Publié le 10 Octobre 2020

Sorj Chalandon, la légende de nos pères, roman, critique, avis, chronique, résistance, deuxième guerre mondiale.

Roman - Editions Livre de Poche - 254 pages - 7.20 €

Parution d'origine chez Grasset en 2009

L'histoire : Mr Frémaux est biographe. Il met en forme et en mots les vies que ses clients lui racontent. Il est aussi le fils de "Brumaire", un ancien résistant décédé vingt-six ans plus tôt. Il n'a jamais rien su des exploits de son taiseux de père. Lupuline le contacte : elle souhaite que Frémaux rédige la biographie de Beuzaboc, son père âgé de 83 ans, pour témoigner de ses multiples actions de soldat de l'ombre durant la deuxième Guerre Mondiale. Frémaux rencontre Beuzaboc une heure chaque semaine, écoute, écrit... Et s'interroge. Il doute. Quelque chose ne tourne pas rond... 

 

 

Tentation : Ma PAL

Fournisseur : Ma PAL

Mon humble avis : Cela fait si longtemps que j'attendais une lecture qui agisse autant sur moi, qui m'ébranle, et la voici ! Alors qu'elle m'attendait dans ma PAL depuis huit ans ! Un roman brillant, brûlant, puissant.

La magie Chalandon a de nouveau opéré, comme avant, dès les premières phrases, courtes, qui frappent, qui nous aspirent, et qui inspirent de suite un silence respectueux... comme si l'on pénétrait dans un mausolée. Et puis il y a ces mots choisis qui claquent, que l'on est étonné de voir accolés et qui confirment que nous sommes dans de la très belle littérature. Nous voilà captifs de cette histoire qui se déroule dans une touffeur épaisse, alourdie par la canicule de l'été 2003, qui semblait tout figer, ralentir et exacerber. Les rencontres hebdomadaires entre le biographe et son client se tiennent dans l'appartement de ce dernier : les volets sont clos pour que ne pénètre pas la chaleur, il fait sombre, un ventilateur ne ventile pas grand-chose, pas même les silences ni la tension qui s'installe. Le vieux est dans son fauteuil. Il raconte. Mais il ne semble pas être là, dans ce passé aussi héroïque que douloureux qu'il évoque. Le biographe s'interroge. Que se passe-t-il ? Où sont les tripes et la sueur du vécu ? Au fils des séances, c'est vers un bras de fer et un chaos que les deux hommes se dirigent. Le lecteur retient son souffle, car il règne un réel suspense, et s'interroge sur les motivations de Beuzboc et de sa fille. Se jouent-ils de Frémaux ou au contraire, lui permettent-ils de retrouver les traces de son père défunt ? Tout est poignant, tout est juste.

Pourquoi ce roman m'a-t-il tant remuée ? Déjà, parce qu'il se tient à Lille et ses environs, ma région d'origine, mes racines, mon sang, ma façon d'être. Et j'ai pris conscience que je ne me suis jamais vraiment interrogée sur ce qu'y était la vie pendant la deuxième Guerre Mondiale, sur les grands agissements de la résistance, les drames, les massacres qui y ont eu lieu... A l'école, on vous apprend Pearl Harbour mais pas les faits de votre région... ces faits qu'ont vécu nos grands-parents (pour qui est de ma génération). Mes deux grands-pères ont fait la guerre. Mais de leur guerre je ne sais rien, sauf qu'ils ont été faits prisonnier en Allemagne. Une phrase pour une guerre de cinq ans et deux grands-pères. Ce vide, cette méconnaissance m'a soudain pris à la gorge et m'a donné le vertige, comme devant un gouffre. Qu'ont-ils subi au jour le jour, avant, pendant, après qu'ils soient prisonniers. Je me suis même demandé : "ont ils dû tuer" ? Est-ce que cela les a hantés jusqu'à leurs derniers souffles ? Rien, je ne sais rien, parce que la vie est mal faite. A l'âge où j'aurais pu questionner mes grands-pères, saisir l'importance de ce qu'ils avaient traversé et les conséquences sur ma propre liberté de vie, ils n'étaient plus. J'étais en primaire (CE2, puis CM1 pour mon grand-père paternel). Trop jeune pour m'intéresser, et puis sans doute aussi que la société en général cherchait alors à protéger sa jeunesse de l'horreur qui n'était pas encore si lointaine dans le temps ? J'ai l'impression que lorsqu'on est gamin, si on a la chance de ne pas vivre la guerre, on ne la conceptualise pas du tout. Je le regrette infiniment, mais Chalandon recouvre ici quelques brèches. Bref, les visages de mes grands-pères m'ont accompagnée tout au long de ma lecture.

