fois qu'il rend visite à son père dans les cliniques et les hôpitaux psy. Lily connait bien les malades, elle même n'est pas comme les autres. Elle perçoit quand on ne la voit pas. Et avec ses mots, que l'on peut comprendre de 7 à 99 ans, elle explique la maladie à Simon, elle lui dit ce que vit son Papa, ce dont il a besoin pour guerir...

Gilles Paris a aussi eu l'intelligence d'écrire un livre qui s'adresse autant aux adultes qu'aux adolescents et qui, je trouve devrait être élevé au rang d'utilité publique. Que chacun n'hésite pas à s'en servir pour comprendre cette maladie, ou pour converser avec son entourage sur ce sujet trop souvent tabou : en famille, entre ami, à l'école, au collège, au lycée, au travail, ce livre a sa place.

Mon seul bémol se porte sur une question dont je n'ai pas trouvé la réponse, et cette réponse me manque... Pourquoi Carole a-t-elle cessé d'aimer son petit garçon "normalement, comme toutes les mamans"... Très indélicat de ma part de placer ce bémol en fin de billet, mais j'ai beau me relire, je ne lui vois pas d'autre place. Alors, je vous propose pour conclure de relire le paragraphe précédent, de vous procurer le livre, et d'en parler autour de vous !

 

 

-"Ton Papa souffre d'une maladie difficile à comprendre pour les grandes personnes"?

- " Pourquoi Lily ?"

- "Par ce que c'est un peu comme miroir devant lequel personne n'a envie de s'arrêter. Tous les gens ont leurs petites faiblesses, leurs moments de fatigue, de stress et n'importe qui pêut en arriver par là. Souvent, les gens pensent que quand que celle ou celui qui en vient à se rendre à l'hôpital pour se faire soigner à baisser les bras.Or c'est tout le contraire. Le malade qui se fait soigner sait au moins qu'il est malade".

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Rédigé par Géraldine

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Publié le 2 Mars 2012

Roman - Editions Grasset - 334 pages - 20 €

 

 

Parution en août 2011

 

Rentrée littéraire sept 2011

 

 

GRAND PRIX DU ROMAN DE L'ACADEMIE  FRANCAISE 2011

 

L'histoire : Tyrone Meehan est un vieil homme quand il revient dans la maison de son enfance, à Killybegs. Il s'y enferme, il semble qu'il soit en danger. Et il écrit. Tout. Pour ne pas laisser aux autres et aux médias la chance de raconter n'importe quoi. Tyrone écrit les violence de son père républicain et catholique dans une Irlande déjà en Guerre. Puis son engagement personnel dans l'IRA pendant 50 ans, alternant combat et années de prisons. Puis la trahison. La sienne. Pourquoi, comment... Et au final ?

 

 

Tentation ; La blogo et la réputation du livre

Fournisseur : La bib'

 

 

 

 

 

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Mon humble avis : Quel livre ! Quel claque !

Première page... "Lorsqu'il entrait dans ma chambre, la nuit sursautait".... Déjà, je réalise que je pénètre dans un livre qui sera merveilleusement bien écrit, où chaque mot ne sera pas un hasard. Des mots caressent, d'autres griffent, d'autres encore assomment ou répugnent et révoltent. Il y en a même qui tuent.  Mais chaque mot, chaque phrase dans ce livre agit sur le lecteur.

Très vite, j'ai regretté mon inculture, ma méconnaissance de l'Histoire et du conflit Irlandais. J'ai été partagée entre la raison : faire quelques recherches sur le net pour comprendre l'entièreté de ce qui se passe dans le livre. Et l'envie, celui de dévorer ce livre et de ne le prendre que pour un roman, ce qu'il est d'ailleurs, même si, au final, je trouve, malgré mon inculture, qu'il est beaucoup plus que cela. J'ai opté pour l'envie, l'émotion, l'humain, le ventre et ma conscience aussi malmenée que mon inconscience, au dépend de mon instruction qui s'est néanmoins bien développée lors de cette lecture.

Retour à Killybegs parle d'un pays en guerre contre une partie de lui même, et contre un envahisseur. Un pays coupé en deux. L'histoire commence dans les années 1920 pour s'achever en 2006. En 1920, je n'étais pas née, mais en dans les années 90, j'étais bien vivante, relativement adulte. Je suis même allée dans le pays sans rien savoir, sans prêter attention à la véritable situation. De la guerre en Irlande, globalement, je ne connais que la chanson de U2 "Sunday bloody sunday", que l'on scande avec un noeud au ventre sans comprendre tout à fait le pourquoi de cette chanson. Avec retour à Killybegs, j'ai pris conscience de ce qu'était un réel attachement à une terre, à un pays, à une liberté. Moi, j'aime la France parce que j'y suis née, parce qu'elle est belle et parce que je sais, pour avoir pas mal voyagé, que la France est tout de même très très confortable malgré tout ce qu'on lui reproche. Et puis j'aime beaucoup nos artistes. C'est aussi une raison d'aimer son pays.  Maintenant, mon année de naissance fait que je n'ai pas du faire face à un envahisseur, ni à un réel danger. Peut-être alors réagirais-je et aimerais-je mon pays autrement. Mais tout de même, l'attachement de ces femmes et ces hommes à leur terre irlandaise m'a bouleversée. Comme l'engagement de ceux qui prennent les armes, de ceux qui les soutiennent dans la logistique, de ce combat... Bouleversant aussi le destin de ces hommes qui se retrouvent prisonniers et qui, au prix de leur vie réclament le statut de prisonniers politiques et non prisonniers de droits communs. Des conditions d'emprisonnement bien pires que celles décrites par exemple par Khadra dans "l'équation africaine". Et pourtant, tout cela se passait en Europe, il n'y a pas si longtemps. Dans une Europe qui se révolte et qui intervient au bout du monde dès que les droits de l'homme et surtout l'accès au pétrole n'est pas garanti et qui, je pense (terme choisi pour cause de méconnaissance profonde du sujet), n'a pas bougé beaucoup de doigts pour les Irlandais envahis, torturés, que Margaret Tatcher a laissé mourir lors des grèves de la faim dans les geôles irlandaises.

