Lectures, BD, cinéma, voyages, photos, chats, oiseaux, nature bref mon petit monde ! .................. " C'est le temps que tu as perdu pour ta rose qui fait ta rose si importante" (Le petit prince)
Avec Yvan Attal, Pierre Arditi, Miou Miou, Pascale Arbillot
Synopsis : Chez les Dumar, on est chefs d'orchestre de père en fils : François achève une longue et brillante carrière internationale tandis que Denis vient de remporter une énième Victoire de la Musique Classique. Quand François apprend qu'il a été choisi pour diriger la Scala, son rêve ultime, son Graal, il n'en croit pas ses oreilles. D'abord comblé pour son père, Denis déchante vite lorsqu'il découvre qu'en réalité c'est lui qui a été choisi pour aller à Milan…
Mon humble avis : Un très beau film, que j'ai beaucoup aimé, qu'apprécieront les mélomanes mais pas que, le sujet étant vraiment universel et transgénérationnel. Ici, il est mis en scène à travers les personnages de deux chefs d'orchestre père et fils... mais il peut se rapporter à bien d'autres domaines et même à la "petite" vie quotidienne.
Il est question de la parentalité, des espoirs d'un père posé sur un fils, du poids de ces espoirs pour le fils, de la peur constante de décevoir, de ne pas être à la hauteur, voire de devenir meilleur que le modèle... Mais aussi de la concurrence entre un père et son fils, limite de la jalousie. Le film nous dit qu'à un moment, il faut oser tracer sa route, être soi-même, se délier des attentes qui pèse sur soi. Ici s'ajoute la célébrité, et la difficulté de se faire un prénom, puisque le nom est déjà fait ! Mais, c'est comme dans la vie, comment ne pas être que "le fils de", "la soeur de" etc...
Et puis c'est aussi une histoire de réconciliation, avec l'autre, avec soi, avec les différences et les choix des autres. J'aurais bien aimé voir, en flash-back, la scène secrète ou père et fils se rejoignent. En tous cas, la fin m'a vraiment surprise, et sincèrement émue.
Donc de belles émotions dans cette histoire, mais aussi des passages plus légers qui amènent à sourire et au final, un film qui fait du bien, et dont on ne boude pas les scènes musicales.
Maestro(s) est évidemment servi par un casting impeccable et bien choisi !
Le sujet : De février à juillet 2010, l'écrivain voyageur a choisi de vivre la fin de l'hiver puis le printemps sibérien. Habitant seul une cabane au bord du Lac Baïkal, il s'est plié au silence en choisissant de vivre lentement, environné de livres, de vodka et de souvenirs. Sans déranger la nature mais en s'interrogeant avec elle dans une introspection au long cours, Tesson a marché, exploré, pêché, il a fait du patin à glace sur le lac et accepté l'hospitalité de ses rares voisins. Cette ascèse de six mois loin de la France, l'auteur en a fait le récit dans son célèbre livre paru chez Gallimard en 2011
Tentation : Titre et référence Tesson !
Fournisseur : Bib de Dinard
Mon humble avis : Des 6 mois d'ermitage de Sylvain Tesson au bord de lac Baïkal en Sibérie est sorti un livre que je n'ai pas lu, et un film magistralement interprété par Raphaël Personnaz que j'ai vu, et dont vous pouvez lire mon billet ICI .
Ayant adoré le film, je n'ai pas hésité une seconde lorsque j'ai trouvé la BD à la bibliothèque.
Une bonne coupure avec le monde actuel n'est jamais de refus. Un temps de lecture qui m'emmène loin, au milieu de rien et de nulle part, dans le silence, l'observation, l'introspection, le rapport à la nature et à soi-même, c'est toujours agréable et bénéfique. Cela permet de stopper un peu la course infernale de la société de consommation, de revenir à l'essentiel et de se poser les bonnes questions, tout en tentant d'y trouver des réponses réalistes.
C'est ce qu'a fait Sylvain Tesson pendant ces 6 mois. Revenir à l'essentiel... D'ailleurs, il a compté le nombre d'action dans ses journées : 15 ! Ai-je déjà compté les miennes ? Non, mais elles sont certainement bien plus nombreuses, bien plus vaines, bien moins en pleine conscience.