Au-delà des sujets de la résistance et de la transmission entre les générations, les sujets majeurs de ce roman sont évidemment le mensonge et son contraire, la vérité. Quand l'une prend la place de l'autre, ou se confond avec son opposé. Le mensonge est il tout de même un crime s'il permet de rendre hommage aux oubliés, aux discrets, s'il leur redonne vie ? Comment se sortir d'un mensonge qui vous a construit aux yeux des autres ? Faut-il en sortir, s'il apporte un certain confort à l'entourage, qui lui aussi s'est édifié sans le savoir autour de celui-ci ? Vraiment ? Et si tout n'était que légende, et que, c'est bien connu, une légende sert toujours une vérité ? Toutes les réponses dans ce bouleversant roman de Maître Chalandon ! 

 

 

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Rédigé par Géraldine

Publié dans #Littérature française

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Publié le 8 Octobre 2020

cinéma, film, Kajillionaire, avis, chronique, critique

Film de Miranda July

Avec Evan Rachel Wood, Gina Rodriguez, Richard Jenkins

 

Synopsis : Theresa et Robert ont passé 26 ans à former leur fille unique, Old Dolio, à escroquer, arnaquer et voler à chaque occasion. Au cours d'un cambriolage conçu à la hâte, ils proposent à une jolie inconnue ingénue, Mélanie, de les rejoindre, bouleversant complètement la routine d'Old Dolio.

Mon humble avis : J'aime les films portant sur les arnaqueurs. Voilà pourquoi Kajillionaire me tentait. Sauf qu'ici, il s'agit de petites arnaques plutôt menées par une famille de loosers  peu dégourdis. Donc rien de glamour et pas de haut vol ! Quelque part, les personnages manquent d'envergure et d'ambition dans leur supposé "art de vivre". En fait, ils sont très incongrus, on a du mal à deviner ce qu'ils sont vraiment, et de ce fait, on éprouve assez peu d'empathie, excepté pour Old Dolio quand elle s'éveille tout doucement à ce que devrait être la vraie vie.

Kajillionaire est un film vraiment original, jusque dans la mise en scène avec cadrages, décors et lumières qui mélangent le surréalisme et le glauque. Cette famille vit vraiment hors du monde mais au milieu de celui-ci. Etrange impression.

C'est une histoire d'enfermement familial, limite d'addiction familiale : malgré la toxicité des relations, impossible de s'en passer. Mais ici, la réalisatrice va très fort : les sentiments semblent acquis par le lien du sang mais aucun des membres de cette famille ne semble les avoir interrogés, questionnés, analysés jusqu'à l'intrusion de Mélanie dans leur trio. Et c'est vrai que l'on souffre pour Old Dolio, quand elle réalise pas à pas tout ce qu'elle n'a pas reçu dans sa vie : amour, tendresse, délicatesse, protection, enfance, insouciance. Finalement, avec un peu de recul, je trouve ce personnage très touchant malgré son aspect extrêmement cinématographique. Quelques images sont même assez poignantes. C'est Old Dolio qui porte le l'histoire.

Je dirai que la bande-annonce survend (une fois de plus) tout de même le film, qui n'est pas drôle hormis les quelques passages déjà connus par la B.A. On est dans un drame où l'on espère que certains personnages vont connaitre une rédemption et d'autres l'émancipation... Mais les crapauds, dans un sacré pied de nez, ne se métamorphosent pas en princes parents charmants !

Kajillionaire mélange l'absurde, le farfelu, le grinçant et le drame souffre cependant d'une longue mise en route et d'un rythme inégal. Mais il se laisse regarder et apprécier pour son originalité. Mais un peu plus d'épices l'aurait rendu plus intéressant et accrocheur.

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Rédigé par Géraldine

Publié dans #Cinéma d'ailleurs

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Publié le 6 Octobre 2020

BD, Bande Dessinée, La tragédie Brune, nazisme

BD - Editions Les Arènes - 126 pages - 20 €

Parution en Mai 2018

 

Le sujet :  Christophe Gaultier et Thomas Cadène s'attachent à mettre en scène le plus fidèlement possible le témoignage d'un homme qui, dès 1934, va alerter le monde sur la catastrophe à venir. En 1934, Xavier de Hauteclocque, grand reporter, publie La Tragédie brune, écrit à la suite de son voyage en Allemagne en novembre 1933. Ce germanophile y décrit un pays remodelé par la politique nazie. Son regard s'attarde là où d'autres ferment les yeux, ses pas le conduisent là où peu s'aventurent et, finalement, sa plume décrit ce que beaucoup préfèrent ignorer.