Et puis, il y a le coeur du roman.... La bavure, l'erreur, le mensonge qui s'installe et sur lequel il est difficile de revenir.... Et quand celui ci vous rattrape, il vous oblige à la trahison. Tyrone devient un traite, un agent au service de la couronne, malgré lui, parce que, quelque part, il n'a pas le choix. Tout ceci est extrêmement bien expliqué et détaillé dans le livre, chacun est libre ensuite de se faire sa propre opinion. Ici, Sorj Chalandon ne juge pas son personnage et d'ailleurs, mon humble avis de lectrice me fait dire que, effectivement, tant que l'on a pas été dans son ventre à lui, le traitre, tant que l'on n'a pas vécu un quart de sa vie, il est assez déplacé de porter un jugement.

Par contre, une question que je me suis posée et que je me pose encore et que je vous pose : d'un grand homme qui a consacré sa vie entière à la cause, d'un grand soldat aux multiples faits d'armes,pourquoi ou faut il retenir la trahison plutôt que l'héroisme ? Le mal que l'on fait annule-t-il tout le bien de notre vie ?

 

Un très grand livre qui donne la parole au traitre. Dans un autre livre, il y a quelques années, Sorj Chalandon donnait la parole au trahi dans son roman "Mon traitre". Livre dont je ne manquerais pas de vous parler très vite, puisqu'une rencontre est prévue avec l'auteur dans deux jours, au Festival de la Rue des Livres à Rennes.

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Rédigé par Géraldine

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Publié le 25 Février 2012

link  Livre audio - Editions Thélème - 2h30 d'écoute - 21.78 €

 

 

Parution de l'oeuvre originale en mai 2011Les oliviers du Négus

 

 

 

L'histoire : 4 nouvelles, 4 récits d'homme face à la mort, 4 récits de leurs dernières paroles, de leur dernier jour...

Un homme qui revient de la guerre en Ethiopie, un soldat romain, un autre de la guerre 14 -18 et enfin, un juge qui lutte contre la Mafia, en Sicile.

 

 

Tentation : Pourquoi pas ?

Fournisseur : Babelio et l'éditeur, merci pour l'envoi !

 

 

 

 

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Mon humble avis :Quatre nouvelles, lues merveilleusement bien par leur auteur. Le casque sur les oreilles, je m'installe sous couette et plaids pour écouter ce livre. De suite, la qualité d'écriture me marque. La langue est belle, majestueuse. Elle berce.... et je m'endors. Alors le sujet de la première nouvelle m'échappe, la voix de l'auteur se mélange avec mes rêves naissants, sans doute parce que l'histoire ne me captive pas. Mais dans cette histoire, je dirais, comme l'auteur, que "La mort convoque"

Mon intérêt et tout mon corps se réveillent au cours de la deuxième nouvelles, qui amène un centurion romain à prendre un fort et à tuer celui qui le tient, son père inconnu sans doute. Ici, la mort s'immisce finalement dans le corps de celui qui pensait bien faire, qui pensait obéir à son devoir... Une atmosphère étrange s'installe, qui n'est pas sans me rappeler celle de certains récits de Maupassant. On entre dans le fantastique.

La troisième histoire nous mène en Artois, dans la guerre des tranchées. Et là, j'aime beaucoup l'idée de cette terre qui se venge de toutes les meurtrissures infligées, qui tue et qui n'a pas fini de tuer comme l'annonce le narrateur dans une nouvelle qui tient autant de Maupassant que de l'anticipation écologique... Le suspens et là, on tremble. La mort rode. Le Golem, connaissait vous ?

La quatrième histoire nous ramène en Sicile, terre chère à l'auteur. C'est le récit qui m'a le plus touchée. Un juge anti mafia parle à son frère tout juste assassiné et chronique sa mort annoncée et inéluctable. Que faire ? Alors qu'il suffirait de fuir pour échapper à la mort, d'abandonner le combat, notre juge ne peut s'y résoudre. Ce combat, c'est sa vie.

En fait, par des symboles très forts, Laurent Gaudé met en scène la lutte intestine de chacun contre sa propre mort, où l'acceptation de celle ci quand elle est évidente. La mort qui fait partie d'une vie, une conclusion logique. La mort qui prend l'aspect d'un monstre et fait perdre la raison.

Malgré un intérêt inégal pour ce qui m'était conté, je retiens de cette lecture écoute une force narratrice exceptionnelle, une atmosphère qui nous fait vivre les mots et des destins qui nous forcent à nous interroger. Des qualités que je cherche dans toutes lectures et que j'ai trouvé dans 3 histoires sur 4 !

Mener aux portes de l'enfer est un art, que Laurent Gaudé maîtrise. Ca c'est une certitude... a approndir pour ma part ! Premier contact avec cette plume, et pas le dernier !

 

 

Lu dans le cadre de

 

 

 

L'avis de Gambadou, Stéphie

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Rédigé par Géraldine

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