Cet album est magnifique, et les dessins rendent très bien cet environnement qui peut être tantôt refuge, tantôt hostile si on ne prend pas garde aux signes qu'ils envoient. Une vie où tout se mérite et ou tout ne tient qu'à soi-même, une autarcie complète... Pour la chaleur, il faut couper du bois, pour manger, il faut pêcher, pour échanger avec quelqu'un, il faut marcher plus de 5 heures dans des températures bien en dessous de zéro.
Les paysages sont sublimes. Teintés de bleu pour l'hiver profond, puis tendant vers le vert au fur et à mesure que le printemps s'installe. Les bulles sont les pensées de Sylvain Tesson, et les dialogues réduits à leurs plus simples expressions (différence linguistique oblige) avec les quelques Russes qu'il côtoie de temps en temps durant ces 6 mois qui forment chacun un chapitre.
De très beau passage, des citations à retenir, une belle incitation à la pause, à la lecture, à la contemplation, à l'effort, à la solitude, au rapport juste avec la nature... Ne pas y vivre en conquistador, en colonisateur, mais en invité passager. J'ai juste regretté quelques ellipses et l'absence de certains détails qui m'auraient intéressée, mais rien de bien grave.
L'anarchiste rêve de détruire la société dans laquelle il se fond. Le hacker aujourd'hui fomente l'écroulement de citadelles virtuelles depuis sa chambre. Tous deux ont besoin de la société honnie. Elle constitue leur cible et la destruction de la cible est leur raison d'être. L'ermite se tient à l'écart, dans un refus poli. Si la société disparaissait, l'ermite poursuivra sa vie d'ermite. Les révoltés, eux, se trouveraient au chômage technique.
Rien ne vaut la solitude. Pour être parfaitement heureux, il me manque quelqu'un à qui l'expliquer.
Quand on se méfie de la pauvreté de sa vie intérieure, il faut emporter de bons livres: on pourra toujours remplir son propre vide.
L'immobilité m'a apporté ce que le voyage ne me procurait plus.
Faut-il tuer Dieu, mais se soumettre aux législateurs, ou bien vivre libre dans les bois en continuant à craindre les esprits ?
Usage de la fenêtre : inviter la beauté à entrer et laisser l'inspiration sortir
L'homme libre possède le temps. L'homme qui maîtrise l'espace est simplement puissant.
L'histoire : Le narrateur est éducateur spécialisé au chômage, près de Lorient. Mais il faut bien payer les factures. Alors, il va travailler à l'usine, en intérimaire. Celle du poisson, puis les abattoirs. En trois huit, à la chaîne, à la ligne... Et il raconte le bruit, la fatigue, l'usure du corps, la cadence infernale, le sang des bêtes, l'odeur qui s'immisce partout... Il pourrait devenir fou... Sauf que quand il travaille, c'est Charles Trainet, Appolinaire, Hugo, Dumas qui le sauve. Les longues études faites il y a des années ne sont pas vaines... Elles lui permettent d'avoir cette culture, cet échappatoire, et surtout d'écrire... à la ligne, comme il travail.
Tentation : La blogo
Fournisseur : La bib de Rennes
Mon humble avis : Lors de sa sortie en 2019, ce roman a rencontré un énorme succès, tant en prix littéraires qu'en visibilité sur la blogosphère... Les billets que j'ai lus à cette époque précisaient que ce texte ne comportait aucune ponctuation, ni point, ni virgule.... Ecrit au kilomètre, à la ligne, comme le travail du narrateur. J'ai donc attendu pour audio lire "A la ligne" voulant être chez moi et non en voiture pour cette écoute... J'avais peur d'être perdue sans ponctuation... Et en fait, pas du tout ! En tous cas, l'interprétation qu'en fait Jacques Bonnaffé est excellente ! Certes, il est bien obligé de respirer ! Mais les tons, les modulations de voix ont été pour moi comme une ponctuation... et une cadence... Comme à la chaîne. Et de plus, le texte est tout de même découpé en courts chapitres. Donc aucun problème d'écoute sur la forme !