 

Tentation : Le pitch

Fournisseur : La bib

 

 

Mon humble avis : Cette bande dessinée permet au grand public de prendre facilement connaissance de l'histoire vraie, vécue par le journaliste français Xavier de Hauteclocque dans les années 1933-1934 lors de deux voyages en Allemagne... Avant que celui-ci soit assassiné par les nazis. Les auteurs de cet album se sont inspirés des écrits de Houteclocque, parus sous le même titre en 1934. D'ailleurs, les premières pages de ces récits concluent cet album dans un "cahier".

La tragédie brune est donc forcément une oeuvre intéressante et instructive... Qui fait aussi froid dans le dos... En effet, d'où nous sommes placés dans l'Histoire, nous n'ignorons pas l'horreur qui se déroulera quelques années plus tard, malgré les alertes de Xavier de Hauteclocques qui n'ont pas été entendues par ni les dirigeants d'alors, ni par l'opinion publique. En effet, le journaliste français avait parfaitement décrit le régime nazi qu'il a vu lui-même s'installer en si peu de temps. Quelques mois séparent deux de ses voyages en Allemagne et pourtant, il ne reconnait plus le pays qu'il aime tant lors de son deuxième voyage. Ses contacts ne lui parlent plus, plus personne n'accepte de témoigner. Il est déjà question de camps, d'enlèvements de juifs, d'exécutions, de délations, persécutions etc... Bref, tout le monde se méfie de son voisin. L'endoctrinement est déjà bien mis en place à force d'une propagande qui ne laisse pas tellement le choix...

Cet album retrace donc ce fameux voyage de Xavier Hauteclocques qui fera preuve d'une opiniâtreté incroyable pour découvrir l'indicible et témoigner. La lecture est simple et éloquente. Les dessins sont tout à fait adéquats pour ce sujet, sombres mais réussis. Mon seul bémol ira aux visages des protagonistes, très anguleux, qui parfois rendent difficile la distinction de l'un et de l'autre.

Un ouvrage à lire et à faire lire évidemment, car n'oublions pas que, de par le monde, l'Histoire est parfois un perpétuel recommencement.

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Rédigé par Géraldine

Publié dans #BD...

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Publié le 4 Octobre 2020

C'était en juillet... J'ai réalisé un projet vieux de 10 ans à 6 km de chez moi... Comme quoi, il s'agit parfois juste de prendre le temps et que les conditions se réunissent.

A Rennes, il y a un très grand parc bien boisé, avec de beaux plans d'eau, nommé les Gayeulles. C'est un lieu propice pour les pique-niques, les barbecues, la marche, le footing, le farniente. Parfois, s'y déroule des animations comme pièces de théâtre, petits concerts ou autre. Bref, un lieu ou l'on peut trouver convivialité ou tranquillité. Les Gayeulles sont à Rennes ce que Central Park est à New York et Hide Park à Londres !

Je sais depuis toujours que le soir et au crépuscule, des centaines de lapins quittent leurs terriers et gambadent dans les prairies. Depuis toujours, je voulais me faire une soirée safari photos thème "lapinou... et autre" ! Soirée hautement dangereuse car je me suis fait attaquée par des fourmis !!! Allongée que j'étais dans l'herbe pour observer au plus près un lapinou, je me suis étendue sur LE nid de fourmis du coin ! A part cet incident, j'ai passé une soirée délicieuse, jusqu'à ce l'obscurité me fasse rentrer chez moi !

 

UN DIMANCHE NATURE AUX GAYEULLES
UN DIMANCHE NATURE AUX GAYEULLES
UN DIMANCHE NATURE AUX GAYEULLES
UN DIMANCHE NATURE AUX GAYEULLES
UN DIMANCHE NATURE AUX GAYEULLES
UN DIMANCHE NATURE AUX GAYEULLES
UN DIMANCHE NATURE AUX GAYEULLES
UN DIMANCHE NATURE AUX GAYEULLES
UN DIMANCHE NATURE AUX GAYEULLES
UN DIMANCHE NATURE AUX GAYEULLES
UN DIMANCHE NATURE AUX GAYEULLES
UN DIMANCHE NATURE AUX GAYEULLES
UN DIMANCHE NATURE AUX GAYEULLES
UN DIMANCHE NATURE AUX GAYEULLES

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Rédigé par Géraldine

Publié dans #Mes couleurs du monde

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Publié le 2 Octobre 2020

Littérature américaine, Philippe Roth, Un homme, avis, critique

Roman - Editions Folio - 182 pages - 7.50 €

Parution d'origine chez Gallimard en 2007

 

L'histoire s'ouvre sur les funérailles d'un homme de 71 ans... Sont présents quelques proches dans ce vieux cimetière juif à l'abandon près de Newark. Quelles furent sa jeunesse, sa vie d'adulte, sa vieillesse ? C'est à ces questions que répond ce vingt-septième roman de Philip Roth.

 

Tentation : Ma PAL

Fournisseur : Ma PAL

 

 

Mon humble avis : Philip Roth, encore un auteur qui est entré bien vivant dans ma PAL et qui en sort décédé il y a un peu plus d'un an... Et voici que je l'effleure avec un roman portant sur un sujet délicat : la vieillesse, qu'il a forcément vécue et d'ailleurs dont il témoigne, même si j'ignore s'il y a de l'autofiction dans ces pages, il y a certainement un peu de lui disséminé de-ci-delà (ne serait-ce que dans la pathologie cardiaque évoquée ici) Philip Roth a écrit cette histoire à l'âge de son personnage septuagénaire.

Philip Roth décrit et décrypte sans concession la grande descente inéluctable de la vie, et sa fin qui s'accélère alors que le corps ralentit. Tout rétrécit, le temps, le corps et ses artères, les possibilités. C'est l'heure où l'homme n'est plus actif et se retrouve libre de mener ses projets de longues dates. Sauf que l'énergie et les illusions, en autre d'un potentiel talent, s'amenuisent. Dans la famille, il est logiquement le prochain sur la liste et les amis et les relations disparaissent au fur et à mesure, tous victimes du même sort terrestre. C'est en quelque sorte la vie de Monsieur Toutlemonde que Philippe Roth nous narre de ses mots choisis, sans artifice, sans contour ni autres faux-semblants que ceux de la vie, dans un style limpide, qui ne verse pas dans le pathos, puisque Roth reste le plus souvent dans le constat. Une plume relativement neutre mais qui émeut beaucoup, puisqu'elle évoque l'inexorable issue tant collective qu'individuelle.

Ainsi, le personnage "Mr Toutlemonde" de Un Homme n'est pas nommé. Il peut-être une multitude d'entre nous tout en restant unique, comme l'est chaque individu, même si des similarités rapprochent. L'homme est donc au crépuscule de sa vie... une vie assez courante, presque banale. Une enfance dans une famille unie, des parents aimants, un frère aîné protecteur à qui tout réussi, tant dans les capacités sportives que dans l'univers de la finance. Puis deux garçons d'un premier mariage, une fille d'un second. Vint ensuite un très court troisième mariage, pour cacher un crime de chair... Et durant toute ces années, une très respectable carrière dans la publicité. Une vie faite de choix mais aussi de pulsions, qui ont pour conséquences, des décennies plus tard, de le laisser bien seul. Il doit désormais affronter la solitude et l'inactivité, en plus de sérieux problèmes de santé depuis ses plus jeunes années. Même son cher frère, il a réussi à s'en éloigner, par jalousie... Le frère qui n'a jamais connu un lit d'hôpital et qui garde les mêmes carrure et énergie malgré les années. Il n'a donc plus que cela à faire : repenser sa vie, ses regrets, ses remords, tenter de l'imaginer à travers les regards de ses proches et comprendre leurs reprochent... Et si possible, réparer ce qui est réparable, quand le corps ne l'est plus.

Un beau roman, sobre et sombre mais happant. Et même si j'espère ne pas être encore concernée par ce que traverse le personnage, j'ai tout de même observé le miroir qui m'était tendu pour réfléchir à mes choix passés et présents et leurs conséquences que je pense maîtriser actuellement, mais qu'en sera-t-il dans 25 ans ?

Je suis heureuse de cette lecture, moi qui suis si frileuse à me pencher sur les très grands auteurs américains qui souvent ne me conviennent pas (à moins que je ne choisisse pas les bons titres). En tout cas, Un homme me donne envie de mieux connaître l'écrivain Philip Roth, qui a n'en point douter, ne tombera pas de sitôt dans les oubliettes.