Quant au roman en lui-même, et bien il est magistral ! L'univers, le quotidien, la réalité racontés par le narrateur sont pourtant sombres, durs, limite glauques, et pourtant, il émane de ce texte une belle lumière, même si elle reste tamisée, on va dire qu'elle adoucit les moeurs ! Parce que même si le narrateur est colère, est triste, est douloureux, est épuisé, il n'est jamais aigri, ne manque vraiment pas d'humour - même si décalé ou noir, on ne se tord pas de rire, (ni de sarcasme pour dénoncer les injustices ou certaines situations ubuesques) et déborde de poésie. Quelle écriture, mais quelle écriture ! Décrire des usines, des machines, des tonnes de poissons ou des pièces de viandes et y mettre autant de poésie rend tout plus fort, tout plus percutant, voir transperçant. La douceur, la force et la joliesse des mots pour décrire la laideur, c'est assez inédit pour moi et tellement bien mené ! Un fond qui s'adapte à la forme, tous deux si bien maîtrisé. Il y aurait tant à dire sur ces lignes !
A la ligne est un formidable hommage aux invisibles qui triment en trois huit à l'usine pour que l'on puisse avoir notre crabe sur la table... Un hommage aux ouvriers qui subissent parce qu'ils n'ont pas le choix, et qui sont fiers d'avoir un travail, aussi dur et inhumain soit-il. C'est un texte sociétal, sur les rapports sociaux entre cols blancs et cols bleus, les absurdités du monde du travail, et la soumission "volontaire". C'est aussi une belle déclaration d'amitié, de respect, de fraternité et d'amour, envers les collègues d'infortunes et la femme du narrateur. Certains passages sont bouleversants d'humanité, d'humilité, de vérité sans fard. Lorsque le narrateur s'adresse à sa mère, ma gorge s'est nouée.
Lisez ce livre, point à la ligne !.
Fort possible qu'à la ligne soit fortement autobiographique puisque l'auteur à lui-même été ouvrier spécialisé dans l'industrie agroalimentaire. Hélas, cette plume talentueuse ne nous régalera et ne nous remuera plus... Joseph Ponthus est décédé il y aura bientôt deux ans. A la ligne est donc son premier et son dernier roman. Mais tellement unique ! Joseph Ponthus a tout de même assisté à l'énorme succès de son texte, cela me console... juste un peu.
Bonjour ! Aujourd'hui, focus sur un oiseau très commun, que l'on voit à peu près partout sans trop le regarder et qui est pourtant de toute beauté : la Mouette rieuse ! Il existe de nombreuses espèces de mouettes dans le monde, est même plusieurs qui sont visibles en France, d'où l'importance de spécifier "rieuse".
C'est un oiseaux très grégaire en dehors de la période de reproduction. Elle se nourrit et dort en groupe dans des dortoirs de plusieurs centaines, voire milliers d'individus, sur des plans d'eau à l'intérieur des terres ou en mer. En journée, les individus s'éparpille.
La Mouette rieuse fait partie de la famille des laridés. Adulte, elle mesure en moyenne 43 cm, pèse entre 225 et 350 gr, et son envergure oscille entre 94 et 110 cm. Son espérance de vie peut atteindre 30 ans (maximum connu). Mais l'espérance de vie moyenne des jeunes à l'envol est de 42 mois.
Ses cris sont des sons divers, aigus, grinçants, rauques. La Mouette rieuse est un oiseau très bruyant, qui peut donner lieu à de belles cacophonie dans les dortoirs ou lors des querelles !
Son régime alimentaire est très varié : poissons, invertébrés, vers, déchets, insectes, graines et végétaux. Ses proies peuvent être terrestres ou aquatiques. Occasionnellement, elle ne dédaigne pas les fruits. Elle est un opportuniste qui "nettoie" les villes et les plages, ou qui se nourrit dans les champs labourés. En effet, les groupes suivent la charrue et capturent des vers et d'autres invertébrés. Elle se nourrit aussi en marchant, en nageant, et en plongeant pour saisir des poissons en suivant des bateaux de pêche. Elle vole aussi au-dessus des flots et picore des insectes à la surface.
Son plumage varie en fonction de son âge et des périodes de l'année. Les 4 photos précédentes montrent une Mouette rieuse en plumage internuptial. En plumage nuptial, elle porte un capuchon couleur chocolat sur la tête, qu'elle perd au fur et à mesure à partir de juillet / août, et à une vitesse différente en fonction des individus.
Voici une Mouette juvénile, et en dessous, une Mouette rieuse adulte en plumage nuptial avec son juvénile.
La Mouette rieuse se reproduit aux lisières des marais, des étangs et des lacs, et dans les clairières dans les régions de forêt boréale (et non sur les côtes).