 

 

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Rédigé par Géraldine

Publié dans #Littérature d'ailleurs

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Publié le 30 Septembre 2020

Essai - Editions Marabout - 240 pages - 17.90 €

Parution le 28 mars 2018

Le sujet :  « Les weirdos ne sont pas  ceux qu’on croit ! »
Dans une passionnante enquête, ce livre nous fait partager  la démarche d’une jeune universitaire qui part à la rencontre  de personnes autistes afin de leur donner la parole.
Loin des clichés ordinairement véhiculés, cet ouvrage retrace les parcours de vie et de résilience hors normes d’autistes  invisibles qui s’adaptent, se cachent, s’assument, se battent.

 

 

Tentation : Le sujet

Fournisseur : Ma CB

 

 

Mon humble avis : Après "L'asperger au féminin" de Rudy Simone, voici un autre ouvrage sur le sujet que j'ai lu depuis mon récent diagnostic TSA (Trouble du Spectre Autistique) type Asperger (même si le terme Asperger disparaît peu à peu de la littérature médicale). Julie Dachez est aussi l'auteur de la BD : La différence invisible.

Pour rappel, Julie Dachez a été diagnostiquée à l'âge de 28 ans (sujet de la BD citée ci-dessus). Depuis, elle a repris des études en sciences sociales et rédigé une thèse sur l'autisme (je résume). Ce livre oscille donc entre essai, témoignage, enquête, interviews et extraits de thèse. Il est extrêmement bien documenté et les sources bibliographiques sont regroupées en fin d'ouvrage.

Julie Dachez ne manque point d'humour ni de pêche, aussi, elle est très plaisante à lire. Sa plume peut être aussi douce que drôle ou qu'acérée et caustique. Comme on dit, Julie Dachez ni va pas par le dos de la cuillère pour pointer du doigt le retard français dans le domaine de l'autisme, la méconnaissance du sujet (idées reçues et clichés) tant par le grand public que par nombre de professionnels de médecine... Elle dénonce la normalisation imposée par la société, une société qui ne sait pas s'adapter à la différence souvent pointée du doigt... Et ce, même quand le diagnostic est posé et qu'il donne légalement droit à des aménagements lors que l'autiste se retrouve en situation de handicap. L'exemple de l'auteure elle-même, lorsqu'elle rédige sa thèse puis la soutient est ahurissant et révoltant.

Julie Dachez aborde de nombreux sujets et situations dont la confrontation pose soucis aux autistes, qu'ils soient asperger ou non. (depuis l'emploi, les études, les relations amoureuses, l'identité personnelle (binaire /non binaire) et amoureuse (homo/bisexualité/hétérosexualité). Il est aussi question de l'Histoire du Syndrome et de l'évolution de la "prise" en charge médicale de celui-ci.

Le tout est entrecoupé de rencontres/dialogues témoignages avec des autistes Asperger (THQI ou pas) que Julie Dachez a rencontrés lorsqu'elle écrivait sa thèse. Je regrette cependant que ces témoignages ne soient pas plus nombreux et plus approfondis, afin que le contenu du livre soit plus raccord avec son sous-titre (les autistes et non une autiste, Julie Dachez). Heureusement qu'il y a des données académiques liées à une enquête approfondie, sinon, ce livre pourrait s'intituler "une autiste prend la parole".

Un autre bémol également pour moi : Dans ta bulle est clairement vindicatif pour mettre en lumière, donner la parole, expliquer et défendre une minorité, jusque-là, tout va bien et reste logique. Le problème à mes yeux, c'est que son texte se penche parfois sur bon nombre d'autres minorités qui mènent un combat similaire, mais qui n'ont rien à voir avec le Trouble du Spectre Autistique... Certes, il y a discrimination, mais une discrimination raciale n'a rien à voir avec une discrimination pour cause de handicap et ne dit pas tout à fait la même chose d'une société. De même Julie Dachez déploie de grandes convictions féministes (avec lesquelles je suis parfaitement d'accord), mais qui une fois de plus, sortent du sujet le lecteur qui parfois peut se demander s'il lit un manifeste sur le féministe ou sur l'autisme.

Mais mes bémols ne doivent pas ensevelir le fait que Julie Dachez a écrit un livre indispensable sur le sujet, fort bien documenté, éclairant et très riche pour qui s'intéresse ou est touché par le sujet si vaste et si complexe qu'est l'autisme, et particulièrement ici le syndrome Asperger. Et rappel, plume joyeuse, cynique et efficace, donc très agréable. Et à travers son quotidien et ses expériences, Julie Dachez montre de façon très accessible et claire ce que peut être la vie d'une autiste asperger, d'autant plus s'il fait partie des asperger invisibles. Certains asperger sont visibles (comme Josef Schovanec), d'autres sont invisibles, comme Julie Dachez... ou moi.

Personnellement, depuis que j'ai été diagnostiquée SA, je trouve le sujet de plus en plus nébuleux. Etre diagnostiquée Aspie n'est absolument pas suffisant pour prétendre connaître parfaitement le syndrome, et encore moins pour faire de son expérience une vérité absolue et générale. Des recherches approfondies, académiques et de bonnes compétences intellectuelles sont nécessaires pour avoir une vue d'ensemble du syndrome. Je vous invite donc à vous méfier des différents témoignages que l'on peut trouver à droite ou à gauche sur le web, qui peuvent n'être que des expériences vécues de personnes qui ne sont parfois pas diagnostiquées par voie médicale officielle (mais qui se contentent d'un diagnostic via des tests proposés sur le net). Donc attention où vous mettez les pieds, et ne prenez pas tout pour argent comptant. Il y a autant d'autisme qu'il y a d'autistes. Les points communs des autistes sont leurs différences.

 

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Rédigé par Géraldine

Publié dans #Livres autres - divers

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Publié le 28 Septembre 2020

Fabcaro, BD, Pause, avis, Chronique, blog, humour, inspiration

BD - Editions La cafetière - 64 pages - 13 €

Parution en avril 2017

L'histoire : Comment refaire aussi bien que Zaï Zaï Zaï Zaï sans refaire pareil ! Le poids du succès pèse sur Fabcaro qui souffre du perte d'inspiration. Mais que les lecteurs se rassurent : Les auteurs de BD ont de bonnes assurances qui peuvent fournir une inspiration intérimaire ! Evidemment, on part dans un délire à la Fabcaro !

 

 

 

Tentation : Le nom de l'auteur

Fournisseur : Bib N°1

 

 

Mon humble avis : Pause est un album composé de multiples saynètes, pas forcément reliées, mais qui tourne autour du sujet de l'inspiration créatrice et de son manque. Le tout forme bien sûr un excellent divertissement hilarant. L'humour et surtout l'autodérision de Fabcaro sont bien mis en scène, même s'ils ne sont plus à prouver et déjà connus. Fabcaro est sorti lessivé du succès de Zaï Zaï Zaï Zaï et une grande attente pèse sur ses épaules... Son précédent succès fut tel que les éditeurs seraient prêts à publier n'importe quoi pourvu que ce soit signé "Fabcaro" ! Mais il est flagada et en mal d'inspiration... Il veut se mettre en pause... Mais on suppose que Fabcaro ne s'arrête jamais puisque de cette soi-disant Pause est né cet album pèle mêle, pour le grand plaisir des lecteurs avides de sport zygomatique !

Fabcaro se dessine donc dans cette période de flottement... Dans sa vie quotidienne d'hypocondriaque, d'auteur, de signataire de dédicace en salons, de fils (ah, les coups de fils de la Maman, excellent), de père de famille, son angoisse du bandeau "Par l'auteur de Zaï Zaï Zaï Zaï" qui le poursuit partout. Bref, les franches rigolades se multiplient, même si quelques unes font moins mouche.

C'est une oeuvre "d'entre deux" qui ne révolutionne ni le monde, ni la bibliographie de Fabcaro, mais qui est parfaite comme lecture d'entre deux livres plus conséquents. On ne se prend pas la tête, on s'arrête, on se détend dans ces planches burlesques sur les absurdités de la vie vu par l'auteur, puis on repart vers d'autres horizons ! On a fait une pause ! Ca fait toujours du bien !

 

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Rédigé par Géraldine

Publié dans #BD...

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Publié le 26 Septembre 2020

Cinéma, Film Boutchou, avis, chronique, critique, clémentine Célarié, Carole Bouquet, Stefi Celma

Film d'Adrien Piquet-Gauthier

Avec Stéfi Celma, Clémentine Célarié, Gérard Darmon, Carole Bouquet, Lannick Gautry, Pascal Nzonzi

 

Synopsis : Paul et Virginie viennent d’avoir un petit garçon. Heureux de découvrir leur nouvelle vie de jeunes parents, ils n’imaginaient pas que leur Boutchou allait devenir l’enjeu d’une lutte sans merci entre les grand-parents... Pour gagner l’exclusivité du petit adoré, grand-pères et grand-mères sont prêts à mettre en place tous les stratagèmes...

 

 

Mon humble avis : Enfin une comédie qui ne me déçoit pas, et ces derniers temps, ça n'a pas couru les cinoches ! Pauvres cinémas d'ailleurs, les salles sont désespérément vides ou presque... 10 ou 15 personnes un vendredi soir de pluie... Cela manque de synergie et de rires communicatifs de ce fait, enfin... En plus, sur Allociné, la presse ne se donne même plus la peine de publier des critiques, trop occupée qu'elle est sans doute à courir après le Covid...