Elle est monogame et fidèle au site du nid où elle revient chaque année, en grande colonie qui peut compter jusqu'à 1000 couples ! Elle niche dans un amas de tiges au sol camouflé dans la végétation aquatique. Ce sont jusqu'à 3 oeufs qui seront couvés 4 semaines. L'envol des jeunes se produit au bout d'un mois. La vie dans la nature est dure : Seuls 6 à 15 % des œufs pondus donnent des jeunes prêts à s'envoler. Ce faible taux est dû à l'importance de la mortalité au stade des œufs (pontes pillées, nids submergés, œufs stériles) et à celle des poussins entre l'éclosion et l'envol (malnutrition, maladies, prédateurs, accidents)
Ci-dessous, Mouettes rieuses en plumage nuptial, on voit bien le fameux capuchon couleur chocolat.
Ici, nous avons une Mouette rieuse en pleine mue post nuptiale, elle perd peu à peu son capuchon.
Et juste en dessous, la voilà en plumage internuptial d'hiver.
Ici à droite, nous avons une Mouette rieuse en mue post juvénile... Ce qui veut dire qu'elle perd progressivement son plumage de jeune... Le marron est remplacé par le gris au fur et à mesure. Le plumage adulte complet ne sera là que dans la 3ème année civile. Et le fameux capuchon n'apparait en général que sur les oiseaux d'au moins 2 ans.
La Mouette rieuse effectue un vol rapide et actif. Elle peut planer et glisser, et même capturer des insectes en vol.
Comme dit plus haut, la Mouette rieuse est opportuniste.... Elle peut profiter d'une séance collective de pêche des Grands cormorans par exemple.
Ici des Mouettes rieuses avec quelques goélands argentés dans le lot !
Voilà, vous savez l'essentiel de la vie des Mouettes, très bel oiseau à regarder, et fascinant à suivre dans son vol !
Toutes les photos sont miennes et interdites d'usages et de reproduction. Elles ont été prises en Bretagne Nord et dans la Brenne (pour la période nuptiale) dans l'Indre.
Les textes sont inspirés de moi, de mon guide ornitho Belin, du site oiseaux.net et du dictionnaire en ligne Larousse.
Synopsis : Angèle, jeune femme ivoirienne, s’en est toujours sortie grâce à sa tchatche et à son culot. Pour s’éviter les représailles d’une bande de malfrats, elle parvient à se faire embaucher comme nounou d’Arthur, un garçon de 8 ans des beaux quartiers. En découvrant les conditions de travail des autres nounous et leur précarité, Angèle décide de prendre les choses en mains. Sous l’œil admiratif d’Arthur et avec l’aide d’Édouard, jeune avocat qui ne tarde pas à tomber sous son charme, Angèle va alors se battre pour rendre justice…
Mon humble avis : Une bonne petite comédie, rythmée, mais qui n'en fait pas trop, n'oublie pas l'émotion et le message social.
Les femmes du square est un bel hommage à toutes ces immigrées, souvent sans papier, qui travaille scrupuleusement en tant que nounous des riches familles parisiennes, qui bien souvent hélas, ne respectent pas leurs droits, les jettes comme des mouchoirs usagers. Ces femmes qui passent plus de temps avec les enfants qu'elles gardent qu'avec les leurs, quand elle ne travaille pas pour gagner de l'argent et faire venir leur enfant rester au pays. C'est donc un microcosme assez méconnu du grand public que Julien Rambaldi nous fait découvrir ici, nous proposant de vivre les deux pans des vies de ces femmes... Dans les grands appartements lumineux des patrons... et dans les petites chambres de bonne tout juste salubres.
Un film qui utilise l'humour pour dénoncer, pour éveiller les consciences, réveiller le monde devant les injustices que subissent ces femmes dont les droits sont bafoués alors qu'elles tissent de véritables relations avec les enfants dont elles ont la charge.
Et qui mieux que Eye Haïdara pour nous bousculer tout en nous donnant le sourire ? Personne, Julien Rambaldi a parfaitement choisi sa tête d'affiche ! Vous ne connaissez pas Eye Haïdara ?! Mais si, rappelez-vous ! L'assistante forte en gueule et en caractère de Pierre Bacri dans "le sens de la fête !" Rien que pour elle, le film mérite d'être vu. Et comme le reste tient tout à fait la route (bonnes répliques, rebondissements, love story mais pas dégoulinante), pourquoi se priver ? Allez donc faire connaissances avec ces femmes du square ! Vous passerez un très bon moment !