Boutchou est vraiment un film sympathique, frais, rythmé et assez drôle. C'est un peu une "guerre des roses" versions papy-mamie, a qui gardera le Boutchou quand les parents travaillent. Sauf qu'à vouloir gagner des points auprès des parents, les grands-parents multiplient bassesses et bourdes monumentales. Chaque couple de comédiens fonctionne à merveille et l'on sent que ces derniers ont dû bien s'amuser pendant le tournage. Les situations comiques s'enchaînent mais n'oublient pas non plus l'émotion et les angoisses parentales devant un premier nouveau-né ! De l'humour "gentiment vache", touchant, le moment de cinéma, même s'il n'est pas inoubliable, est franchement sympathique, détendant ! Boutchou a le mérite de changer vraiment les idées et convient à tout public, sans vulgarité, sans actualité, sans déprime. Bref, ça fait du bien ! En ces temps moroses, je recommande !

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Rédigé par Géraldine

Publié dans #Cinéma Français

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Publié le 24 Septembre 2020

roman, littérature, la goûteuse d'Hitler, nazisme, Histoire, avis, critique, blog

Roman - Editions Audiolib - 9h36 d'écoute - 20.45 €

Parution d'origine chez Albin Michel en janvier 2019

 

L'histoire :  1943. Reclus dans son quartier général en Prusse orientale, terrorisé à l'idée que l'on attente à sa vie, Hitler a fait recruter des goûteuses. Parmi elles, Rosa. Ce roman est son histoire, ainsi que celle de ses comparses, dans une Allemagne Nazie en guerre, puis sur le déclin.

 

 

Tentation : La blogo

Fournisseur : Bib N°3

 

Mon humble avis : Ce roman a bien fait parler de lui sur la blogo lors de sa sortie, mais aussi en Italie, pays de Rosella Postorino, où il a été couronné de nombreux prix littéraires. Pour l'écrire, Rosella Postorino s'est inspirée de la vie de Margot Wölk, dernière goûteuse d'Hitler à décéder récemment, à plus de quatre-vingt-dix ans.

Cette audiolecture me laisse un peu mitigée, comme déçue... Certes, le développement du contexte historique et de la vie des goûteuses d'Hitler, une découverte pour moi, m'a vivement intéressée... Recrutées de force, ces femmes n'avaient pas d'autres choix que d'accepter et de risquer leur vie à chaque bouchée. En fait, c'est sans doute la première fois que je lis un roman qui me plonge outre-Rhin durant la Seconde Guerre Mondiale, donc du côté de l'ennemi et de plus, dans la garde rapprochée du Führer... Mais ici, nous partageons une partie du quotidien de "petites gens", bref, des personnes comme vous et moi et j'ai été surprise de constater à quel point peu d'entre elles partageaient l'idéologie nazie et vivaient dans la même peur et le même manque que les autres européens de l'époque. Je me suis donc enrichie de certaines connaissances supplémentaires sur les pratiques nazies (comme celles de récompenser les mères de familles très nombreuses qui "travaillent" donc pour la patrie).

Par contre, l'aspect romanesque de cette histoire m'a le plus souvent laissée de marbre. Les descriptions des relations (conflictuelles d'abord puis amicales) entre les goûteuses m'ont lassée, d'autant qu'à part deux d'entre elles, les autres sont difficiles à reconnaître, à distinguer des autres et donc elles ne génèrent pas d'empathie particulière. Puis vient une relation plus charnelle qu'amoureuse entre l'une d'elle et un S.S. Là aussi, le temps s'allonge. Oui, j'ai trouvé le temps long jusqu'à ce qu'une révélation sur l'une des goûteuses réveille mon intérêt. J'espérais une fin marquante mais non... Celle-ci semble nous plonger dans un imbroglio d'époques qui ne donne pas de place à l'émotion et laisse les sujets qui auraient pu être intéressants en suspend... Au point que je me suis presque dit "tout ça pour ça".

L'écriture est très belle, l'interprétation d'Audrey Sourdive impeccable. Mais rythme et force de récit sont bien trop inégaux à mes yeux. Cependant, je ne regrette pas cette lecture puisqu'elle m'a emmenée dans une autre époque et dans d'autres vies, elle a donc étoffé ma petite culture, c'est déjà pas mal ! 