Parution le 1er septembre 2022 : Rentrée littéraire
L'histoire : Claire est une enfant d'une famille modeste, où l'on compte chaque sou. Le père travaille en trois huit à l'usine. Et pendant les vacances, le summum, le graal pour les enfants est le repas au fast food.
Des années plus tard, étudiante, Claire effectue un job d'été, dans un fast food. C'est ce grand écart et l'usure du corps, la répétition des gestes, la soumission que la romancière narre ici.
Mon humble avis : Si j'ai voulu lire ce roman, c'est parce qu'une bonne partie s'y déroule dans un fast food (Mc Do, BK, peu importe) et que l'auteur y détaille les conditions de travail des petits employés négligeables et négligés... Il y a quelques années, suite à un licenciement économique et des problèmes de santé, j'ai fait le choix d'aller travailler au Mc Do... Il me fallait un job qui ne demande pas trop à mon cerveau abimé par un AVC, un poste à temps très partiel, sans responsabilités et où on fait les choses à l'instant T. J'ai donc bossé au Mc Do entre 43 et 45 ans... A l'âge où j'avais au moins le double de celui de mes collègues, et de certains de mes supérieurs hiérarchiques. Le fast food, honnêtement, ce n'est pas la mine ni les urgences d'un CHU débordés... Mon travail, sans être passionnant, aurait pu ne pas être désagréable, les rushes ont quelque chose de stimulant. Certes, je ne vendais plus de voyages à la carte aux Seychelles mais des Big macs. Beaucoup moins stressant... En cas d'erreur, rien de grave, ce ne sont pas des centaines ou des milliers d'Euros qui sont en jeu.
Quid donc de ce roman ? Je n'ai pas adhéré tant que ça au projet de la jeune romancière, celui de faire le parallèle entre sa jeunesse et la vie de son père à l'usine avec son expérience en fast food. Les passages de l'enfance sont très elliptiques et souvent implicites, décrits avec un style sec, aux phrases courtes, qui laissent peu de place à l'émotion et m'ont un peu laissé de marbre. Je ne suis pas sûr que ce parallélisme entre l'usine du père et le fast food de la fille soit très judicieux... L'usine pour le paternel, c'est toute la vie. Le fast food, en général, on ne fait qu'y passer... Et entre ces deux récits, il manque un coeur central qui donnerait à cette oeuvre un aspect plus abouti, un objectif plus limpide.
Mais là ou Claire Baglin excelle, c'est dans la description du présent, du microcosme social qu'est un fast food. Chapeau ! C'est là que se trouve l'originalité et l'utilité de ce roman. C'est avec minutie, exactitude, humour, ironie, lassitude, révolte, sens de l'observation et de l'analyse comportementale que Claire Baglin décrit le travail d'une équipière polyvalente ! Tout y est, depuis la répétition des gestes, l'usure du corps, la rapidité et la fatigue, la concurrence entre équipiers, les us, coutumes et langages inhérents aux fast foods et bien souvent ridicules, qui se prennent très aux sérieux, comme sur un front de guerre. Mais surtout et là je bénis Claire Baglin, elle met les mots, l'atmosphère, les expressions très justes pour évoquer ce qui ne se voit pas à l'oeil nu, qu'il faut vivre pour le savoir. Les humiliations, le harcèlement psychologique, l'aliénation, la lobotomie du petit personnel. Dans un Fast food, il ne faut pas penser, pas proposer. Il faut obéir. Certains managers nous parlent comme si nous étions des ados en camps de redressement. Equipier, c'est obéir, ne surtout pas chercher quelque autonomie de travail, même si vous connaissez votre mission, et éviter toutes initiatives. De toute façon, soit elles seront reprochées, soit elles ne seront pas remarquées. Etre manager, c'est donner des ordres à quelqu'un qui sait déjà, la plupart du temps, ce qu'il doit faire. Tout cela, Claire Baglin le démontre parfaitement.
J'ai quitté le Mc Do parce que je subissais le harcèlement psychologique de 3 connasses qui étaient mes N + 1. Evoqué auprès du chef du restaurant, il n'a pas été pris en compte, mes crises d'angoisses sont revenues, j'ai dit "stop".
Contrairement à l'auteure, j'aimais être en salle, le plus loin possible du comptoir et des managers... Là, je pouvais un peu plus être moi-même, développer le service client et travailler à l'évidence, et non sous les ordres. Et j'étais plus libre dans ma tête.
Petit exemple d'humiliation vécue : Devant une poubelle, une manager de 21 ans me demande : "Géraldine, sais-tu pourquoi il faut vider les poubelles ?". Je cherche une réponse subtile, me disant qu'on ne peut pas me poser une question aussi basique, donc je n'ose pas dire l'évidence : "Pour qu'elle ne déborde pas"... Donc je dis non... Et là, victorieuse devant mon ignorance, la manager me déclare fièrement : "pour qu'elle ne déborde pas". Des exemples comme cela, j'en ai à la pelle... La situation est tellement ubuesque que j'en reste coi... Je subis, je me soumets.
J'ai fini pour un temps mon poste officiel, celui de préparer les salades du déjeuner. Inoccupée, je ne vois personne au Mc Café alors que la vaisselle sale s'y accumule... Donc je vais mettre de l'ordre, je me démène... Un manager m'appelle, Géraldine, tu fais quoi là, ce n'est pas ton poste, revient derrière le comptoir. J'obéis...A peine derrière le comptoir, il réalise qu'il n'a rien à me faire faire donc me renvoie au Mc Café...
Je nettoie les vitres de l'espace jeux enfants... A court de produit vitres, je traverse le restaurant pour aller chercher un autre vaporisateur. Et là, un manager me surprend donc "sans rien faire". "T'es sur quoi là Géraldine"....
Bref, ce n'est pas le travail qui est archi pénible, je pense qu'il y a pire. Ce sont les conditions psychologiques, qui sont insupportables, inhumaines, intolérables et qui détruisent. Après, il ne faut pas s'étonner des difficultés de recrutement. Qui veut d'une telle pressurisation psychique dans un job où, quoiqu'il se passe, il n'y a jamais mort d'homme...
Par honnêteté, je mets un dièse à mes propos précédents.... Tout dépend évidemment des individus. Quand j'ai commencé au Mc Do, le chef de mon restaurant était un gars génial, humain, chaleureux, intelligent, confiant... Tout se passait pour le mieux. Quelques mois plus tard, il est parti... et avec lui, tout est parti à vau l'eau, les petits chefs se sont pris pour des grands chefs, et le vrai chef pour un saint, Dieu étant le propriétaire de tous les resto Mc Do des environs. Une fois, je me suis faite engueulée parce que j'avais osé parler à Dieu normalement, comme s'il était juste humain... Mais Seb et Charlotte, vous n'étiez pas comme les autres ;). C'est con, j'étais contente de pouvoir tout de même travailler malgré mes défaillances cérébrales et médicales... Mon passage au Mc Do a réduit en miette le peu de confiance professionnelle et sociale qui me restait. Depuis, je n'ai plus travaillé, je fais du bénévolat.
Tout ça pour dire que l'intérêt de ce roman se situe dans la description littéraire et dénonciatrice de la "vie" dans un fastfood. Si cela pouvait changer les choses, même d'un chouilla, ce serait déjà bien.
Synopsis : Moussa a toujours été doux, altruiste et présent pour sa famille. À l’opposé de son frère Ryad, présentateur télé à la grande notoriété qui se voit reprocher son égoïsme par son entourage. Seul Moussa le défend, qui éprouve pour son frère une grande admiration. Un jour Moussa chute et se cogne violemment la tête. Il souffre d’un traumatisme crânien. Méconnaissable, il parle désormais sans filtre et balance à ses proches leurs quatre vérités. Il finit ainsi par se brouiller avec tout le monde, sauf avec Ryad…
Mon humble avis : J'aime beaucoup Roschdy Zem et Sami Bouajila en tant qu'acteurs, voilà pourquoi je suis allée voir ce film, même si le sujet m'interpelait aussi.
Roschdy Zem est aussi le scénariste (avec Maïwenn) et le réalisateur. Il s'inspire d'une histoire vécue par son propre frère, et donc par sa famille et lui-même.
Je pensais que le film flirterait plus avec la comédie, or cet aspect-là, pourtant évoqué par certains dont Roschdy Zem, m'a échappé. J'y ai plus vu le côté dramatique.
Celui de la maladie qui frappe un membre d'une famille... Qui se pensait unie... Mais les conséquences de la maladie font remonter pas mal de passif... Avant que tout le monde s'apaise et retrouve le bonheur d'être ensemble dans le partage. On y voit la difficulté et l'incompréhension face à la maladie, mais aussi, la difficulté à supporter le tempérament changeant du patient. Et l'on assiste aussi à la déchéance sociale du malade, qui perd son emploi etc.