 

 

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Rédigé par Géraldine

Publié dans #Littérature d'ailleurs, #Livres audio, lectures audio

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Publié le 22 Septembre 2020

Tonino Benacquista, Homo Erectus, Roman, littérature, avis, chronique, critique

Roman - Editions Folio - 305 pages - 8.00 €

Parution d'origine chez Gallimard en 2011

L'histoire : Et s'il existait, au coeur de Paris, une société secrète où les hommes puissent enfin confier leurs dérives sentimentales, leurs expériences rocambolesques, leurs fantasmes inavouables sans subir les reproches féminin ni la pression sociale ? Une société où il est interdit d'interrompre, de juger. Juste prendre la parole devant ses pairs ou écouter. Il est interdit de parler de cette société aux autres, sauf à ceux qui pourraient en avoir besoin.

C'est dans cette société secrète que nous rencontrons Denis, Philippe et Yves.

 

 

 

Tentation : Ma PAL

Fournisseur : Ma PAL

 

 

 

Mon humble avis : C'était avant même l'ouverture de mon blog, il y a plus de 12 ans, une connaissance me conseillait chaleureusement de lire Tonino Benacquista. Quelques années plus tard, j'acquerrais ce roman et le voici enfin lu. Oui, il me faut parfois du temps... La cause, la profusion des possibilités de lecture !

J'ai bien apprécié ce roman de Tonino Benacquista, avant tout, pour son élégance. Celle de sa narration, celle de son style soigné, celle de son auteur qui ne juge pas ses personnages. Il leur laisse le choix de se tromper, de se contredire, de s'essayer sur d'autres chemins que ceux tracés, quitte à se rendre compte qu'ils s'éloignent de ce qu'ils sont intrinsèquement. 

C'est dans cette société secrète que se rencontrent Yves, Philippe, et Denis. Cette société est leur seule connexion, suivie du verre qu'ils aiment partager après chaque séance hebdomadaire. Et c'est autour de ces 3 personnages que Benacquista construit son roman... L'avant, le pendant et l'après de ces trois hommes qui vivent un bouleversement dans leur vie et tentent de se redresser. Ils sont en reconstruction.

La vie de Denis, serveur en brasserie, est un désert sentimental et sexuel. Aussi, est-il convaincu que toutes les femmes se vengent sur lui des méfaits que les hommes leur font subir. Il sombre dans la dépression jusqu'à ce qu'une intruse s'installe chez lui. Etrange, qui est-elle, pourquoi est-elle là ? Yves, poseur de vitre, vient de rompre avec sa femme qui l'a trompé avec un gogo dancer. Fini pour lui l'engagement et les promesses, désormais, Yves ne fréquente que des prostituées qui lui permettent de découvrir Les femmes. Philippe, penseur philosophe, a du mal à oublier Juliette... Jusqu'à ce que Mia, LA super top model reine du monde et du papier glacé, l'invite dans sa vie. Tonino Benacquista explore donc les comportements masculins et leurs problématiques dans une société qui donnent trop de modèles où ils perdent leurs repères, en cherchent de nouveaux. Le romancier pointe du doigt les préjugés, les à priori, la surmédiatisation, dans un roman aussi sensible que discrètement et finement drôle, se moquant parfois gentiment de ses personnages pour les admirer ensuite. C'est qu'ils sont attachants ses trois hommes abîmés. Celui qui m'a le plus touchée d'ailleurs est Yves, celui qui se cherche dans les bras de femmes de joie... Celui qui pourrait paraître pour le moins vertueux mais qui révèle en fait toute la bonté et l'énergie qui dormait en lui pour se rendre extraordinaire.

Ah les hommes, dur de les comprendre ! Mais, comment ? Oui, Tonino Benacquista achève son roman de façon tout à faire égalitaire. Et oui, les femmes ne souffriraient elles pas des mêmes maux que le sexe opposé ? Oui, chacun(e) souffre d'être encombré(e) de soi-même et du poids d'une société qui impose ses codes. Et chacun(e) ne fait-il (elle) pas de son mieux ?

"En fait, il s'était lancé dans un essai sociologique qui décrivait l'homme contemporain harcelé par des injonctions de toutes sortes et qui, à force d'être à l'écoute de son époque, n'était plus à l'écoute de lui-même. En ce XXIème siècle de surinformation, on l'exhortait au bonheur, on le contraignait au plaisir, on lui imposait le beau, on le condamnait au juste, on lui définissait la quantité de normes dont il craignait d'être exclu."

Bref, un roman original, intelligent, caustique, parsemé de moments savoureux, et classe !

 

 

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Rédigé par Géraldine

Publié dans #Littérature française

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