Le casting est impeccable, la réalisation aussi... Et pourtant, il m'a manqué quelque chose pour déborder d'enthousiasme. Comme l'impression de survol, que le fond du sujet n'est pas assez exploité... Et que nous avons donc, au final, un énième film sur des règlements de compte familiaux, dans le format chronique, qui nous laisse un peu à l'extérieur.
Mais ce qui change dans ce film... Et bien c'est que nous suivons une famille d'origine maghrébine... Mais que jamais il n'est question des origines, de la religion, des traditions etc... Une famille française, comme toutes les autre, avec ses forces, ses différences internes, et ses distancions !
Cela reste un joli film, bien réalisé, mais j'en attendais plus !
L'histoire : Dans l'Amérique ségrégationniste, Desiree et Stella sont jumelles. Elles vivent très modestement avec leur mère à Mallard, une petite ville isolée de Louisiane, une ville noire où l'on n'épouse jamais plus foncé que soi... Au fil des générations, les visages s'éclaircissent. Les deux filles pourraient paraître blanches. A 16 ans, elles fuguent, main dans la main, inséparables.
Quatorze ans plus tard, Desiree revient à Mallard, sans Stella dont elle a perdu la trace depuis si longtemps. Stella qui voulait devenir blanche. Quelles ont été les destinées des jumelles, quel est leur avenir ?
Tentation : La blogo
Fournisseur : Ma CB
Mon humble avis : Et bien mes amis, quel roman ! Bien plus qu'un coup de coeur, je pense que L'autre moitié de soi est MA lecture de l'année. Dire qu'il a trainé presque toute l'année aux pieds de ma table de chevet, et qu'une fois ouvert, je n'ai plus pu le lâcher.
Tout est magistral dans ces pages... L'écriture (et la traduction), très agréable, soignée, au service de son sujet. L'originalité de l'histoire et la maitrise de son déroulement. La construction narrative, avec d'incessants aller /retour dans le présent/passé/futur des personnages, incessants mais aussi fluides qu'une douce rivière qui descend son lit... Point de linéarité, même si, au fil des pages, on avance dans le temps, dans les décennies, pour retourner ensuite vers des événements passés. Mais jamais je n'ai été perdue.... Vraiment, cette histoire sur trois générations de femmes coule aussi limpidement qu'elle captive, car des surprises, des émotions, de la colère, de la tristesse, elle en réserve, mais avec une belle lumière, une énergie positive. Des personnages très travaillés, qui permettent d'observer les différentes facettes de l'âme humaine face aux mêmes situations, parfois avec l'évolution sociétale qu'apportent les années.
Desiree revient à Mallard 14 ans après sa fugue... Elle est accompagnée de sa fille, qui est de couleur noir charbon. Stella vit dans le mensonge, mais comme et là où elle le souhaite, pour avoir une vie libre et plus facile : chez les blancs riches, en tant que blanche... et sa fille est blonde... Depuis toutes ces années, sa peau très claire lui a permis de passer pour une blanche. Mais à quel prix ? Au final, on ne sait pas qui on plaint le plus... Celle qui a choisi ou celle qui n'a pas vraiment choisi...
Le climat de fond de cette passionnante histoire est la ségrégation et le racisme aux Etats-Unis, même si le roman se termine bien après la fin du ségrégationnisme. Mais le sujet que développe Brit Bennet est l'identité sous toutes ses formes ; raciale, sexuelle, personnelle. Et elle pose la question à travers ses personnages : Qu'est ce qui forge et nous donne notre identité ? Est-ce notre couleur de peau, notre éducation, notre culture, notre sang, nos origines, nos racines, notre apparence, notre sexe, notre façon d'aimer, notre classe sociale, l'époque dans laquelle on vit, le regard des autres, nos peurs, nos forces, nos mensonges, nos fidélités, nos traumatismes ou ce que l'on choisit, décide d'être, quel que soit le prix à payer ? Même si c'est une moitié de soi ? En fait, l'intelligence est de croire que c'est un peu tout cela à la fois et que l'essentiel est d'être intimement vrai et épanoui dans ce que l'on pense être, de se sentir à sa place, si toutefois une société ouverte l'autorise. Mais c'est aussi parfois les sociétés ostracisées qui poussent à certains choix. Toutes ces facettes de l'identité sont incarnées par des personnages kaléidoscopiques tous très attachants qui expriment, affrontent, subissent ou assument leurs choix et qui façonnent ainsi un roman fort, poignant, subtile, indispensable, exaltant !
Bref, je ne sais pas comment vous dire à quel point ce roman est pour moi un chef d'oeuvre, un énorme coup de coeur sans spoiler les détails de l'histoire (il y a tant d'avis publiés qui raconte jusqu'aux 3/4 du roman :( ). En tous cas, L'autre moitié de soi me prouve une nouvelle fois, qu'en choisissant bien, je peux trouver des lectures puissantes et non glauques, qui me transportent dans la littérature américaine que j'explore trop peu. Et Brit Bennet, je l'encadre dans mes auteurs à suivre.
Roman - Editions Livre de Poche - 160 pages - 7.20 €
Parution Poche 2010 (Ed. Héloïse d'Ormesson 2008)
L'histoire : Pascaline, la narratrice, vient juste de divorcer. A 40 ans, elle s'installe seule dans un nouvel appartement parisien, un deux-pièces qu'elle trouve charmant. Dès les premiers jours, un profond malaise l'envahit, ainsi que des cauchemars. Elle apprendra par une voisine bavarde qu'un véritable drame s'est produit dans sa chambre il y a des années de cela. Pascaline réalise qu'elle est sensible à la mémoire des murs. Ce drame et ceux qui l'entourent vont devenir une obsession pour elle, et faire remonter sa propre tragédie, enfouie depuis 15 ans.
Tentation : Ma PAL
Fournisseur : Ma PAL
Mon humble avis : Dans ma PAL, j'ai des pavés... Et aussi des livres fins... L'un de mes plaisirs est d'en choisir un comme je le ferai d'une séance de cinéma ou d'une activité d'après-midi, pour passer quelques prochaines heures...
La mémoire des murs nous emprisonne donc pour un soir, et les pages se tournent toutes seules, tant l'intrigue est prenante, obsédante, que la tension monte...
Le drame qui s'est déroulé dans nouvelle chambre de Pascaline est le meurtre d'une jeune femme par un tueur en série... Inutile de chercher bien loin, Tatiana de Rosnay fait référence à Guy Georges. Donc en tout, ce n'est pas une, mais sept victimes. Obsédée par ses malaises, Pascaline va en fait enquêter, presque sous forme de pèlerinage sur ses sept jeunes femmes. Elle va même errer autour de la prison où l'assassin purge sa peine... Cette obsession va tourner à la folie et faire rejaillir le drame qu'elle a elle-même vécu : le décès de sa petite fille, de la mort subite du nourrisson, un soir où elle était absente, où son mari veillait la petite.
Tatiana de Rosnay, d'une écriture fluide et limpide, tout à fait adaptée au sujet, a le talent de nous inclure dans le malaise de son héroïne, et de rendre très palpable des faits divers qui ont fait la une des journaux mais qui, pour la plupart d'entre nous, sont restés à leur place de fait divers. Dans ce roman, ils redeviennent réalité proche, sous le prisme d'une personne comme vous et moi, qui n'était en rien liée ni aux victimes, ni au coupable, ni à la justice etc... A travers l'enquête de Pascaline, Tatiana de Rosnay, au-delà d'un nom et d'une fin terrible, redonne une identité, et une vie à ces jeunes femmes. Et par delà, à toutes les personnes oubliées, victimes de drames, ou au contraire heureuses, qui ont vécu dans les lieux que nous fréquentons et piétinons sans y penser, qu'ils soient réputés ou à priori anodins (La romancière évoque les bâtiments qui remplace le Vel d'Hiv, à Grenelle.) Le message est clair : n'oublions pas le passé... mais que cela ne devienne pas une idée fixe.
Et puis, toutes ces victimes avaient des parents... hors Pascaline a eu une fille... Cette histoire fait rejaillir ce deuil inachevé, enfoui, la perte, l'inconcevable... Nous assistons donc à la descente aux enfers de Pascaline, sans que nous ne puissions rien faire, jusqu'à la toute fin glaçante qui laisse sans voix.
Cette histoire est sombre, mais parfaitement menée, elle ne s'étend pas en longueur pour rien. Tout est dense, et très prenant, mais pas trop long. En même temps, heureusement, car c'est une lecture qui remue et met plutôt mal à l'aise. J'ai vraiment bien aimé ! J'ai dévoré !